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 La vie de bureau

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MessageSujet: La vie de bureau   Sam 1 Mar - 14:02



Mon dixième manuscrit : "La vie de bureau
Harcèlement, Sexe, Mobbing et licenciement"

Par Kti (1998)

(Pour Bogoss : Y'a du cul dedans, bien sûr lol! )
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bogoss

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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 1 Mar - 14:03

Celà ne me dérange pas!!
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 1 Mar - 14:15

Prélude

J’ai choisi le temps plein comme on envoie un SOS.
J’ai jeté la bouteille à la mer. J’ai choisi le temps plein parce que mon cerveau n’en peut plus de fonctionner tout seul. Je suis faite de chair et de sang, je dispose d’un corps qui n’est pas encore si pourri que ça. Ce corps-là s’est bougé (sans doute l’electrochoc de mes vacances en Espagne). Il a pris mon âme entre quatre yeux :
«Tu as tout le temps de te reclure, de t’abstraire et de mourir. Tu n’as que 36 ans. Profite de la jeunesse de tes jointures, danse, bouge, aime, dévore-la donc, cette putain de vie...»
—Je ne suis pas douée pour le bonheur, s’est mollement défendue mon âme.
— D’un coup de baguette, Cendrillon deviendra princesse, la Belle au bois dormant se réveillera, et peut-être même qu’elle trouvera son Prince Charmant....
— Je n’y crois plus.
— Au moins, tu auras vécu.
Mon corps a convaincu mon âme. Si je ne crois pas à la vie d’après, je me dois de rendre hommage à celle d’avant. Et c’est dehors, DEHORS QUE SE VIT LA VRAIE VIE.
Pardon Marie mais c’est ainsi.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 1 Mar - 14:35

HARCELEMENT







Premier janvier 1998


J’aurais souhaité toujours garder ma p’tite Marie à la maison, mais je reprends le turbin —le vrai turbin : «9h30-17h30»— demain. J’ai encore dû taper mon père de 3000 F. Actes Sud fait le mort : je n’ai même pas reçu leur contrat... Un mois de novembre entier à lire puis remplir page sur page sans avoir touché le moindre kopeck en janvier !... Ecrire un bouquin sur commande, surtout sur la tuberculose, on ne m’y reprendra plus...

C’est à cause de ce genre de plans qu’un bon pigiste, même très motivé (une petite poupée de 14 mois à la maison), finit par déclarer forfait. Si l’idée de me lever tous les matins à 7 heures (je m’y astreins depuis longtemps), pour embrayer sur le métro et la vie de bureau, m’effraie au plus haut point, au moins, je n’aurai plus à mendier ma pitance. Ce que j’aurai donné en janvier me sera payé en janvier... Moins payé certes mais payé. Et je suis satisfaite, au fond : qu’ils gardent leurs pigistes amateurs, qui écrivent mal, arrivent en retard aux rendez-vous, soumettent leurs textes plein de fautes d’orthographe 2 semaines après les délais prévus !... Qu’ils restent dans leur médiocrité, ces petits patrons qui payent si tard, quand bon leur semble, qui disposent de larbins kleenex, un mot de trop, plus de boulot !...

Je dors beaucoup mieux ces jours-ci. Même s’il me prend l’envie de pleurer quand Marie me sourit, dodeline de la tête avec son petit air coquin. Marie qui n’est pas bousculée, vit à son rythme, dort quand elle veut, se réveille à son heure. Marie que je lâche dans la fosse aux lions demain : réveil d’office à 7h30, biberon rapide (trouverai-je le temps de lui énumérer «poisson, poisson, bulles, bateau...», de lui raconter l’histoire du biberon vide ?), change à 7h50, dans le courant d’air de la salle de bain glaciale. Le manteau, la cagoule, le froid pinçant de janvier : 8h25. A 30, je l’abandonne. Elle hurle, elle hurle le lundi... Se contente de pleurer le mardi ; le vendredi, elle ne me regarde même plus partir...
Les filles de la crèche sont adorables. Je les aime toutes. N’empêche. Après essai, j’ai constaté que ma Marie rentre sur les genoux à 17h30, n’aspire plus qu’à retrouver son lit. Dont elle émerge, grognon et susceptible, à 20h30. C’est ça qui me fait tant souffrir : l’idée que je ne vais plus profiter d’elle que de 20h30 à 22h30, soit deux heures par jour, du lundi au vendredi... Profiter d’elle et elle de moi... Adieu ma belle, va voir ailleurs si l’herbe là-bas est plus verte !... Saleté de vie de merde !...
Pour les aînés, le rythme sera le même. Petit dej’ en famille, brossage des dents, Maman il faut signer le cahier de correspondance, Tu pouvais pas y penser hier ? Maman, je ne trouve plus mon sweet...etc. Je les récupèrerai comme d’habitude, à 18 heures, devant l’école et ce sera déjà ça. Ca que cette putain de vie de merde ne me prendra pas. Sur trois, deux ne verront que du feu au séisme qui va bouleverser leur maman.

Mais la petite !!! Comme je suis malheureuse et comme je regrette TOUT !
Ma scolarité exemplaire, les félicitations de mes maîtresses, le brillant avenir qu’elles m’avaient toutes prédit... Mes années de médecine, j’y reviendrai pas, pire que la taule (au moins, on s’y repose, on a le droit d’y dormir). Ces amoureux que j’ai éconduit pour devenir «quelqu’un»... L’insoutenable appel de l’ambition !!! Je serais si mieux, aujourd’hui, 1er janvier 1998, jour de l’an neuf, je serais si mieux entourée de 4 enfants, sans cette obligation pourrie de gagner de l’argent pour les nourrir...
Je me résigne, comme d’habitude. Quand on a commencé très jeune on continue. Je serai au rendez-vous demain, et comme j’ai beaucoup hésité au moment de l’embauche, comme ils me voulaient pour de bon, ils seront très gentils les premiers jours, la pilule passera mieux. Mieux en tous cas que la méthode anticonceptionnelle à laquelle je me révèle définitivement allergique. Au moins, celle-là, personne ne m’oblige à l’avaler. Suffit que je baise plus, exit l’avortement.

Je suis triste de lâcher Marie mais je ne suis pas fâchée de sortir de mon trou. Pour peu qu’ils soient vraiment gentils, je vais vivre une «vraie renaissance»... Mes cheveux vont se fortifier, mes nuits devenir de vraies nuits bien méritées, mes jours de vraies journées bien remplies, mes repas (n’importe quoi depuis...) vont se structurer, je vais peut-être même, avec un peu de chance, prendre les 3 kilos qui manquent à la perfection de ma silhouette. En trois mois, j’aurai remboursé mes dettes. J’aurai réparé tout ce qui cloche à la maison : le lave-linge KO, mon clavier Mac Hinchose qui ne frappe plus les v, le magnétoscope qui n’a pas résisté aux petits doigts de Marie...

A nous, mes fils, les séances cinéma à la maison !... Le restau chez Hippo le dimanche, les petits copains le week-end et les anniversaires
fastueux !...
Reste Marie. Petite poupée chérie et adorée.
Comment vaincre ses fièvres à 40 ? Elle est montée le 25 décembre à 40 et 2 dixièmes. Comment lui faire admettre, déjà, si petite, qu’il faut un max de courage pour survivre dans ce bas monde ?
Nous étions devenus si pauvres, avec ces impayés, si pauvres que sans mon père, sans mon amie Béatrice, je ne sais pas, je ne sais plus... Nous étions tellement pauvres qu’il n’y avait pas d’autre solution.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Dim 2 Mar - 14:32





Vendredi 2 janvier

Quelle surprise ! Je ne m’attendais pas à un tel accueil : elles et ils sont tous A-DO-RA-BLES. Pas aigris, pas belliqueux, pas jaloux. Faut dire aussi que je la ramène pas. Je trimballe probablement, sans même en être consciente, un bagage "lourd" de jeune femme "qui a déjà beaucoup souffert" . De la part des hommes, des dirigeants, Eric D et Daniel A, je ne m’attendais pas à un tel paternalisme affectueux. De la part des filles, Michelle B, rédactrice dont je partage le bureau, Barbara B, assistante de direction et Philomène M, directrice commerciale, je n’espérais pas tant de sympathie immédiate : pas de sourires forcés qui disent l’inverse, pas de commentaires envieux... J’ai bien bossé, malgré leurs recommandations : ("N'habitue pas le DG à trop de zèle, si tu lui donnes le coude, il te prendra le bras"). J’avais pourtant envie d’emblée de faire mon maximum, mais j’ai suivi le mouvement : phase d’acclimatation tranquille jusqu’au repas de treize heures, malgré l’absence de Dombre, notre DG, retenu ailleurs.
Mon grand bureau était nickel : les tiroirs vides, un Mac neuf avec CD rom, un cadeau de bienvenue : une bouteille d’eau millésimée 1998...
Je m’y suis mise avec acharnement sitôt revenue de table, par habitude, reconnaissance, que sais-je ? Le boulot me paraissait mâché : ce que j’écris depuis deux ans toute seule, sans soutien, sans réelle documentation... Mon travail à la p’tite semaine devenait facile, tellement facile soudain ! Quand j’hésite, sur le seuil de son bureau, à venir le déranger pour un mot, un paragraphe, un os qui m’empêche d’avancer, Daniel, mon rédacteur en chef m’accueille à bras ouverts et redemande "encore" . Michelle me répète que je peux m’installer là et là, que si je veux m’étaler, elle n’y voit pas d’inconvénient, du moment que je respecte les frontières de sa liberté, qui vont de là à là....
Le PDG, le Grand, le Bel Eric, bouge ses fesses dès 15 heures, quand sitôt rentré de son déjeuner, il constate que j’utilise le téléphone de Michelle, pas encore revenue de sa balade post prandiale avec Barbara. En moins de huit minutes, mon téléphone était branché, mains libres, sans fil... Son installation devenait tout à coup primordiale, alors que je n’avais besoin, aujourd’hui, que d’appeler la crêche.
Parce que Marie m’a encore fait 39° hier, et que c’était la moindre des politesses d’appeler la directrice, même si à 40 et deux dixième, je ne serais pas rentrée la récupérer.
Parce que c’est ainsi. Marie doit comprendre la vie. Le premier jour de mon premier CDI, il aurait vraiment fallu qu’elle soit sub-claquante pour que je les abandonne, ceux-là qui m’accueillaient comme le Messie.
De la même façon (et ma logique me rassure), tandis que je craignais pour sa vie à 2 mois, 3 mois, 6 mois de grossesse, je n’aurais secoué mon ventre pour rien au monde. RIEN n’aurait pu me tirer de mon lit.

Qu’est ce que j’ai dû en prendre pour pleurer ce soir sur la gentillesse de cet accueil ! Parce que je pleure, je pleure... Faut-il attendre l’âge de 36 ans, faut-il supporter cette souffrance, cette souffrance qui n’échappe, je le crains, à personne d’un peu attentif, pour enfin aboutir à quelque
chose ?....
Moi, j’étais faite pour le bonheur.
Mais lorsque j’ai reçu, mains tendues, les multiples petites babioles qu’on distribue aux nouveaux salariés (trombones, marqueurs, tu le veux de quelle couleur ton stabilo ?), ces petits accessoires de la "rentrée des cadres", les cicatrices de mes poignets n’ont pas dû échapper à l’ex-psychiatre Daniel A, auquel je dois mon premier CDI... Anciennes traces blanches qui marquent à jamais mes poignets. Quelqu’un m’a dit un jour, je ne sais même plus qui, quelqu’un qui me voulait du bien pourtant :
"Si tu savais comme on les voit !..." Bon, on les voit, et c’est à prendre avec le reste... Avec les trois enfants dont la petite sans père. C’est à prendre avec moi parce que je suis fière d’être moi, de mon parcours, je suis fière de souffrir autant, si "facilement", de prendre des coups, des coups, un maximum de coups en travers de la gueule, sans que ceux-là n’entâchent mon optimisme, mon enthousiasme, l’amour insensé que j’éprouve pour la vie et cet inadmissible espoir, au fond, que tout ne peut que s’arranger... Et qu’on est pas des bêtes et qu’il y aura toujours à boire pour le grand daim assoiffé. Jusqu’au jour de la dernière balle, celle qui se fiche entre les deux yeux, le grand daim tombe raide mort, mais pas de la main des hommes, de la volonté de Dieu.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Lun 3 Mar - 15:00



Lundi 5 janvier

Bilan de ma seconde journée temps plein : moins sympas, notamment Daniel, plus endormi et Eric, plus chef, mais toujours aussi motivants.
Remarque, c’est la réunion informelle de ce matin qui me fait critiquer l’autorité du maître, probablement parce que c’est la première fois que je l’entends s’exprimer en public, devant son auditoire tout dévolu, et je l’ai trouvé dur, usant d’un humour gris limite... En face, Michelle ne s’est pas laissée démonter. Elle a argumenté, posément, en abusant de l’accent du Sud-Ouest qu’elle prend parfois malin plaisir à réfréner. Le duel n’avait plus rien de sévère, ni d’humiliant. Pourtant, le DG n’y allait pas de main morte, mais sans s’offusquer de sa rébellion. Sous ses grands airs de patron copain (le tutoiement est obligatoire), le DG manie son monde à la baguette. Parce qu’on supporte les critiques (même insultantes) de celui qui s’investit aussi.
Par exemple, ce matin, je constate en arrivant (9h30) que les documents nécessaires à la rédaction des 60 pages que l’on attend de moi —pour mercredi prochain— datent de Mathusalem. J’en touche un mot (9h50) au supérieur direct Daniel, qui, très endormi, me répond d’un ton monocorde et désagréable : «Adresse-toi à Eric, il concocte un CD Rom sur le sujet».
A 10 heures, j’aborde mon DG nouveau avec un grand sourire : «J’aurais besoin de documents récents pour mon projet, sinon, il m’est imposible de rédiger une épidémiologie convenable, idem pour le traitement, j’ai besoin de notions “up to date”». Il me répond «oui, oui». Et dix ou vingt minutes plus tard (le temps passe tellement vite dans cette boîte), le voilà qui radine avec trois brochures de 96/97 !... Illustrées, savantes, ludiques, claires etc... Sitôt les documents en main, je peux me lancer pour de bon et tandis que je frappe, sur cet instrument très nouveau, bien plus alerte que mon vieux Performa 400, qui frémit sous mes doigts comme un cheval au galopppp... Tandis que je tâche d’apprivoiser mon nouveau traitement de texte, le DG reparaît, avec de nouveaux documents «récents» sous le bras. Puis reparaît une vingtaine de minutes plus tard, avec une autre livraison. J’ai à peine fini de lire la première fournée. A chaque fois, j’esquisse un de mes sourires maison accompagné du merci de rigueur. Cette fois, j’ajoute : «C’est trop de sollicitude. N’y passez pas votre journée... J’ai maintenant largement de quoi faire...» Et il répond, modeste : «vous demandez, j’vous donne».

A treize heures, me voilà de nouveau invitée au resto, dans une espèce de brasserie soi-disant chic, mais vide et froide. Je me tiens à carreau, mon père, que j’ai eu la veille au téléphone, m’a justement rappelé de modérer ma spontanéité légendaire. Donc j’écoute et observe. J’attends le feu vert pour allumer ma première tige, me concentre sur le menu. Ils commandent tous le haddock en entrée, je me distingue avec des moules marinières à la sauce langoustine qui puent l’urine. J’ai du mal à finir. L’ambiance est lourde. Le petit personnel (Barbara, Michelle et Daniel), tremble littéralement devant le grand patron. Entre l’entrée et le plat de résistance, Michelle en est déjà à sa troisième cibiche. Les doigts rongés de Philomène pianotent sur la nappe, ou escaladent le manche de sa fourchette. Dombre se racle la gorge. Entre les plats, chacun regarde son assiette vide comme s’il s’agissait d’une toile de Gauguin.
J’avale sans commentaire mon pavé saignant sans surprise. Saignant jusqu’à la fibre qui se coince entre ma canine et ma prémolaire gauche, j’ai l’impression que ça se voit comme un bouton d’herpès le second jour, mais par bonheur, le DG s’est assis contre l’autre profil, celui de ma canine de lait, qui n’est jamais tombée. Mon profil droit, émouvant, celui de la petite fille meurtrie que je redeviens volontiers avec un masochisme sensuel, un plaisir ambigu et paradoxal. Plus je suis petite, plus je suis vulnérable et sensible, plus je souffre et plus j’aime. Dombre est très protecteur. Ils tremblent tous mais moi j’avale tranquille. Je sais depuis le premier jour que je plais au DG.

La vie professionnelle a quelques bons côtés si j’avoue que ce DG-là est archi baisable. Qu’il est grand avec une belle gueule de méditerranéen (vaguement sémite ?), une machoire carnassière, des intonations de voix grave et un peu voilée, des mains carrées et franches aux ongles impeccables, une tignasse brune très abondante, de beaux gestes de vrai mec, de l’élégance : choix des cravates et des ensembles —pompes, chaussettes, froc, chemise— du meilleur goût...
UN VRAI TOMBEUR !
Je ne suis pas sûre de l’avoir précisé avant.
Le tamdem idéal : Daniel le valet de coeur, et Eric, le Roi de coeur. Comment ne pas se sentir aux petits oignons entourées de ces
cartes-là ?...
Plus important encore : j’ai retrouvé mes fils avec un infini plaisir hier. J’attendais leur retour avec impatience et ils ne m’ont pas déçus. M’ont raconté, pleins d’entrain, les anecdotes de leurs vacances et leurs nouveaux cadeaux (restés chez leur père). Ont dansé dans leur chambre, se sont précipités sur leur «karaté fighters» (jouet du Noël chez moi qu’ils n’avaient pas emporté chez leur père), et sur la boîte de chocolat Cémoi :
— Il en reste ! S’exclame Mathieu, le nez sous le couvercle.
— Mais tu en as mangé pas mal, constate Simon.
— Encore heureux, je m’explique, je m’en suis offert un par jour, pendant 7 jours, c’était bien le moins...
Ensuite, ils m’ont posé des questions «Alors, sans nous, c’était comment ?»
J’ai raconté ma première journée de boulot. Simon s’est exclamé :
«C’est vrai ?... Ils t’ont invitée au restaurant ?... C’est vrai ?... Ils t’ont fait un cadeau ?... Super !... Ils sont vachement sympas !... Donc ton boulot, il t’éclate vachement ………»

A croquer, Simon, ce soir, quand je suis passée le récupérer rue Littré. M’a demandé, entre deux considérations écolières de Mathieu :
«Alors, aujourd’hui ?... T’as eu d’autres cadeaux ?... Ils t’ont encore invitée au restau ?... C’était bien ?... Ils restent toujours aussi sympas ?»
Ils sont extra CHOUX et finalement, je les vois davantage : 1 heure chaque matin, en forme, et 3 à 4 heures le soir, sans préoccupation plus envahissante que leur babillage.
J’aime bien cette nouvelle vie. Je signerai leur foutu contrat même s’ils ne reviennent pas dessus. Quoiqu’il faut tout de même que je fasse préciser les conditions du travail «concurrent» et de l’exclusivité.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Lun 3 Mar - 16:49



Mardi 6 janvier

Si je pars du principe que je suis une chatte, et si j’accepte l’hypothèse que les chats ont neuf vies, il ne m’en reste plus beaucoup.
1. Chez mes parents, dans le seizième arrondissement, jusqu’à mes 19 ans,
2. Fiancée à Paul, dans le dix-huitième, de 19 à 21,
3. Le célibat, dans un deux-pièces du dix-septième, à la limite du périph, de 22 à 24,
4. Mariée à Pierre, dans le treizième, de 25 à 30,
5. De nouveau seule, divorcée avec deux enfants, dans le quinzième, de 31 à 34,
6. Toujours seule mais avec un plus : ma fille Marie, dans le même quartier car il me convient tout à fait : 35 à 36,
7. J’intègre LMsa et je ne suis plus seule (36 à...)
Septième vie, m’en reste trois si je la compte. Elle vient juste de commencer. Durera combien celle-là ?

J’ai signé aujourd’hui mon contrat d’embauche sans la moindre virgule de modification. Je n’avais pas le choix. Je sais qu’au fond, j’ai tous les choix. Plus on me canalisera, plus je m’enfuirai. Dès lors qu’ils oseront m’humilier, ou me menacer, je mettrai les voiles, juste mon mois de préavis, tant pis pour eux... Moi, je me relèverai toujours, jusqu’au jour de la balle entre les deux yeux.
S’ils ont des armes pour m’éjecter dare-dare, je sais qu’ils ne s’en serviront que lorsque j’aurai décidé de partir. Et je ne me vois pas, mais alors pas du tout, engager un procès avec avocats and co, pour obtenir des indemnités, c’est pas mon truc. Ils me proposent un contrat en bonne et due forme. Même s’ils signalent «non cadre», au moins ce contrat est un CDI. Avec chomage, sécu et retraite.
Depuis cinq ans, je bosse pour engraisser des sociétés qui ne cherchent pas à me verser le millième de ma retraite. Le Permanent cotisait certes, mais sans me proposer de statut. «Pigiste» j’étais, avec les aléas que le mot sous-entend et aujourd’hui, je savoure la différence. C’est chiant, d’être temps plein, faut être là, même si le p’tit dej’ est mal passé, que l’élastique de la jupe tire du coté de la taille, que le cuir des bottes neuves vrille la peau sous les bas.
Mais bon. Je vais pas la ramener sur des détails. Je m’accroche.

Avant d’apposer mon paraphe «pour la vie» au bas de son contrat, je suis passée en parler avec le DG.
M’a reçue immédiatement, je frissonnais de partout. Je n’ai pas eu besoin d’articuler le pourquoi du comment, il savait tout. Mais il est vrai que j’avais été très claire, toute la journée durant, devant Barbara : «9 heures du matin, j’y suis pas», devant Daniel : «Je tiens à pouvoir continuer à travailler pour le grand public» et devant Michelle : «Pourquoi “non cadre” ? Toi aussi t’es “non cadre” ?»
Bref, il savait, m’a reçue très nerveusement :
«TU TRAVAILLES OU TU VEUX AILLEURS, JE M’EN FOUS !.... DU MOMENT QUE TES ACTIVITES EXTERIEURES N’ENTRAVENT PAS LE BON DEROULEMENT DE LA SOCIETE, JE M’EN FOUS ET TU N’AS PAS BESOIN DE M’EN PARLER !....
—Bon, bon, je murmure minuscule (première fois que ce colosse me crie dessus).
Le message était bien passé. Je n’avais plus qu’à m’eclipser. Tremblante, soulagée cependant (j’avais obtenu l’essentiel), la main serrée sur la poignée de sa porte, je l’entends ajouter :
_ Mais tes bouquins, faut me les montrer avant de les publier...
La condition me convient (d’autant que je n’ai rien en cours).
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Lun 3 Mar - 19:13



Jeudi 15 janvier

Je suis toujours aussi satisfaite de travailler chez LM (ça). J’ai appris aujourd’hui que j’étais la plus vieille des filles (36 ans dans huit jours contre 28 pour Barbara, 30 pour Philomène, 32 pour Michelle...). Ca m’a filé un sacré coup de vieux ! Vite consolé quand je me suis laissée dire que Dombre fêtait ses 46 ans cet été (en août). Il a donc juste 10 ans de plus que moi. Je lui donnais 40 ans, pour peu qu’il ait pensé que j’avais moi aussi 6 ans de moins, pas de raison de m’affoler.

J’étais tristoune ce matin, en le voyant partir, puis en apprenant qu’il ne réapparaîtrait qu’à 14 heures pour mieux repartir. L’idée de ne pas le voir de la journée m’a contrariée. Je ne m’ennuie pas, les heures passent à une vitesse folle, premier avantage de ce boulot. Ils sont tous très gentils, intimes (Daniel l’est presque trop), chaleureux : second avantage. Mais le meilleur, c’est que depuis hier, je réalise que j’en pince pour mon patron. Il m’intimide terrible et je le voyais peu, entre le jour de mon embauche et celui où il a décidé l’avènement des trois réunions par semaine. Nous serons à la quatrième demain. Il a donc statué le 10 (j’ai démarré le 2).

La première semaine, je ne l’ai presque pas croisé. Puis, j’ai eu besoin de ses services, pour de la doc récente, la semaine suivante. Il ne s’est pas fait prier. Puis il a explosé le 10 parce que personne, avant de partir, ne déposait son texte dans le serveur. Cette désinvolture l’empêchait d’accéder aux affaires en cours lorsqu’il le désirait, le matin très tôt ou le soir très tard... Il nous a tous réunis en urgence, il a beaucoup crié, mais pas sur moi et il a lancé l’idée des 3 réunions par semaine : lundi, mercredi, vendredi. Il a mis ses projets à exécution le lendemain vendredi et n’a regardé que moi.

Depuis, je le vois beaucoup plus —aux réunions— et dans mon bureau, parce qu’il y entre souvent, surtout l’après-midi.
Genre :
— Tout va bien ?
Je ne lève qu’à peine le nez de mon ordinateur :
— Ouais.
— Tout va bien ? (un quart d’heure plus tard).
— Mouais... (je suis plus hésitante).
— Qu’est-ce qui va pas ?
— Eh bien, eh bien... Les délais...
— Quoi les délais ???
Il est très grand, je l’ai déjà dit, l’ombre de ses cheveux s’imprime sur le blanc de mon poly. Son ton devient agressif mais je sais que c’est de l’intérêt, pas du mépris.
— Eh bien, eh bien, (je bafouille, je bafouille, je gaffe et je mouille...)
— J’ai besoin du melling des six études, pas des «five».
Il me rembarre : «Freight LM, Mary L», c’est ça : «Overview of five studies...»
— Non, je le reprends, mêmes auteurs, soit, même titre, soit, mais à un détail près : c’est six et non five que je veux. Five, je m’en fous, je l’ai partout... En revanche, la sixième étude, nom de code 322 XYZ, me manque ABSOLUMENT...
(Et arrêtons de parler boulot SVP... Fermez la porte, dites à vos secrétaires que vous êtes en rendez-vous urgent, que personne ne vous dérange, j’ai besoin d’un quart d’heure. Un quart d’heure je vous accorde et vous faites ce que vous voulez de mon corps... Je travaillerai si mieux après... Pitié.)

Quel plaisir masochiste que de travailler dans cette boîte !... Daniel m’a engagée parce que je l’ai séduit (mon expérience...). Il m’a tiré bien bien la tronche il y a deux jours. Il est très fin. Son patron me tente, pas lui. Daniel oscille en permanence entre le frétillement juvénil et l’inertie profonde et je déteste la dysthimie. Faut être clair dans la vie, quand on veut quelque chose, on se bat, on feinte, on sublime, on supporte le pire, on s’humilie, on bouffe sa merde, son dégueuli, on...
(Intervention de Simon : "Dans la vie, tout est possible, à part voler. Hein maman ? Si ça s’trouve, en l’an 2000, on aura la machine à remonter le temps... Hein maman ?
Mais ça m’étonnerait.")

Daniel s’est jeté sur moi comme la faim sur le pauvre monde mais je n’ai pas envie d’en parler (ce genre de drague ne m’intéresse pas, pire, me hérisse).
Il est plus gentil depuis le repas de midi, quand j’ai fait mon possible pour les mettre, tous les deux, sur un pied d’égalité (comme si c’était possible).
Parce que le DG, Dombre, nous a encore invités (Philo, Daniel, Michelle et moi) à déjeuner ce midi. C’est déjà le troisième repas que la «Société» m’offre.
Ils parlent tous de la «Société» avec beaucoup de respect : «Qui les paie, les protège, les invite au resto, leur offre le café et le jus d’orange le matin, et les gâteaux et le café et les bonbons aux pauses». Derrière la «Société», il y a Eric Dombre, et c’est pourquoi je mouille pour lui. Par admiration et respect, et aussi parce qu’aussi, en ces jours fastueux, j’ai mes chaleurs...
Quittons la prairie. Revenons à nos moutons.

Aujourd’hui, j’étais contrariée à l’idée de ne pas voir Dombre de la journée, mais il a dû recevoir mon message télépathique puisqu’ils nous a tous invités (la «Société» nous a tous invités) à déjeuner à l’Entrecote. J’ai lancé, puis tenu la conversation jusqu’à l’addition.
Dombre est beau, no problem. Très grand, un peu vouté mais bien baraqué. De très longues jambes, pas un poil de bide, des cravates provoquantes, avec de petits personnages, sur des petits immeubles, qui baisent (suffit d’y réfléchir). Sa chevelure me rend dingue. Sa voix surtout. Si basse et qui crie quand même, sa voix m’envoute et j’aimerais bien qu’il crie sur moi. J’étais très amoureuse. J’avais envie de le toucher et qu’il me touche. Et il y a eu ce repas, que je me vante d’avoir animé.
D’emblée, j’ai abordé le problème de fond : ai-je une chance avec ce
type ?
Faux. Je me suis servie de Philomène.

Daniel vient de m’obliger, en arrivant autour de la table, à m’asseoir à la gauche de Dombre, alors que j’avais posé mon sac sur la chaise juste en face, parce que je préfère affronter Dombre de face (même si, à ce repas-ci, encore, c’est de ma dent de lait, de mon sourire de petite fille, dont il va profiter). Tandis que chacun s’installe, je ne regarde que Philo, dans le blanc des yeux, comme un gamin fixe sa mère quand il a besoin de secours. Sitôt les menus commandés, j’embraye sur la crèche, l’état de santé de ma fille, donc de la sienne, et la qualité de nos nuits : la sienne dort dans son lit et y fait pipi une nuit sur deux. Philo élève seule sa gamine de 3 ans et nous en convenons : on est bien mieux sans homme à demeure.

Dombre intervient alors :
«Tu nous fais chier avec ta pub sur la famille monoparentale ! Tu nous emmerdes avec ton profil de l’homme exécrable ! Les femmes aussi faut se les cogner, quand tu les embrasses et qu’elles attendent que ça, et qu’elles jouent pourtant les effarouchées... JE N’AI JAMAIS VIOLE PERSONNE. De toutes façons, il y a les salopes qui les écartent et ce sont des trous, et des salopes qui ne les écartent pas et qui racontent plein de saletés sur nous parce qu’on n’a pas voulu se les baiser...»
Daniel ajoute, placide : «Mon côté MLF»
Je réponds du tac au tac, je me défends comme la tigresse en chaleur que je suis depuis 48 heures :
— Non, ne me prenez pas pour une MLF. Je n’ai jamais été MLF. Plus féminine que moi, tu meurs... Une femme MLF prône l’égalité des sexes, or je la refuse. J’apprécie qu’un homme me fasse la cour, me tienne la porte, passe derrière moi, en profite pour me matter les fesses, j’aime qu’on m’offre des fleurs... Etc, etc.

Difficile de causer justement. J’envoie des phrases, je parle de «nuits difficiles», de ma fille, pour préciser à Dombre que je dors seule. J’admire ouvertement qu’il soit encore marié (le seul marié de la table qui le soit resté), pour qu’il me parle de son couple et de sa femme, j’ouvre grand mes feuilles de chou, j’opine du chef, baisse prudemment les yeux lorsque leurs mots deviennent crus, et relance le débat d’une oeillade enfiévrée lorsque la parole s’éteint, comme la flamme du briquet rétrécit, une petite vie bleue, chancelante, à peine de quoi allumer la dernière tige et pfitttt, voilà qu’elle ressuscite magie magie. Je comprends que quoiqu’ils disent, j’ai intérêt à bien me tenir. S’ils applaudissent mes tenues et m’encouragent à les porter, selon leur crédo «jupe et bas pour les jolies filles», j’apprends qu’ils en ont déjà viré qui en faisaient trop...
Clamaient sur tous les toits qu’elles s’étaient fait le chef sans se le faire ou à l’inverse...
Bref. Dombre à répondu à la majorité de mes interrogations :
«Vous voulez savoir ce qu’on m’a dit de vous ? Ca vous intéresse de le savoir ? Vous avez la réputation d’aimer les femmes et d’en disposer comme de vrais chiffons. Qu’en est-il en réalité ?»
— J’ai une vie de famille et je suis le plus souvent rentré à 19h45... Sauf, bien sûr, quand je me déplace. Je laisse à ma femme l’intégralité du contenu de ma bourse. Je suis marié depuis 25 ans et je tiens parce que je suis un homme de «compromission»... Les salopes n’ont plus qu’à se branler...

Joyeux repas. Plus vivant que la dernière fois. Ma libido, en revanche, s’est éteinte nette. Ils n’aiment pas les jean’s larges et les basquets... M’est avis que demain, je vais débarquer en 501 et en Reebock.


Dernière édition par Admin le Ven 7 Mar - 19:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Mar 4 Mar - 15:17



Samedi 17 janvier


Hier, j’étais soulagée qu’on soit enfin vendredi. J’avais hâte, dès le réveil difficile, de me retrouver à rien faire, dans le confort de mes murs, avec mes trois enfants. La journée s’est très bien passée. Ormis avec Michelle, ma voisine de bureau, médecin comme moi, plus jeune (32 ans), maquée avec un certain Robert, sans enfant, très banale. Un accent du Sud Ouest, 1m 56, de grosses fesses, une forte poitrine gentiment cachée sous des angoras défraichis. Quelques bracelets et chaines en or/argent, seules manifestations avouées de sa féminité. Ses cheveux chatains ne sont propres que le lundi, attachés dès le mercredi. Ses dents sont grises, fondamentalement grises avec les espaces interdentaires entartrés, enfin, elle porte le jean’ (immuablement) et des lunettes.

La veille jeudi, une urgence nous était tombée dessus. Le pigiste (pourtant embauché pour) n’avait pas rendu suffisamment de texte, celui-ci devant être proposé au sponsor lundi soir. Nous restait 48 heures : vendredi intégral et lundi pour récupérer le coup.
Depuis que je partage son bureau, je travaille trois fois plus que Michelle. Parce qu’on m’a confié d’entrée de jeux la rédaction de deux brochures urgentes (sur un nouvel antihistaminique du nom de Topinam) alors qu’elle se contente de suivre la réalisation de CD Roms déjà anciens. Donc elle s’agite beaucoup, parle baucoup (au téléphone et aux collègues), reçoit ses pigistes ou le “metteur en scène” de ses futurs travaux, tandis que je rédige, rédige au kilomètre, c’est à peine si je m’interromps pour me moucher.
A l’annonce de la défection de ce cher pigiste, et du travail à rattraper, dès jeudi 15 heures, Daniel, le rédacteur en chef, s’est mis à brasser baucoup d’air : toute affaire cessante, il fallait se plonger d’urgence dans la maladie d’Alzheimer.
— Présent ! à aussitôt répondu Michelle, et ces deux-là se sont lancés dans une danse inimaginable : Daniel s’est chargé de rappeler le pigiste, pour qu’il rende sa doc à la première heure le lendemain (pigiste qu’il n’était plus question de payer), Michelle s’est armée de son sang- froid d’ex-cheftaine du Samu. Les allers et retours d’un bureau à l’autre n’ont plus cessés jusqu’à mon départ.
— Et si j’appelais Catherine Tod ? Propose Michelle, elle pourrait avancer ce week-end.
— Catherine Tod est en congé, répond Daniel.
— Alors peut-être Alice Dupont ?... On pourrait lui demander de passer demain et de rédiger ce week-end ?
— Oui, bonne idée, appellons-là... Mais elle a trois enfants...
Je suis leur manège d’un oeil perplexe, bien malgré moi du reste mais ils font tant de boucan ! Bien sûr, j’ai été sollicitée moi aussi mais ma réponse a été claire :
— Désolée, je ne travaille pas ce week-end.
— Auras-tu au moins fini Topinam ce soir, pour pouvoir nous aider dès demain ?
— Oui, je vais tâcher...
En partant, à 17 heures 30, je n’avais pas clos mon dossier de 60 pages. Manquaient 2 à 3 bricoles : la conclusion, quelques corrections, quelques reprises et la mise en page. J’ai donc fini le texte chez moi, à 23 heures.
Et quand je radine le lendemain, je dois attendre treize heures pour qu’on m’explique. Ce dossier si brûlant la veille ne semble plus motiver les foules. Daniel dit que la catastrophe n’en est plus une, qu’il a dénoué le noeud gordien chez lui, reste juste un diaporama et 30 encadrés à rédiger. Quand à Michelle, elle vient de recevoir la dernière épreuve de son CD sur le cancer colo-rectal et son boulot du jour consiste à le vérifier : regarder l’écran de son ordinateur, lancer le bouton start, admirer le résultat : les images qui défilent, les voix qui résonnent, claires et justes, jusqu’à mon oreille. Je suis en train d’imprimer le texte définitif de Topinam, je le relis rapidement, vérifie la juste succession des grands A et des petits b, corrige les rares fautes d’orthographe, recentre un encadré. Tous détails de dernière main qui auraient sans souffrir pu attendre lundi. Et voilà qu’à treize heures, tandis que je surligne un passage qui ne le mérite même pas vraiment, la cheftaine scout me lance agressive :
— Alors tu es prête pour Trobel ?... Parce que faut s’y mettre, faut s’y mettre...
“Oui, oui, bien sûr”, je réponds interloquée... Ca valait bien le coup de me stresser depuis hier !... Si la situation ne paraît pas si désespérée que ça, je n’appelle plus “urgent” un travail débuté à 13 heures... Je me mets au garde-à--vous, les tâches sont “justement” réparties : pour Michelle, le diaporama, pour moi, la rédaction des trente encadrés de 20 lignes. “Si on s’y met tous, l’épreuve devrait être rendue ce soir”, conclut Daniel.
Là, je me pince : 30 encadrés à rédiger entre 13 heures et 17 heure 30 ??? Devant l’énormité du challenge, je décide de la prendre cool, de ne pas vraiment m’investir. Cependant, lorsque Michelle me donne le titre des 2 premiers encadrés, sur un ton sec de proviseur général, je ne peux m’empêcher de grogner un peu en dedans. Et j’explose vingt minutes plus tard lorsque je réalise que le travail est surhumain, que ces titres ne suffisent pas, qu’il me faut de la doc, un contexte, un support, le texte original, un encadrement minimal... Je me sens comme l’O.S. qu’on vient de placer devant une machine, sans lui en expliquer le mode d’emploi mais avec juste une recommandation : “Attention, elle tourne à 8000 tours minutes, si tu ne fais pas gaffe, c’est ton doigt qui saute...”
Je râle un bon coup, ce qui non seulement me soulage mais surtout métamorphose instantanément ma chef scout qui devient très serviable et très polie : me colle sous le nez les brochures qu’elle se gardait au chaud sur son bureau, m’interrompt à tout propos, pour une nuance, un détail de présentation etc... Au passage, elle me tape au fur et à mesure ce que je ponds, puisque le diaporama consiste à reprendre sur 3 lignes le texte de chaque encadré... Je suis maintenant lancée comme une Ferrari sur une autoroute belge. Ses incursions me dérangent plus qu’elles ne m’apportent mais je suis sensible à ses efforts. L’atmosphère semble s’alléger jusqu’à l’heure du repas. Repas qui consiste, vu l’urgence, en un sandwich que je file m’acheter en bas.

Dès lors, ma “copine” Michelle ne desserre plus les lèvres. Nous travaillons chacune de notre côté, dans le silence, nous n’entendons plus, de loin en loin, que le clic de nos briquets respectifs et le soupir de profond soulagement qui suit nos premières bouffées de clop. Plus elle s’angoisse à l’idée du temps qui avance, plus je me détends à celle de bientôt partir, pour un week-end loin de ce bureau enfumé, loin de son silence opaque, loin de ces “urgences” inadmissibles, non mais des fois, j’ai trimé comme une dingue toute la semaine, à peine le temps d’aller pisser, ou de tailler une mini bavette rapide et courtoise avec le petit personnel :
“Elle va mieux, ta gamine ?”... “Jolie, ta robe !”... “C’est sexy, tes cheveux détachés”...
Ah ! Retrouver mes fils et la douce chaleur du logis !
Vers 16 heures, j’en peux plus. Le Dombre est déjà passé 3 fois depuis ma rapide expédition Mac Donalds, une fois pour me demander si j’allais bien, une fois pour me foutre sous le nez l’une de ses dernières brochures, une fois pour téléphoner devant moi, avec son portable. Je craque, l’ambiance est survoltée, Michelle ne prononce plus un son, je suis fatiguée de réfléchir. Je file me reposer cinq minutes dans le bureau de Daniel. Contre toute attente, celui-ci m’accueille à bras ouverts. Nous parlons d’autre chose, de la faculté Bichat où nous avons —sans jamais nous croiser— effectué nos 7 ans de médecine générale. Et la mairie du XVIIIème, et le marché de la rue du Poteau, et Alain Sauvanon, et Michel Brisseau... Ces souvenirs me dépaysent mais le labeur m’attend. Daniel me retient mais je dois y retourner.

Et là, dans le morceau de couloir qui mène de son bureau au mien, je manque de rentrer de plein fouet dans le ventre de Dombre. Emportée par l’élan, j’hésite à reculer pour le laisser passer. Il hésite de son côté. S’imagine sans doute que je vais céder. Une espèce de corrida s’engage. Mes mains sont prêtes à le pousser, mon corps se tend vers le sien comme si le clash était inéluctable. Je lutte contre une violente et instinctive pulsion de me jeter dans ses bras. L’instant dure très longtemps, des milliards de millisecondes, beaucoup plus longtemps qu’il n’en faut, en principe, dans ce genre de situation, pour que l’un finisse par laisser passer l’autre.
Je ne sais pas —et ne saurai jamais— si l’émotion de Dombre a été aussi puissante que la mienne. Dans cet espace de temps suspendu en plein vol, je n’ai pas réfréné mon formidable désir pour lui, tout mon corps s’est senti attiré par le sien, comme “aimanté” et s’il n’a pas cédé, s’il est resté vacillant, incertain, telle la flamme de bougie dans le courant d’air, mon corps n’a pu s’empêcher de lacher un soupir, un bruit de gorge et de poumons proche de l’alètement de l’amour. Comme un orgasme, en somme, une jouissance impromptue à sentir ce bel homme presque collé à moi, aculé à me rencontrer, de face, ses bras ouverts prêts à se refermer autour de mes épaules, son ventre prêt à se frotter au mien. J’étais bizarre quand je suis retournée m’asseoir en face de la duègne. Je respirais plus vite, j’étouffais...

Lorsque je suis partie la conscience lourde (je n’avais rédigé que 9 encadrés sur 30 et croyais, à l’époque, laisser Michelle dans un sale pétrin) c’est sur les ailes de Cupidon que je me suis envolée, saluant de salle en salle les uns les autres. Dombre était en réunion. C’est pourquoi je n’ai fait que tendre une main prudente vers sa porte et mes doigts ont doucement toqué. Il a interrompu aussi net son discours pour me décocher un magnifique sourire : “Au revoir Juliette”.
Il semblait content de moi et de ma semaine, mais j’attends les remontrances lundi. Sur Trobel, j’ai certainement manqué de conscience professionnelle, mais il était HORS DE QUESTION que je bosse ce week-end !
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Mer 5 Mar - 13:39



Lundi 19 janvier


Je suis en train de corriger le Soleil Rose. J’avais commencé avant mon embauche, personne ne m’oblige à ce travail ô combien rébarbatif — des tonnes et des tonnes d’heures pour un livre déjà écrit, lequel, une fois réécrit, se prendra les mêmes vestes que la première version. Personne ne m’oblige sinon moi, qui ne peux me satisfaire de la petite vie pépère que je mène actuellement. Boulot de 9h30 à 17h30. Métro. Soirée gamins, et encore, Mathieu et Simon sont maintenant suffisamment grands pour préférer leurs jeux ou leurs bouquins à mes rangaines, Marie est encore trop petite pour ne pas préférer son lit (après 8 heures de crèche), à mes bras...
En dehors du dîner, et de temps en temps, le linge à trier pour la machine, je n’ai rien à faire de domestique, Maria se chargeant de la maison, les 40 minutes quotidiennes qu’elle passe chez moi. Non seulement je n’ai rien à faire de plus excitant que lire et écrire, mais ce que je lis me pousse à écrire et je ne supporte pas, JE NE SUPPORTE PAS l’idée d’EN AVOIR AUTANT CHIER POUR CA.
Un salaire de 14 500 F à 36 ans, même pas de quoi louer un quatre pièces, alors que je rêve d’une maisonnette avec jardin. Un non-stop de huit heures, rivée derrière l’ordinateur, pas franchement inintéressant mais besogneux. Un boulot presse-citron, l’urgence, l’urgence, je suis la petite main d’une Société infime — autant coudre des ourlets chez Saint Laurent...
En plus l’ambiance s’enlise. A J 19, chacun a retrouvé ses repères, après le grand vent frais de mon arrivée. C’est quotidien et fade, une petite entreprise, un repère d’égoïstes qui n’ont malheuseusement qu’une seule et unique motivation, je le réalise aujourd’hui, toucher le chèque à la fin du mois...

Daniel me drague de plus en plus et je ne sais comment me sortir de cette affaire. Rien ne me plaît chez lui, ni son physique (il est petit et gros, bovin, avec des yeux bleus injectés de sang, des poils sur ses doigts boudinés), ni son mental ( je l’ai déjà dit : trop lunatique). Il veut déjeuner avec moi le midi, mais quand j’accepte, il cherche systématiquement à me faire parler de cul. Son oeil s’allume dès que j’emploie un mot vulgaire ou suggestif pour mieux s’éteindre lorsque j’essaie de lancer le sujet sur Michelle, la boîte, ou le dernier bouquin que je viens de lire. Dans la rue, dans l’ascenseur, dans les escaliers, et jusque dans les chiottes de l’entreprise, il fait ce qu’il peut pour s’approcher de moi, me voler un baiser ou me peloter. Pire, à deux reprises, il m’a envoyé des messages en direct sur mon ordinateur, messages assez salés du genre :

"J’ai récemment fait la connaissance d’une jolie jeune femme que je sens posée sur la même longueur d’onde que moi. Je rêve de la déculotter. J’aimerais qu’elle accepte de jouer avec moi. J’ai des fantasmes, des questions, des interrogations. J’attends d’elle qu’elle y réponde, par l’intermédiaire de nos disques durs. Il suffit qu’elle accepte et nous pourrions nous éclater, sans pour autant bâcler le travail : une question, une réponse, une autre question, une autre réponse etc, etc... Effacez svp la mention inutile :
«Je suis d’accord»
«Je ne suis pas d’accord». Ajoutez un commentaire au besoin."


Je me suis sentie fine quand Philomène s’est approchée pour me taper du feu : la prose de Daniel venait de s’afficher plein écran et m’étonnerait qu’elle lui ait échappé. Ce serait bien ma veine que Philomène (Philomène ou un(e) autre) puisse s’imaginer que nous entretenons des relations extra-professionnelles. De surcroît, ce genre de plan me déconcentre et j’ai besoin de toute ma tête pour leur donner satisfaction tant le rythme est soutenu.
Même le grand Dombre commence à tiquer. Normal, à chaque fois que j’entre dans le bureau de Daniel pour un «petit» conseil, je n’arrive plus à en sortir. Il me reprend le mode d’emploi en long, en large et en travers. «Assieds-toi» me dit-il doucereux, histoire de mater mes jambes croisées (ce matin, il a même mis la main pour vérifier si je portais des bas ou des collants). Et je ronge mon frein, patiente, un max de travail m’attend encore, je sens les aiguilles de ma montre tourner sur mon poignet, mais il faut que je m’envoie l’intégralité du speech, que Daniel énonce d’une voix ralentie, pour faire encore durer le supplice.

Aujourd’hui, Dombre nous a rappelé à l’ordre, une première fois :
— Alors ça bosse ?
Une seconde fois, une demi heure plus tard :
— C’est pas croyable : ils sont maqués ensemble ou je rêve !
Une troisième fois :
— Alors ? Ils en sont où ces encadrés ?
S’il savait comme je lui suis reconnaissante de m’avoir tirée, à trois reprises, de ce sale pétrin !
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Jeu 6 Mar - 14:18

Mercredi

Mercredi 21 janvier

Michelle revient de chez le stomato (où elle a passé le début de la matinée), lorsqu’elle me lance, après un bref détour par le bureau de Daniel :
— Il faut rendre ton texte à 11 heures dernier délai.
Il est 10 h 45 et, après les corrections de Daniel, je me retrouve avec six encadrés à réécrire. Je la laisse dire, opine, ne veux pas me déconcentrer. Elle me répète plus vivement :
— T’as entendu !... Il faut rendre tes textes à 11 heures !
Et son ton me tire de mes lignes, péremptoire, comme si elle s’adressait à SA pigiste, impatient, comme si SA vie en dépendait, mal élevé, rentre dedans, exaspérant et mal venu. Dans l’urgence, je me tais et avance, mais là, Michelle passe les bornes. Trois semaines que je subis, alternativement, son babillage incessant ou son mutisme de dogue muselé. Depuis le début, c’est simple, elle intervient toujours quand je ne demande rien, pire, quand je ne veux surtout pas qu’elle me dérange (tandis qu’elle en revanche, et c’est souvent, n’a rien à foutre) :
— Tiens, me lance-t-elle, je vais te montrer un truc : il faut choisir la typo «Bookman Old Style» pour saisir son texte. Nous écrivons tous avec cette typo (sauf le Grand Chef, qui ne l’a même pas sur son Mac mais je ne l’apprendrai que deux mois plus tard). Si tu ne te plies pas à cette discipline, Franck (le maquettiste) va te tomber dessus....
— Moi, mon travail ici, c’est le CD Rom «JV». Nous sortons un CD par mois. Présentement, je relis la version définitive de l’exemplaire «Cancer colo-rectal», à paraître le 12 février. Demain, je reçois la dernière version des «Otites de l’enfant», et je dois la vérifier. Dès qu’un CD revient de la maquette, il doit être vérifié. Pour cela, deux circuits : le CD passe chez moi sur Mac et en même temps chez Philomène, sur PC.
— Quand un texte est trop long à saisir, n’hésite pas à charger les filles du secrétariat... Si les saisies te dépassent, n’hésite pas à m’en parler... A priori tu devrais plutôt travailler avec Corinne, qui s’occupe plus spécifiquement des brochures... Il faut que tu ailles voir de temps en temps comment le système fonctionne dans leur bureau... Il faut que tu leur parles, si tu veux t’«intégrer»... A propos des brochures, en principe....

J’AI ENVIE DE BOSSER BON DIEU !!!! PITIE, PITIE, FAITES LA TAIRE : JE DOIS RENDRE TRENTE ENCADRES CE SOIR.

«Elle» s’est gardé le diaporama, 30 dias, une phrases ou deux par dia, 30 à 60 phrases en 8 heures... «Je» me tape les encadrés, je cherche, je fouine, consulte les bouquins (bouquins auxquels elle est bien mieux rodée que moi, depuis un an qu’elle sévit dans la boîte) et bonne poire, je lui file mes trente lignes, mes 1500 caractères frais pondus, histoire qu’elle s’en inspire... (J’avoue pour ma défense que le geste n’est pas spontané, c’est elle qu’a suggéré, pour gagner du temps).

La même habileté mesquine la semaine dernière :
— J’ai faim, lance Michelle sur le coup de treize heures, si on allait au restaurant d’en face ce midi ?
Daniel semble alléché, je me joins au duo, j’ai faim aussi et tiens à m’«intégrer». Même repas, même menu, même café pour nous trois. Une seule différence : ils ont commandé un pichet de 50 cl de vin rouge et moi un kir en apéro. Une fois le partage de l’addition effectué, ils se retrouvent avec une note de 100 F et moi de 140... Michelle compte et recompte : «bizarre, tout de même cette différence, c’est ton kir qui a dû coûter cher.» Ouais, 60 balles...

Voilà tout Michelle, ou comment faire porter le chapeau aux autres en dix leçons. Je rappelle au passage que Daniel me drague à mort, ce qui ne l’empêche pas de signer son chèque de 90 francs et des poussières sans s’offusquer de me laisser le pourboire. (Je ne vois plus que ça, 60 F de Kir, impossible, ils n’ont pas dû partager le pourboire...)

Bref, ce mercredi matin-là, quand elle m’envoie le couplet des 11 heures trébuchantes, je finis par lever le nez de mon clavier pour lui sortir, très calmement du reste :
— Non. J’ai besoin de plus de temps. Je ne suis pas encore capable de rédiger six encadrés en 15 minutes... Ils attendront midi.... Et j’ajoute dans ma barbe : «D’autant que j’ai convenu avec Dombre (pendant que t’étais chez le stomato conasse) de rendre les textes à midi».
Ma placidité doit lui clouer le bec ; je n’entends plus sa voix de crécelle jusqu’au déjeuner, que je partage avec Daniel chez Mac Do (davantage dans mes moyens déjà), tandis qu’elle s’en va, seule. Entretemps, j’ai bien entendu rendu mes textes.
— Ne t’inquiète pas, me rassure Daniel (quand je regrette de ne pas l’avoir invitée à se joindre à nous), c’est son habitude : elle ne déjeune pas, elle préfère marcher...

A peine revenus, voilà qu’elle nous impose une réunion rédac. Si, si, comme ça, l’initiative vient d’elle, tandis que je dois rendre impérativement la seconde version de Topinam ce soir, que le DG l’attend !!! Bon, je me plie, une heure de perdue, à entendre défiler l’énumération des 18 dossiers qui s’échelonnent d’aujourd’hui (le mien) à juillet 99 !!!
Ils insistent, lambinent. Je rentre dans le jeu (que ne pas faire pour s’«intégrer»), plaisante, alors que je sens de nouveau l’aiguille de ma trotteuse trotter sur mon poignet...
— On continue ou pas ? demande soudain Daniel.
— ON ARRETE !... Et c’est mon coeur qui crie, je suis toute étonnée d’avoir un coeur qui sait crier si fort, à haute et intelligible voix. J’AI TOPINAM A FINIR POUR...
— MAIS C’EST IMPORTANT DE PARTICIPER AUX REUNIONS DE SERVICE !!! C’EST LE BOULOT AUSSI !!! C’EST l’ESSENCE DE LA BOITE !!! m’interrompt la chef scout.
Pourquoi alors coller ces réunions quand je suis surchargée et qu’elle glandouille ? Parce que je viens d’arriver ?... Pour me punir d’avoir été choisie, pour m’empêcher de travailler ? Parce que depuis le début, depuis le premier jour où Daniel nous a présentées, elle s’est mis dans la tête de me dégommer ??? Parce que je suis plus jolie, plus diplomée, moins flemaga, moins «c’est pas mon boulot mais tu t’en sortiras très bien ???»
Elle trouille, C’EST CA ?, c’te pauvre fille ??? Et en quoi, MOI, ça me regarde ????

Bon, je me plie. J’attends, j’écoute, et bien évidemment, ne me reste que le temps de travailler dix lignes avant MA fermeture : 17 heures 30... C’est stipulé dans mon contrat...
Je m’emmène donc la doc, faut que je finisse chez moi. Si le sujet est passionnant, mes yeux se brouillent, je donne, je donne déjà tellement quand je suis parmi eux, que le soir chez moi, une fois les enfants couchés, quelle servitude !!! Les lignes tremblent, mes paupières tombent, je lutte désespérément contre le sommeil, impossible, impossible de dépasser la quarantième page, d’atteindre la conclusion...

— Tu sais, me confiera-t-elle le lendemain (j’ai dormi trois heures maximum) : je ne suis pas une mauvaise fille, je n’aime pas le conflit, je préfère largement les rapports cordiaux et ouverts... Je crois que nous nous sommes mal comprises.
Et la voilà repartie pour me saouler, pincez-moi, je rêve...
Par bonheur, «grâce à elle», j’ai obtenu un délai pour Topinam. «Je suis «gentille» insiste-t-elle, je t’ai obtenu un délai pour Topinam...»
A peine j’étais partie hier soir qu’elle s’est précipitée dans le bureau du Chef pour le prévenir que mon dossier avait pris du retard, mais qu’il ne fallait pas m’en vouloir, je débutais, un peu de compréhension tout de même !!!!....
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Ven 7 Mar - 12:24



30 janvier 1998


Daniel a fini par me lacher (je parle du sexe), la semaine dernière je crois, ce qui s’est soldé par deux journées éprouvantes, pendant lesquelles il s’est acharné à me demander l’impossible (je parle du boulot), avec les dents serrées et un ton de petit chef déçu tout à fait pénible. J’attendais mes règles et j’ai failli perdre mon sang-froid. Par exemple, je me suis plainte, en deux mots, à ma collègue Michelle :
"Je ne sais pas ce qu’il a Daniel, il devient complètement fou !!!"
Elle lève son nez de musaraigne de son Mac :
— Pourquoi dis-tu ça ?
— Comment veut-il que je corrige 20 encadrés, rédige 2 conclusions, 1 édito et 1 introduction et que je saisisse 25 tableaux avant ce soir alors qu’il est déjà quinze heures ???
— Hum, hum (je la connaîtrai mieux plus tard : Michelle ne prend parti qu’une fois le dos de l’autre tourné)
— En fait, je sais... Je laisse échapper bien malgré moi.
— Quoi ? et ses yeux de taupes s’illuminent.
— Il me draguait et puis tintin.
— Méfie-toi, continue-t-elle après un silence, Daniel est notre Rédacteur en Chef...
— M’en fiche... Si c’est pour ça qu’il a choisi de m’engager, m’en fiche qu’il me licencie pour ça... De toutes façons, ce sera pas la première fois que ce genre de souci m’arrive...
— Je crois que tu te plantes complètement, reprend-elle sur le ton de la mère qui défend son rejeton devant le juge pour enfants.
Elle me rappelle à l’ordre : en quoi tout ceci peut bien la regarder ?
— Tu dois avoir raison... Je me monte des châteaux...
Et je replonge dans Topinam.

Le lendemain, vendredi 23 janvier, c’est Michelle qui, la première, dès son arrivée à 9 h45, m’a souhaité mon anniversaire. Mes enfants n’y ont pas pensé, entre l’heure du réveil et celle de l’école. Son geste m’a émue. Nous étions très en froid si mes souvenirs sont bons. Daniel a renchérit quelques vingt minutes plus tard. Ils ne s’étaient pas donné le mot pourtant. Et l’appel de Barbara, vers 10 heures 30, qui me joignait depuis son bureau : «Bon anniversaire Juliette !... C’est bien aujourd’hui ?... Je me trompe pas ???» a achevé de me foutre la honte. Il est vrai que j’avais prévu un pot. Mais j’étais surchargée, depuis la veille et par Daniel. Je leur en voulais, à tous, et manquerait plus que je me fende pour cette sale bande de salariés, qui faisait très nettement blocus en défaveur de mon «intégration».

Le lendemain, Daniel a chopé la grippe. Maintenant huit jours qu’il ne bouge plus ses fesses de derrière son bureau, qu’il traîne, amoindri et de justesse, de sa souris à la cafetière et de la cafetière à l’imprimante. Face à la Grande Guerre, les petites batailles ne présentent plus grand intérêt. Les hommes qui ont la goutte au nez, c’est bien connu, n’ont plus la bite au garde-à-vous.

C’est alors que PA PA PA PAM
PA PA PA PAM (bruit de tambour), c’est alors que
le Grand, le Bel Eric s’est lancé.

Je me souviendrai toujours du jour, même vieille et décatie, quand je me relirai la larme à l’oeil. Le mardi suivant, puisque lundi, j’avais été, avec mon petit Simon, faire une razzia chez mon Chinois qui vend des fringues d’occase d’enfer. J’en étais ressortie avec une paire de cuissardes de sqwaw (en daim roux, avec des franges : 120 F) et deux jupes à damner le Christ (ou Pierre, Paul, Jacques, jamais moyen de tomber sur le bon) : l’une collée serrée en strech drapé entre le gris et le vert et l’autre St Laurent noire, toute frangée de cuir noir (100 F), d’une beauté exceptionnelle. Le lendemain mardi, c’est évidemment cette jupe-là que j’ai choisi de porter, divine avec des bas et escarpins, et un pull noir, acheté sur le trajet de la Fac, du temps où j’allais à la Fac, très très ouvert dans le dos.

Le Chef n’y a pas resisté. A improvisé une réunion de rédacteurs. Et m’a rattrapée avant que je ne quitte son bureau :
« Juliette, je voudrais te parler... Ferme la porte !...»
Je m’exécute, l’air interrogatif et sans un mot.
— Qu’est-ce que je voulais te dire déjà ?... Ah oui : J’aimerais que tu participes davantage aux dossiers de tes collègues. J’attends que tu donnes ton avis «médical», sans toutefois, bien sûr, froisser les susceptibilités...
Enfin ! j’ai pensé, le DG se déclare enfin !... Me soutient enfin face à cette bande de rats !...
Il m’a gardée quinze bonnes minutes, avec d’autres recommandations (moins d’effet de fringues, moins d’arrogance : «Tu n’as pas besoin de ça») et un projet : «Je dois bientôt partir à Vienne pour 3 jours... Peux-tu m’accompagner ? il me faut un rédacteur...»
— Non, je réponds, le nez rivé sur la pointe de mes escarpins.
— Tu ne peux vraiment pas t’arranger ?
— Non, non, je répète sans lever les yeux.
— Parce que je pars souvent, il me faut aussi quelqu’un pour Toronto huit jours.
— Non, je ne peux VRAIMENT pas...
Et là, je lui balance un regard intense : « Ma fille n’a pas de père... Pas de père du tout... Qui la gardera ?...»
Et je sens poindre les larmes.
— C’est ton problème, me rabroue-t-il.
— Ce n’est pas un problème, c’est un choix que j’ai fait.
— Ta vie privée ne m’intéresse pas ! me coupe-t-il sèchement, mais trop sèchement pour m’effrayer. Au contraire, je sens comme s’éveiller un intérêt nouveau. Il ne me retient pas. J’ajoute pourtant, avant de partir :
«Tu sais, si tu as envie de coucher avec moi... Pas besoin de partir à l’étranger... Je te dis ça parce qu’il y a toutes les chances que je tombe amoureuse de toi... Je n’ai personne dans ma vie et je te trouve très chouette.»
— Ah tiens, j’ai ma braguette ouverte !!! Il paraît que c’est un signe...

Secouée, je regagne mon poste. Impossible de me concentrer, j’ai envie de fondre en larmes, je ne sais pas pourquoi. Lorsqu’il me croise, un peu plus tard, à côté de la cafetière, le Grand Chef me serre l’épaule, furtivement, mais avec beaucoup de tendresse.
Me voilà rassurée. Il ne me virera pas.

Le lendemain, il m’invite au resto. Philomène en congé maladie, Daniel qui cuve sa grippe au chaud de son bureau, ne restent que Michelle et moi à partager son repas. Eric, qui s’est assis en face de moi, ne s’adresse qu’à moi. Il parle et parle et je l’écoute béate : «Je suis dadahiste, nihiliste, non conformiste et àquoiboiniste. Je n’ai jamais su me plier. Je suis parti de chez moi à seize ans, mes parents ne m’ont plus revu pendant 3 ans...»
— C’est dur, tout de même, pour une maman, de ne pas avoir de nouvelles de son enfant pendant 3 ans.
— Ma mère m’a abandonné quand j’avais un an.
— Abandonné ?
— Elle m’a mis en pension, je suis le seul de ses quatre enfants à avoir connu la pension. D’ailleurs, je suis le seul de ses quatre enfants qui la vouvoie. Et si je la fréquente encore, c’est à cause de mes gamins, je suis très poli, très courtois, je lui offre son cadeau à Noël et pour la fête des mères, mais je n’ai rien, strictement plus rien à lui dire.
— Et votre père ?
— Mon père est mort, il avait 25 ans de plus que ma mère.
— Mais pourquoi vous mettre vous en pension, alors qu’elle s’est occupée des trois autres ?
— Parce qu’elle s’est entichée d’un mec, qu’elle a quitté mon père peu après ma naissance pour partir avec lui...
J’écoute et j’ai de la peine. Ce grand colosse est meurtri a jamais et le contraste entre le DG, hurlant, criant, couillu à souhait (1m 95 et 80 kilos) et l’homme, fragile, à cause de toute une enfance ratée de petit garçon mal aimé, achève de me convaincre : ce mec mérite qu’on l’aime, profondément. C’est un nerveux dithyrambique de la race de ceux qui molestent et impressionnent, mais il avoue si facilement le pourquoi du comment qu’il me tombe là, définitivement, dans ce petit troquet sans prétention (une rareté dans le quartier).
Il me rappelle, sur le trajet du retour, que je lui ai promis de lui montrer l’un de mes livres. J’y travaille depuis la veille. J’hésite entre «Le loft» et «L’affaire MCJ», plus personnel.
J’opte finalement pour «L’Affaire MCJ».
Ce soir, je sors de son bureau avec sa critique au coeur, puisqu’il l’a lu d’une traite hier.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Ven 7 Mar - 19:37



J’oublie de raconter des choses très importantes.
Avant de lui confier ce bouquin, il s’est passé quelques étapes. D’abord, il a demandé (il m’a imposé) un déjeuner en tête à tête. Coup de fil de Daniel, je ne sais plus quel jour, de bureau à bureau : «Juliette, tu déjeunes avec Dombre ce midi»
— Avec Dombre et l’équipe ?
— Non, seulement avec Dombre.
Bon. J’obéis. Toute frétillante, j’avoue. (A part que ce jour-là, j’ai chaussé mes lunettes, je ne supporte plus mes lentilles dès le mercredi, et j’ai eu la flegme de me laver les cheveux ce matin. Donc je les ai tirés, ramassés dans une espèce de couette, type palmier, dessus la tête).
Bizarre cette sensation de toute puissance, tandis que ce grand bonhomme m’aide à retirer mon manteau, le chef cuistot attend derrière, droit comme un I, Eric m’a invitée dans sa cantine chicos, mais cette-fois-ci, pas bête, je me passerai des moules sauce langoustine. Je prends exactement comme lui, Haddock en entrée, pavé sans sauce pour suivre. Il est assis en face de moi et me regarde intensément. Je lui offre mes prunelles brûlantes (sous le verre de mes carreaux). Il tient à faire le point :
«Pendant ce mois d’essai, commence-t-il très patron, tu as non seulement séduit ton Rédacteur en chef, Daniel Abitbol, mais également le Directeur Général de notre Société... Ils tiennent tous deux à te garder. Du côté employeurs, c’est bon, tu restes, mais toi, qu’en penses-tu ?»
— Je pense que je suis très flattée. Très satisfaite de travailler sous vos ordres. J’estime beaucoup Daniel. Vous avez de la chance d’avoir Daniel...
— J’en suis conscient mais arrête de me vouvoyer.
— Je vous trouve très intelligents et performants. J’ai besoin de respecter pour obéir. Je suis comblée mais cependant, un souci me gène...
— Lequel ?
— On m’a conseillée de me méfier de vous.
— Qui ça "on" ?...
— Des gens que je connais depuis longtemps et qui me veulent du bien.
— Qui ?
— Je ne citerai personne. Des gens qui vous connaissent aussi.
— Et alors ?
— Il paraît que vous virez pas mal...
— Hein ???
— Oui, on m’a dit, et depuis le début, que ça tournait pas mal dans votre entreprise.

Il joue les étonnés. Non, autant qu’il s’en souvienne, il n’a licencié que deux collaboratrices, l’une au bout de six ans, parce que «tout le monde la détestait» et l’autre, au bout d’un an parce «qu’elle ne faisait pas l’affaire»...
— Mouais.
Je reste sceptique mais en même temps, j’ai envie de fondre. Sa franchise et sa spontanéité me font craquer. J’ai été mal renseignée. Ce mec est clean, vachement bandant et pour l’heure il me fait du gringue. Foin des conseils, foin de la méfiance, j’ai envie, instantanément, de tout lui donner. TOUT.

Après ces quelques considérations philosophiques sur le boulot, nous en venons très vite au sexe.
Ce qu’il préfère, dans les films porno, c’est la pénétration anale, mais il trouve qu’elle est mal filmée. Que ce qui est excitant, dans la sodomie, c’est d’avoir sous les yeux le sexe de la femme grand ouvert tandis qu’on la pénètre... Il faut qu’elle soit assise ou allongée sur le dos. De profil, on voit rien. «Moi ce que j’aime, m’annonce-t-il sans pudeur, c’est voir. Voir, voir, voir.»
Comment diantre en sommes-nous arrivés là ?
Mystère mais bon Dieu qu’il m’allume !...
Je réponds, toute suintante, que j’ai une bonne vidéo à lui proposer. Il préfèrerait un livre de moi. La vidéo, c’est mieux, je dis. Il réclame à voir les photos de moi nue, auxquelles j’ai fait, bien imprudemment, allusion.
— Quand j’aurai tirée ma période d’essai, je vous les montrerai...
— Arrête de me vouvoyer ou je te vire.

Sur le trajet du retour, je le branche sur sa femme, qui a sans doute des aventures de son côté (lui ne se gène pas) mais à laquelle il ne demande pas de comptes. Un couple libre, quoi : 25 ans de mariage, 3 enfants, la routine, il a ses petites, elle a ses mecs... Famille imperturbable. Il admet s’apercevoir du changement, quand sa femme «rencontre» un autre homme. Elles se pouponne, change de parfum, redevient jolie. Mais il s’en fiche.

Le lendemain, à peine arrivée, je lui confiais, dans un sac plastique Fnac, la fameuse vidéo. Cinq minutes plus tard, Dombre se pointait dans mon bureau.
— Y’a un problème ? J’ai demandé, innocente.
— Plutôt qu’une cassette de cul vérolée, j’aurais préféré quelque chose de plus personnel... Le livre et les photos, c’est quand ?
— Les photos ?... Pas avant la fin de la période d’essai. Quant au livre faut voir...
J’ai craqué le surlendemain, je lui ai fourgué l’«Affaire MCJ» qu’il a dévoré d’une traite.
Vers seize heures, il m’a appelée de son bureau :
— Si tu veux qu’on parle de ton bouquin, j’ai le temps.
J’avais à raccourcir le diaporama 1 de Trobel, rédigé coupé-collé sans se fouler par Michelle, sur des textes d’encadrés qui m’avaient pris huit jours bref bref. C’était facile, à seize heures trente, j’étais dans le bureau de Dombre :
— Ferme la porte.
Je m’éxécute, vachement émue.
— Bon, commence-t-il en s’agitant d’un bout à l’autre de la pièce : ton bouquin, c’est de la merde... Il est impubliable et je m’y connais : mon père a frayé un temps dans les milieux de l’édition...
— Je ne cherche pas à publier.
— De la merde dans les grandes largeurs : y’a pas de style, y’a pas de suspense, et c’est construit n’importe comment... Qu’est ce qu’elle vient foutre la mère de la pute, dès le chapitre trois ?... Et pis c’est quoi papy Muzo, là ce rédacteur en chef, qu’est ce qu’on en a foutre du rédac chef ? C’est une histoire d’amour ce livre ou je n’ai pas compris ?
— Plus compliqué que ça.
— Tu rencontres le père de ta fille, coup de foudre, le grand cataclisme, Hiroschima mon amour, et tu embrayes sur le papy Muzo ?... 21 jours tu dis ?... Mais je la vois pas l’histoire d’amour là-dedans... On dirait que tu t’éclates plus à sucer des pipes à mille balles...
— Pas moi, mon héroïne.
— Ouais ben c’est mal construit, merdeux à souhait, on n’y croit pas... Et le coup de fil des gosses : parfaitement invraissemblable !
— Pourtant, c’est la vérité vraie ce passage. Je me suis contentée de repomper in extenso la cassette de l’appel. Il a, au contraire, beaucoup de valeur...
— Impossible, des gosses de huit et dix ans ne peuvent pas raisonner ainsi.
— Les miens oui, mais je veux bien admettre qu’ils sont exceptionnels...
— Bon, ce type t’a tombée comme ça, en dix minutes...
— Pas moi, mon héroïne...
— M’en fiche, il t’a tombée comme ça : le Grand Amour, t’écris, et pourtant sur le sexe, y’a juste un seul passage, même pas précis... A la fin du bouquin, reste quoi ? Que ce mec t’a emballée, baisée, fait un enfant... Qu’il est pourvu d’une queue superbe... On ne sait même pas pourquoi il a craqué, tu décris rien, y’a rien, pas un détail, pas une odeur... Quand ils s’embrassent dans le café y’a rien, j’aurais voulu entendre la symphonie, une petite musique au moins, respirer le parfum du skaï...
— On était debout.
— ... humer la sueur, sentir la peau, m’emballer et bander mais non. Trop rapide, trop rapide...
— Les éditeurs ne s’intéressent pas aux pavés de mille pages. Pour un premier roman, faut être concis.
— En tous cas ta gamine, elle est pas prête de reconnaître son père, si tu lui fais lire ce torchon... Y’a une haine des mecs !!!
— Je suis d’accord, mais ils l’ont bien cherché.
— Ce n’est pas un roman, ça relève plutôt de la bouffée délirante aigue... Une étude pour Freud, et encore, le pauvre pourrait y passer dix ans qu’il n’y comprendrait rien
— Vous me flattez, Eric...
— Arrête de me vouvoyer ou je te vire... Et question cul, reprend-il, t’es drôlement faible. Tu te permets des mots crus mais à la fin du livre, le lecteur ne connaît même pas la couleur de ta chatte...
— Vous voulez dire, euh... Tu veux dire : “de la chatte de mon
héroïne “?
— Pareil. Moi je veux du détail, du crado, du dégoulinant... Ou alors on n’aborde pas.
— J’ai pas souhaité me répéter, j’avais déjà dilué dans le précédent, «Le Loft».
— Quand est ce que tu me passes «Le loft» ?

J’ai comme idée que ce mec est impuissant.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 8 Mar - 14:51




30 janvier 1998

Mon Cher Eric,

Je te soumets ce jour «Le loft», qui date déjà de 1995.
Ma démarche reste ambiguë, puisque je ne sais pas aujourd’hui ce que j’attends de toi. En fait, je sais, j’attends une critique professionnelle. C’est à ton cerveau que je m’adresse, pas à ta bite… Le problème est qu’il est difficile de dissocier la bite et le cerveau d’un homme. Tu peux crier tant que tu voudras, tu ne t’aurais pas envoyé les 120 pages, mal écrites, de «L’affaire MCJ», si tu n’avais pas bandé un peu pour moi.
Ce qui est important, pour moi et pour mes enfants, c’est que je suis écrivain malgré tout (malgré l’absence de reconnaissance). J’écris depuis très longtemps et je ne vois pas d’inconvénient à te proposer mes textes en rétro-actif, c’est-à-dire le dernier, puis celui d’avant and co.
Pour «Le Loft», je tiens cependant à signaler qu’il est inventé à 50%.
C’était pareil pour l’«Affaire MCJ», mais nous n’avons pas eu le temps d’en parler.
- Mon père n’a jamais été pharmacien (mon père était le Rédacteur en chef du J.0. à l’époque de ma conception et il est devenu PDG par la suite).
- Ma mère m’a faite après deux autres enfants (mes frères aînés), et j’ai été conçue délibérément dans la cabane Bambou, près de Nice.
- Je ne me suis jamais levé de mec par petites annonces (c’est un travail de rédactrice).
Mon talent, quoique tu en dises, est là.
Dans le livre que je te soumets, l’héroïne est une fois de plus une pute, parce que je rêverais d’être une pute (de luxe, bien entendu). Le fantasme que des hommes puissent me désirer au point d’allonger de la thune (et pas dix balles).

Il est peut-être très mal construit, mon «Affaire MCJ», mais je suis bourgeoise à mourir et tu crois vraiment que je serais capable de me faire payer 1000 F la pipe ?...
C’est une notion qu’il serait temps d’intégrer dans l’ordinateur de ton pantalon. Mon talent, il est là. Sans y toucher, j’imagine ce que je ne vis pas.
Bon gré, mal gré, j’invente et qu’est-ce que je m’éclate !!!
Dans «Le loft», tu seras peut-être content de me découvrir nue. La description de ma chatte est faite page 37.
Tu as probablement besoin d’une fille comme moi pour bander, sache que j’ai besoin d’un mec comme toi pour écrire.
A bon entendeur, salut !
(et vire moi quand tu veux, j’ai déjà refusé 20 000 francs de free-lance ce mois-ci. Je m’accroche parce que ta boîte me plaît. C’est un essai).
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 8 Mar - 15:45

SEXE

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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 8 Mar - 16:41

Semaine du 6 au 12 février

Vendredi 6

J’entre pantelante, sur le coup de 16 heures, dans le bureau de Dombre : «Je suis à bout, j’ai trop besoin que tu me touches...»
Il se trouble et son émotion me chamboule à mort. Dans mon ensemble en laine grise ultra moulant très long, je n’en mène pas large, au propre comme au figuré. Depuis ce matin 7 heures, la laine n’a pas cessé de me caresser les seins, les côtes, le ventre, les fesses, à chaque mouvement. Mais c’est sa voix, surtout, qui me met au supplice, sa voix que j’entends dès qu’il est là, dans le bureau d’à côté. Sa voix de chef est idéale, il commande d’un mot, un prénom le plus souvent : Barbara, Franck, Danieeeeel !.... Je sursaute à chaque fois. Ne me parvient plus ensuite qu’une série de diphtongues mais comme ses diphtongues-là me bouleversent ! Sa voix est basse, sublimement masculine, restreinte dans un camaieu de gris, elle ne peut pas monter même s’il s’énerve. Elle voudrait, ne peut pas. Sa voix n’est jamais rouge.

Ce matin, je capitule. Mon désir devient douloureux.
Dombre me répond : «Comment veux-tu que je te touche si tu t’habilles en nonne ?... » (comme quoi les mecs, même très intelligents, ne bitent rien à rien). Ce n’est pas sérieux pour un vendredi...»
— Je regrette (sincèrement)... Je vais donc être obligée de faire comme toutes les autres : la veuve poignet ce soir...
— Ecoute, t’as qu’à te débrouiller, t’organiser, trouver l’endroit et l’heure...
— Mais tu m’as dit que ce serait toi qui déciderais de l’endroit et de l’heure...
— Non, non, c’est quand tu veux.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 8 Mar - 16:51





Samedi 7- Dimanche 8

Je me caresse comme une forcenée samedi (2 orgasmes) et dimanche (2 orgasmes) en repensant à son visage et à son émotion. Il reste le patron mais son désir que je sens magistral le rend tout petit dans ma main. Je jouis du contraste : ce type si grand, si puissant et si fort, répond avec simplicité au plus vieux truc du monde : l’appel du ventre.
Samedi, je m’aide du livre de Georges Bataille qu’il m’a conseillé de lire. Les premières pages de Madame Edwarda sont si crues que j’aimerais bien être Madame Edwarda devant lui.
Dimanche, je m’aide d’un magazine de cul «Club confidentiel» et j’imagine que je suis toutes ces filles très ouvertes et qu’Eric me photographie. Je prends deux pieds torrides coup sur coup...

Lundi 9

Dombre me glisse avant de partir à 11 heures : «Je reviens dans 2 heures, attendez-moi si vous voulez qu’on mange ensemble». Je ne préviens pas Michelle, la laisse partir se promener vers 13 heures, histoire d’avoir les coudées franches. Le repas est très gai entre Daniel et Dombre (Philomène encore en congé maladie).
C’est le jour de la fameuse tirade :
— Si, quand je les ouvre ! Pour répondre au DG qui me lance : «Mais bon Dieu tu la fermes jamais !»
C’est le jour où je pose, pour la première fois, ma main sur sa cuisse, ostensiblement (je veux dire devant Daniel) et genre amical. Tu parles !
Je suis épatée de ce que je touche, c’est dur, très dur et large (Eric mesure 1m 95).

Au moment de l’addition, Eric lance à Daniel : «vas-y devant, on te rejoint...» Beau joueur, Daniel s’éclipse, avec un sourire qui me rassure : on dirait que son patron ou lui, c’est kif.
Eric pose alors sa main sur mon genou (c’est le jour de ma jupe métallisée ultra ultra ultra courte et moulante). Je plane illico. Il retire vite ses doigts, avec une phrase du type : «Je te lache parce que tu vas nous jouir dans le restau.» Il a pas vraiment tort.

Sur le trajet du retour, j’aborde le problème Daniel (qui me drague comme un fou depuis le premier jour, je l’ai déjà écrit mais sans en parler à Eric). Ce n’est pas que ça me gène : le désir des hommes, en général, décuple mes capacités quand je travaille, c’est un moteur qui me rend plus performante ; mais quelle attitude prendre, pour LUI, à partir du moment où je sais que je ne veux rien faire avec, sinon bosser ?
L’air du dehors et les mots rassurants d’Eric me remettent à jour. No problem, ma jolie, no problem.
L’ascenseur est long à venir, nous sommes plusieurs à l’attendre. Je propose à Dombre d’escalader les escaliers. Et là, dans le colimaçon (je suis deux marches plus haut, ce qui rend la manoeuvre plus facile), il se rapproche de moi et m’embrasse très doucement, très bien.
L’une de ses mains commence à caresser mon sexe, à travers mes vêtements. Frustrant au possible. Je la lui attrape et intime : «Non… Rentre». Je guide ses doigts, sous la jupe et le collant, direct à mon contact. Il me pénètre et continue à m’embrasser, langoureusement (j’admire, j’admire le stoïcisme de certains hommes).

Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu un orgasme, juste un max de plaisir, une sensation surréaliste d’éternité, lorsque la vie épouse la mort et que les noces sont sanglantes, purifiantes, la mort pour mieux renaître...
Il me lâche tout à coup et je manque de m’écrouler. Ma tête tourne comme le manège de la gare Montparnasse, plein de gens passent encombrés de leurs valises, les enfants courent et rient sur le macadam sale. Mes yeux ne voient plus qu’un écran blanc, mes jambes sont molles, si molles, c’est si fort que ça en devient chiant. Je n’ai plus une goutte de sang dans le corps. Pire, je reste le reste de l’après-midi, le soir, et encore le lendemain matin dans un état bizarre, sonnée, comme si une synapse (que dis-je, un milliard de synapses) avait pété dans mon cerveau.
Il remonte avant moi. Me répète gentiment en me laissant sur les marches : «Calme-toi, assieds-toi». J’obéis mais le truc ne s’arrange pas, même de sortir prendre l’air ne change rien. Bizarre. Est-ce que je fume
trop ?... Est-ce qu’on peut claquer de désir dans un escalier d’entreprise ?

Je croise Eric à de nombreuses reprises cet après-midi-là car il tient à me confier un projet urgent pour le lendemain soir. Je ne travaille jamais directement pour lui, et l’idée aurait pu me convenir, voire me faire franchement plaisir si mon cerveau de chiottes n’avait été à ce point à la masse. Lorsqu’il explique ce qu’il attend de moi, fait rarissime, je ne comprends rien, au point d’être ensuite obligée de demander à Daniel de me traduire. Je propose de passer plus tôt le lendemain, ou de rester plus tard, mais d’après eux, ce n’est pas nécessaire.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Dim 9 Mar - 13:16




Mardi 10

Daniel m’aborde avec son petit sourire en coin :
— Dis-moi, tu as envie de rester ?
— De rester ?... De rester ce soir ?... Oui, je pense que je peux.
— Non, de rester pour de bon, avec nous.
— Mais c’est prématuré !... Nous ne sommes que le 10 et mon contrat stipule...
— Bon, tu veux bien rester ?
— Ben oui... Tu le sais, ça se voit, je suis très heureuse parmi vous et je n’ai pas l’habitude de cacher mes sentiments.

Réunion de rédaction : Dombre prend la parole : «Daniel a décidé de te garder, il m’a convaincu, inutile d’attendre la fin du mois, tu fais maintenant partie de notre équipe... »
Quelle journée ! Je serais au comble du bonheur si mon sale cerveau de chiottes...
Donc réunion express. Et c’était très touchant tout ça : Le boss a lancé un appel et ils ont répondu dans les dix secondes, même la Stéphanie qui me regarde en biais, même la Dorothée qui m’ignore, même le Franck qui bosse dans son coin, pas agressif, pas belliqueux, fidèle au poste mais tellement froid... pour entendre «Juliette reste, elle fait maintenant partie de la famille».
Très émouvant et j’aurais presque pu pleurer, tant je les aime déjà tous et tant je m’amuse avec eux et j’aspire à bien faire, à rallier à ma cause ceux que je sens septiques... Mais mon cerveau, c’est la dernière fois que je le dis, n’est même plus capable d’appuyer sur le bouton larmes.
Juste je souris comme une bienheureuse, mais j’avais les chocottes mardi : et si je devais rester comme ça jusqu’à la fin de mes jours ?...



Mercredi 11

L’horreur. Je veux faire honneur à Eric, l’encourager à me donner des boulots à lui, mais je suis dans le même état que la veille. Aucune vivacité, je me concentre au maximum sur le papier qu’il m’a confié, les lignes dansent, je ne comprends rien à ce que je lis. Putain de merde !...
Je saisis, je saisis, aussi vite que mes doigts me le permettent, et bizarrement, mes doigts s’activent comme d’habitude. Je n’ai pas de trouble moteur, pas de déficit, pourquoi mon cerveau dort alors ?

Comme j’ai honte de rendre mon papier à 16 heures ! Je n’ai pas fait mieux que la secrétaire lambda. J’ai fait bien pire.
J’émerge à ce moment-là. Il était temps. Les grandes émotions ne sont plus de mon âge.
Pour compenser, je propose de rester plus tard ce soir. Un autre nouveau job vient de m’être confié, pas question que je le bâcle. Le cul et le travail doivent être dissociés et plus j’en pincerai pour mon patron, plus je me dois d’être brillante. J’appelle Maria, qui ne voit pas d’inconvénient à me garder Marie jusqu’au retour des grands. J’arrive à lire, à comprendre ce que je lis, moyen moyen quand même, puisque c’est Dombre qui me raccompagne à 19 heures.

J’en suis raide dingue. J’ai entendu, à un moment, Barbara claironner : «Il peut vous recevoir tout de suite, mais il a un autre rendez-vous, très important, à 19 heures, la réunion ne pourra pas traîner.» Et c’est MOI le rendez-vous TRES IMPORTANT ???
Le plus fort c’est qu’ils sont tous partis, à 18h 50, ces gens si selects de Tampact !... A cause de MOI ?
Bon, c’est vrai, il ne t’a pas encore baisée, modère ton enthousiasme, ma fille, tu sais comment "ils" sont.
Mais je me fiche de l’avenir. Je prends, je prends, je jouis de l’instant comme si je devais mourir demain.
Lorsqu’il m’aura sautée, il m’aimera encore plus.
Ou si, à l’inverse, il me manque de respect, je m’en irai. Je n’ai rien à craindre, au fond, j’en ai vu tellement d’autres... sauf que j’aime ce boulot, TOUT dans ce boulot.
Je serai bien triste de partir. Mais...

Je ne raconterai pas la suite, ce qui s’est passé dans la voiture. Il m’a touchée du bout des doigts et ça ne me suffit plus. Nous sommes maintenant obligés de conclure. Je l’ai maintenant obligé, je suis la dernière des cons, ma chatte est une ordure et pour la peine, je ne la caresserai plus jusqu’à dimanche prochain.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Dim 9 Mar - 13:27



Vendredi 13

Rien de spécial à dire sur ce vendredi 13. C’est à peine si j’ai croisé Dombre.
J’avais tellement envie de jouir ce matin que j’ai dû me toucher aux chiottes. A deux reprises.
J’en ai marre, cette histoire commence à me gonfler. J’avais envie d’avoir de nouveau envie mais pas à ce point-là. Je bande trop et le désir me torture.
Sa gentillesse me bouleverse les tripes. Il gueule un bon coup, clair, net, précis, puis perd ensuite un temps fou à se faire pardonner. Il hurle : «Barbara, Franck, Danieeeeeeel.....» , nous accourons au garde-à-vous, prenons notre savon, et repartons contents et propres. Incroyable ce qu’ils ont peur de lui.
Dès qu’il y a une réunion, Michelle se met à trembler : «Une réunion, c’est mauvais signe, tu vas voir, tu vas voir à l’usage, dès qu’Il nous réunit, c’est pour en prendre un max...» Et alors ! C’est bon d’en prendre un max de Dombre ! C’est légitime et sain...
Je ne comprendrai jamais comment les salariés fonctionnent. N’aiment pas l’humiliation, n’aiment pas se faire engueuler, d’accord. Mais si le Patron crie très fort, je ne l’ai jamais trouvé humiliant. Il fait ça bien, comme j’engueule mes fils, avec beaucoup d’amour derrière de grandes phrases. Ce type est en train de se tuer pour des ingrats ringards.

Mon ventre s’est calmé d’un coup, vers 14 heures. J’ai pu me brancher sur mon travail avec davantage de vivacité. J’étais contente de moi quand Dombre est arrivé. J’avais quasi fini, il m’a demandé le texte, je l’ai imprimé et relu et ça lui a pas plu et ras le bol.

Et il est libre ce week-end et moi aussi. Et j’ai surtout, surtout envie de son corps, de son haleine et de ses caresses.
Mais il m’impressionne trop.
Il a mon numéro (me l’a demandé). Moi, j’ai perdu le sien.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Lun 10 Mar - 14:29



Lundi 16 février

Ouf, ce n’est pas un mufle ! Et j’ai peut-être bien fait, tout comptes faits, de le chercher à outrance, puis de lui répondre, puis de nous pousser à bout, pour finalement cracher comme une vraie salope entre ses doigts...
Aujourd’hui que ma libido s’apaise, qu’elle se tient à carreau, je commençais (je veux dire hier soir et ce matin), à regretter ma légèreté.
Je m’en voulais à mort, me répétais que j’avais été bien sotte de répondre à mes bas instincts, alors que j’apprécie ce boulot. Pour ma défense, il me plaît vraiment depuis que nous jouons ensemble. Sans son intervention, il y a plus de trois semaines maintenant, je ne suis pas sûre que j’aurais tenu. Ils ont beau être sympas, quelle chienlit le temps plein !... Simple : on n’a plus de vie.
Pour moi, ceci n’est concevable qu’à la condition que mon job devienne ma vie, donc que je m’y sente aussi bien que chez moi, donc que j’aime sur mon lieu de travail. Ai-je été suffisamment claire, maman ? (parce que tes reproches virtuels, même si tu n’es au courant de rien, sache que je les entends...).
Dombre m’a saluée avec le sourire ce matin, et quand je lui ai porté son café (quel plaisir, chaque matin, si subtil !), il s’est enquis de ma santé. J’ai menti «Je vais très bien et toi ?» avec mon plus beau visage de composition.
— Je suis fatigué.
— A cause de ton astreinte ?
— Je ne sais pas... Fatigué...
Je me suis rapidement éclipsée, histoire qu’il se rassure : son sacrifice de dimanche n’aura pas été vain. Je suis beaucoup moins demandeuse, je ne grimpe plus aux rideaux et je tiens à ce qu’il s’en aperçoive.
Ma chatte n’appelle plus au secours dès que je m’asseois ou croise les jambes. Il a sans conteste remis la majorité de mes pendules à l’heure.
Cependant, je vais mal tout de même car j’ai peur, peur toute la matinée de ce lundi, qu’il regrette autant que moi et se saissise du premier prétexte venu pour me virer... Une sale idée me trotte en tête : il a avancé la date de mon acceptation définitive pour pouvoir me sauter et me lâcher en bonne et dûe forme.
Pourtant, lorsque je tends ma version «personnelle» et «définitive» du travail qu’il m’a confié mercredi, ED l’attrape avec un clin d’oeil affectueux.

Il s’enfuit à 13 heures, Philomène sous le bras, et je remarque qu’il ne me prévient pas de l’heure de son retour, réflexe pourtant devenu rituel, comme celui du café du matin.
Je me maudis, je me flagelle. Aucune urgence en vue. Dans ma précipitation à le recevoir dimanche, j’ai perdu l’une de mes lentilles, j’ai du mal à accommoder : le texte en word 6, mon papier que je connais par coeur, je m’ennuie...
Mais il finit par reparaître : réunion de rédaction en présence de Philomène.
Dombre les massacre TOUS, sauf Philomène et moi. Je dirais même, il revient sur mon travail plus souvent qu’il ne le devrait, avec des petits mots charmants ou franchement érotiques : «Juliette réécoute les CD de Michelle... Elle perd son temps !... Puisque nous avons la chance de l’avoir parmi nous, faut la REMPLIR... »
(Oh oui, d’accord !)
«Nous venons de l’engager, ce serait tout de même dommage que nous soyons obligés de nous en séparer dans trois jours...»
(Ben tiens : et je prends ça comment ?... )

Il aurait dit «REMPLIR» vendredi dernier, je tombais en syncope.
Mais je suis rassasiée (jusqu’à la prochaine fois, je me connais), et ce que je tire de ses propos me fait surtout de la peine : ce mec se donne un mal de chien,
Putain,
un Mal de Chien,
Il passe la soirée à Poitiers, à se faire suer, que diantre ! Alors que j’ai quémandé du boulot dès son départ, vers 13 heures, après lui avoir remis mon texte, je n’avais plus qu’à me les tourner... Et Daniel m’a rembarrée à plusieurs reprises :
«Sur Bravor, j’attends les corrections labo...»
— Bon, je vais déjeuner alors.
— Oui, Oui.
J’ai mangé au lance-pierre :
— Alors Bravor ? Ai-je réclamé sitôt revenue.
— Pas maintenant, pas maintenant... Et son ton est suffisamment désagréable pour me faire lacher prise.
Je me rabats sur Michelle : «Tu veux que je t’aide pour le synopsis sur l’asthme ?» (Je la pousse au cul, sans réel succès, depuis vendredi). Elle accepte mais du bout des lèvres : mes suggestions la laissent de glace, puisqu’elle y a déjà pensé : «N’empiète-pas sur mon domaine» semblent dire les rides de son front lorsque je lance une idée. Je m’essouffle en moins de quinze minutes.
Et quand je supplie Daniel : «Donne-moi du taf...» Ben non.
S’il est toujours partant pour que je reste collé à lui, dans son bureau, pour que je le regarde travailler, dans l’immédiat, y’a rien à faire, il attend les corrections de Bravor.
Quand elles arrivent, il ne veut pas me les fournir, perdu dans un bouquin multimédia : «Je te demande 5 minutes, la boutique va fermer». J’espère que c’est dans l’intérêt de la boîte...

Il prend enfin le temps, entre 17 h 18 et 17h 48, de me mâcher le travail, comme si j’étais mongolienne, et j’ai cru que j’allais le tuer, tandis que je dois courir, ensuite, sur mes talons aiguilles, pour ne pas laisser mes fistons se les geler tous seuls devant la grille de l’école.
CE QUI M’ENERVE AU PLUS HAUT POINT, C’EST QUE J’AURAIS PU DEMARRER LES SCHEMAS DES PREMIERS CHAPITRES, PARCE QU’IL AVAIT LES PREMIERES CORRECTIONS LABO SOUS LE COUDE. Mais non, il me fallait attendre (ordre de mon supérieur direct) l’arrivée des dernières.... J’enrage !
Je n’ai pas bossé de l’après-midi, me suis endormie sur des CD et textes sans urgence, tandis qu’Eric se fend le fion dans le courant d’air de la gare centrale de Poitiers...
Le pire, tellement le pire que je le garde pour la fin, c’est que mon intérêt à moi est de fermer ma gueule. De laisser pisser le Mérinos. Surtout pas critiquer la structure (c’est déjà la seconde fois, si ce n’est la troisième, que je manque l’infarctus à cause du flegme de Daniel ou de la mauvaise volonté de Michelle...)
Non, non, ce serait ma faute.
Démotivant à souhait.
Je me range derrière le troupeau. On ne change pas l’équipe gagnante. C’est moi qui serait virée et de surcroît, j’ai cédé au patron....

Pas la moindre circonstance atténuante. C’est pourquoi Mon Amour, je me tiens à carreaux, ronge mon frein. Tu as davantage besoin d’eux que de moi.
Mais je ne veux plus que nous parlions boulot lors de nos appartés.
A priori, y’en aura plus, m’excuse, si tu m’as fait un effet boeuf, autant pour moi, m’excuse, on ne rencontre pas un Dombre tous les jours.
Mais impossible, pour moi, si nous parlons de la Société, de jouir de nouveau entre tes bras.
Je ne supporte pas le décalage : toi qui te tues, le mouvement doux qui traine doucement derrière, l’ensemble m’entrechoque : j’ai quitté le public à cause de son inertie. J’attends un privé Peps.

Mais je suis quoi pour «dénoncer» ça ?
Rien.
Si : une collabo.
C’est pourquoi je ne te montre plus mes textes et m’énerve sur le papier seulement : tu connais Daniel mieux que moi, il est génial à ses heures. Sans doute qu’il a besoin de temps, «mort» à nos yeux, «vital» pour lui. Qu’est ce qui fait le génie de Daniel ?
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Mar 11 Mar - 1:12



Mardi 17 février

Je n’ai pas résisté. J’ai appelé Dombre sur son portable sitôt mon papier terminé. M’a répondu : «je vais rater mon train, je te rappelle». S’est exécuté dans les dix minutes (j’entendais des bruits de gare en fond sonore). Sa promptitude m’a encouragée à déballer franco ma rogne. Après reflexion (des heures...), je me préfère virée que claquée de l’infarctus du refoulé. Et contre toute attente, il ne s’est pas fâché. Je parlais vite et fort, excitée que j’étais, et son seul reproche a été : «Arrête de me crier dans les oreilles !»
Il a dit qu’on ferait une réunion le lendemain pour mettre les choses au point. Je me sentais vraiment crotteuse (en plus j’adore Daniel, auquel je dois mon premier CDI)... Oh Dieu !

Mais sa voix me bouleverse, qu’il m’appelle me chahute, l’idée que ses doigts adorés composent MON numéro me transcende... et après coup, je me suis dit qu’il n’aurait pu s’agir que d’un prétexte, au fond, tout droit sorti de mon inconscient, pour pouvoir encore lui parler, entendre qu’il m’aime encore un peu, malgré qu’il m’a vue jouir (et je tremble, et je flippe, qu’il ne veuille plus me toucher, ni me garder, travailler avec lui, le saluer tous les jours, apporter son café, subir ses réprimandes, même lorsqu’il me traite de con, J’EN VEUX !).

Je me suis endormie sereine. Avant de raccrocher, Eric a fini sur : «J’attends toujours tes quarante pages et les photos».
Il m’avait fait de la peine en m’avouant dimanche que mes livres étaient chiants, qu’il s’était forcé à les lire (tellement peinée que je n’ai même pas eu envie d’écrire notre premier cinq à sept... Non, treize à quinze, notre premier coït ... Non. Orgasme ?... non : moi oui mais pas lui. Ouh la la, compliqué, rapprochement, rendez-vous, baise-party... et c’est dommage, maintenant c’est perdu). J’en étais à déduire que si mon cerveau ne l’intéressait pas, ne restait plus que mon cul (et mon sourire, bien sûr). Or,
S’il a raison,
Si mon cul est mieux foutu que mes romans, j’aimerais bien, n’empêche, qu’il continue à m’inspirer. Et je croyais dimanche que je n’écrirais plus sinon pour lui. Donc que je n’écrirais plus puisqu’il n’aime pas me lire.
J’ai continué quand même (c’est une maladie), mais qu’il réclame ces foutues quarante pages de merde m’a
(intraduisible en français)...

Aujourd’hui, ses attentions charmantes m’ont remontée à bloc :
Je ne l’ai rencontré, souriant, qu’à 11 heures du matin. Par bonheur, le boulot manquait pas : je souffre trop, sinon, quand il me prive du rituel du café. Il est reparti très vite mais pour mieux reparaître.

Il a bien assuré au restaurant. Daniel s’en est pris plein la gueule mais sans éveiller ma pitié. Bordel de chiottes, faut ce qui faut dans la vie... Je me suis sentie «vengée», d’autant que Michelle aussi va pouvoir profiter de l’état de grâce qui suit immanquablement le retroussage de chaussettes. M’enfin, pas de raison que le p’tit personnel prenne les baffes pour le grand... M’enfin, faut motiver les troupes, qui ne demandent que ça pour exister...
Elle a pleuré la pauvre et c’était du baume pour mon âme de sale collabo, l’abcès qu’on crêve sous la torture. Daniel m’a tiré la tronche toute la sainte journée mais je commence à m’habituer à ses mauvaises humeurs…
Dombre ne m’a pas trahie, ne m’a pas impliquée, Bravo (comme je l’aime !). S’est débrouillé pour que j’en prenne aussi plein mon grade. J’en avais besoin. Avec la morale judéo-chrétienne que je trimballe, exclus, exclus que je m’en sorte intacte. Bravo ED, vous êtes décidément très fort...

Il est rentré avec moi (les autres s’étant dispersés sur le trajet du retour) et nous avons partagé 21 secondes d’intimité dans l’ascenseur (magiques, et je constate que le sel de la vie parfume la vie de seconde en seconde, pas d’année en année, ni de siècle en siècle, si j’exagère, de siècle en siècle, la vie finit par ressembler à quelque chose). Vingt et une crottes d’acariens qui m’ont autorisé à lui demander : «Tu penses un peu à moi ?»
L’a répondu : «Non, bien sûr que non», tout en déposant un léger baiser sur mes lèvres. J’ai mouillé ma culotte à cet instant précis (je n’écrirais pas pour toi Eric, je préciserais ta mauvaise foi, plus parlante que toutes les déclarations du monde, mais comme c’est à toi que ce texte s’adresse...)

A imposé une réunion qui tombait mal pour moi. Bravor à rendre pour demain 11 heures, le projet asthme qui m’effraie au possible (à rendre dans 15 jours, je n’ai jamais rédigé de CD), mais bon, l’est resté gentil le grand chef, papa comme je l’aime, à me critiquer comme je supporte...
S’est inquiété, un peu plus tard : «Avons nous des choses à revoir Juliette ?» Il sait bien que non.
J’ai écrit en substance, à la main, au crayon et sur un feuillet libre : «Je n’ai, hélas, pas de dossier à te soumettre ce soir, mais je tenais à te dire que tu embrasses divinement bien»
La réponse ne s’est pas fait attendre :
«Et ces photos, je les vois quand ?»
— Tu peux toujours courir bonhomme.... (j’ai pas dit ça, mais je te le dis ce soir, mon Amour, puisque sans relecture, ma fille hurle de faim et de calins, je te soumets ce texte —mais c’est la dernière fois).

Ne crache pas sur mon talent.
Il te pisse dessus (parce qu’il sait que tu aimes).
Je t’aime et rendez-vous demain.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Mer 12 Mar - 14:34




Vendredi 20 février

Non, je ne l’appellerai pas. Il est déjà 21 heures et j’ai envie de résister.

Deux évènements ont caractérisé cette semaine du 16 au 20 février : l’inadmissible scène que j’ai dû faire à Daniel mercredi 18 et la facilité avec laquelle je me suis mise à appeler Dombre le soir : lundi, mardi, mercredi (10 messages) et jeudi. Je profite de l’absence de sa femme, incontestablement, mais on prend très vite goût à ce genre de familiarités et je n’y tiens pas plus que ça. J’ai vécu 37 ans sans lui, manquerait plus qu’il me devienne indispensable. Il a bien réagi, du reste, ce qui m’a autorisé à récidiver. Hier encore, j’ai laissé un message rapide, pour lui signifier que «tout était rentré dans l’ordre», un message qui disait qu’il n’était pas obligé de me rappeler. Or il l’a fait. Et nous avons fini sur un «Je t’embrasse très fort» mutuel.

Tout est effectivement «rentré dans l’ordre» hier, mais quel bordel la veille ! Je n’ai pas pu écrire de suite tant j’étais perturbée. Daniel m’a pris la tête bien bien. Il me cherchait depuis lundi (pourquoi ?). Pas de boulot quand j’en demande, trop de boulot quand je dois partir, des réflexions désagréables du genre «Allez, allez, casse-toi, j’ai pas le temps...» quand je toque à la porte de son bureau... Ca a pété mercredi parce que j’en ai eu marre : il adore m’expliquer par le menu, que je reste collé à lui ; le café du matin, il dit que c’est normal de parler d’autre chose pendant, et ça traîne et ça traîne alors que je sais que ces précieuses minutes que je perds, à écouter de la grande musique ou à lire avec lui sur Mac la dernière production de Rimbaud, je vais me les rattraper toute la journée, à speeder comme une Ferrari, voire même en restant comme ce soir jusqu’à pas d’heure.

Ce soir, c’est différent, l’urgence nous est tombée dessus comme ça. C’était plutôt une bonne nouvelle (la maquette de Bravor a été acceptée par le labo qui nous paie) mais comme j’enrage quand il fait traîner le temps, parce que ça l’arrange lui, qu’il n’a que ça à foutre de me dragouiller, alors que moi, j’suis du matin, je préfère abattre le maximum d’emblée et me détendre le soir. Le problème est simple, finalement, maintenant que j’y pense à froid : Daniel et moi n’avons pas la même chronobiologie.
N’empêche, il a été odieux lundi, mardi (au point de m’imposer des corrections revenchardes et mesquines qui m’ont attérées). Je ne rentrerai pas dans le détail.
Basta ! ce mercredi matin, j’ai d’autres prépondérances :
Dombre vient de me confier (comme il me saute dessus à peine j’arrive !... Un peu plus tard que d’habitude, j’admets, à 9 h45 au lieu de 30, ne m’a même pas laissé le temps de suspendre mon manteau !... Remarque, ça tombait bien, il passe la journée à Lyon et comme je n’ai plus rien à me mettre sur le dos —je veux dire de nouveau—, j’ai choisi une robe moyenne, puisqu’il ne va me voir aujourd’hui, en tout et pour tout, qu’une demi-heure. Et mon manteau est plus neuf et plus beau...)
Bref. Dombre me saute dessus pour que je corrige le projet Marteau, un truc que je commence à maîtriser, il en réclame la copie pour ce soir (ou demain matin) sur son bureau. Et je me fends pour lui donner satisfaction, jusqu’à ce que Bravor et la hargne de Daniel me tirent de mon labeur.
— Comment ça, je suis nulle ? A chier, Mauvaise, Innommable ?... Et t’es sûre que t’as fait médecine ?... La méthode Dombre marche très bien sur moi quand c’est Dombre qui l’applique. En revanche, Daniel commence à me courir sérieux... Je me le prend entre quatre yeux. Entre six yeux, pour être plus précise, puisque Michelle écoute. Je craque pendant une réunion de rédaction qui traine, qui traine... tandis qu’il est déjà 17 heures et que j’ai encore trois pages à rédiger pour Dombre.


Eric vient de m’appeler. Si, si tout seul, de son portable... (22h30). Et quand j’ai fini par «je t’aime», m’a répondu aussi «Je t’aime».
Et je vais raconter cette putain de scène avec Daniel ?
Non, plus envie.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Ven 14 Mar - 13:22




Lundi 23 février


Quelle sale journée ! J’avais hâte d’aller travailler ce lundi matin et je suis déçue sur toute la ligne. Depuis le retour de Philomène —mes appréhensions se confirment— plus moyen d’échanger trois mots avec Dombre. Même le privilège de lui porter son café m’est maintenant refusé (ça ferait trop louche). Le pire : ils ferment LEUR porte et je ne profite plus de sa voix.

Il a tout de même organisé une réunion rapide ce matin. Je lui avais préparé le grand jeu : une jupe chic ultrarigoureuse, noire, croisée et fermée par deux boutons dorés. Debout, avec mon pull Rykiel cachemire et soie (déniché chez le Chinois samedi) décolleté sur un noeud en soie noire (on dit une Lavallière), j’avais tout l’air d’une bourgeoise imbaisable. Assise, en revanche, peu d’efforts m’étaient nécessaires pour que se dévoile le haut de mes bas.
Et ces efforts, je n’ai pas eu envie de les faire.
L’était trop tôt le matin, l’ambiance tendue et le DG, qui ne m’avait pas souri une fois depuis mon arrivée, m’est apparu sombre et nerveux. Avec des traits trop durs de Corse qui rumine sa vendetta.

A la limite, je peux comprendre : le retour de ses enfants l’a brutalement descendu du nuage sur lequel nous nous amusions tant. Je peux comprendre puisque le retour des miens m’a électrocutée. Comme si j’avais rêvé. Comme si j’avais sniffé trop de coke et que je me souvenais de mes hallus, avec la honte des lendemains de fête, quand les témoins, goguenards, racontent : “Si tu savais comme t’étais drôle, les pattes ouvertes dans sa voiture !!!”
Heureusement, dans mon malheur, il m’a dit : “Je t’aime” vendredi.

Même si notre belle histoire s’arrête là, au moins je n’aurai pas été la seule à croire en l’impossible. Nous sommes tous les deux tombés dans le panneau.
Et c’était tellement bon que je ne regrette rien.

Reste Daniel. Daniel est celui qui va tout gacher. Il m’a encore cherchée et ma patience à des limites. Me fait vraiment la gueule depuis une semaine et je ne sais pas comment interpréter. Il voulait me sauter, peut pas ? Je le crois trop intelligent pour se formaliser, pourtant... Je n’arrive pas à me convaincre que c’est la frustration sexuelle qui a transformé cet adorable nounours en roquet belliqueux.... Pourtant.
Je penche pour une autre hypothèse : il n’aime pas que Dombre m’apprécie. Le vrai problème est là. Les histoires de fesses ont bon dos.

Ce matin, pour récupérer le désastre de la semaine dernière, j’ai voulu prendre mon café avec lui. S’est barré dès qu’il m’a vue arriver tasse en main.
Plus tard, j’ai lancé quelques blagues, à l’occasion de je ne sais plus quelle occasion boulot. “Ah, Ah, très fin !”, m’a-t-il envoyé sans rire.
Je ne me suis pas démontée. Les blagues en question n’étaient pas du meilleur cru. D’habitude, je veux dire chaque lundi qui suit “Histoire d’en rire” sur la une le samedi, je lui déballe le meilleur de l’émission (puisque je sais qu’il ne la regarde pas) et je prends mon temps, et je lui raconte les longues, avec des gestes et tout. Ce lundi-là, sa mine enfarinée m’a instinctivement conseillé de faire fissa, or les courtes n’étaient pas les meilleures.
Mais là où j’ai vraiment eu les boules, c’est quand il a refusé de me donner le dossier Topinam qui venait juste d’arriver du labo. Je l’attendais depuis la réunion. Dombre m’avait prévenue :
“Il arrivera en début d’après-midi, et faut le rendre le lendemain.”

Quelle horreur cette histoire !... Sitôt posé sur mon bureau, voilà le dossier qui s’envole chez Daniel. Il est déjà quinze heures mais il me reste deux, trois détails à régler sur les encadrés. A quinze heure quinze, dès que j’ai fini, j’attends fin prête dans le bureau de Daniel. Il relit sommairement “Topinam, retour labo”, une pile de feuillets s’entasse sous son bras gauche, abandonnée, inerte, tandis que sa main droite tourne les pages de la pile de droite.
Je dis doucement : “Ca va ? Je peux m’y mettre ? Tu m’en donnes un bout ?”
Et j’allais m’emparer de la pile de gauche lorsque son bras arrête le mien avec une violence incroyable :
— Non, m’incendit-il, des éclairs noirs dans ses yeux bleux : TU NE TOUCHES PAS...
— Mais j’ai fini le reste, il est déjà quinze heures et des poussières...
— Non, tu ne touches pas ! répète-t-il, (et cet ordre-là est inadmissible, inadmissible, inadmissible). Je finis de relire et je te rends le tout.
— Mais je peux déjà commencer ! j’m’insurge. Puisque ça tu l’as vu !
— Non, me répète-t-il méchant. Je veux d’abord savoir s’il y a beaucoup de corrections...

Le pire, c’est que j’m’en fous. Je me suis bien reposée ce week-end. Je n’ai presque pas fumé, j’ai dormi mes trente heures, me suis caressée divinement bon en pensant à Eric (qui me prenait comme j’aime, Dieu que j’aimerais qu’il ....!), mes enfants m’ont fait des mamours, on a bien ri et bien mangé... Bref, je suis calme, moi, ce lundi matin, mais ils sont tous complètement zinzins ces gens-là, suffit de me voir le vendredi, frémissante, les nerfs à fleur de peau, au moindre bruit je sursaute, même pas besoin de bruit... Et c’est ça la vie de bureau ?...

Je trouve la force de tenir tête à Daniel. Je lui rappelle (et ne tremble pas comme une feuille cette fois-ci) qu’il m’a joué le même tour la semaine dernière, quand il s’est opposé à ce que je dévore un livre dont pourtant j’avais faim, par pure curiosité, le bouquin de O.J. Perkins sur les hyperlipidémies ( je venais de m’envoyer tout le dossier Bravor et j’avais hâte de vérifier).
Non ! s’était-il interposé. Et il a joint le geste à la parole, a posé sa grosse papatte velue sur le bouquin “propriété privée”.
Je n’ai pas relevé.
Du coup, mon manque de couille instantané m’avait obligée à me taper, vendredi soir et dans l’urgence, les 300 pages en diagonale de ce fameux bouquin que je découvrais, crevée, et totalement démotivée... Je l’ai lu, j’ai fait de mon mieux, malgré les doigts qui tremblent et les neurones à peine vivaces (merci neurones, vous avez bien raison, ne rentrez surtout pas dans ce système de dingue).

Quand je suis arrivée chez moi à vingt heures, à bout de forces, dix messages (dont six de mes fils) m’attendaient sur le répondeur. Je n’ai pas vu Marie jusqu’au lendemain, me suis retrouvée comme une con dans mon appartement glacial...
Même Eric, ce soir-là, m’avait salement lachée. J’étais en train de rattraper le temps perdu, perdu à CAUSE DE QUI ? et Eric n’est même pas resté. M’a laissée régler mes problèmes d’encadrés, toute seule avec Daniel dans les bureaux de LM s.a...
La nuit était tombée.
La première fois que je restais si tard, toute seule avec Daniel, toute seule dans de sales locaux vides pleins de lui.
— Et si t’es pas contente, t’en parles avec Eric quand il revient...

Ah oui, j’en étais à lundi... Le dossier Topinam urgent. Eh bien il sera rédigé votre dossier. Mais toute cette énergie perdue à quoi ?
A régler des problèmes de cul ?
Sans moi.

J’en avais pas, des problèmes de cul, avant d’”intégrer”. J’avais pas davantage de problème de carrière. J’ai envie d’être libre et c’est pas d’un patron, si beau et intelligent soit-il, que j’attends la liberté. Il s’agit d’une étape obligatoire pour avancer. Je l’ai senti comme ça quand j’ai envoyé mes CV.
La vie versus la mort me fait davantage réfléchir.
Et votre cour de récré commence à me les chauffer.
C’est quoi l’histoire de Daniel ? Il veut me faire l’amour, me lécher, m’introduire ? Il veut me toucher entre deux portes, dans l’ascenseur ?
Il veut me voir à poil ? (me l’a assez demandé). Bon, mais alors, est-ce-qu’il saura m’aimer ? Pourquoi je donnerais ce qu’il n’est pas capable de recevoir ?...

C’est pas vrai qu’elle me chauffe, ta Société, j’en pince un max pour toi Eric, pour toi et pour ta Société, qui est vivante, marrante, pleine de rebondissements et d’imprévus. Je m’éclate à mort entre vous tous.
Je dois pourtant faire avec Daniel, le Fou du Roi... Qu’à rien compris** et qui me gonfle.
Je vais finir par me casser à force, et ce serait dommage.

(** : je ne prendrai pas sa place, je suis très frivole, je n’ai AUCUNE ambition professionnelle.)
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Sam 15 Mar - 18:44



Mardi 24 février

Hier soir, j’étais beaucoup trop mal, j’arrivais pas à me calmer alors j’ai appelé Dombre sur son portable. Il était plus de dix heures mais moins de onze. J’ai juste sussuré, je me souviens, d’une voix très glamour : «Bonsoir Eric, c’est Juliette. J’appelais juste pour savoir si tu m’aimais encore.»
Je me suis endormie presque aussitôt.

Ce matin, à peine arrivée, j’ai vu le grand Dombre se précipiter sur moi pour m’embrasser délicatement les joues : «Tu avais un problème ?»
Surprise (je venais de finir de me moucher —mon rituel de démarrage), je n’ai pas répondu : de quoi parlait-il ?
«...Pour appeler à dix heures du soir...» a-t-il continué.
— Ah oui ! (je réalise) : ça faisait trop longtemps que tu ne m’avais pas embrassée sur les joues...
Je ne pensais plus à cet appel nocturne car ce mardi matin j’avais décidé de prendre le taureau par les cornes : sortir de cette insupportable situation ou quitter la boîte. Le travail de deuil s’était mis en route pendant la nuit, j’étais dans une forme extraordinaire, mes grandes bottes plates (portées sur un jean pour contraster avec hier) m’autorisaient de grandes enjambées décidées. J’étais pas nerveuse, pas inquiète, juste j’avais un tigre dans mon moteur mais ce tigre-là crevait de faim.
Et voilà qu’Il me tombe dessus, si gentiment... Bon, tout n’était peut-être pas si perdu que ça.

Depuis la veille, j’essayais de dérouler le maximum de choses (toujours sur Topinam) sans rencontrer Daniel. Mais il y a bien eu un moment où j’ai coincé.
Pour éviter Daniel, j’ai commencé par m’adresser au chef, lequel, bien entendu, m’a transférée sur Daniel. J’avoue que je m’en doutais. Mais ledit Daniel s’est encore montré si connard qu’il a estompé dans la seconde l’effet euphorisant des bisous de Dombre. Du genre : “Tu comprends pas ce truc ? T’es sûre, vraiment, vraiment sûre que t’as fait médecine ?... Ca, fallait pas le mettre, je t’ai toujours dit de ne pas te servir du premier draft.” (En revanche et entre parenthèses, il ne m’oppose que le premier draft concernant les mentions légales)...
Il m’énerve, il m’énerve, mais je garde mon sang froid. M’en fiche, dès le 6 mars, j’ai décidé de leur annoncer que je partais à la fin du mois. Pourquoi le 6 mars ? va savoir. Il ne me reste plus donc que 9 jours ouvrés à tenir.
Il m’énerve parce que mes soucis concernent des documents que je n’ai pas et que le labo croit que j’ai. Et lui me conseille de biaiser, de tirer partie d’autres documents que j’ai. L’idée n’est pas idiote mais elle m’impose un max de travail de relecture, de synthèse et de saisies, en deux mots, elle ne s’adapte pas à l’urgence. Je ne me démonte pas, je pense qu’au lieu de dix-huit heures ce soir, ils auront leur papier demain midi. En tous cas, HORS DE QUESTION QUE JE RESTE CE SOIR....
Et lorsqu’un peu plus tard, ce grand connard me dit : «Ce sera prêt pour dix-huit heures ?», je réponds «Non», très angélique et très tranquille.
— Ca doit être prêt ce soir. Le labo l’attend.
— Oui, mais dans ton mot de vendredi, que j’ai gardé, tu parles de mercredi midi.
— Non, ce soir.
— Dans ton mot de ce matin tu parles de ce soir, je continue sereine, mais dans celui de vendredi, tu fais mention de mercredi midi (je n’ai pas divorcé pour faute pour rien, maintenant, je sais me défendre contre la mauvaise foi). Calme-toi Daniel, je continue, vachement relax (et je m’étonne encore), tout ça ressemble à s’y méprendre à du "harcelement sexuel."
Les deux mots sont enfin lancés et ils me soulagent instantanément.
Non mais quoi merde !
S’ils me soulagent, ils perturbent le Daniel, qui me répond, quand je passe dans son bureau quelques instants plus tard pour consulter l’Harraps :
— Tu te trompes complètement, ce n’est pas "sexuel".
— Ah bon ? (chanté).

Entretemps, j’avais réussi à bouger le cul d’Eric. J’ai trouvé un petit bonhomme assis souriant derrière son bureau, j’en ai très vite conclu qu’il s’agissait de son benjamin, c’est sans rapport sans doute, mais l’arrivée du fils (très très mignon, du même âge que Simon, même taille, même cheveux drus, mêmes petits doigts mais vachement plus sage et avec une voix très bébé, comparée à celle de Simon) a soudainement réglé tous mes problèmes.
La même sollicitation, rembarrée le matin, s’est trouvée honorée dans le quart d’heure : Dombre comme je l’aime ! S’est emparé du téléphone, a insulté, a demandé “pourquoi je n’avais pas le BIM et pis d’abord, qu’est ce que c’était que ce BIM qui sortait soudain de derrière les fagots !...”
Ah je préfère ça !... S’il m’avait entendue, ce matin... S’il s’était seulement penché dix secondes sur ma requête ? L’aurait pu constaté que mes plaintes étaient fondées....

Ceci dit, j’suis contente. Les deux mots sacrilège continuent de faire leur chemin. Quand Daniel bat le rappel de la réunion rédac (je refuse de m’y montrer : faudrait savoir ce qu’ils veulent, je n’ai pas encore appris à me dédoubler... Mais peut-être que chez LM s.a.), il est presque implorant.

Sans l’intervention de Dombre, je finissais à l’heure. Histoire qu’on m’emmerde pas. Mais tant mieux s’il a insisté. Il m’a surtout donné l’occasion de le regarder un peu. J’ai réalisé que je n’avais rien mangé depuis le croissant du matin et que ma tête tournait bien bien. Ils ont de la chance, le jeûne me réussit, je souriais comme une bienheureuse sous les réprimandes du patron : «Quand il y a une réunion rédac, je VEUX que vous soyez TOUS là, même VOUS, Mademoiselle ou Madame...».

Je planais la conscience tranquille : j’allais pas m’humilier à rendre de la merde puisque Dombre avait fait le nécessaire.
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MessageSujet: Re: La vie de bureau   Dim 16 Mar - 12:57



Mercredi 25 février


Je n’ai pas reconnu Daniel aujourd’hui. C’est tellement étonnant qu’il y a magie-magie là-dessous.
Les deux supertêtes de la boîte auraient-elles négocié ?
Le changement est si radical que j’en perds mes repères. Deux mots (harcèlement sexuel) et j’ai maintenant des ordres écrits qui ne ressemblent plus à des ordres : «Ma chère Juliette... Pourrais-tu... SvP, merci.» Daniel ne me corrigeait plus que par une série de points d’exclamation, ne m’interpellait plus que sur le ton du petit chef minable : «Quel bordel dans le serveur !!!!!! » «Relis-toi s’il te plaît !!!!!!» «T’as un cerveau, faut t’en servir !!!!!»
Et aujourd’hui, Daniel trimballe de gros cernes sous ses yeux, une lassitude de marathonien en bout de course, une barbe naissante, quelque chose de très émouvant qui ressemble à la capitulation. Je n’y suis pour rien, c’est pas moi... Otez moi vite ce doute : Ce ne sont pas mes coups de gueule, tout de même, qui l’ont rendu plus doux que l’agneau. Daniel, je l’ai toujours pris pour un nounours, pas pour un agneau. Je trouve tout ça très louche.

Il y a longtemps que Daniel ne me manoeuvrait plus avec une telle délicatesse. Je le sollicite, il répond au doigt et à l’oeil, dans la seconde. Il a besoin de moi, il enrobe ses requêtes d’une politesse extrême qui frise le romantisme... Je ne vais pas m’en plaindre.
Il a sans doute compris qu’il n’obtiendrait rien de mieux sous la menace.

Ma fille est «très malade», selon Isabelle de la crèche qui m’a laissé un message alarmé : «Marie est encore montée à plus de 39 ce matin, malgré le suppo de doliprane. Ce serait bien qu’elle ne reste pas toute la journée demain. Si Maria pouvait la récupérer plus tôt»
Ma poupée est en parfaite santé ce soir, à peine fébrile, elle joue avec Mathieu et ma vaisselle dans la cuisine...
Va encore falloir négocier.

Incontestable : je m’occupe moins de mes enfants depuis mon embauche. Mais je me fais plaisir. LM s.a. est un luxe que la vie m’offre et que je prends à 100 pour 100, par tous les trous, celui du coeur, celui du ventre, celui des ventricules de mon cerveau, celui de chacun des pores de ma peau.
Durera ce que ça durera.
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