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 Les sept péchés capitaux

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Eve



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MessageSujet: Les sept péchés capitaux   Ven 21 Oct - 21:03

Chap one : L'ENVIE


Camille était au bord de la crise de nerfs.
De larmes, de nerfs.

En arrivant ce matin-là au bureau, la jolie rousse, à huit heure trente précises, commença par filer aux toilettes vérifier son maquillage et se soulager la vessie.
Une fois ses mains dûment lavées, la ligne de ses sourcils domestiquée grâce à un zest de salive, les boucles de ses cheveux réagencées, ses lèvres réourlées au crayon “Rouge Passion”, d’YSL, qui ne quittait jamais son sac (le crayon, pas
l’énigmatique créateur), Camille s’est installée, sagement,
derrière son pupitre.

Lundi matin, après un week-end de repos bien mérité, l’attendait la suite des festivités, les dossiers en cours, agrémentés de nouveautés, concoctées le vendredi soir par son supérieur hierarchique Philippe.

Camille détestait Philippe.
Il était fat, se croyait sorti de la cuisse de Jupiter, lui ordonnait sur un sale ton de plancher des aurores aux vèpres, toujours en urgence, toujours vitaux, les dossiers en cours, toujours en urgence, le résultat, toujours in extrémis.

Il était laid, mais laid ! Un vrai goret !
Le teint rose vif (la couperose), les joues pleines (la ripaille), des yeux sanguinolents (le tabac), peu de cheveux d’une couleur fade (l’andropose), un gros bide amorphe (l’inertie) et surtout, surtout, des doigts boudinés (l’hérédité).
Des doigts saucisse, des ongles rongés (une nervosité certaine sous des airs nonchalants), d’horribles extrémités qui tapaient maladroitement sur l’ordi Mac Mahon de la Société.
Camille s’installe devant le sien, découvre à mesure ce qui l’attend pour la journée à venir de travail chiant, déchiffre les post-it de Philippe :
“ Tu t’es trompée page 3, c’est un antiseptique, pas un antibiotique ! ”
“ Page 8, t’as oublié la ref ! “
“ Page 30, ton schéma de la seringue n’est pas très précis ! “
“ Page 40, rappelles les refs, SVP ! “

En gros, il la traitait de minable, pour quatre modiques erreurs sur cinquante pages.

Camille aurait dû s’en foutre, puisque depuis trois mois qu’elle travaillait pour LMSA, Philippe ne cessait de s’acharner sur elle.
Mais chaque vendredi soir, elle avait hâte de quitter la boutique.
Et chaque lundi matin, elle retrouvait son pupitre avec
appréhension. Ce gros mec et ses ordres de p’tit chef lui filaient la nausée.
Elle aurait dû s’en battre l’oeil, elle gagnait sa vie là, à Boulogne-Billancourt, une demi heure matin et soir de trajet en métro, ses deux grands fils au lycée et sa dernière en crèche (une place de justesse, Camille avait vite repris le taf).
Elle se fatiguait tous les matins à déposer sa fille, se levait donc aux aurores. Les garçons se débrouillaient, à pied, une fois le
p’tit dej’ englouti.

Puis elle prenait le métro, bien habillée, sur des talons et dans de jolies ensembles. A 36 ans, Camille se voulait belle, toujours impec.

Le granc Manitou Patrick Dombre, PDG de la mini-boîte LMSA,
semblait l’apprécier, en tous cas, lui parlait poliment.
Très très galant.
Resto and co.
Il s’est vite mis à la flatter, à la draguer, à glisser une main sous sa jupe.

A venir la baiser, le dimanche après-midi, chez elle.

Ce qui n’a pas plu au roquet... Lequel est devenu de plus en plus aigre, de plus en plus exigeant.
Camille se sentait vénérée, hors d’atteinte, soutenue, le patron de la mini-boîte, divorcé, venait se perdre dans son lit le dimanche.

Mais le lundi, y’avait Philippe qui recommençait :
“ T’as oublié çi, t’as oublié ça ! “
“ Et t’as pas noté ça !”

Camille n’en pouvait plus !
Astérix et Obélix, Ras le bol !
Asterix consommait tandis qu’Obélix ruminait.

CIAO. Elle a donné sa dem, et s’est cassée nantie de deux mois d’indemns et du chomage temps plein six mois.
Auprès du staff, les gentils membres de l’aide à l’emploi, elle a plaidé l’harcellement sexuel.

Et l’air de rien, ça marche !


Philippe lui tournait sans arrêt autour.
Tous les matins (elle arrivait avant lui), fallait qu’il vérifie sa
tenue !
Il soulevait, sans vergogne, sa jupette ou sa robe :
“ T’as mis des bas ou des collants today ? ”

A en rougir !
L’autre, le Grand Manitou, les surprenait.

La honte !

Mais c’était limite drôle !



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Eve



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MessageSujet: Re: Les sept péchés capitaux   Ven 21 Oct - 21:18

Chap two : LA GOURMANDISE


Sonia habite chez ses parents.
Dans le dix-huitième arrondissement (de Paris).
Et elle souffre terriblement.
Tous les jours de la semaine, elle se rend au lycée, pour étudier,
mais elle n’est pas très douée, elle peine.
Assise au dernier rang de sa classe, elle tente d’écouter ses profs, qui rabachent :
“ A + B au carré “, “ Je pense donc je suis “...

Sonia s’ennuie.
Et surtout, surtout, elle crève la dalle !

Dès onze heures, son petit déjeuner à peine digéré, (elle se lève à 7 du mat, s’envoie un gos bol de corns flakes, quelques tartines beurrées et confiturées, un, voire deux verres de lait, du coca...)

Elle se brosse les dents, enfile son informe jogging et
s’engouffre dans le bus 52 qui la ménera au lieu-dit
“enseignement” (Pardon Monsieur, Pardon Madame... Sonia est une fillette bien élevée, polie.)
Elle tente de se faire toute ptite dans ce transport commun
surpeuplé.

Malheur ! Son abri-bus est situé juste devant une boulagerie. Et les effluves de pain aux raisins, de chaussons aux pommes, de croissants chauds lui énervent les narines.
Sonia résiste, résiste !
En attendant, tristement, patiemment, le bus numéro 52.
Elle a faim !
Vivement le repas de midi !



Sonia n’a pas d’ami, ormis Ali.
Personne, ormis Ali, ne lui adresse la parole.
Son lycée est à moitié mixte : beaucoup de filles, de pestes, et peu de garçons.

Sonia n’aime pas les garçons, ils sont vulgaires, elle trouve, et elle entend des fois des commentaires fuser dans son dos :
“T’as vu la vache Meuh meuh ! “
“ Hi, hi, quel look ! ”

Les filles sont dures aussi. Elles se pavanent dans la cour de récré, filiformes, vêtues des fringues Chanel de leurs botoxées de mères.

Et ça crâne, et ça crâne !

Dans la cour de récré, au moment des pauses, Sonia s’envoie le gros cake qu’elle a acheté la veille à Euromarché, pour les p’tits creux.

Elle sait bien qu’elle est laide, obèse, mais elle ne peut s’empêcher de s’empiffrer.
Faut qu’elle bouffe, qu’elle se remplisse, qu’elle engloutisse .

Les études ne l’intéressent pas. Seul son tube digestif la gouverne.
Sonia n’a pas d’amis.
Ormis Ali, l’Arabe qui est très gentil avec elle.

Ils se retrouvent aux récrés, devant le distributeur de “Chocorèves”. Il lui offre galamment un rouleau de dix bonbons. Facile, suffit de glisser une tite pièce dans la fente prévue pour. Et le tube descend, jusqu’à la tirette dessous, étudiée pour.

Sonia, aux anges, des paillettes dans les yeux, accepte le cadeau et le regard doux d’Ali.
Elle vient encore de se prendre une colle, convoquée au tableau par le prof de maths, elle n’a pas sû répondre à ses questions.
L’a regardé bêtement.
Et toute la classe s’est gaussée.
Elle a failli en faire pipi dans sa culotte !
Mais par bonheur, il lui reste encore un minimum de dignité.
Ali lui a tendu un nougat, vite fait, sous le pupitre, pour la réconforter.

Et il l’a même raccompagnée jusqu’à l’arrêt de son bus, le 52, histoire qu’elle rentre chez elle en toute sécurité.

Et il est même monté, dans le bus 52, histoire qu’elle rentre chez elle, en toute impunite.

Ils sont descendus tous les deux devant l’immeuble de Sonia. Ali lui a volé un baiser.
Furtif, une juste caresse, un moment magnifique, suspendu dans le temps.

Sa mère guettait de la fenêtre le retour de sa fille, obèse, difforme, sa fille dont elle avait si honte.

Sa mère s’est énervée :
“ Sale pute ! Tu as vu l’heure “

L”’heure” après tant de douceur !!!


Sonia, muette, supportait calment la réprimande.
Oui, elle avait fauté, elle avait embrassé un garçon sur la bouche.

Et la mama de continuer :

“ Tu n’as pas honte de t’exhiber ainsi ?
Moche comme tu es ?
T’as vu ton corps ?
Une baleine, pire, un cachalot !
Tu rentres même pas dans du 40 !
T’as vu ta figure de goret lisse graisseuse ?
Arrête le chocolat !!!
Tu luis, tu luis !!
On pourrait te repérer dans le noir ! “


Sonia, au bord des larmes, s’est regardée nue dans le miroir de sa chambre. Une fois fois libérée de sa mère qu’avait craché le venin.
Au bord du geste désespéré.
Au bord du suicide.

Oui, elle était grosse. La honte de la famille.
Fallait qu’elle mange.
Tout le temps.
Pour calmer, pour calmer, pour calmer quoi ?
Oui, elle était obèse. Avec des plis partout.

Elle se regardait, les plis du cou, les plis du ventre, la graisse entre les cuisses,
Ah, y’avait du boulot pour reprendre tout ça !
Pas Demi Moore qui veut !!!
Faut les moyens !!

Elle était moche; réellement moche, triste constat sans recours....



Pourtant Ali l’aimait, lui disait des mots doux, la caressait et la humait :
“ Tes cheveux sont magnifiques et tu sens bon, tu sens bon !...”

Une nuit, une fois la duegne endormie, Sonia a décidé de prendre l’air.

C’était ça ou sauter par la fenêtre.

Elle s’est fait un petit bagage,
un tee-shirt
Quatre slips
Un maillot de bain
Une chemise de nuit, en coton
Un pull en shetland
Un jean’ de rechange.

Ali l’attendait en bas,
depuis plus d’une heure
Sur son scooter millesimé.

On les a jamais retrouvés.
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Eve



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MessageSujet: Chap three : LA COLERE   Ven 21 Oct - 21:26

Chap Three : LA COLERE

Il rentre à la maison, les dents serrées. Il n’a pas mangé de la journée. Juste grignoté. Des petits fours au caviar, au comptoir de l’hôtel restaurant Neuilly Auteuil Passy Palace.

Eric est entrepreneur dans les plates formes pétrolières. Il va et vient. Gagne pas mal de sous.
Même que sa femme ne travaille pas.

Elle s’en fout, il assure, son entrepreneur de mari. Elle glandouille. Boit du thé avenue de Villiers, avec ses copines. Ratisse l’avenue Montaigne, colorée Dior, manucurée YSL et
vétue Courrèges.

Cette gentille femme (ils n’ont pas d’enfant), passe ses journées à dépenser.

Il lui faut tout.
“Je jouis, de l’argent, des chaussures de luxe, des fourrures, des bijoux
OUI !
Je jouis et me balade en taxi.
De mon réveil à midi, à mon retour at home sur le coup de 20 heures. “

Mais bon, une fois rentrée, Elsa ote ses chaussures et pense.
Il ne font plus rien ensemble, Eric et elle.
Appart splendide sur les bords de la Seine.

Mais le temps où il lui faisait la cour, assidument...
Où il l’aimait...

Une éternité !

Alors elle se promène et dépense.
Le fric de son industriel de mari absent.
Toujours ailleurs ...

Qui ne la voit plus
Qui ne la regarde plus
Qui ne la caresse plus...
Et qui ne l”honore” qu’une fois par mois, Trois Minutes Trente Chrono.

Elle se promène.
Et rue d’Assas, un soir, elle rencontre un homme.
Plutôt joli, bien habillé, très grand, déguingandé et probablement plus jeune qu’elle. Des traits aristocratiques. Une redingote bleu roi, les manches retroussées sur de belles attaches. Une chemise blanche dont elle n’entrevoit que le col, large. Des bottes noires de cavalier professionnel.
Et ce superbe type sorti d’une BD aphrodisiaque l’aborde !

“Mademoiselle !”

(Elle a plus de quarante ans, bientôt cinquante !)
“Mademoiselle !” insiste-t-il.
“Oui ?” s’étonne-t-elle. (C’est à elle qu’il s’adresse ?)
“Je m’ennuie”, lui dit-il, “ Puis-je vous offrir un verre ?”

Elise se tate, soupèse le plan, est attendue par son méchant.
Qu’elle ne supporte plus.
Eric lui a encore fait une scène hier, à cause d’un cendrier plein qui trainait sur la table basse du salon.
Depuis qu’il ne fume plus, son mec est devenu impraticable.

Elise hésite.
L’homme noir et bleu est beau. Il semble courtois, sans risque. Et à 21 heures, elle n’a pas particulièrement envie de rentrer chez elle.
OK pour un canon.
Ils entrent dans un bar.
Commandent deux téquila Sunrize.
Puis recommandent.

Le gars la dévore des yeux, elle reste plus mitigée.
Vrai qu’il est beau, fringuant, sexy, noble, classieux, son regard est troublant, comme s’il lui fouillait l’âme, ses gestes sont à la fois précis et vagues (une performance !). Il s’envole dans de grands discours lyriques, sur la faim dans le monde, le gouvernement, la dictature de Khomeny, sa tante atteinte d’Alzheimer, sa mère, sa mère, sa soeur énarque...
Elise ne voit que ses mains, qui voltigent, brassent un maximum d’air.
Et désire que ces mains la pénètrent.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, sinon, elles ne seraient pas bonnes.

Alors, Elise rentre chez elle.
Raccompagnée jusqu’en bas de son immeuble.
Par ce bel homme qu’elle a envie de serrer fort.
Pas faire l’amour, non, non,
Juste l’embrasser et serrer fort son corps.
En bas de l’escalier de son petit immeuble.

L’Autre est en haut.
Il l’attend.
Yallatolah attend sa femme depuis son retour au “domicile conjugal”. Leur “Nid d’amour”.

“Tu étais où ?”
“Dehors.”
“Tu faisais quoi ?”
“J’ai bu deux Téquila”
“Et avec qui ?”
“Un mec”
“UN MEC ?”
“Oui, et c’est lui qui a payé l’addition.”
“Quel genre de mec ?”
“Un garçon bien, je viens de te le dire. Il a payé l’addition et m’a raccompagnée en bas de l’immeuble, gentiment, en tout bien, tout honneur.”
“En tout bien tout honneur ?”
“Oui, je te le jure, il ne s’est rien passé Eric.”
“Prouve-le !”
“Flaire ma culotte ! Pas une trace de sperme dessus...!”
“Et tu crois que je vais accepter ça ?”
“Accepter quoi ?”
“Ben que tu te balades la nuit, à lever des mecs !”
“Il était pas la nuit, et ce garçon ne m’a pas touchée !”
“N’empèche, tu traines !”
“Je fais ce que je veux”
“Soit, mais tu lèves !”
“Non, il ne m’a pas touchée, pas un cheveu ! Pas embrassée, pas caressée !... Et pis t’étais pas là !”
“Je veux que...
Je...
T’as pas le droit de sortir ainsi !”
“Ah bon !”
“OUI, JE SUIS EN COLERE !
Tu ne l’aimes pas ton p’tit mari !!!!”
“Ca dépend, je ne le désire plus quand il fait son grand chef...”
“Dis-moi quelque chose de gentil, et ma colère tombera”

“Je t’aime, Eric”.
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Eve



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MessageSujet: Re: Les sept péchés capitaux   Ven 21 Oct - 21:30

Chap four : L'AVARICE

Solange et Guy sont mariés depuis quarante ans.
Si lui reste bel homme, parce qu’il s’entretient et joue au golf depuis sa retraite, Solange se laisse aller.
Les deux enfants élevés, qu’ils ne voient quasi plus, l’aîné Didier, chercheur aux USA, la cadette interprète, Marie Jolie, hotesse de l’air, elle court le monde.

Ses deux enfants bien élevés, le mari à l’abri, Solange ne s’occupe plus d’elle.
Depuis la ménopause, son corps ne l’interesse plus.
Elle a grossi et pas où elle voulait.
Pas davantage de seins, pas de cellulite sur les cuisses, mais un petit bidon réfractaire aux potions magiques que lui propose Mireille, la parfumeuse en bas de l’immeuble.

A soixante ans, Solange ne peut plus se permettre le jean’ et elle s’en désole.
Pourtant, il serait raisonnable qu’elle accepte sa triste condition.
Son appartement est joli, bien tenu,la femme de ménage, nickel, y oeuvre deux fois par semaine.
Ses enfants, quoique éloignés, lui donnent régulièrement des nouvelles.
Par courrier, par tel, par mail.
Car Solange la femme moderne, sait se servie d’Internet.
Son mari est gentil avec elle, prévenant, affectueux.

Il s’occupe de leur jardinet, l’aide à faire la cuisine. Se tape la corvée course, à deux, et avec le sourire, ensemble, bras dessus, bras dessous.
Il ne choisit pas toujours les meilleurs produits, mais Solange ne s’en plaint pas, déjà bien qu’il porte les paquets !

Des fois, elle bave devant des cerises à jus à 4,50 euros la barquette, mais elle n’ose demander.
C’est Guy qui tient les cordons de la bourse.

Est-ce-qu’il lui fait encore l’amour ?
Oui, tel le métronome, son sexe la pénètre deux fois par semaine, le lundi et le jeudi.
Il la laboure conscientieusement, puis s’endort en ronflant, repus.

Il n’a pas d’autre amante, se rassure-t-elle.

Mais elle refuse les accessoires, les menottes, la lingerie coquine, les gadjets. Solange a trop honte de son corps, de son petit bidon et le coït rapide s’effectue dans le noir. Son mari ne l’a pas vue nue depuis des âges, parce qu’elle feinte.
Un peignoir ou une chemise de nuit stagnent juste à côté de la
tête du lit et elle se précipite dedans sitôt sortie du lit. Avant qu’il n’allume la lumière. Elle a trop honte d’être une vieille peau. Il mérite mieux, son beau mari, elle souffre.

Et pis y’a eu ce jour, CE jour, où elle lisait chez le coiffeur, une top revue pour dames. Le coiffeur, son mari lui paye deux fois l’an, elle en profite grassement, se laisse bichonner. La shampouineuse lui malaxe les tempes, l’eau du rinçage, parfaitement tiède, dégouline sobrement le long de son cou, le peignoir qu’on lui prête sent bon, léger sur les épaules.
Elle croit vivre dans un conte de fées, deux fois par an, on
s’occupe d’elle, vraiment.

Et ce jour-là, elle feuillette un magazine, en attendant qu’on
s’occupe d’elle. Et elle tombe par hasard, par pur hasard, sur un article sur Bali.
Ouais, ouais, il y avait des SPA à Bali !

Ah, le lagon bleu !
Comme c’était beau !
Un SPA !
Avec bain bouillonnant, massages du corps entier... Les photos étaient éloquentes.
Ca changeait du marché du coin.

Solange s’est donc mise à rêver.
Dans l’eau bleue du lagon, son p’tit bidon disparaitrait peut-être. Fondrait, comme par magie...
De nouveau les jean’s et la lumière allumée pour l’amour !
Ah, ah, fallait qu’elle y aille, dans cet archipel de bonheur, aux promesses convainquantes.

Sitôt sortie de l’institut de beauté, Solange s’est rendue à sa banque. Et a demandé un versement de 4000 euros. Le prix du trajet + séjour.

Elle n’a pas vraiment réfléchi.
Elle souhaitait retrouver sa ligne d’antan. Du temps qu’elle était belle, sylphide.
Histoire d’arriver à la hauteur de son séducteur de mari.
Histoire de plus baiser dans le noir.

Elle est rentrée, toute satisfaite, son plan beauté en main. Un seul billet pour huit jours de remise en forme. Elle frétillait, joyeuse. A préparé un bon repas pour le dîner avec son homme.

Guy ne l’a pas entendu de cette oreille :
“T’AS Vu CE QU’IL VA COUTER, TON CAPRICE ?”
“ Mais... Mon chéri ...”
“ Ramène moi ça tout de suite à la société qui a accepté le chèque !”
“Mais, mon chéri !, C’est pour toi que je veux être belle !”
“Récupère cet argent tout de suite !, Bali, Bali, un SPA, Non, ça va pas !”

Et Guy de s’énerver, à tournoyer dans tous les sens dans le salon de leur appartement.
“ Mais t’es complètement dingue !... J’te rappelles que les charges du ravalement ne sont pas encore payées, 22 000 euros, au bas mot, et pis y’a l’EDF-GDF, il faut y penser, à l’EDF-GDF !”
“Et le téléphone, il faut le payer !”
“Et les impôts locaux, les impôts fonciers.... Comment on va finir par les payer, si tu grèves le budget ?”

Solange l’écoutait, au bord des larmes. Il n’arrêtait pas de hurler.
Elle a failli penser : c’est mauvais pour son coeur.
Mais elle s’est retenue.

Elle en avait plus rien à foutre.
Partirai à Bali, SEULE.
Quoiqu’il en dise.




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Eve



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MessageSujet: Re: Les sept péchés capitaux   Ven 21 Oct - 21:33

Chap five : L'ORGUEIL

Philippe se mire.
Philippe se regarde dans la glace. Le miroir 8 fois 8 de sa grande salle de bain.
Ah qu’il est beau !
Avant, après le rasage.
Oui, oui, il se trouve beau !
De face et de profil,
en biais, de dos,
tout lui convient :
Une machoire volontaire, des dents bien plantées, rutilantes, une chevelure brune abondante.
Psitt, Psitt !
Après la douche, le rasage, le déodorant, Menen, pour les hommes qui assurent.

Philippe est jeune PDG dans une boîte marketing “Society and Project”, située à Boulogne Billancourt. Il s’y rend tous les jours dans sa jolie décapotable blanche.

“Jeune, jeune”... Il accuse tout de même ses quarante cinq balais.

C’est lui qui s’y rend le premier, dans sa boîte clean BB (Boulogne- Billancourt).
Arrive tous les matins avant tout le monde.
Et reste tard le soir.
La secrétaire Gertrude déboule vers 9 heures.
Puis y’a les autres qui s’installent.

Trois bureaux :
- Celui du chef,
- Celui des secrétaires Yolaine et Gertrude
- Celui des rédacteurs : Yvan, Isabelle et bibi (moi).

Ca fume à donf dans le bureau des rédacteurs.
J’en peux plus de tousser.
Isabelle ouvre en grand les fenêtres.. Elle est moche, lunettes de taupe, gras cul et boutons sur le faciès.
Ca pue la mort ici, mais faut s’y rendre, à l’évidence !
Faut ramener des sous pour payer le loyer, le gaz et l’électricité...


Philippe se prépare pour son RV de 13 heures. Des clients.
Il se regarde à nouveau dans le miroir des WC.
Qu’il est beau, qu’il est beau !
Une chemise Ralph Lauren,
Un jean’ qui tombe à pic,
Un vrai canon c’t’homme-là !

Mais faut jamais lui dire quoique ce soit. Un détail, un souci, une phrase difficile à déchiffrer :
“Adresse-toi à ton supérieur hierarchique direct !”
“Mais il dort, Monseigneur, affalé sur l’ordi !”
“Je reviens à quinze heures, on en reparlera.”
(Ouais, à quinze, après mon p’tit casse-croute crudités-jambon, je serai affalée sur l’ordi...)

On arrête pas de bosser ici, à BB.
Y’a jamais de pause, le grand chef beau pique des colères terribles :
“Comment ça, le mailling pour les Etats-Unis n’est pas sur mon
bureau ?”
“Comment ça, les références du débriefing de mardi ne sont pas sur mon bureau ?”
“Comment ça, tu dois partir plus tôt, because ta réunion de parents d’éléves ?”

Comment ça, comment ça...

Mais c’est vrai qu’il est beau.
Et nous les filles, on est vachement sous le charme.

Charlène est venue se joindre à nous.
On l’a trouvée un beau matin sur le palier, elle n’avait pas les clefs.
Très très jolie jeune femme. Blonde pétillante. Une silhouette de gogo danseuse. Des ongles laqués rouge vif. Une tenue léopard chic. Une troisième rédactrice, diplomée et probablement intelligente.



Les p’tits plats dans les grands... BB à son service.
“Tu as besoin de quoi ?
Voici ta place..
Des marqueurs, du papier en veux-tu, en voilà... Un bel ordi tout neuf.

(Et moi, j’étais limite vénère, à ramer depuis des mois sur mon PC pourri.)

Charlène, Charlène ...
Pas compliqué.
Yvan en est devenu rapidement dingue. Il la convoquait tout le temps, pour vérifier ceci, celà et pour revérifier.

Les autres filles et moi, on avait la nausée.

Perso, mon orgueil était bien blessé, car je trimais depuis longtemps pour satisfaire mon bellâtre de PDG.
Et j’en ai eu ma claque qu’il me remise au plaquard.
J’en ai eu marre de ses “Comment ça ?”

Alors, j’ai demandé ma dem,
et suis partie,
comme ça...




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Eve



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MessageSujet: Re: Les sept péchés capitaux   Ven 21 Oct - 21:35

Chap six : LA LUXURE

Il fait très chaud ici.

Martine se commande un troisième Malibu-Fraise.
Au bar, elle s’est assise.
Nulle envie de rester chez elle. Les gamins et le mari, tous les soirs de la sainte semaine, ras-le-bol !
Elle a besoin de décompresser. Et se retrouve là par hasard.
Un lieu qu’elle ne connaît pas mais la musique fusait d’une porte ouverte au rez-de-chaussée.
Martine, bien habillée tout cuir, le slim et la casquette, s’est projetée dans cet espace craignos, pour voir.
On entendait de sa fenêtre les décibels de l’établissement dansant.

Il faisait très chaud chez elle. A 23 heures, après une dure
journée de boulot, nulle envie de supporter cette fournaise.

Il fait très chaud ici aussi. Au bar, les serveurs sont charmants, plutôt beaux gosses et jeunes. Bien plus jeunes qu’elle qui va sur ses quarante balais. Chemises blanches impec et des p’tits culs moulés dans du dénim delavé Levis.

Juchée sur le tabouret skaï et acier, Martine sirote son drink,
écoute la musique, réfléchit.
Se demande où va son couple.
Depuis quand son mari ne lui a-t’il pas fait l’amour ?

Depuis quand son Stéphane ne l’a pas regardée, ne l’a pas complimentée ?
Elle est encore jolie pourtant. Elle ne fait pas son âge et se croit encore sexy, le slim et la casquette l’attestent.

Elle sirote. La piste de danse l’attend. Ah ! Un morceau des Queen ! Faut qu’elle y aille !
Il faut qu’elle aille se bouger, un peu.

Il fait tellement chaud ici qu’elle finit par enlever son blouson, sa casquette, et même ses bottines Louboutin.
Elle veut danser et sentir ses cheveux libérés vagabonder contre sa nuque.
Ah, le tube de Gala ! Le tube interplanétaire ! La la lala la lala lala... One more and more...
Elle y va, elle y va, ça danse, la transe, les spots, encore un autre verre, on verra demain, pour le père et les gosses.

Un jeune homme l’aborde soudain. Blond, grand, bien foutu à première vue (mais avec les loupiottes et la boule à facettes, il est p’t’ être boutonneux, pense Martine, bien éméchée pourtant) :
“Quel est vot’ petit nom ?”
“Martine, et vous ?”
“Martin”
“Vous venez souvent ici ?”
“Non, c’est la première fois.”
“Et ça vous plaît ?”
“Ouais, c’est pas mal, les spots et la musique, j’adhère”.
“Moi, j’suis client depuis longtemps, je viens souvent, j’habite juste en face.”
“Moi aussi, j’habite juste en face, mais j’étais pas tentée”.
“Pourtant vous êtes très belle, et vous dansez très bien.”
“Hi hi, flatteur ! Mais tu as dix ans de moins que moi, facile !...”
“Et alors, t’es quand mème vachement belle !, t’acceptes qu’on se tutoie ?”
“Vachement !”
“Tu vois : tu parles comme une d’jeun’ !”
(Et là, elle repense à ses gosses, à son mari... D’jeun, d’jeun... Mathieu est en long séjour en hôpital psychiatrique, il tremble des mains et s’avale cinq comprimés par jour... Mat, son aîné de 22 ans, a des troubles psychomoteurs graves...)

Elle ne veut plus le savoir. Son très beau mec de dix ans de moins qu’elle la drague sur la piste de danse. Très talentueux, il sait y faire.
“Il a le rythme dans la peau”.
Elle s’éclate contre lui, il sent bon la sueur d’homme, (et Vetiver de Guerlain), son déhanché est incontournable.
Comme il la serre, comme il la balance, comme il la tient ! Même
dans les rocks les plus ardus, ce jeune Martin assure.
Elle est au paradis.

Lorsqu’il lui lance :
“Y’a une arrière-salle en bas, ça te dit de la visiter ?”
Pas mal pompette et saoulée par la danse, Martine répond :
“Ben, pourquoi pas.”
Donc ils descendent.
Ah !

Des canapés en cuir et des gens nus dessus !
Totalement en cuir, les canapés et totalement nus, les gens !
Une drôle d’odeur d’emblée : l’encens ? les bougies parfumées à la rose de Provins ? Le foutre ? Le sperme ? La sueur ?...

“Ah beurk !” s’exclame Martine. “Pas pour moi, ce truc-là... Désolée !”

Elle remonte vite au Rez-De-Chaussée, embrasse tendrement le jeune homme sur ses deux joues, puis file se coucher dans son grand lit aux draps de soie. Stéphane y ronfle bruyamment.

Il y fait toujours aussi chaud.
La sueur perle sur son front.
Les enfants dorment à côté. Elle va pour se doucher, mais l’eau froide ne la calme pas.
Retourne dans la chambre nuptiale. Allume sa clim perso (20 euros chez Darty), bruyante, mais efficace. Comment trouver le sommeil ? Elle a si chaud !
Elle repense aux bras de ce jeune homme, à ses hanches,
étroites, son jean’ élimé tombait bien dessus. On voyait quelques poils s’échapper de sa braguette.
L’inviter pour un dernier verre ? Pourquoi faire ? Chez Martine, y’a pas de bières, peut-être un fond de Martini périmé.
Ils auraient fait l’amour à trois, à quoi ça sert ?
Martine, elle aime danser, pas coïter. Enfin, pas à plusieurs....

Quelle chaleur !
Elle ne le verra plus jamais maintenant.
A-t-elle perdu un élément ?
Une pièce majeure du puzzle de sa vie ?
le sexe est-il si grave, si triste, si important ?
Une revue porno traine sous son lit.
Elle s’assouvit en mattant les photos. Silencieusement, grâce à son vibro.

(Au moins, elle n’aura pas trompé son mari).

Qui se réveille, à point nommé. Pour fumer le calumet de la paix.

Ah quel extase !!
Les images de ce lupanar, les sourires du jeune homme, la danse techno, les bras puissants de son légitime, sa bite exquise...
Martine jouit dans la débauche.




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Eve



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MessageSujet: Re: Les sept péchés capitaux   Ven 21 Oct - 21:38

Chap sept : LA PARESSE

Victoire bouquine au lit.
Elle vient de se réveiller, vers midi, elle ne sait pas trop l’heure.
Victoire se réveille quand elle n’a plus sommeil.
Son gentil mari est parti travailler depuis longtemps. Elle ne sait pas à quelle heure. Il prend soin de ne pas faire de bruit. Elle ne lui prépare pas le petit déjeuner, il sait se débrouiller tout seul : oeufs bacon et café corsé, une dure journée l’attend, Thierry est commercial dans une grande succursale d’agro-alimentaire.
Fier de ses importantes responsabilités, toujours propre sur lui, tiré à quatre épingles dans de jolis costumes Dior et chaussé de confortables pompes Weston.

Ca gagne bien, l’agro-alimentaire.
Et Thierry est régulièrement élu “meilleur commercial” de sa multifirme, “The must”. Tous les ans, il gagne un voyage, quelques jours aux Bahamas, à Ibiza ou en Floride. Ils partent en amoureux, Victoire et lui et reviennent requinqués. Ils confient la petite Samantha, douze ans, à la nounou Sylvie, qui s’installe dans leur bel appartement le temps de leur séjour.
Victoire et Thierry résident à Neuilly, boulevard Bineau, un magnifique six pièces, vue magnifique de leur terrasse sur le bois et ses arbres.
Mais comme les commerçants sont rares dans cette banlieue chicos, ils se font livrer à domicile. Victoire ne conduit pas.
Trop fatigant de passer le permis, elle l’a raté deux fois. Le code aussi, elle l’a raté deux fois.
Victoire ne conduit donc pas... Trop éreintant ! Et puis ce monde, ce monde ! Dans ces immondes supermarchés réfrigérés. On y caille à
mort ! Même en vison !

Victoire ne prépare pas non plus le déjeuner de sa fillette (Thierry paie la cantine), ni davantage son petit déjeuner. Trop
tôt, sept heures du mat, Victoire paresse au lit.
Du lit, elle les entend se remuer. Ils vont et viennent de la salle de bain à la cuisine, de la cuisine aux chiottes-room, des chiottes-room à la cuisine.
Thierry se fait le plus silencieux possible, mais Samantha est
très bruyante.
Elle dévore ses corns-flakes au lait, qu’elle s’est confectionnés dans la cuisine, bruyamment, dans sa chambre, mitoyenne à celle du couple.
Sa mère Victoire entend tous les matins, dès sept heures, la petite cuiller racler le bol. Ca la réveille, ça l’insupporte. Samantha se rend seul au collège.Une très jolie jeune fille aux longs cheveux noirs, au regard noir,
Samantha n’hésite pas à se servir des fringues et accessoires de sa mère : ses ceintures Agnes B, ses foulards Hermes, ses sacoches Vuitton.
Sa mère laisse faire, trop fatiguant de lui gueuler dessus, d’autant qu’il s’agit d’une bonne élève, propre et polie.
Hier, Thierry lui a offert le coiffeur et elle en est sortie jolie, jolie !

Mais le matin, le bruit qu’elle fait pas !
A mâcher bruyamment ses corns flakes dans sa chambre !
A passer bruyamment d’une pièce là l’autre ! Un coup pipi, la chasse d’eau.
Un coup caca, re-chasse d’eau. Elle va et vient de pièce en pièce, sur talons hauts.
Or le couloir est étroit, ses clacs-clacs du matin 7 heures résonnent dans tout l’appartement. Victoire lui a demandé, poliment, de se chausser devant la porte d’entrée, juste avant de partir.
Mais Samantha n’est pas une fille obéissante.
Victoire attend, impatiente, son départ, histoire de se rendormir, en chien de fusil cosy, tête enfouie dans ses oreillers plume d'oie.
Peu pressée de voir sa fille revenir.
Car ce sera alors les mots à signer, la vaisselle du goûter à nettoyer, la discut : “Comment s’est passée ta journée ? T’as eu de bonnes notes ?”
Même de discuter fatigue Victoire.

Depuis leur récent déménagement, un rien l’harasse.
Intensément.
Elle se force à rester jolie, un bain par jour, deux shampoings par semaine. Maquillage yeux et bouche. Elle se force à faire quelques courses dans le quartier, mais les commerçants sont si loin, dans ce bled pourri de Neuilly !
Elle était mieux rue de Vaugirard, dans le quinzième arrondissement de Paris, mais son pavillon devenait trop cher, à fuir de partout :
- Le ravalement intérieur et extérieur
- Bientôt la toiture à rénover, une fortune !
- Les charges, les charges, qui n’en finissaient plus d’augmenter !
Victoire a préféré changer de crèmerie. Ereintant, le déménagement !


Elle ne supportait plus non plus ses escaliers centenaires. Très exigus, en pente raide, en colimaçon, elle les montait à fesses avant la vente, blindée du linge repassé de Samantha, des serviettes de toilette du couple, des costumes de son mari, tout droit sortis du pressing.
Son linge plié sur les genoux, parvenait plus à tout charrier, Victoire !
Alors, elle s’était mise à escalader le colimaçon meurtrier à fesses. Assise, elle passait de marche en marche en se servant de ses bras.
Ses sacs plastique bondés, elle les faisait avancer, de marche en marche, avec la lenteur de l’escargot qui porte sa maison.

Elle avait du mal à se relever, assise ainsi par terre. Mais elle y parvenait. Rampait jusqu’au canapé du petit salon. L’escalader lui demandait un maximum d’efforts, mais ouf ! Elle était enfin rendue...

La paresse est un vilain vice.
Mais Victoire sentait une insidieuse fatigue doucement s’insinuer dans son corps. Qui l’handicapait réellement. Même sortir de sa baignoire représentait un effort dingue.
Du lundi au dimanche. Du dimanche au samedi.
Les petits gestes normaux de la vie quotidienne lui semblaient surhumains.

Et puis il y a eu cette nuit. Samantha dormait dans sa chambre, Thierry en déplacement, cette nuit où Victoire s’est brutalement évanouie. Elle ne se souvient que des étoiles. Elle regardait un truc bidon à la télé. Puis, les étoiles, puis le trou noir.

A l’aube, Victoire a repris connaissance. Thierry parti quelques jours en Corée, c’est son appel qui l’a sortie des vaps.
Elle a tel aux pompiers. De sa moquette, non je rigole, de son portable, posé à terre, juste à côté de son nez qui respirait pas trop.

Ah, ils ont fait très vite !
Dans la demi-heure, ils ont surgi, en uniforme bleu marine, avec des épaulettes et des insignes dorées.
Plutôt beaux hommes, bien bâtis, carrés, plutôt aimables.
“Que se passe-t-il ma p’tite dame ? Qu’est-ce-qu’il ne va pas ?”

Elle a ouvert un oeil, très étonnée qu’on s’occupe enfin d’elle et avec beaucoup d’amabilité, de prévenance.
“Je ne sais pas ce qui va pas. J’ai préparé le dîner de ma fille et puis plus rien. La télé s’est éteinte. En tous les cas, je ne l’ai plus vue, plus entendue. Je crois que j’ai fait un malaise.”
“Ne vous inquiétez pas, on va vous prendre le pouls, la tension...”
Victoire n’entend pas la suite du discours bienveillant. Elle est repartie dans les vaps.

L’ambulance ! Elle est maintenant dans une ambulance !
Allongée sur un transat en cuir noir, une perf au bras. SUPER !
Elle se rendort, confiante.

Le verdict a été sans appel.
Dix jours plus tard, à l’hôpital Georges Pompidou, Vic apprenait qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. A priori curable.

La paresse a bon dos.

Ils l’ont soignée, castrée, métamorphosée, récurée, mutilée, et guérie.
Thierry paie la cantine.
Samantha n’hésite pas à se servir des nouvelles fringues de sa mère, des sous-tifs cent pour cent rembourrés.


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