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 Papa de nouveau à l'hosto

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MessageSujet: Papa de nouveau à l'hosto   Mar 13 Mai - 6:13

Le 13 mai :

Papa n’avait vraiment pas bonne mine lundi dernier.

Quand je suis arrivée chez lui, il s’était assoupi sur son fauteuil “spécial”, un engin médical en velours confortable qui surélève les pieds et obéit aux ordres d’une télécommande : redressement du haut, abaissement du bas... (Ejection, peut-être même que, un grand coup de poing dans le dos, genre Batmobile).
Annie, la nounou, le manoeuvre avec beaucoup de dextérité, ce fauteuil articulé, mais quand je suis arrivée, papa les yeux fermés, j’ai poussé un grand cri : son teint tellement cireux que j’ai cru qu’il était mort !

Annie et Thierry m’ont vilipandée : faut rien montrer de son désarroi parce qu’il pige tout. Alors, j’ai pris sur moi. Il somnolait, mais s’est vite réveillé (mon cri, sans doute). Comme à chaque fois que je viens le visiter, il m’accueille de son sourire grand large, auquel j’ai bien sûr répondu grand large, mais son regard m’a brisée : vif comme l’écureuil, très droit, très clair, mais plein d’une tristesse infinie.
Palpable.

Puis il s‘est assoupi de nouveau, papa, et Annie m’a prévenue qu’il s’était terriblement dégradé ces trois derniers jours.
Il ne veut plus quitter le fauteuil en velours, refuse de se promener, en chaise roulante, autour du pâté de maison, et il n’avale plus rien. Il fait la “boule”, comme les hamsters, comme moi quand j’étais petite. Il garde la nourriture mâchée dans un coin de sa bouche et refuse d’avaler.

Annie, inquiète, m'a reproché, avec délicatesse, mon mois d’absence à son chevet. Ben oui, mais j’étais malade moi aussi : Poussées d’hypertension, tachycardie à 125 battements/minute et troubles du rythme ventriculaire.
Malaise au supermarché, malaise sous les spots des commerçants de quartier, jusqu’à malaise chez moi, SAMU, j’ai dû signer une décharge pour qu’ils ne m’embarquent pas.

Je suis venue lundi parce que je m’en sentais de nouveau le courage, de visiter papa, mais son regard suppliant, à l’arrivée, m’a bouleversée (suppliant de quoi ?)
Et cette espèce de léthargie, à onze heures du matin, je devais la traduire comment ?
Et quand il a s’agit de manger, son refus catégorique de passer à table...
Papa s’est énervé, mais énervé !!!

L’infirmier a sonné à la porte à ce moment-là et à deux, ils ont essayé de le déplacer. Pitoyable, papa résistait de toutes ses faibles forces :
“Je n’ai pas faim, pas faim, lâchez-moi, foutez-moi la paix !!! Bon DIEU !!”

Les deux soignants ont fini par abandonner, mon coeur tout délabré, qui saignait d’impuissance : s’il ne souhaite pas quitter le fauteuil magique, pourquoi ne pas lui mettre la table du repas devant, une petite table roulante, légère, comme dans les hôpitaux, avec son plateau dessus ?
- Non, me rétorque Annie, il faut qu’il bouge, sinon, il va se paralyser.
Bouger d’un mètre ? Indispensable ? Et ils s’étonnent qu’il ne bouffe plus ? Il en a marre d’accomplir ce mètre... Il est trop bien sur son fauteuil, ce pauvre vieillard au visage émacié, et qui s’endort toutes les dix minutes.

Je bouillonnais, à l’intérieur. Lui, il réclamait à boire or Annie se refusait à l’abreuver...
Pourquoi ?
Parce que, m’expliqua-t-elle, le liquide risquait de lui couper l’appétit, or son plateau repas sur la table à un mètre l’attendait, maintenant froid : Trois cuillères à soupe de purée et une saucisse de Francfort en petites rondelles...
Ah la pitié !!!
J’ai insisté pour qu’il s’hydrate car papa a des reins fragiles, il FAUT qu’il boive. Elle a cédé mais mon pov père ne savait plus tenir son verre. Elle l’a vite retiré de ses doigts décharnés, des doigts de mort-vivant.

Pourtant comme papa avait de jolies mains, avant ! Je les revois sur le volant de sa Renault 16, quand j’étais petite. Des doigts carrés et francs, des paumes proportionnées, des ongles coupés courts, des mains sensuelles, viriles, magnifiques.
Là, maintenant, y’a du fil partout. La peau dessus est quasi transparente.
J'ai consulté son dossier de suivi médical : du sang dans les urines ???

Ben vl'a autre chose !!!

Je suis partie de là toute délabrée, mon jules, mon casque, me protégeaient.

(Et encore, j'ai chialé toute la nuit).
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MessageSujet: Re: Papa de nouveau à l'hosto   Mar 13 Mai - 6:16

Je voulais y retourner le lendemain mardi, mais Thierry m’a “imposé” la pause. La pause “moral”.
Il m’a promenée partout, sur sa moto, et vrai que j’ai pris l’air, et le soleil.

D’attaque le mercredi, nous sonnons à la porte de mon père, avec des p’tits cadeaux : des bonbons Haribo, une salade Calsaw, six mini bouteilles d’Actimel.

Et la porte ne s’ouvre pas !!!

On insiste, on insiste, Bogoss et moi, mais non, Annie ne nous ouvre pas.
Et le Figaro du jour dépassait d’un chouia sous la porte. On insiste, on insiste.

Alors, là, ça devient l’horreur car j’appelle (Thierry, de son portable, appelle) mon frangin Pascal :
Qui est en réunion, non, n’est au courant de rien.
- Oh, oh, je dis, mais il est où, papa ?
- Ecoute Cathy, je suis en réunion, je ne peux pas te parler
- Mais on s’inquiète sur le palier de papa, Thierry et moi, et la porte s’ouvre pas...
- Je dois raccrocher Cathy, bisous.

Le vieux flip, ma tête tourne, tourne ma tête et bat à cent à l’heure, mon coeur, le Figaro, pourquoi par terre ?
Il est livré le matin et pourquoi là, et pourquoi tourne la terre et pourquoi tourne-t-elle ma tête ?

Syncope limite.... Thierry, aide-moi...
Je n’ai pas encore eu le temps de lui dire adieu et je m’en veux.

On reste dans le quartier, il me rassure, on va bouffer, on reste dans le quartier, on veille, mes yeux chialent par moment, mauvais pressentiment.

Pas classique, cette défection d’Annie, pas normal, ce silence.

Thierry décide d’appeler le Samu.

Papa a été embarqué ce matin à onze heures et il est hospitalisé à Ambroise Paré. On y file en moto.

Là, j’ai trouvé mon papa de suite, les soignants, bien sûr, m’ont ouvert toutes les portes.
Ah !

Mon pauvre papa nu sous des draps de l’AP, une perf au bras, ah ça va pas...
Il m’a souri grand large :
“Ah ma Cathy, mais t’es une fée ! Toi ici ?”
(Au moins, il m’a reconnue).

Puis il a dit, quand il a vu Bogoss :
“Vous êtes venus faire vos courses ? C’est un grand magasin ici, on trouve de tout”
Il a souri.
J’ai ri.

Il était moins pâle que lundi mais... La bouche dégueulasse, il articulait mal. Il avait soif. J’ai attendu qu’un médecin me donne le droit de l’abreuver.

“Ah, il est là, lui, il habite donc ici ?”
(En désignant Bogoss de sa main perfusée)
- Oui, papa, il est de la région
- Il est gentil
- Oui, papa, très gentil
- Et toi, t’es merveilleuse, tu es belle et solide
(Je te le fais pas dire)

- J’ai soif, répète-t-il
- Oui, papa, j’vais voir ce que je peux faire.

J’ai obtenu l’autorisation de lui donner à boire. Son front suait, il me semblait fébrile, il buvait par petite gorgées, minuscules car allongé, je craignais la fausse route.
Je lui soulevais la tête, je......

Mon père.....

Mon père dans le désert.....

Mon tour de faire la mère

Povre petit bonhomme.

Il répétait :
“C’est merveilleux, juste deux petits verres d’eau. Encore, encore, Cathy”

Je l’abreuvais au goutte à goutte

Heureuse, magnifiquement heureuse de ne pas l’avoir perdu sans l’avoir salué ce jour là.

Rayonnante.
Il délire, soit.
“L’église, dit-il, l’église..”
- Oui, quelle église, papa ?
- Saint Jacques de Compostelle.
- Oui, oui, papa.

Un papa en fin de vie, une homme, une femme en fin de vie, faut le vivre, à la limite, tu y gagnes en humilité. Tu réalises ta chance d’être encore jeune.

Il était allongé, son visage que j’adore, même émacié, mais ses pieds bleus, ses chevilles bandées, ses mains, on dirait des circuits électriques, rien n’est beau à regarder, il tousse et il s’étouffe. Il râle.

Il me fait marrer... MON PERE.

Il a encore une sacrée personnalité !
Quand deux jeunes infirmières sont venues à son chevet pour le bilan minimaliste.

Ah ah !
Il a refusé qu’on l’on mette le thermomètre dans l’oreille :
“Bernique !”
37, 3 (ça va)
La prise de la tension ressemblait à un remake d’Indiana Jones:
“Mais lâchez donc mon bras !!!”
14,3/ 7,8 (ça va)
Faut pas lui prendre le pouls, ah, trop drôle :
“Arretez donc d’agresser ma main !”
(68, ça va).


Mon père, je persiste à l’admirer, même grabataire, même Alzheimer.
Même la bouche dégueulasse.
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