Chez Kti

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 LA NUIT DE LA HONTE

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MessageSujet: LA NUIT DE LA HONTE   Mar 21 Aoû - 15:11

Ce roman, rédigé par Kti en 1992, traite de la violence conjugale.

Il ne faut pas accepter la moindre baffe de son conjoint. Dès la première, il faut partir et ne plus revenir. Facile à dire....






Ce soir de réveillon 1991, Victoire tremble de peur dans l’ascenseur. Peu habitué à veiller si tard, Nico est fatigué. Il envoie un violent coup de pied à son petit frère David :
— Non, c’est moi pour monter !
David Hurle et Victoire en oublie un instant l’essentiel :
— Calmez-vous les enfants, on arrive.
Elle est trop lasse pour expliquer à ses deux rejetons, une fois de plus, que le petit appuie sur le bouton zéro lorsqu’ils descendent et que le grand se charge du deux pour monter. Elle a hâte de rentrer, d’enlever sa tenue de fête, d’enfiler leurs pyjamas aux enfants. Elle a hâte de s’enfermer dans sa chambre. En ce jour de décembre, le dernier de l’an 1991, elle a commis «La Faute». On ne défie pas la Mafia…

A 23 heures, les enfants sont au lit. Victoire respire un peu. Elle a décidé, pour une fois, de les garder contre elle toute la nuit. Le père lui interdit d’ordinaire cette marque d’affection qu’il juge incestueuse mais Victoire n’est plus à ce détail près, elle a besoin de leur force pour assumer le lendemain, elle a besoin de leur odeur pour fêter, à sa façon, cette année qui commence, loin des flonflons et du champagne, juste eux contre elle, juste l’amour de ses deux fils, juste le réconfort de leur existence…

Panique : à 23 heures 03, la clef tourne dans la serrure de la porte d’entrée. Les enfants bondissent hors du lit, sensé matrimonial il y a trois semaines encore, les enfants, insouciants, accueillent leur père avec des cris de sioux. Philippe franchit le seuil les bras lourds de paquets.
Victoire sait qu’il n’y a rien pour elle. Elle suit son mari des yeux, elle le regarde se décharger devant le magnifique sapin qu’elle a décoré pour Noël. Sous les banderoles et d’un geste nerveux, Philippe, sans même lui avoir dit bonsoir, s’attaque au bolduc qui entoure les paquets. Les enfants hurlent de joie :
— Chic ! Un déguisement de cow-boy ! Super ! Une voiture téléguidée !…


Vic assiste, impuissante, au délirant bonheur de ses gosses. Le Père Noël est passé chez mamy, le Père Noël passera chez maman… Victoire le sait, rigole, prend des photos. Elle a saisi au vol le regard lourd de son époux. Elle va payer, Victoire le sait.


Philippe a recouché ses deux fils dans leurs lits et fermé la porte de leur chambre. Victoire revient de chez ses parents où elle a grignoté sans boire. S’est avalé un Lexomil entre deux petits fours puis a demandé à son père de la reconduire sans attendre le douzième coup de minuit. Elle voulait rentrer avant Phil mais puisqu’il était là :

— Philippe, il faudrait que nous parlions, calmement… Préfères-tu attendre demain ou discutons-nous maintenant ?
Très posément, Philippe répond :
— Je suis à ta disposition, «mon amour».
Vic s’installe donc dans le fauteuil tandis que lui s’assied en face, sur le canapé.
— Bon, commence-t-elle avec courage : tu n’es pas sans savoir que j’accepte la séparation, et que j’en ai parlé avec ta mère au téléphone ce midi.
— Oui, se contente de répondre Philippe.
— Bon (et chaque nouvelle phrase est un effort). Tu sais peut-être aussi que j’ai proposé deux solutions : tu te trouves un appartement et me laisses celui-ci pour les enfants, ou je pars, moi, dans quelque chose de plus petit, avec les enfants…
— Oui.
— J’aimerais connaître ton choix et ce qu’en dit ta mère.
— Mon choix est clair : je cherche l’appartement depuis un mois, je ne l’ai pas encore trouvé, et j’ai pris contact avec un avocat. L’idéal serait un divorce à l’amiable.
— Qu’entends-tu par là ?
— Nous nous mettons d’accord sur tout, nous n’avons plus qu’à signer, pour 6000 francs, le divorce est réglé en trois semaines.
— D’accord sur tout ?… Alors, commençons par les enfants.
— On se les partage.
— C’est-à-dire ?
— La garde conjointe, moitié chez toi, moitié chez moi.
— Donc nous ne pouvons pas divorcer à l’amiable.
— Pourquoi ?
— Parce que moi, je veux la garde de mes enfants. Ils seront domiciliés chez moi, je te les laisserai un week-end sur deux et tous les mercredi, plus la moitié des vacances.
— Donc tu comptes m’empêcher de revoir mes enfants ? (le ton devient grinçant).
— Je n’ai pas dit ça. Je veux le système classique : l’autorité parentale conjointe et la garde à la mère. Ils ont deux et quatre ans, à cet âge-là, ils ont plus besoin de leur mère que de leur père. Et ils sont trop petits pour naviguer d’une maison à l’autre. Lorsqu’ils atteindront dix, douze ans, on pourra changer de méthode…
— Donc, je répète, tu veux m’empêcher de voir mes enfants ? (le ton monte dangereusement).

Vic joue les fatalistes, son mari commence à l’effrayer mais elle ne doit pas le lui laisser percevoir, elle ne doit pas surenchérir :
— Si tu veux comprendre les choses comme ça, comprends-les comme ça…
— OK, OK. Mais je te préviens (il menace des yeux) : chaque week-end que je les aurai, chaque vacances que je les aurai, tous les jours, je leur répèterai : «Si vous ne voyez pas plus souvent papa, c’est à cause de maman». Et tu verras comme ils seront tordus au bout du compte…
— Effectivement, si tu dis ça…
— C’est donc ce que tu souhaites : que tes enfants soient tordus… Tu te fiches complètement de leur équilibre.
— Je suis loin de m’en fiche, mais l’idée du bourrage de crâne n’est pas de moi… Si tu le prends comme ça, que veux-tu que j’y fasse ?
— Accepte la garde conjointe.
— Il n’en est pas question dans l’immédiat.
— Bon. (et ses yeux sont des poignards, et ses masséters sont serrés, comme un Berger Allemand prêt à bondir).
La peur s’emballe d’un coup, le feu patiemment attisé prend enfin, Vic maîtrise de justesse ses tremblements tandis que Philippe continue :
— OK, OK… Tu vas faire des enfants dégénérés, je te répète que tous les jours, je leur dirai ces mots…

Elle l’interrompt, se lève du fauteuil :
— Je crois qu’il vaudrait mieux aller se coucher, tu es en train de perdre ton sang-froid et je suis fatiguée…
Surtout, il a ses yeux de fou, comme le jour où il a manqué de la tuer, où il a serré si fort ses doigts autour de son cou qu’elle a senti le sang lui battre aux tempes ; comme le jour où, devant Nico bébé, il s’est emparé d’elle et l’a violemment projetée sur le lit. Elle se dirige vers sa chambre, lentement, et pourtant elle a hâte d’y être pour s’enfermer à clef. Elle entend :
— C’est ça, va te coucher conasse !
Elle ne doit pas répondre à l’insulte, elle ne doit pas relever l’affront, elle s’est faite aux injures, depuis cinq ans qu’elle les subit, depuis cinq ans qu’elle a conçu Nico… Et pourtant elle répond, plutôt que de courir s’enfermer, elle perd trois secondes à répondre au dément, l’orgueil sans doute, l’orgueil qui va la perdre :
— Oh tu sais, articule-t-elle avec lassitude, conasse, poufiasse, flemmasse, trou-du-cul merdeux… j’ai l’habitude…
Son flegme quoique artificiel encourage Philippe à la suivre. Dans le couloir, il continue :
— C’est ça que tu souhaites, avoue-le, c’est tordre tes enfants, n’est-ce-pas ? Tu n’en as rien à foutre, dans le fond… Ce que tu veux, c’est te les approprier, les avoir pour toi toute seule, de toutes façons, c’est pour TOI et uniquement pour TOI que tu les as faits !!!

La voix de Philippe explose à présent. Vic est derrière la porte de sa chambre, au lieu-dit «sécurité» mais lorsqu’elle tente de la fermer, Philippe la bloque avec son pied. La minute est insupportable mais Victoire la supporte :
— Allons nous coucher Philippe, retourne sagement dans ton salon, nous en reparlerons, j’ai sommeil.
Mais lui insiste, le pied coincé :
— Tu n’as pas honte ? Tu veux les garder sans même voir leur intérêt !… C’est bien ce que je disais : tu es une EGOISTE qui a fait des enfants pour elle !!!
Vic s’étonne de son self-contrôle : sois calme ma fille, sois calme, vire-le, il est devenu complètement dingue… Elle croit trouver la solution, elle connaît son esprit de contradiction, si elle lui donne raison, il va abandonner :
— D’accord : tu as raison sur tout, je suis une mère indigne, j’ai fait les enfants pour moi, je me fiche pas mal de les détraquer…

Elle abonde dans son sens pour qu’il la laisse, pour qu’il débloque son pied de la porte et qu’elle puisse la fermer à clef. Elle échoue. Dès cette phrase finie, une seconde, elle voit les yeux de fou exorbités, elle sent deux mains puissantes lui étreindre les épaules, elle ne touche plus terre, vol plané, elle atterrit sur la moquette.
Le blanc.
Un écran blanc occupe l’espace, une douleur aiguë lui transfixe la nuque, elle ne peut plus bouger, elle sent le bois du meuble contre lequel elle a cogné, elle entend, comme dans un rêve de l’au-delà : «Victoire !… Qu’est-ce-qu’il y a ?… Relève-toi ! Parle-moi !…» Elle ne peut pas se relever, elle ne peut pas parler.
Explosée comme un verre jeté par terre de rage…
Le blanc de son cerveau se colorie soudain : une multitude de scènes défile à toute allure, sans queue ni tête, des bribes de vie qui lui semblent vécues, d’autres qui ne lui disent rien, elle gît sur la moquette, anéantie.

Elle se souvient qu’au moment de la mort, la vie défile. Elle pense qu’il lui a rompu le cou et qu’elle est en train de mourir, tout simplement. Mourir un premier de l’an, des mains d’un assassin… Le cinéma des images continue, comme si elle était par instant très consciente, à d’autres victime d’hallucinations. Elle se souvient de son oiseau Coco, au cou cassé d’avoir voulu volé contre la fenêtre, tombé en perpendiculaire et qui n’a plus volé, de ce médecin martyre dont elle a lu l’histoire ce matin au bureau : violée, violentée, puis salement égorgée par un toxicomane en mal de drogue.

Elle voit du sang sur la moquette, elle ne sait d’où il sort.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Mar 21 Aoû - 15:15




Victoire est enceinte de deux mois et demi.

Elle a été nommée interne du premier coup, à Paris, et a choisi la spécialité qu’elle briguait. Sa grossesse se poursuit tranquille, elle gagne correctement sa vie à l’hôpital le matin et tricote l’après-midi dans son deux pièces. Philippe ne vit pas avec elle. Lors du premier essai, il n’a décroché que la province et partira le mois prochain. En attendant, il n’a pas jugé utile de chambouler le train-train de son existence. Il habite chez ses parents et passe baiser Victoire lorsque sa queue le lui ordonne.
Il a très mal vécu l’annonce de cette grossesse. Il a quitté Victoire, l’a menacée de la faire avorter, est allé jusqu’à prendre rendez-vous chez le gynécologue. Mais elle a tenu bon. A la question : «C’est lui ou moi ?», elle a simplement répondu : «C’est lui» et Philippe est revenu.
A présent, Vic aimerait que le géniteur s’investisse davantage. C’est son côté bourgeois. Entre autre, depuis deux ans qu’elle le fréquente, elle aimerait, si ce n’est trop demander, être présentée à ses parents. Philippe résiste, il doit bosser pour le second tour et ne veut pas d’ennui, il juge sans doute qu’elle n’est pas la belle-fille idéale, il est coincé et il lui fait payer. Donc il résiste, jusqu’à ce jour d’avril où il propose un rendez-vous chez lui, genre guet-apens : «Quand ma mère rentrera, je lui dirai tout.»
Vic marche, arrive à l’heure fixée, découvre le pavillon charmant et le jardinet propret, voit déjà son bambin courir avec ses frères se cacher sous les arbres en poussant des cris de guerre. Philippe a choisi la robe qu’elle devait porter : «Surtout, n’en fais pas trop… Surtout, ne l’ouvre pas…» OK, OK, Vic est plutôt rebelle mais sait se bien tenir en les grandes occasions. Ce samedi en est une. Elle guète, les mains moites, l’arrivée de ses futurs beaux-parents.

A 18 heures, mère et grand-mère débarquent. Philippe tord nerveusement ses doigts, Vic s’est assise du bout des fesses sur le canapé du salon télé. Smack, smack, Bonjour mon fils, tu as bien travaillé ?… Pas une phrase ne lui est adressée, pire, pas le moindre regard ne se pose sur elle. A cet instant, Vic envie le génie d’Aladin et cherche désespérément des yeux la lampe dans laquelle elle pourrait disparaître.
Lorsque tous trois changent de pièce, pour la cuisine, croit-elle, elle se demande encore ce qu’ils fichent là, sa graine qui pousse et elle. Elle aurait bien crier, crier à ces deux femmes qu’elle portait leur progéniture, elle aurait bien couru jusqu’à la porte, une fois l’esclandre commis, mais Philippe lui a fait promettre la sagesse, aussi attend-elle dix minutes, les fesses pincées sur ce canapé recouvert d’un plaid, dans cette pièce au papier fleuri suranné, attend-elle qu’on la sonne.

Et personne ne la sonne.
Elle se risque donc jusqu’à la cuisine.
Les femmes papotent devant le grand benêt. Sur la table reposent semoule, citrouille et Harissa. Le couscous du lendemain se prépare. La vieille dit à la moins vieille :
— J’espère que Sophie viendra. As-tu pensé à inviter Sophie ? (Sophie est la fiancée du frère aîné de Philippe. Pas vraiment sexy mais bien sous tous rapports. Juive en tous cas.)
— J’y ai pensé mais je ne sais pas. J’ai appelé Simon, il va confirmer ce soir.
— Ce serait bien, répète la vieille, que Sophie puisse venir…

Le grand benêt n’ouvre pas la bouche. Victoire croit mourir de la honte, mais la honte ne tue pas. Il se retire avec sa mère, une histoire d’ourlet de pantalon, si Vic a bien compris. Mais comprend-elle ?
Seule à son triste sort, la vieille semble perplexe, tourne et retourne devant la cuisinière. Victoire se lance :
— Peut-être puis-je vous aider ?
— Je ne sais pas comment s’allume cette machine.
— Ne bougez pas, je vais le faire.
Et Vic, enfin, se trouve une contenance, tourne la manette, le voyant rouge s’éclaire, la vieille ne dit même pas merci.

Philippe pousse la politesse jusqu’à ramener Victoire chez elle. Victoire et son enfant puisque malgré l’épreuve, l’enfant n’est toujours pas tombé.
Dans la voiture, sur le trajet, il ne desserre pas les dents.

Dans la voiture, le lendemain, parce qu’elle demande : «Alors ? Comment m’ont-elles trouvée ?…», il répondra : «Sans-gène».







— Dis donc ! Qu’est ce que tu as grossi !!! Et où tu as trouvé cette robe ?… On dirait l’un de ces trucs immondes spéciaux pour femmes enceintes !…
— Je suis enceinte, mon amour…

Vic s’est considérablement arrondie ces derniers temps. Elle entame son cinquième mois et n’a pas vu Philippe depuis trois semaines. Il ne se déplace plus jusqu’à Paris, et elle n’a pu venir avant, bloquée par trois gardes successives.

Victoire déchante un peu. Blois est ensoleillé et nonchalant mais le futur papa l’accueille machoires serrées.
C’est vrai, elle est en cloque, et elle n’est pas peu fière. Depuis le temps qu’elle se souhaitait ainsi ! Elle s’étonne de l’abondance de ses cheveux, domestiqués pour l’occasion par des peignes colorés que Phil arrache d’un geste brusque («Qu’est ce qu'il te prend de jouer les stars !»)
Elle bombe le ventre, exagère la cambrure, se plaît en femme enceinte, et adore cette toute nouvelle robe, tissu indien, coloris fauves.
Le bébé bouge depuis peu, elle se concentre sur les coups de pieds la nuit. Incrédule, elle multiplie les échographies, pour la suivre de plus près, cette petite bestiole qui vit en elle.

— Bébé se porte bien. Tu veux voir les photos ?
— Mouais… On a tout le temps…
Assise à l’avant de la voiture, Victoire découvre les remparts de Blois, les vitrines de Blois. Elle se promet de s’y promener au plus vite, propose une balade à Phil. Mais lui n’a pas envie, il connaît le quartier par cœur et son travail l’attend. Plus tard, plus tard, lorsqu’il faudra se nourrir.
Il se gare dans une résidence, à quelques kilomètres du centre. S’est trouvé un studio confortable en rez-de-jardin, sur les berges de la Loire. D’emblée, Vic est conquise.
Elle ne sait pas encore que ces berges-là puent, que les insectes s’y complaisent, que le cumulus de la salle de bain se charge toutes les heures dans un boucan d’enfer et qu’elle n’aura JAMAIS de pain frais le matin.
L’unique pièce, spacieuse, est occupée d’un lit deux places, d’une télé couleur en face, de quelques gros coussins à même le sol, et d’une immense table d’architecte jonchée de feuilles blanches, stylos, marqueurs, brouillons, revues scientifiques. Les polycopiés de conférences d’internat, soigneusement empilés dans des cartons numérotés et légendés, mangent cinquante pour cent de la moquette.

Vic est venue avec ses pelotes, jubile, Pingouin crèche également à Blois, elle pourra y courir sitôt en manque de laine. Pour l’heure, elle aimerait surtout que Philippe s’occupe d’elle. Seule à paris, Victoire a constaté l’incontestable : le désir de la femme enceinte persiste.
Malgré la nausée permanente, le gros ventre et l’exaspération des seins, le désir ne s’atténue pas. Pire, il décuple.
Et Vic qui n’a pas été caressée depuis des semaines n’a qu’une envie : baiser.
Alors elle se gondole sur le grand lit deux places, et envoie des œillades et des sous-entendus. Passe même sous la table d’architecte.
Mais Phil reste inflexible. Froid comme le pôle, à peine ne lui envoie-t-il pas le coup de pied vengeur qui la dénichera de là.

Lors des repas, il est odieux. Elle n’a pas le droit de se resservir («Tu as vu comme t’es grosse ?»). Privée de dessert, comme à dix ans. Privée de cigarette («Tu veux l’enfumer, inconsciente !»). Privée de baise, privée de pain, privée d’amour.

Par bonheur, Phil n’est pas seul à Blois. L’ami commun François s’est installé dans un studio en centre ville et lui est charmant avec Vic, et rêve d’un enfant et répète à Philippe : «Tu réalises la chance que t’as ?» Et Phil devant François retrouve des manières humaines.
Et Victoire chaque fois retombe dans le panneau.
Au point de revenir, et revenir encore. De plus en plus grosse, de plus en plus handicapée, elle reviendra, pour se faire insulter à Blois.
Et tricotera, des heures durant, tandis que le promis travaille dehors, ou derrière sa table, ce qui est pire puisque Vic n’a pas le droit de parler, ni de bouger, ni même de tirer la chasse d’eau.

Et l’attendra les valises pleines de bouffe, sur ce quai de gare la nuit tombée, parce qu’il a «oublié» de passer la chercher.
Et l’attendra, dans multiples troquets, parce qu’il n’est pas venu, comme convenu, la rejoindre comme prévu, devant le magasin prévu.
Ce jour-là, elle shoutera dans l’égouttoir et les casseroles et les tapis de bains achetés pour lui, pour qu’il soit mieux dans son nouveau décor.
Ce soir-là, elle pleurera devant son Vittel menthe, parce qu’elle a essayé le numéro tous les quarts d’heure, au Pénalty.
Cette nuit-là, elle le laissera l’étrangler, sans se défendre.
Parce qu’elle porte leur enfant et qu’il ne veut pas de cet enfant, parce que c’est sa faute à elle et qu’elle s’est accordé le droit de mourir.
Mourir des mains du père parce qu’il ne veut pas de cette famille, et que cette famille est sa seule raison de vivre.

Et même si le lendemain Victoire avale difficilement, souffre à chaque bouchée, elle sait qu’elle reviendra.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 23 Aoû - 14:59






Jean-Pierre Foucault.

Que vient donc faire Jean-Pierre Foucault dans cette histoire ? Victoire l’aurait-elle rencontré ?
La douleur insensée lui revient aux entrailles. La douleur d’une femme sur le point d’accoucher et qui regarde «Sacrée Soirée» à la télé. Elle lâche son tricot, note l’heure, compte ses mailles, la vague douloureuse l’immerge de nouveau.
Vic souffre toutes les vingt minutes et paradoxalement, chaque nouvel assaut l’emplit d’une joie électrique. Cette fois elle en est sûre, la naissance du petit est imminente.

— Allo ? Bonsoir Samuel, c’est Vic. Pardonnez-moi de vous déranger mais pourriez-vous me passer Philippe ?
— Ne quittez pas.
— Allo Philippe ! Ca y est !… Ca y est !… Crie-t-elle toute excitée.
— Quoi «Ca y est» ? répond Philippe avec morgue.
— Ca y est !… C’est pour ce soir !… Le petit !…
— Arrête, arrête …
— Mais si ! J’te jure, j’ai noté l’heure et les contractions sont très régulières…
— Arrête, j’te dis… Je suis en pleines révisions et tu m’as déjà fait le coup hier…
— Mais cette fois-ci c’est bon, c’est sûr… Je… Et la vague lui coupe la parole, Vic retient sa respiration, serre les dents, jusqu’où va-t-elle monter ? Vic attend le reflux :
— Tu vois, douze minutes depuis la dernière, c’est pas des blagues et ça fait drôlement mal…
— Tu veux que je vienne alors ? demande Philippe avec la voix du type qui préfèrerait le négatif.
— Il FAUT que tu viennes !…
— T’es sûre ?… Vraiment, vraiment, vraiment sûre ? insiste Philippe… Parce que tu comprends, je n’ai plus qu’une semaine pour plancher mon concours…
— Si je te le dis : C’EST POUR CE SOIR !
— Bon, j’arrive, conclut-il à contre-cœur.

La naissance d’un enfant, on ne le répètera jamais assez, est le plus beau moment de la vie d’une femme.
Atrocement douloureux, si douloureux qu’on imagine ne jamais y survivre. Les contractions, insupportables, s’intensifient, se multiplient, tandis que la future maman, soudée à la table gynécologique par les bandes élastiques du monitoring, ne peut pas même remuer, se replier, tenter de vaincre ces déchirements ou de les atténuer en changeant de position.

Philippe est à côté de Victoire, dans la minuscule salle de travail. Il saute en tous sens, profite des rares instants où elle ne souffre pas pour lui réciter ses questions d’internat. Il est venu avec ses fiches, de petits bristols à carreaux sur lesquels il a résumé l’essentiel. Vic doit garder le sourire, Philippe ne vit pas sa douleur et la charrie lorsqu’elle se plaint. Vic n’a pas envie de se plaindre, du reste. Elle est tellement heureuse de souffrir pour son fils ! Elle sait depuis quatre mois qu’il s’agit d’un garçon et le prénom est déjà choisi. Victoire l’aurait appelé Olivier, Philippe n’entendait que David, ils s’étaient finalement mis d’accord pour Nicolas. Nicolas, Samuel, Charles Lévy. Lévy comme son papa.

Depuis sept heures qu’elle souffre, Nicolas Samuel Charles se décide enfin à sortir. L’accoucheur installe alors la future mère, jambes ouvertes sur les étriers. Vic s’étonne de sentir le crâne de son enfant l’écarteler et résiste, parce qu’on le lui demande, à la formidable envie de pousser qui l’assaille. Elle ne veut pas que Philippe assiste à l’expulsion. La salle est trop petite pour qu’il reste derrière la table, la sage-femme et l’accoucheur l’entourent et Victoire est pudique. Elle a entendu dire que certains hommes, après, ne pouvaient plus toucher leur femme, elle craint de manquer d’efficacité si elle sait son amant en face.
Philippe insiste, Vic ne cède pas. Philippe s’énerve, Vic argumente :
— Mon chéri, laisse-moi travailler, laisse-moi te faire un beau bébé. Tu sais qu’on avait décidé, depuis le début, que tu ne resterais pas.
— Et alors ! tonitrue le père, on a le droit de changer d’avis !!! Qu’est-ce-que tu es rigide ma pauvre fille !!! Et il sort furibond remonter dans la chambre.

Lorsque Victoire lui téléphone, une dizaine de minutes plus tard, pour lui faire partager sa joie, lui annoncer que leur premier garçon est parfait, avec de grands yeux noirs et tous ses doigts, Philippe ne répond pas car il s’est endormi.

Nicolas a sept jours lorsque son père passe le concours. Philippe n’est venu qu’une fois à la maternité et c’est sa mère Rachel qui s’est chargée du retour jusqu’à la maison.
Nicolas a quinze jours lorsque son père part pour l’armée.




Bonjour Samuel ! Bonsoir Rachel !


Nico braille à tous va, dans le couffin en plastique transparent de la maternité. C’est l’heure de la tétée, Vic sent la montée de lait lui tirailler les seins.
Elle tache sa chemise de nuit, le fade liquide sort de lui-même, dégorge sur les coussinets du soutien-gorge, dégouline le long du buste et s’accumule entre les plis du ventre, ce ventre si tendu la veille et si flasque aujourd’hui, ce ventre désaffecté dont elle était si fière avant, lisse et musclé, plat et doré. La maison du bébé s’est effondrée et les ruines, comme des regrets, rebondissent sur le corps de la jeune maman qui n’a pas dormi de la nuit.

«Bonsoir Samuel, Bonjour Rachel !»

Victoire rencontre ses beaux-parents.

Ils sont arrivés les mains pleines, les chocolats Léonidas, le cake maison confectionné avec amour, et une première brassière, pour le petit, des fois que Vic n’y aurait pas pensé…
Mais Vic a tout prévu, depuis neuf mois qu’elle prépare la naissance : l’allaitement et les rototos, le hochet et les chaussons bleus. Elle serait plus méchante, elle les enverrait bouler, ces gens qui n’ont jusque-là jamais fait l’effort de la connaître. Mais elle pense au bébé, et ce petit convoi l’émeut :

— Philippe nous a dit que vous étiez d’accord pour la circoncision…

Samuel est grand-père et Rachel grand-mère pour la première fois, elle n’a pas le droit d’intervenir, de séparer les vieux du nouveau-né, de refuser l’émotion de ce premier contact. Samuel sautille, il ne peut s’empêcher d’attraper la crevette rouge qui braille et braille. Il gagatise :
«Alors, mon tout petit, on ne fait pas risette à son grand-père ?»

Vic ne veut pas que l’on touche à son tout petit. Il est neuf comme la vie qui commence et elle craint les microbes. De mauvaise grâce, elle assiste au spectacle de son fils qui passe en hurlant de bras en bras. La mémé est venue aussi, avec foule recommandations, et revendique aussi son sourire.
Dieu qu’il faut donc d’abnégation pour accepter une telle épreuve ! Ces gens, ces inconnus, parce qu’ils ont élevé Philippe, ont la permission de jouer avec ce qu’elle a de plus cher, la permission de postillonner de joie au visage de celui dont hier encore, ils ne voulaient entendre parler !…

— Allo ? C’est Philippe. Je viens d’annoncer la nouvelle…
— Alors ? s’interrompt Vic entre deux mailles et le cœur battant.
— Alors c’est la cata ! Ma mère me fait la chiasse et je te parle pas du savon de mon père…
— Il fallait t’expliquer avant… On n’attend pas huit mois et demi de grossesse pour annoncer à ses parents qu’on fréquente une fille et qu’elle va accoucher…
— Je sais, je sais…
— Enfin, c’est dit ; on va être tranquille maintenant.
— Tu parles ! C’est la panique à la maison…
— Ne t’en fais pas, tout va rentrer dans l’ordre, tu vas voir.

Et Vic raccroche, laisse exploser ses larmes : la naissance de son premier fils baigne dans le caca.
«Ne t’inquiète pas mon Ange, maman est là, et maman sera toujours là», rassure-t-elle en caressant son ventre.




Victoire allaite, pouponne, chaque jour sollicitée par Rachel et la vieille dont l’engouement brutal paraît suspect. Elles prétextent l’absence du père et veulent se rattraper, peut-être…

Victoire se laisse envahir avec indulgence, car la rancune est inutile et le revirement louable.
Pourtant, madame grand-mère se gêne de moins en moins. Vic ne choisit ni la journée ni l’heure et doit s’organiser pour lui donner satisfaction.
Elle n’est pas vraiment dupe. Lorsqu’avec son Nico elle est invitée à Passy, chez la mémé, les deux femmes ne se préoccupent que de l’enfant. «Leur» fils, «leur» tout petit, n’a-t-il pas faim ?… Pourquoi le mettre sur le ventre ?… N’a-t-il pas faim ?… N’avez-vous pas de courses à faire, ma belle ?… N’a-t-il pas faim ?… Pourquoi crache-t-il ainsi ?… N’avez-vous pas envie de prendre l’air, ma belle ?… Nous pouvons vous le garder vous savez… Allez, allez, ma belle…
(Va-t’en !…)

Victoire se sent toujours de trop lorsqu’elle se retrouve entre les deux sangsues. Un malaise indéfinissable, qu’elle se reproche d’éprouver. Elle se persuade que ces gens sont gentils et qu’elle délire, que c’est bien elle et lui qu’ils aiment et pas uniquement lui. Pourtant l’intuition est énorme, envahissante, l’intuition gâche tout.

Vic écrit à Philippe, chaque jour, et attend ses appels. Elle se languit de lui. Il a beaucoup changé depuis la naissance du petit. De nouveau affectueux et gai, comme au temps de sa cour, avant l’«accident», et Vic se félicite d’avoir tenu. Et Vic répond aux appels Lévy du matin, même s’ils la réveillent, et Vic se rend aux rendez-vous Lévy, même s’ils l’obligent, se prête au jeu de la vraie belle-fille juive, puisque Phil est heureux, rassuré, de nouveau affectueux et gai. Elle n’a plus le temps de voir ses propres parents, elle a changé de famille, mais ne se plaint de rien, puisqu’elle construit la sienne.

Ils profitent d’une permission pour la circoncision.
Agé d’un mois, Nico vient d’atteindre ses trois kilos, condition nécessaire et suffisante. La cérémonie, à Passy, ébranle fameusement Vic. Côté Lévy, quarante personnes et côté Vic, le strict minimum : ses parents, ses frères et leurs épouses. Elle aurait préféré attendre dans la chambre mais on lui colle d’office la tétine sucrée. Bébé hurle de faim, d’effroi, Philippe, coiffé d’une Kippa et les épaules couvertes d’un linge blanc (?) écarte les genoux, tandis que Vic, à la limite de la syncope, ne lâche pas les yeux de son fils, lit la douleur intense, tandis que le rabbin commente : «Voyez-vous, j’insinue le scalpel et soulève la muqueuse… Ca y est !… J’incise… Regardez comme c’est beau, il saigne à peine, regardez comme la lame décolle le prépuce, regardez donc, Madame !…» Et Vic manque de tomber, murmure : «Ne t’inquiète pas bébé, c’est fini, c’est fini…» et ne lâche pas les yeux de Nico, tend la sucette, que le pauvre aspire goulûment entre deux cris de terreur.

Elle jure qu’elle a vu les yeux se noircir, le front se durcir, les larmes jaillir. Elle jure que ça fait mal et quoiqu’on dise. Elle se jure de ne jamais recommencer.

Pourtant, c’est avec joie qu’elle écoute la prière. Zina, au premier rang, n’a pas perdu une seconde du spectacle et Vic a vu briller ses larmes. Bouleversées toutes les deux, Nico est baptisé. Nico a été présenté à Dieu, dans le sang peut-être, mais présenté, et Vic est soulagée.


C’est ce jour-là que le lait s'est tari.




Pour son second, David, Vic refuse le rabbin. Circoncision américaine, à la maternité, sans protocole et sans douleur.
Philippe se venge. Reconnaît son enfant sous le prénom de David, en omettant, parce qu’il a «oublié», le Pierre et le Pascal qui devaient suivre.
Victoire répare, supplie la préposée, David aura ses trois prénoms, comme son frère, mais de justesse.
Philippe parlera longtemps de trahison.
Les deux enfants n’auront pas le même zizi.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 23 Aoû - 15:43

Ce livre ne raconte pas que la violence conjuguale.

Il raconte ..........

Le racisme.

J'ai mal au bide de vous le montrer. Car c'est du racisme pur et dur.


Ces "gens" n'ont pas voulu de moi car j'étais catholique.

C'est aller jusqu'à la tentative de mort, d'homicide.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 23 Aoû - 15:46

Mon père et moi, on a entretenu cet homme quatre ans. On lui a tout payé.

Après, j'en ai pris plein la gueule.

J'étais pas juive.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 23 Aoû - 15:47

Mais attendez la suite, j'ai TOUT écrit.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 23 Aoû - 15:51

Je vais les baiser grave, moi aussi.


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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 23 Aoû - 16:08

(Le plus drôle, c'est que je suis raide dingue, en août 2007, d'un Juif).

Mais justement, ce que je tiens à dire c'est que justement, tous mes meilleurs amis sont Juifs, ou Arabes.

J'ai aucun souci avec ça, avec la religion, ma grand mère était Tunisienne, cent pour cent pur jus, j'm'en fiche de la religion.

Ce qui me rend dingue, c'est la connerie.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 23 Aoû - 16:10

J'vais les baiser avec ma plume.

Foi de Kti.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Ven 24 Aoû - 16:01

Fin de la parenthèse, la suite du récit :





— Allo ? C’est Phil… dit une voix étranglée que Vic ne reconnaît pas.
— Allo chéri ?… s’inquiète-t-elle.
— Bon. J’ai fait une connerie. Je suis au trou. Je ne viens plus… Et je n’ai droit qu’à un coup de fil… Victoire, préviens ma mère, je ne rentrerai pas pour les fêtes…
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Je suis au trou, j’te dis… J’ai fait une connerie… Ils comptent m’envoyer en Allemagne et je passe demain devant le tribunal militaire.
— Le tribunal ?… L’Allemagne ?… Mais que dis-tu ???
— Je t’expliquerai, plus tard… Ils m’ont coincé et je dois raccrocher… Victoire, je t’en supplie, appelle ma mère…
— Mais nous ?… Et nous ?… Et Nicolas ?…
— …
— Mais tu m’avais juré…
— Je sais, je sais… Je t’en prie, ne m’accable pas.
— …
— Je t’écrirai…



Victoire n’accable pas mais quelque chose se casse.
Comme un fil trop tendu qui claque.




Nico gambade dans sa tenue de fête.

A quelques jours du mariage de ses parents, une douce euphorie règne dans le deux pièces du square de l’Aveyron. Nico marche déjà mais il n’aura pas le plaisir de suivre le cortège en tenant la traîne de maman. Maman n’a pas de traîne. Elle s’est permis le blanc de justesse, depuis quatre ans qu’elle couche avec le père. Le blanc avec des pois, les pois comme des taches, celles des déceptions déjà subies, celles des amours passées entre les bras d’autres garçons, avant, taches prémonitoires d’une union constellée d’embûches. Et puis ce mariage-là ne sera que civil, puisque papa est juif et maman catholique.

Le jour J, Victoire est magnifique. Elle compte ses jupons, elle s’est cousue la veille une jarretière qu’elle a coincée sur l’une de ses cuisses nues. Elle mets son cœur à jouer le jeu.
Philippe l’attend dans sa banlieue, avec le petit et le reste des invités. La fête s’est organisée dans la plus stricte intimité. La mère de Vic, Zina, aurait voulu un grand mariage, pour son unique fille, avec buffet de marque sous les lampions, avec de petites tables nappées de blanc posées ici et là, dans le jardin de Fontainebleau, elle voyait les époux arriver en calèche, elle aurait invité son oncle d’Amérique et sa tante d’Australie… Zina aurait voulu offrir à Vic le fastueux mariage auquel elle-même n’avait eu droit, faute de moyens.
Les moyens, son mari Charles à présent les avait. Haut fonctionnaire, il n’aurait pas lésiné pour combler fille et femme mais la belle-famille n’avait pas les mêmes ambitions : «Vous comprenez, ma belle, Philippe va bientôt s’installer et nous devrons l’aider… Vous comprenez ma belle, le petit est déjà si grand…»
Vous comprendrez, ma belle, nous ne souhaitons pas ce mariage.

Vic à présent trépigne. Elle doit passer devant le maire à 15 heure 15, à trois quart d’heure d’ici. Comme le veut la coutume, c’est son père Charles qui a prévu de l’y conduire. Et Charles, à 14 heures, n’a pas encore donné signe de vie. Elle est fin prête, discrètement maquillée, délicatement hâlée grâce aux cinq séances d’UV des cinq jours précédents, elle attend, et guète la BMV de son balcon, et passe, repasse, devant le miroir du salon, et joue de ses jupons dans lesquels maintenant elle transpire.
A 14 heure 15, le téléphone sonne. Charles est au bout du fil, contrit
— Ta mère n’est pas encore à la maison et nous devions venir ensemble… Je fais quoi, moi, maintenant ?…
— Mais tu rigoles !… Tu viens, avec ou sans maman, tu viens !… Tu te rends compte de l’heure ?…
— Je sais, je sais… Mais elle va devenir folle si je ne l’attends pas…
— Papa, je t’en supplie… Je me marie dans une heure, et au fin fond de Montmorency !… Papa, c’est de mon mariage dont il s’agit !…
— Bon, répond Charles la mort dans l’âme.

Lorsqu’elle ouvre la porte, 25 minutes plus tard, son père est blanc comme un linceul. Il ne jette pas même un regard sur la robe à pois bleus qu’il a pourtant offert. Il répète et répète : «Et ta mère ?… Bon Dieu où est ta mère ?…
Vic lui noue sa cravate. Son père a fière allure, ainsi costumé et elle serait la plus heureuse des filles s’il n’y avait encore, encore et toujours, l’ombre noire de Zina entre elle et lui.

Ils arrivent en retard, bien entendu. Dans le jardin de la mairie, où Philippe l’accueille avec des yeux brillants de gourmandise, Vic cherche en vain sa mère.
Bisous, félicitations, Nico passe de bras en bras :
— C’est fou ce qu’elle ressemble à Zina, tu ne trouves pas Henri ? Huguette, la belle-sœur de Charles, ainsi que son mari, ainsi que l’autre frère Roger, congratulent gentiment. Vic se réchauffe de leur présence, seuls membres de sa famille à s’être déplacés, malgré la contre-publicité de Zina : «Ma fille se marie samedi, mais dans l’intimité, vous savez, trois petits fours de rien, une formalité en somme…»
Une formalité, un oui, un échange d’anneaux, la promesse de l’éternité et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…
Vic en ce jour fastueux a été présentée au dernier des derniers de la famille Lévy.
Sa mère est arrivée tandis qu’elle descendait les marches de la mairie.



Son vrai mariage, Vic le toaste le soir-même. Depuis deux ans qu’elle coiffe Sainte Catherine, et puisque Dieu ne sera pas convié, elle a joué sur l’amoureuse démesure et compté sur sa quelque centaine d’amis. Charles a gentiment accepté de financer la «boum» et rien n’a été laissé au hasard, dans cette cave des bords de Seine, sous les fausses allures de bonne franquette. Disk-Jokey, vestiaire, cramoisi des tentures et rococo des luminaires de la salle du rez de chaussée. Humidité ruisselante, résonance des décibles, araignées centenaires au sous-sol… Jusqu’aux faire-parts dessinés de la main de la future mariée, jusqu’aux jattes de Blue Lagon, d’époque, qui donnent un goût intemporel au breuvage décisif, confectionné, testé et retesté par Phil, et servi à la louche par un extra exprès. Jusqu’aux gerbes odorantes et blanches, coincées entre les trous des lourds pavés des murs.

La fête bat son plein. Les uns dansent en bas, tandis que d’autres plus placides se rencontrent et discutent en haut. Charles et la belle rebelle Zina se trémoussent aussi, sous les yeux affectueux de leur fille comblée. De petites logettes, creusées à même la pierre, protègent les couples avides de baisers, ou les groupes de six, comme celui des amis de Phil.
Ils sont cent à féliciter la mariée, six à réconforter l’élu. L’élu qui s’en était allé passer la nuit dehors, la veille et puisqu’il le fallait, enterrer sa vie de garçon. L’élu qui s’enfuyait soudain, au beau milieu du plein, dans les méandres des rues alentours, à la poursuite de son inconditionnel Christophe, lui-même aux basques de son aimée Sophie. Mal aimée sans nul doute puisqu’elle se tuera peu après. Six mois plus tard pour être exacte.
Ils exagèrent, cette nuit-là. Les trois fugueurs doivent crier trop fort, dans les rues alentours, car Phil revient quelques instants plus tard trempé de flotte. Un seau d’eau lui est tombé dessus, une voisine, réveillée en sursaut, a aspergé le jeune marié, et Vic, lorsqu’elle croise la chemise collée aux os, chasse d’une pensée rigolote le présage pourtant sombre.
D’autant qu’un invité se gausse. Se fout de leur gueule pour parler clair.
Un autre se roule par terre. Fin saoûl, il s’est vautré de fille en fille et la soirée durant s’est épanché sur toutes les épaules. Vaguement gênant, telle la mouche des cabinets, telle la guêpe du pique-nique. Une espèce de rabat-joie, inconnu des époux, entré là par hasard, peut-être avec Guillain, un bruit de fond vaguement assourdi, qui tarabuste mais qu’on n’écoute pas.



A la fin, ne restent plus que huit convives. Les mariés exténués vident les cendriers et ramassent les cadavres de vodka. La mouche est encore là et s’agite davantage, se refuse à quitter les lieux. Victoire la prie de sortir, si elle n’aide pas pour le rangement. L’inconnu s’empare d’une bouteille de Coke, la secoue et la dégueule sur le tapis persan. Guillain s’excuse, excuse le trouble-fête, l’emporte sous son aile à l’extérieur. Mais l’autre s’attaque à la porte fermée, cogne dedans, tandis que l’insulte suprême fuse :
— Bande de sales Juifs !!! Z’avez pas honte ???… Evidemment, vous n’avez JAMAIS honte !!!… Tout ce fric, tout ce fric !!!… Ca vous empêche pas de pioncer ?… Mais non ! On pionce, on pionce, pendant que d’autres crèvent !!!… Normal qu’on vous ait tous gazés… Pas étonnant !!! Tous à la chambre, TOUS !!! »

Victoire blêmit. Souffre à son paroxysme. Madame Lévy reste muette, soudain brutalement dessaoulée, soudain désenchantée, regarde son récent mari, le Juif que l’on insulte, et c’est l’un de ses corréligionnaires qui se permet l’affront, et elle le prend deux fois en pleine figure : un coup sur la joue juive, et elle tend la joue goy…
Philippe bondit, ouvre la porte d’un coup. L’insolent détale effrayé, le mari à ses trousses. Croq en jambes et l’ivrogne s’écroule sur le macadam. Vic arrive au moment où Philippe l’achève, à grands coups de lattes dans le bide. De grands coups de lattes venus du fond de l’histoire, celle de l’intolérance et de la revanche. Victoire dans ses jupons brillants s’interpose de son mieux, tire les bras du mari, supplie :
— Arrête !… Arrête !… TU VAS LE TUER !!!
Les larmes aux yeux et dans sa jolie robe à taches, elle se place au milieu, entre les lattes et le bide, méprise les unes comme l’autre, non, elle ne méprise pas, ne comprend pas, si, elle comprend. Trop tard.
La mouche est écrasée par terre. Et elle mariée à vie.



Victoire ne passe pas sa nuit de noces entre les bras du jeune époux. Au retour, il lui a refusé le sandwich au rosbeef de ses rêves affamés du matin.
Et le rosbeef est un prétexte.



Il y a des individus qu’il ne faut pas croiser, et des sourires auxquels il ne faut pas répondre, et des cœurs enflammés qui mentent, et des enfants qui pleurent.
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MessageSujet: mes impressions   Lun 27 Aoû - 10:12

ce que je vais te dire ne va pas te plaire.

tes récits sont effrayants en ce sens qu'on y croit facilement.
Je veux dire que des trucs aussi forts ne peuvent qu'^etre vécus.
Enfant, j'ai été victime de la violence familiale. je connais donc.
Les yeux exorbités par la colère ou la volonté de détruire, c'est un truc qui se vit. Les autres ne peuvent pas comprendre.

cependant je veux te livrer une impression ou plut^ot une interrogation que j'ai également pour moi-m^eme.
N'as-tu pas l'impression que tu es une composante de cette violence?
Cette idée rejoint les paradoxes comme celui du syndr^ome de Stockholm où un équilibre se crée.



La violence est aussi dans la victimisation à outrance.
Tu as toi aussi des propos violents.
Le fait que tu sois une femme donc plus faible physiquement n'est pas forcément une excuse.
Je ne peux pas croire qu'il existe que des salauds de maris qui battent leur femme et des gentilles épouses qui ne peuvent ^etre que des victimes.

Bien-s^ur, en ce qui te concerne je n'ai aucune preuve. Je ne veux pas juger.
je constate que certaines violences psychologiques sont insupportables pour certains hommes qui pour la plupart se refusent à l'emploi de la force.


la violence apparait souvent comme une fatalité. On ne peut échapper à cette situation. C'était écrit.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Lun 27 Aoû - 10:32

Il y a souvent plusieurs visions d'un m^eme phénomène.
Moi je reste attaché aux liens connexes de notre environnement
Quand j'étais élève pilote on avait des cours de météo.

On nous expliquait que la structure des isobares autour des dépressions et des antycyclones. Au calculait des gradients de pression pour déterminer la vitese du vent.

J'ai alors demandé au prof ce qui amenait les champs de pressions à se déformer, à se modifier.
Réponse : le déplacement des masses d'air chaudes ou froides.
Oui, mais comment ces masses d'air chaudes ou froides se déplaçaient-elles sinon que par l'action du vent.
D'ailleur qu'est-ce que le vent sinon de l'air chaud ou froid en déplacement.
Silence du prof.
En fait on pouvait retourner le problème et considérer que les champs et les gradients de pression n'étaient que la conséquence de déplacements locaux de portions de masse d'air.
Donc ce pourrait ^etre le vent qui crée les dépressions et les anticyclones et non l'inverse.

Le prof m'a alors demandé de me concentrer sur mes exercices et à trouver le bon résultat du problème.

grrrr !!!!
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Lun 27 Aoû - 13:52

Pour te répondre, PM, mon mec n'a pas été entaulé. Il a même bénéficié d'une énorme indulgence des juges lors des deux procès ("coups et blessures volontaires graves" et "divorce pour faute").

J'en suis restée estomaquée mais j'ai entendu cette phrase le jour du premier procès :
"Quelle passion !"

M'aimait-il "passionnément", mon mari, le père de mes deux fils, pour me frapper avec une telle "passion" ?

Qu'il me fiche une claque tous les trois mois passait encore (et encore...). Peut-être l'avais-je cherchée, cette gifle de plein fouet (il m'a flingué la chaine des osselets de l'oreille droite : j'entends pas vraiment bien de ce côté et ne supporte plus le grand froid, casquette à la Gavroche, obligatoire, en décembre à Paris, sinon, je souffre le martyre).


Mais ce que j'ai lu dans son regard cette nuit de la Saint-Sylvestre ne ressemblait pas à la "petite correction trimestrielle" qui "calme" l'hystérie d'une femme qui attend ses règles. Celle contre laquelle on ne porte pas plainte, on ne divorce pas, on accepte une certaine part de responsabilité.

Cette nuit très particulière, dont je ne suis pas encore totalement remise 16 ans plus tard (sinon, je serais remariée), j'ai senti chez lui le désir de m'exterminer.
Je n'ai pas eu mal (anesthésiée) mais très très peur. Le point de non retour.

Ce n'est pas écrit dans mon livre, c'est pourquoi je peux l'ajouter ici. Tandis que j'étais allongée par terre, sans plus pouvoir bouger ni parler, je l'entendais. J'entendais sa voix mais sans pouvoir ni bouger ni répondre.
Et j'ai pensé soudain :
"Il va m'achever. Il va me soulever, à demi inconsciente et paralysée, il va me jeter par la fenêtre et dire ensuite que je me suis suicidée".

Quand tu en arrives-là, je ne crois pas que tu puisses parler de responsabilités partagées.
C'est comme si l'éléphant s'exclamait après le décès de la grenouille :
"Oui, je l'ai écrasée, elle me chatouillait".
Cet homme me faisait peur depuis longtemps. Je me suis défendue comme j'ai pu pendant des mois de ses attaques verbales et physiques car je suis orgueilleuse et je sais ce que je vaux. Il n'était plus prévenant ni gentil depuis longtemps, mais nous avions deux enfants petits en commun et moi, pas encore mon diplôme. Lui venait de l'obtenir. Il me restait un an d'études.



On ne sait jamais l'intimité d'un couple. C'est pourquoi lis la suite. J'ai pris des notes au jour le jour sur la fin de mon couple, puis les ai résumées pour pas saouler le lecteur.

Mais TOUT est vrai.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Lun 27 Aoû - 14:04

Le père de mes deux fils m'a fait le coup du lapin un 31 décembre.
Mes vertèbres cervicales ont morflé. La natation en brasse et la tête hors de l'eau, faut pas que j'en abuse et la moto, maintenant, le casque me semble lourd et les accélérations brutales douloureuses.

Le père de mes enfants m'a flingué une oreille et la colonne vertébrale.

"Passionnellement".

Où sont mes torts à moi ???

Il s'est remarié de suite, il la connaissait d'avant notre divorce.

Moi, je n'ai jamais pu reconstruire un couple.

Et tu parles, MP, de torts réciproques ???

Il y a des femmes qui n'ont même plus de dents, faute d'avoir pris de grands coups de poing dans la tronche.

Une tous les trois jours décède en France sous les coups de leur tortionnaire.
Leur Homme, leur Mec !!!

Et toi, tu oses écrire qu'elles l'ont cherché ???





Me fais pas rire, j'ai mal au coude.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Lun 27 Aoû - 15:54

Je vous semble peut-être sexy dans mon pyjama en satin de l'intro.

Une douce geisha....

Une salope qui suce....

Non.


Nikita la tueuse, la louve, le rouge, je suis.

Nikita la joueuse qui protège à donf ses enfants depuis vingt ans: les deux garçons pour en faire des hommes riches et puissants et ma jolie petite jolie pour ...

Elle, je ne sais pas.

Je voudrais qu'elle trouve un bon mari et qu'elle ne s'exténue pas au turbin.
Une femme, c'est nul dans le job à donf. Un mi-temps serait idéal.


Je suis super basique : les hommes doivent assurer et les femmes procréer.
Allaiter, l'esprit libre.


Pas trop de bousculade. Les enfants sont l'avenir. Ne l'oubliez jamais.
Il faut rester très vigilant.

A cause de la conjoncture, il faut pas en faire trop, il faut pas pondre comme la faisane.
Juste deux à trois bébés qui ne le resteront pas, avec un père sympa.

Et du mi-temps aux mamans pour qu'elles se sentent un peu tout.

Un peu de fric qu'elles gagnent sans devoir supplier leur jules, une place dans la société, des sorties, une vie socialement active mais pas démentielle, pas exténuante.

Ni PDG ni bonniche.

C'est mon crédo depuis vingt ans. Maman ne doit pas rester tout le temps à la maison. Faut qu'elle s'aère, sinon, elle nécrose son arbre de vie.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Lun 27 Aoû - 18:32

Jamais plus de mariage. La paix !

Bogoss il dit qu'il m'aime et vrai qu'il est parfait.

PARFAIT.

J'en reviens pas tant il est beau et doux et puissant et tout : à la fois féminin masculin, c'est dingue, mais je suis Hors sujet.

Je crois qu'on peut m'aimer alors je crois à ses déclarations d'amour, ses preuves d'amour, je les constate.

Je raconterai plus tard Deauville parce que je l'attends ce soir comme tous les soirs et que le sujet du jour, finalement, est encore tombé sur la violence conjugale sur ce topic.


Y'a pas que le malheur et la médiocrité dans le couple.


Bogoss, on peut pas en parler en cinq lignes.
Il est particulièrement exceptionnel.
Ce Prince Charmant n'existe pas dans d'autres livres que celui que j'écris présentement sur lui.

Il est d'une beauté incroyable, son charme n'a pas d'égal. Une gentillesse infinie s'exale de lui et elle me fait mouiller à peine je le retrouve et tout le temps que je le regarde. Même au tel, je sens une couverture sensuelle, comme du velours, de l'humour, on se marre, je jouis sur Free gratos, quasi.

Ses yeux bleus (pourtant je suis pas fan), son sourire, ses dents nickel, son torse musclé...

Mais je suis Hors Sujet.

Son corps......... Son regard, son sourire, sa voix...

Et son intelligence, son esprit d'à propos... Je ne m'ennuie jamais en sa compagnie. JAMAIS.

En trente cinq jours, j'ai passé plus de temps avec lui qu'avec tous mes amants réunis. Et j'ai pris tous les risques.
Sans me lasser, au contraire. Je l'attends ce soir avec impatience. Plus j'avance avec lui et plus je veux prendre de risques.
Il me réveille, il me transcende, tout me bouleverse en lui, j'en veux et je le bouffe la nuit comme une "menthe réligieuse".

On va bien manger ce soir, il va venir les mains pleines de bonnes choses qu'on va cuisiner ensemble, mes enfants seront contents et très vite rassasiés.

Et puis on va baiser.............................................................................

En quelques nuits depuis qu'il m'a dit OUI, j'ai davantage jouis que le restant de ma vie.

Pardon le père de mes fils, pardon le père de ma fille, pardon les autres...
Désolée


Ou merci

J'ai enfin trouvé mon Nirvana.

Mais jamais plus je ne me marierai.

Bogoss, je te veux pour toi, pas pour un parchemin gominé.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Lun 27 Aoû - 23:41

Admin a écrit:
Le père de mes deux fils m'a fait le coup du lapin un 31 décembre.
Mes vertèbres cervicales ont morflé. La natation en brasse et la tête hors de l'eau, faut pas que j'en abuse et la moto, maintenant, le casque me semble lourd et les accélérations brutales douloureuses.

Le père de mes enfants m'a flingué une oreille et la colonne vertébrale.

"Passionnellement".

Où sont mes torts à moi ???

Il s'est remarié de suite, il la connaissait d'avant notre divorce.

Moi, je n'ai jamais pu reconstruire un couple.

Et tu parles, MP, de torts réciproques ???

Il y a des femmes qui n'ont même plus de dents, faute d'avoir pris de grands coups de poing dans la tronche.

Une tous les trois jours décède en France sous les coups de leur tortionnaire.
Leur Homme, leur Mec !!!

Et toi, tu oses écrire qu'elles l'ont cherché ???





Me fais pas rire, j'ai mal au coude.

ce n'est pas ce que j'ai voulu dire
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Mar 28 Aoû - 15:25

Fin de la parenthèse, suite du récit :

LA NUIT DE LA HONTE




L’exagération familiale atteint son paroxysme lors du voyage de noce. Dès lors, le fossé ne cessera de se creuser entre Victoire et la Smala.
La jeune mariée tient à sa lune de miel. Avec un seul salaire, puisque Philippe est encore seconde classe, les Bahamas sont inenvisageables. Aussi Victoire accepte-t-elle de bon cœur la proposition de Julien, le frère cadet de Phil : partager la centaine d’hectares d’une propriété Corse. Les deux villas, indépendantes, respecteront l’intimité des deux jeunes couples, les deux enfants, Nicolas et Sarah, pourront jouer ensemble. Victoire admire la bonhomie de Julien, envie la nonchalance d’Isabelle. Aussi blonde que Vic est brune, Isabelle fume aussi et ne refuse pas l’apéritif. C’est une rescapée aussi. Une goy qui a vécu sa grossesse dans le silence. Au point qu’enceinte, Vic ne se doutait pas que son Nico hériterait bientôt d’une cousine. L’ostracisme crée des liens. Et Vic est reconnaissante à Isabelle, l’arrivée de Sarah, apprise par tous le jour de la naissance, a quelque peu distrait les beaux parents.

Donc Victoire est heureuse. Les montagnes grises du cap Corse, le vent marin, le pastis et le basilic, les gazouillis des deux bébés, le chuchotement de la cocotte-minute, la fraîcheur des soirées de septembre, la nuitée qui tombe d’un coup, tandis que le désir s’aiguise, l’ensemble est harmonieux, sensuel, magnifique.
Pour la première fois, Victoire partage la vie de Philippe. Et curieusement, tandis qu’ils n’ont plus le moindre souci, et malgré le décor enchanteur, leurs deux humeurs ne coincident pas. Comme si décalées.
Philippe reproche en permanence. Les cigarettes, l’éducation de Nico… Il juge sa femme trop sévère, il découvre son fils et revendique ses droits de père. De père gâteau, et Victoire n’approuve pas. Il la traite de «vipère aux poings», elle le trouve laxiste. Craint qu’il ne sabote son patient travail, effectué en solo jusqu’à présent. Elle est sévère, peut-être, mais son fiston ne touche pas aux prises, n’avale pas les cailloux, ne se blesse pas, mange et dort à la demande. Nicolas n’est pas chiant, elle s’est donné du mal pour qu’il en soit ainsi et refuse les critiques.
Philippe se sent exclu et Victoire lui rappelle sa faute : Charles l’avait pistonné, s’était bougé pour qu’il effectue son service à Paris, dans l’enceinte du Val-de-Grace. Il n’avait qu’à bien se tenir pendant ses classes, elle ne l’avait pas poussé à frapper ces deux types, à investir leur caisse, à dégobiller dedans, à lever la main sur les forces de l’ordre appelées à la rescousse. Lui profite du tabac et la traite de toxico. Il profite du pastis et la traite d’alcoolo, et ils repartent sur Nico, et la bévue de l’armée, et n’en finissent pas, ne se retrouvent pas.
Puis Philippe regrette, et Victoire se flagelle, allume une é-nième cigarette, dévore Françoise Dolto, se rassure comme elle peut. Vipère aux poings, vipère aux poings… Où est ENCORE l’erreur ?…

Julien a invité l’autre frangin, l’aîné, qui débarque au quatrième jour avec sa femme Sophie.
Simon, Sophie, profitent, l’espace d’un long week-end, puis repartent. Sophie est adorable mais Simon joue le pacha. Les femmes cuisinent, s’occupent des enfants, dressent puis débarrassent la table. Simon pinaille, parce qu’il manque un rien de sel, parce que le soleil chauffe, ou qu’il ne chauffe pas.


Un soir, au crépuscule, Victoire croit rêver. N’a-t-elle pas surpris Samuel dans le garage ?… Non, ce n’est pas possible !!! Elle s’est rendue malade et Philippe a raison : réduire le pastis !…
Pourtant, quelques minutes plus tard, c’est la voix de Rachel qu’elle entend de loin. La voix de Rachel dans l’autre villa, celle de Julien.
Les beaux’p viennent d’arriver, dans une voiture de location qu’ils rendront le lendemain, les beaux’p s’installent pour huit jours !!!
Vic n’a pas le souvenir de les avoir conviés. Julien, en aparté, avouera que lui non plus n’a pas lancé l’invitation. Non, non, ils sont venus sur les conseils avisés de Simon, et grâce à l’itinéraire de Simon :
«Vous verrez, il fait beau et le jardin est vaste, et la grande maison accueillante…»
Patatras ! Adieu sensualité, pastis et basilic, madame belle-mère se pose là, avec ses brioches, confectionnées pour les bébés, les bébés uniquement, «ses» bébés qui lui manquaient tant !… Avec son épaule d’agneau, et sa suprématie, et sa pâte à pizza, et ses et ti et ta…
«Mon fils, tu es palôt, profites-tu du soleil ?»… «Isa, vous devriez changer Sarah»… Monsieur beau-père n’hésite pas non plus : «L’apéro ?… A midi ?… Déjà ?…»
Voilà, voilà, Victoire est reléguée dans la petite maison. Les festivités jusque tard le soir se déroulent de l’autre côté. La famille Lévy s’est retrouvée et Vic n’a plus le droit de l’ouvrir. Surveille le dodo de son fils dès la tombée du jour, tandis que son mari déguste le dernier café avec les siens, dans l’autre villa, à quelques mètres mais si loin…
Et Vic essuie les scènes, parce qu’elle ne marche pas et qu’elle doit se plier. Si elle n’est pas contente, qu’elle vire, mais Nico restera !…

Madame belle-mère a gagné. Lorsqu’ils repartent, les deux époux ne se regardent même plus, ne se battent même plus.



Maman ne dramatise pas. Attend son heure.
Lorsque papa reviendra pour de bon, les angles s’arrondiront.
Puisque ces deux-là s’aiment, n’est-ce pas ?
Et l’Amour est miraculeux, n’est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Mar 28 Aoû - 15:30



Victoire vient de finir son premier livre. A présent, elle vit avec Philippe dans un appartement splendide, spacieux, ultra moderne, avec des bow-windows en guise de fenêtre. Ils sont tous deux en troisième année d’internat, lui en radiologie, elle en biologie. Ils sont à peu près riches, en tous cas, Philippe effectue des remplacements le samedi et sa femme peut s’offrir le luxe d’une nourrice plein temps. Nico va à l’école et rentre le midi déjeuner avec son frangin David, de vingt mois son cadet et que Philippe n’a pas refusé. L’enfant légal est bien passé et Vic, entre ses trois garçons et dans un relatif confort, peut enfin assouvir son fantasme secret : écrire.

Elle a commencé à onze ans. C’est une seconde nature qu’elle aurait aimé exploiter mais ses parents espéraient mieux. Victoire a toujours été première de sa classe et à l’époque du bac, l’avenir passait par les mathématiques. Elle s’est donc résignée, a décroché la mention scientifique et s’est inscrite en médecine. Elle écrit comme l’on respire sans se douter qu’un jour, à 29 ans, elle écrira pour respirer. Le carcan médical l’étouffe. Son mari reçoit revue sur revue, ne parle plus que de sa carrière : «Le patron m’a promis un poste de chef pour l’année prochaine… Le gosse avait une tumeur frontale… Tu te rends compte : réveillé en pleine nuit pour une rage de dent !!!…»
Victoire sublime. Elle s’ennuie à mourir au boulot, elle s’ennuie à mourir le soir, lorsque les enfants couchés, la table débarrassée, Philippe sort «pour se détendre» ou s’enferme dans son bureau pour progresser, tandis qu’elle se reproche son manque d’ambition. Victoire sublime, s’invente des histoires, se procure une machine, les tape et en septembre 1990, se lance dans la tournée des éditeurs. Elle a enfin fini son vrai vrai premier livre. Elle est descendue à la cave rechercher ses essais, s’est étonnée, à 29 ans, d’avoir déjà tout un carton d’essais. Elle n’a pas eu le courage de se faire la totale, trop de lignes lui brouillaient la vue, trop d’époques lui semblaient désuètes, en somme, à haute dose, sa prose l’indigestait.

Elle commence par Julius Delta et dès son coup de fil, obtient un rendez-vous. Une certaine Germaine le Buisson répond : «Passez me voir, un après-midi entre 14 et 18 heures, je vous prendrai entre deux entretiens.»
Une voix posée, bienveillante, très distinguée, celle d’une femme de la cinquantaine qui semble connaître le métier. Victoire ne se fait pas prier, se pointe à heure non dite au rendez-vous cadeau.
— Si vous voulez bien me suivre, propose la voix en tailleur style Chanel et qui découvre Vic, toute petite enfoncée jusqu’aux genoux dans l’un des confortables fauteuils de l’entrée. Vic se bénit d’avoir chaussé ses perles. L’instant est mémorable et le hall imposant.
L’entrevue dure 25 minutes. Victoire se présente, médecin patati, vocation contrariée patata, revanche, revanche… Au final, madame le Buisson lui lance : «Vous êtes croyante, n’est-ce-pas ?
Vic répond oui pourquoi.
— Parce que depuis votre arrivée, depuis que vous me parlez de votre livre, c’est votre foi qui transparaît…
— C’est vrai, d’ailleurs, j’ai failli citer Dieu page 99, voyons… Quand Martin apprend… Attendez…
Elle veut trouver la page mais elle sent la bienveillance du regard cesser de la caresser. Elle n’insiste pas :
— J’avais une jolie histoire à raconter sur Dieu, mais ce sera pour le tome deux.
— Comment voulez-vous raconter la suite si votre héroïne est morte ?
— Ah non !!! Elle n’est pas morte ! Elle s’est suicidée mais elle n’est pas morte !!!
La femme lui prend le livre avec beaucoup de respect : «Nous vous communiquerons la décision de notre comité de lecture sous deux mois.»
Vic serre sa main très fort. Elle est confiante.

En sortant, elle fonce chez Tallendier. Elle a été prévenue par téléphone : «Dans notre Maison, nous n’accordons pas d’entretiens privés.» Mais Vic est audacieuse, pire, elle ne craint rien, ni la honte, ni les coups, ni le mutisme de la porte cochère. Sans rendez-vous, elle frôle pourtant l’inconvenance : «Pourriez-vous m’adresser au responsable de l’édition ?»
— C’est à quel sujet ? répond la standardiste au regard de poisson.
— A propos de CA, annonce l’effrontée, désignant l’exemplaire jusque là serré sur son ventre.
— C’est un manuscrit à déposer ?
— Oui, c’est à déposer… Mais ce n’est pas un manuscrit, c’est bien plus précieux qu’un manuscrit, c’est un BEST-SELLER !
La fille, ébranlée, balbutie :
— Mademoiselle, dans notre Maison, nous n’accordons pas d’entretien privé.
— Ah bon ! Dommage ! Parce que je viens de rencontrer madame Julius Delta, et elle m’a pris le livre, et elle va certainement me proposer un contrat, et je vais accepter, alors que c’est chez Tallendier que je veux publier et pas ailleurs !
La fille est médusée :
— Bon, écoutez, je vais voir ce que je peux faire… Et elle s’éclipse.
Victoire prend l’air j’m’en fiche en attendant. Puis une petite jeune femme se poste devant elle. Elle lui répète qu’ici, on n’accorde pas de rendez-vous privé, mais elle écoute la pub, poliment, feuillette quelques pages puis repart avec le chef-d’œuvre.

Vic s’offre un verre à l’Escurial. Elle est déjà célèbre. Riche, aimée et célèbre.


Paris, le 9 octobre 1990

Madame,

Deux lecteurs de notre maison ont lu le manuscrit que vous avez bien voulu nous adresser. Ils n’ont pas cru devoir nous en recommander la publication, votre texte se situant trop loin, selon eux, de ce que nous cherchons dans le domaine du romanesque. A partir de là, nous n’aurions pu que mal le défendre, l’engagement de tout un comité étant la condition d’un possible succès.
Avec nos regrets de ne pouvoir répondre à votre attente et en vous souhaitant bonne chance chez un confrère, nous vous prions de croire, Madame, à nos sentiments les meilleurs et bien attentifs.


Vic reçoit son manuscrit accompagné de la lettre huit jours après avoir déposé le colis aux éditions Gontran. Huit jours, elle se rassure, ils ne l’ont pas ouvert…
Et elle n’avait pas envie de paraître chez Gontran.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Mer 29 Aoû - 5:51

Admin a écrit:
Pour te répondre, PM, mon mec n'a pas été entaulé. Il a même bénéficié d'une énorme indulgence des juges lors des deux procès ("coups et blessures volontaires graves" et "divorce pour faute").

J'en suis restée estomaquée mais j'ai entendu cette phrase le jour du premier procès :
"Quelle passion !"

M'aimait-il "passionnément", mon mari, le père de mes deux fils, pour me frapper avec une telle "passion" ?

Qu'il me fiche une claque tous les trois mois passait encore (et encore...). Peut-être l'avais-je cherchée, cette gifle de plein fouet (il m'a flingué la chaine des osselets de l'oreille droite : j'entends pas vraiment bien de ce côté et ne supporte plus le grand froid, casquette à la Gavroche, obligatoire, en décembre à Paris, sinon, je souffre le martyre).


Mais ce que j'ai lu dans son regard cette nuit de la Saint-Sylvestre ne ressemblait pas à la "petite correction trimestrielle" qui "calme" l'hystérie d'une femme qui attend ses règles. Celle contre laquelle on ne porte pas plainte, on ne divorce pas, on accepte une certaine part de responsabilité.

Cette nuit très particulière, dont je ne suis pas encore totalement remise 16 ans plus tard (sinon, je serais remariée), j'ai senti chez lui le désir de m'exterminer.
Je n'ai pas eu mal (anesthésiée) mais très très peur. Le point de non retour.

Ce n'est pas écrit dans mon livre, c'est pourquoi je peux l'ajouter ici. Tandis que j'étais allongée par terre, sans plus pouvoir bouger ni parler, je l'entendais. J'entendais sa voix mais sans pouvoir ni bouger ni répondre.
Et j'ai pensé soudain :
"Il va m'achever. Il va me soulever, à demi inconsciente et paralysée, il va me jeter par la fenêtre et dire ensuite que je me suis suicidée".

Quand tu en arrives-là, je ne crois pas que tu puisses parler de responsabilités partagées.
C'est comme si l'éléphant s'exclamait après le décès de la grenouille :
"Oui, je l'ai écrasée, elle me chatouillait".
Cet homme me faisait peur depuis longtemps. Je me suis défendue comme j'ai pu pendant des mois de ses attaques verbales et physiques car je suis orgueilleuse et je sais ce que je vaux. Il n'était plus prévenant ni gentil depuis longtemps, mais nous avions deux enfants petits en commun et moi, pas encore mon diplôme. Lui venait de l'obtenir. Il me restait un an d'études.



On ne sait jamais l'intimité d'un couple. C'est pourquoi lis la suite. J'ai pris des notes au jour le jour sur la fin de mon couple, puis les ai résumées pour pas saouler le lecteur.

Mais TOUT est vrai.

je te crois.

Le divorce est certainement arrivée trop tard.
C'est vrai que la violence, surtout quand ses conséquences sont irréversibles, est intolérable.
Tu as fait ce qu'il fallait faire.

En revanche je m'interroge toujours sur l'origine de la violence.
Le violence gratuite est très rare.
il y a toujours un mobile. Il faut le trouver.

Ton premier mari a du se retrouver une compagne. Est-il ausi violent avec elle?
Si oui, excuse moi de mes interventions. Tu n'as simplement pas eu de chance.
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MessageSujet: Est-ce du racisme ?   Jeu 30 Aoû - 10:43

Je n'aurais pas pu me marier à une juive.
Je suis absolument contre les mutilations sexuelles.
Si j'avais été toi, j'aurais refusé.
Sans l'accord de la mère cette opération contraire aux droits de l'Homme et de l'enfant est impossible.
cette tolérance crasse de notre société est une insulte au respect de l'intégrité physique de chacun.

Si le gamin avait été circoncis en douce, je fearis mettre tous les responsables en taule.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Jeu 30 Aoû - 11:42




Marie-Florence est infirmière et par un curieux hasard, elle écrit elle aussi. Par un hasard plus curieux encore, elle vit avec le fils Bellefontaine, des éditions Bellefontaine.

Marie-Florence est une jolie black, menue, à la voix douce et aux gestes gracieux. Elle a invité Vic à dîner un soir, pour qu’elle présente à son «ami» un exemplaire de son roman. Il est de bon conseil et il pourra l’aider. Trop heureuse de l’aubaine, Vic a immédiatement accepté. Elle n’est rentrée qu’à deux heures du matin et Philippe a filé se coucher aussi sec. Il n’a rien voulu entendre du compte-rendu de sa femme. D’ailleurs, depuis qu’elle s’est mis dans la tête de publier, il est insupportable. Il planche sa thèse dans son coin, ne rentre plus qu’un soir sur deux. Sa thèse qui est unique au monde, qui va paraître dans le «Radiologic journal of…»

Le lendemain, à table, Vic n’est pas très loquace. Philippe se croit permis d’ironiser :
— Ca y est : tu vas nous faire la gueule pendant quinze jours !…
— Pas du tout, répond-elle vivement, je n’ai pas de raison de m’inquiéter : tu réalises ? J’ai déjà trouvé l’éditeur !
— Je te ferai remarquer qu’il ne t’a pas dit qu’il prendrait ton livre.
— Il veut que je le corrige. Il a raison, c’est pas sorcier de corriger.
— Même si tu le corriges… Tu lui as posé la question texto : «Me le prenez-vous si je le corrige ?»
— Non.
— Tu aurais dû : c’est la seule chose à savoir. Pas la peine de te casser le cul pour lui s’il n’a pas l’intention de te publier…
— Mais il a raison ! Sous cette forme, ce bouquin est un torchon ! Il faut absolument le reprendre.
— Aucune chance.
— Comment ça aucune chance ?
— On ne s’improvise pas écrivain du jour au lendemain.
— Mais j’ai TOUJOURS écrit !
— …
— Tu veux dire que ça ne marchera pas ?
— Non.
— Eh bien d’accord ! Bravo ! Moi, j’y crois encore ; c’est juste une affaire de corrections …
— Mais s’il t’a dit que l’histoire était bonne pour te faire plaisir ?… S’il le trouve archinul, ton truc ?…
— Il n’est pas archinul.
— Bof.
— Ah bon ? Tu le trouves nul maintenant ?
— En tous cas, personne n’en veut.
— C’est dingue ça !!! «Personne n’en veut» alors que lui seulement m’a répondu !… Tu exagères !!! Tu dis : «Qu’est ce qu'il te prend de vouloir faire du littéraire ?» Tu dis : «Il faut savoir si tu veux signer un best-seller ou entrer dans la postérité»… Tu dis : «Frédéric Dard utilise un maximum d’expressions populaires et t’as vu à combien il vend ?»… Alors, que me conseilles-tu au juste ?
— Essaie de publier ton livre tel qu’il est écrit et rappelle le mec pour connaître ses vraies intentions.



Philippe ne veut pas que Victoire s’y remette parce qu’il a peur de ne pas pouvoir finir sa thèse tranquille.




Madame,

Notre comité de lecture a pris connaissance du manuscrit que vous avez bien voulu nous envoyer. Il ne nous sera malheureusement pas possible de le retenir pour nos prochaines publications. Les qualités littéraires de votre ouvrage ne correspondent en effet pas à nos critères de selection.

Tapée le 22 octobre. Reçue le 25 au matin.


Victoire nécrivait plus parce que même prévenue, elle a souffert.
Gontran : non ; Bellefontaine : non ; Tallendier : non… Elle commence à s’inquiéter. Le professionnel a donc raison : moins d’adverbes, moins d’adjectifs, moins de clichés, moins de grossièretés, Victoire se corrige.

Pour son frère Maxime, le refus de Tallendier serait dû aux fautes de syntaxe, concordance de temps etc… (pourtant il y en a peu), mais surtout au cul. Et en poussant plus loin, pas à l’abondance des scènes de cul, mais à leur maladresse. A entendre par maladresse : banalité et vulgarité. Pourtant, si Victoire ne touche pas à la trame, pour le satisfaire, il suffirait qu’elle enlève quelques mots : «limais, dégoulinante, sexe dans sa bouche, ses trois trous… »
Elle ne peut s’y résoudre. Elle n’est pas convaincue qu’un livre puisse être refusé pour ça et elle aime parler de sexe comme ça. Ces passages-là avaient été rédigés pour Philippe, sinon il aurait décroché. Et puis Vic a envie de faire du bruit, de choquer, de casser la baraque. Elle souhaite une célébrité brutale, immense, nauséabonde, elle a envie de puer le souffre, d’engendrer la polémique :

— Moi je trouve qu’elle parle très mal de cul.
— Ce n’est pas vrai : elle appelle un chat un chat.
— Une chatte une chatte, voudrais-tu dire.
— Oui, mais c’est bien vu… Excitant même.
— Tu trouves ? Moi ça me donne envie de vomir. Elle aurait écrit : «Je chie et je m’essuie», ça m’aurait fait le même effet…
— Vous discutez de quoi ?
— Du bouquin «Le soleil Rose», de Victoire Lévy.
— Et alors ?
— Alors je n’ai pas pu finir tant sa façon de parler de sexe m’indispose.
— Je ne suis pas d’accord, moi j’ai trouvé ça bien. Courageux, même.
— «Le soleil Rose» tu dis ? Tu pourrais me le filer ?…

Voilà, elle a envie qu’on parle d’elle. Tout le monde.
En fait, elle n’est plus sûre d’y croire encore. Editée, c’est bien joli, mais pour passer une fois à «Ex-Libris» et rester dans l’anonymat le plus total, vendre 4500 exemplaires (un centième de son pied-à-terre en Espagne) et avouer plus tard à ses petits-enfants : «Quand elle avait votre âge, mamy a écrit un roman… Si, si…»
— Et qu’est-il devenu ?
— Pas grand-chose… Et avec un clin d’œil : «Il ne s’est pas très bien vendu…»
Autant n’avoir rien fait.

David babille devant la glace. Il s’amuse à poser le carnet d’adresses grand ouvert sur sa tête, comme un chapeau, et se regarde en répétant : «A ya ya ya, A ya ya ya, pfi, A ya ya ya…» et il rigole, devant le petit monstre qui fait pareil de l’autre côté. Nico joue dans sa chambre. Actuellement, il éprouve une passion démesurée pour les motos. Une fois par mois, maman l’emmène au Prisunic en acheter une. Il en a maintenant quatre mais a déjà perdu trois guidons et a oublié à l’école la verte, sa préférée. «C’est pas gave, c’est pas gave…» commente-t-il invariablement. Qu’il renverse son assiette pleine de nouilles ou qu’il s’oublie dans sa culotte, il prononce, maladroitement, la phrase rituelle, et maman ne gronde pas, puisque ce n’est pas grave, n’est ce pas ?

David a posé sa main sur le cahier de Vic. Il veut attraper son stylo, un Mont Blanc que Philippe lui a offert pour Noël l’an passé : «Man ? … Bababa… Bababa.» Il se saisit des lunettes sur la table de nuit, les chausse : «Cocou Cocou !» dit-il au p’tit bonhomme qui le regarde dans le miroir. Puis il les jette sur le lit «Ra !», s’attaque au téléphone «Mm Mm Ya Ya Ya Ta !»
Un petit trou derrière, il y glisse son index droit, recule, puis y glisse le gauche, déçu. Il s’assied au bord du lit, soupire, attrape son biberon vide, le secoue, le jette par terre : «Bar, bar, bar, Caco, caco…»
Vic se lève lui donner à boire.




Il y a des jours où le cœur s’arrêterait volontiers de battre.
Mais le cœur ne décide pas.
Et c’est tant mieux, s’il y a des enfants.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Ven 31 Aoû - 19:37

Philippe commence une politique de réconciliation.

Cette nuit, il s'est couché nu et Vic a senti à plusieurs reprises son corps la
chercher sous les draps. Ce n'est pas trop tôt si l'on sait que la scène a
éclaté la semaine dernière. Parce que monsieur, non content de s'offrir le
cinéma avec ses amis, ne voyait pas d'inconvénient à les recevoir d'abord chez lui. Pour Christophe, l'inéluctable, Vic admettait le réflexe mais lorsque Pierre et sa nouvelle Hélène ont appelé pour se joindre à eux, Vic a vu rouge.

Elle n'est pas la baby-sitter du médecin macho qui s'évade en goguette. Elle n'est pas la vieille tante bénévole non plus, elle aurait bien aimé participer à la fiesta et Philippe ne réalise pas qu'en l'abandonnant sur le palier, après un verre et le smack conjugal, il risquait de lui gâcher sa soirée pour de bon, les enfants endormis, l'Hélène à croquer et Vic laissée pour compte, cheveux gras et chaussettes en accordéon. Non, pas question. Pas question de jouer à l'épouse conciliante, va rigoler dehors, bonhomme, mais ne m'impose pas le spectacle !

Vic s'est donc révoltée et Vic s'est pris une grande claque dans la figure.
Philippe n'est finalement pas sorti, le gentil couple est sagement resté à la
maison, Philippe avec sa honte et Vic l'oreille en feu.

Le jour-même, férié, la famille Lévy s'en était allée promener. Chez Mac Donalds puisqu'avec les enfants, on peut y déjeuner tranquille. Sur le trajet, Philippe s'était permis quelques confidences grivoises. Son «humour» de mari comblé, de père comblé, de médecin comblé : il avait avoué, en passant devant la Closerie et sur le ton de la confidence, qu'il y invitait ses petites externes, qu'il y branchait à l'occasion la patronne, qui ne s'offusquait pas, la garce, et dans la foulée, il avait cité l'Hélène, bandante et bien galbée, et fine et drôle, et il avait conclu : «Toi, tu as vu la gueule que t'as.»

Vic avait sa gueule habituelle. Par manque de temps -parce que Philippe a la fâcheuse manie de remuer son monde à la dernière seconde- elle avait fait l'impasse sur les rouleaux, le masque et le vernis à ongle. Donc elle ne répond pas, elle sait qu'elle est jolie, même à peine maquillée, si lui ne le voit plus, c'est qu'il le fait expres.

C'est pourquoi, ce jeudi soir férié, explose-t-elle.
Parce qu'elle le trouve gonflé, à force. Parce qu'elle souffre de l'entendre
ainsi cracher dans la soupe, et qu'il débarque à l'improviste chez l'Hélène, et qu'il la saute, le cheveux gras et la chaussette en accordéon, une bonne fois pour toutes !
Et elle se prend sa grande claque sur l'oreille.
Ce n'est pas la première. Ce ne sera pas la dernière.


Victoire revient de chez Marie-Florence.
Elle a confié les cinquante premières pages corrigées de son livre et elle est invitée ce soir pour le verdict. Marie-Florence, un peu gênée, s'excuse :
«l'ami» a été agréablement surpris, le travail est sérieux mais non merci, pas le genre de la maison Bellefontaine.
Victoire sauve la face, évidemment qu'elle peut faire mieux, il suffit de s'y
remettre, mais son choc est massue.

Lorsqu'à 21 heures, René-Yves rejoint les deux femmes, c'est à peine s'il la regarde, vachement supérieur, il allume la télé et se poste devant, le silence doit suivre.

- Si vous n'en voulez pas, il n'est peut-être pas nécessaire de continuer les corrections.
- Tu rêves ! Le maximum que tu feras sera toujours en dessous de ce qu'ils désirent.
- Même chez Lartebille ?
- Lartebille ne te publiera pas.
- Même chez Vertex ?
- Vertex, peut-être...

Le dialogue est crié, Victoire est dans l'entrée, prête à partir et lui dans son bureau. Devant un tel dédain, l'optimisme déjà bien entamé achève de s'écrabouiller sur les rayonnages croulant de livres. La voix enrouée, elle remercie. D'autant que le fils Bellefontaine, des éditions Bellefontaine, lui a prêté un roman de femme, très «bien écrit», pour qu'elle apprenne. Vic le commence dès le taxi.

Comme par magie, elle se réveille intacte le lendemain. Elle préfère s'imaginer que René-Yves est un couillon qui ne comprend rien à rien. Elle appelle Lavil, une autre grande maison dans laquelle elle a déposé son «torchon» il y a déjà un mois et demi.
Le «Soleil Rose» a été soumis au comité de lecture le 27 septembre et la
standardiste ne peut rien dire d'autre. Il faut attendre, attendre encore, mais c'est l'espoir qui stimule Vic.

Et la bouchère se croit maligne :
- Alors, ce livre ? Ca avance ?
Idiote de lui en avoir parlé. Si d'ici deux mois, pas de contrat, elle
envisagera de changer de boucherie (et c'est dommage, la blonde commerçante a toujours une petite tranche de jambon à offrir aux enfants.)


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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Dim 2 Sep - 16:11




Coup de théâtre ! Vic s’est pointée chez Tallendier, la jeune femme de l’autre fois l’a reçue. Elle n’a pas lu le livre, elle assure juste la publique relation. Coup de théâtre parce que d’emblée, elle dit :
— Bon, alors, pour ce qui est du style, y’a rien à vous reprocher.
— Quoi ? s’étrangle Victoire.
— Pour ce qui est du vocabulaire, de la syntaxe, de la construction des phrases et de l’enchaînement des idées, nous n’avons aucun reproche à vous faire…
Vic tombe des nues (cliché). La fille continue :
— En revanche, nous n’avons pu accepter le manuscrit, le lecteur a jugé insuffisante la progression de l’intensité dramatique. Trop de redites dans la seconde partie.
— Et si je la reprends, cette seconde partie, pourriez-vous de nouveau soumettre mon livre ?
— Sans aucun problème.


Dès lors, Victoire travaille intensément.


Philippe craque.

Depuis qu’elle a changé de travail, qu’elle dose 800 plasmas par jour dans le plus grand hôpital d’Europe, Victoire s’occupe moins de lui. Et depuis le rendez-vous Tallendier, il ne vit plus avec une femme, mais avec un cerveau.

Il souffre, cet homme. Dès qu’il arrive, trop heureuse de lui laisser les enfants, elle s’enferme dans la chambre pour avancer. Evidemment, elle fume et Philippe n’a trouvé que ça pour exprimer son désarroi.
Hier, le drame a éclaté : «Ohé Bouboule !… Quand est-ce qu’on mange ?...» (Bouboule est le surnom de Victoire, depuis les vingt kilos pris pour David. Pourtant la mère a vite retrouvé sa ligne d’avant-mère, mais le nom est resté.)
Elle se pointe, avenante, veut embrasser la joue de son époux mais l’époux est à vif :
— L’haleine que t’as !!! (allusion discrète à la fumette). Vic ne relève pas :
— On dîne quand tu veux, tout est prêt. Il continue :
— L’haleine de toxico !…
Justement, il tombe mal, elle n’a fumé qu’une tige depuis son retour, il y a au moins une heure. Et vas-y que «j’en ai marre d’avoir une femme comme ça, qui fume à longueur de journée…»
— De toutes façons, tu râles tout le temps : quand je bosse, tu râles parce que je bosse, quand je glande, parce que je glande, quand je suis enceinte, à cause du gros ventre, quand je fume, à cause de l’odeur… OK, j’arrête demain, mais j’ai peur de ce que tu iras inventer après…
Phil ne peut la stopper :
— De toutes façons, il n’y a pas que la nicotine !… Mon bouquin aussi te sort par le nez !… Impossible d’en parler, c’est de la MERDE !… Alors que c’est TOUT pour moi, ce livre, c’est ma résurrection, ma délivrance, peut-être le prix Fémina…

Elle crache le sang, lui, vaguement épaté, se radoucit :
— Je n’ai jamais dit que c’était de la merde, ton bouquin…
Il parvient à la calmer. Mais lorsqu’ils passent à table, il arbore son masque numéro trois, qui affiche : «Je ne suis pas vraiment en colère, juste contrarié, et je n’ai pas grand-chose à raconter». Victoire n’insiste pas. Elle est perplexe quant à la suite des aventures de Lola au Maroc. Doit-elle retrouver le Finlandais ou non ?

Sitôt le bœuf mode englouti, Phil file avant même le dessert bosser dans son bureau. Sa femme pourrait l’y rejoindre, s’asseoir sur ses genoux, le couvrir de baisers —d’autant qu’à la cuisine, il est venu la peloter à plusieurs reprises— mais elle ne veut pas laisser sa Lola toute seule se griller de soleil au Paradis : elle risquerait d’attraper mal.

Et puis Vic garde un mauvais souvenir de leur dernier coït, elle supporte de moins en moins sa brutalité. Pourtant, Philippe n’a pas changé et c’est cette brutalité qui l’a séduite. Le premier soir, il l’a allongée sur le lit, l’a ouverte et l’a pénétrée, sans façons.
Mais en ce moment elle est fragile, sans s’expliquer pourquoi. Elle aimerait qu’il soit plus doux. C’est tellement lui, cette fougue au lit ! La refuser serait tout refuser et elle veut le garder.
En tous cas, cette nuit-là, elle ne va pas le surprendre dans son bureau.
Avec délectation, elle retrouve les malheurs de son héroïne où elle les avait laissés et réfléchit à grands coups de cigarettes.

Le lendemain, comme par enchantement, elle avait dénoué le nœud gordien. Elle savait comment finir son histoire, les mots sortaient en flux de son Mont Banc, telles des évidences, elle n’était que l’outil, obéissait à l’ordre inadmissible, l’ordre inconditionnel de l’écriture.
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MessageSujet: Re: LA NUIT DE LA HONTE   Dim 2 Sep - 16:12

Qu’est-ce qu’un livre ? Rien.

Sinon le souvenir de celui qui n’a pas eu la chance d’aboutir : vivre pour ses enfants.
Faute de mieux, celui-là laisse un livre pour ses enfants.
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