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 CAROLINE EN VACANCES

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MessageSujet: CAROLINE EN VACANCES   Lun 30 Juil - 16:03

Kti la conteuse vous propose de lire l'un de ses romans autobio.
Toile de fond : les vacances, comme le titre l'indique.

C'est pour les gens qu'ont pas de pognon et qui ne partent pas cette année.

On est bien mieux chez soi, pas vrai ???

La démonstration dès les premières pages.

Bonne lecture.

Je vais illustrer l'intro d'une plage de rêve, mais ça ne se passe JAMAIS comme dans nos rêves.

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MessageSujet: Caro en Vacances : 1 : Les partouzeurs   Lun 30 Juil - 16:05

— Rhm, Rm... Gron, Gron, Rhm...
C’est le signal. En tous les cas l’heure correspond, mais Caroline n’est pas tentée. Elle profite tant bien que mal des quarante-cinq minutes de sieste qu’elle espérait s’offrir depuis son réveil nébuleux à l’aube. Et si le voisin s’imagine qu’elle va tirer son cul de ses draps moites, sur simple appel sonore à travers le balcon (une toux rocailleuse de fumeur excessif), le voisin s’illusionne.
Alain est un costaud qui s’est vite habitué à tailler le bout de gras, de balcon à balcon, à l’heure crépusculaire la plus agréable de la journée, avec sa belle voisine. Le charme ne lui manque pas, du reste, dans la catégorie poids lourd : ses cheveux blonds coupés ras lui dessinent un front magnifique qui valorise la transparence de son regard bleu, ses lèvres épaisses s’entrouvent sur une paire de dents du bonheur au blanc impeccable, surtout, son visage respire l’intelligence placide, pimentée d’un zest de vice. Alain et son épouse Babette se sont installés à l’hôtel une semaine après l’arrivée de Caroline et de sa clique. Tandis que celle-ci émergeait de sa sieste, une voix tonitruante et inconnue s’inquiétait de mousse à raser :
— Tu as bien pensé à la prendre j’espère ?
Dans son demi-sommeil, Caroline en avait déduit qu’elle venait de changer de voisins, rien d’étonnant en ce dimanche, jour des mouvements de masse à Tiarcos. Elle était même allée jusqu’à réaliser qu’il lui restait encore deux semaines de vacances et qu’elle était enfin débarrassée du mauvais coucheur précédent, toujours à râler sur ses gosses. Plus fort encore, il s’agissait sans doute d’un couple, avec femme effacée (la moitié du dialogue était inaudible malgré la finesse des cloisons) et grand macho viril. Ce n’est que quelques jours plus tard qu’elle put mettre un visage sur cette voix de stentor, preuve de la bonne éducation des deux parties. Enfin, s’était-elle dit, enfin des gens civilisés dans ce village de brutes !!! Parce qu’à J8, ce dimanche-là, Caroline regrettait drôlement d’avoir réservé pour trois semaines.

Alain est «body gard» de profession. Et pas de n’importe qui puisqu’il assure la protection d’un ministre en vue, que Caroline apprécie (de loin) pour ses convictions courageuses. Et si Caroline gerbe sur la politique, elle n’est pas insensible à l’originalité de sa montagne de co-locataire, mélange d’ours préhistorique et de fonctionnaire distingué. Le zest de perversion, sans doute. Alain est le seul mec qui, depuis son arrivée, ait offert l’occasion à notre héroïne de rêver porno. Un comble tout de même, pour des vacances au Club ! Comme quoi les vraies valeurs se perdent (ou Caroline vieillit).
Si c’est Alain qui a entrepris les premières démarches, lors de l’apéro du soir, à grands coups de regards entendus mâtinés de phrases suggestives, Caro a plutôt copiné avec sa femme Babette. Une brune gironde pas possible, un vrai Maillol ! Trente-deux ans, sans enfant, la chair dodue et ferme d’un bébé, le teint ambré d’une Mexicaine, de grands yeux noirs subtilement maquillés, des attaches fines et de petites robes ultra-moulantes sans fioritures : tout blanc, tout noir, selon l’heure. A se demander (Caroline n’en revient pas) comment tant de sein, de fesse, de ventre, pouvait tenir si parfaitement dans une simple enveloppe de peau. Comme les cuisses de poulet fumé sous vide, Babette éveillait l’appétit. Nantie, curieusement, du même charisme tranquille que son conjoint mais sans la petite lueur vicieuse du regard.

Lorsque les propositions se sont affirmées, Caroline s’est tâtée. Alain la dévorait des yeux chaque fois qu’il la croisait. Troublée, elle s’est donné le temps. Ce n’était pas un rêve porno, même dans le contexte misérabiliste de Tiarcos, qui pouvait modifier, comme ça, ses habitudes de mère dévouée qui ne baise qu’une fois l’an. Le bonhomme l’inspirait sans doute, sa femme aussi, mais bon, y’avait sa femme.

Les jours passant, le couple prenait de plus en plus de libertés. Le balcon permettait, pour peu qu’on accepte de s’y pencher, de voir la chambre de l’«autre» en intégralité. Babette s’est lancée la première, à se badigeonner, entièrement nue, de crème après-soleil, tandis qu’Alain vantait la marchandise :
— T’as vu comme elle est belle ? T’as déja vu ça, une poupée aussi belle ?
Le lendemain, Alain se trimballait nu devant Caroline, sous le prétexte de poursuivre la discussion «à l’aise». Inutile de s’épancher sur la taille de son sexe puisque Caro en a vu d’autres...
Le soir-même, à l’apéro, il sifflait devant tous son épouse, qui le cherchait des yeux, leur plateau à la main. Nullement choquée, voire soulagée (deux ouzos, un litre et demi d’eau minérale, les olives, les cahuètes...), Madame s’est mise au garde-à-vous avec ce rien de contrition qui fait le charme des communiantes. Lui qui s’était pourvu de chaises en l’attendant, s’est levé, Grand Seigneur, dans un sursaut paradoxal de galanterie, pour lui céder la sienne, la mieux placée, face à la scène.
L’apéro au Club Med est un réel morceau de bravoure, à moins de l’éviter. Les papy muzo s’installent vingt minutes avant le spectacle. Ils ne participent pas mais colonisent les sièges et critiquent en sourdine (suffisamment fort cependant pour que leurs proches entendent). On sait sa cote de popularité quand on essaie de se frayer un chemin entre les tables, de s’obtenir une place : certains vous laissent passer avec des révérences, sourient, lancent des slogans : «Vas-y-petit !»... D’autres s’amusent à vous bloquer en ruminant : «Y’a trop de gosses, j’ai jamais vu ça...»

En discutant avec le couple, le mâle Alain à travers le balcon et sa femelle Babette à l’occasion, Caroline s’est découragée. Le triolisme ne l’a jamais branchée, quel que soit le cas de figure, et dans ce cas précis, elle est convaincue que Babette «s’exécute» pour garder son mari. De naissance portugaise, Babette s’est mariée à 20 ans, histoire d’échapper à l’emprise paternelle. Son union programmée n’a duré qu’une année, le temps qu’elle s’installe à Paris. Alain l’a rencontrée au coin d’une rue, lui a déballé le grand jeu (et ces hommes-là savent faire...) Revers de la médaille, il est fan de partouzes.
Elle dit en se badigeonnant, complètement nue (mais pourquoi cette conne insiste ?!) :
— De toutes façons, les femmes ne peuvent pas vivre seules... Et elles ne sont pas faites non plus pour vivre avec un homme... Où est la solution ?
Caro lui répondrait : « La solution, c’est les enfants...» Caro lui répondrait cela si certains évènements récents n’avaient pas ébranlé ses certitudes.
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MessageSujet: Re: CAROLINE EN VACANCES   Lun 30 Juil - 16:10

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MessageSujet: Caro en vacances : 2 : Bienvenue au Club   Lun 30 Juil - 17:44

Caroline est une jolie brune de 35 ans, profil danseuse : de petits seins ronds, une taille de guêpe, des cuisses puissantes et musclées, un cul plutôt dodu qui fait tout son malheur malgré les deux fossettes irrésistibles au creux des reins et la satisfaction explicite de ses partenaires d’orgasme. Caro est également pourvue d’une tête, visage et cerveau inclus dans le même ballon. Mais qui s’en soucie à Tiarcos...
Pour le lecteur, précisons tout de même que le-dit visage est bien fait, traits fins, sourire avenant, dents impeccables... Il s’en dégage une lueur rare, de celle qui vous emballe d’un coup, parce que reflet du pire. Les grands yeux de braise s’amusent avec coquetterie, la bouche est allumeuse, la machoire volontaire, les fossettes enfantines... Les circonvolutions cérébrales se résument à bac plus onze. Caroline est médecin légiste, mais qui s’en soucie à Tiarcos.

C’est la seconde année consécutive qu’elle choisit le Club Med pour ses vacances d’été car divorcée et nantie de trois enfants, elle trouve de nombreux avantages à la formule : pas de courses à faire ni de paquets à trimballer (son lot tout au long de l’année), pas de couvert à dresser ni de table à débarrasser, une multitude de Français qui parlent français (elle est donc appelée à se faire des amis), des divertissements assurés le soir et surtout, une sécurité totale dans le village. Caro ne conduit pas et les moteurs la terrorisent. Des vacances qui l’obligeraient à craindre constamment les allers et venues de sa progéniture n’en seraient pas à ses yeux. Au moins, au Club et même aux heures les plus tardives, elle peut laisser vaquer ses deux aînés l’esprit tranquille. En outre, sa petite dernière âgée de 3 ans cultive la détestable manie, lorsqu’elle n’est pas soudée à sa poussette, de s’échapper soudain pour courir en tous sens. Et plus sa mère l’appelle, la somme de revenir, plus la diablesse s’éloigne en rigolant.
Caro gardait un excellent souvenir de Nabeul, le village tunisien dans lequel ils n’avaient passé que deux semaines l’été précédent. C’est pourquoi cette année avait-elle décidé de profiter d’une semaine supplémentaire. L’agence de location lui avait recommandé l’hôtel, plus central, mieux situé que la plupart des bungalows : «Vous verrez, vous serez bien, lui avait assuré Sophie : les chambres communicantes, spacieuses, restent fraîches même en plein mois d’août». C’était aussi Sophie qui avait conseillé Tiarcos. Après le Maghreb, Caro souhaitait l’Europe et pourquoi pas la Grèce, puisqu’elle n’y avait jamais mis les pieds.
Surtout Caro voulait danser. Antisportive et fière de l’être, elle n’était pas du genre à démarrer d’entrée par un footing matinal ou pire, une série d’abdo-fessiers. Elle ne fréquentait pas les clubs de gym non plus, à cause de sa claustrophobie et des odeurs. Les sports d’eau s’avéraient trop risqués puisqu’elle ne savait pas nager. Non, son truc à elle, c’était la danse, son élément, la piste, son atmosphère, la tabagie, son essence, le whisky-coca, son moteur turbo, le mateur... Pieds nus et le plus près possible de la source sonore, Caro fermait les yeux et s’envolait littéralement : ses cheveux frisés devenus fous lui caressaient le visage et le cou, les frous-frous de sa jupe lui frôlaient les cuisses, les genoux et les fesses comme autant de mains avides et malicieuses, les décibels la pénétraient comme autant de bites péremptoires, la sueur qui dégoulinait la lavait de tout péché. Caro pouvait danser des heures, et il n’était pas rare que l’orgasme la surprenne. Public ou pas, au fond, elle s’en fichait, le regard des autres n’était qu’un plus, un démarreur, un accélérateur, un coach... Seuls comptaient le rythme et ses caprices, auxquels se soumettaient scrupuleusement les muscles en béton de Caro.
«A Tiarcos, avait assuré la vendeuse, le night est idéal : en plein air et face à la mer. J’y suis allée l’été dernier : on danse, on se plonge, on retourne danser... Il y a même un bar de plage, avec sandwichs et panini, pour les petits creux de l’aube».
Comment resister à un tel programme ?



Vingt heures, la nuit qui tombe sur le village, la foule se presse autour des autocars :
«Pas de panique, crie le micro, vous êtes maintenant au Paradis, détendez-vous... Vos bagages, regroupés devant l’hôtel, n’attendent qu’un signe. Il vous suffit de les reconnaître et un GO de notre équipe les conduira jusqu’à votre chambre. En attendant, le restaurant vous est ouvert, malgré le retard, vous y trouverez votre collation, bien méritée je vous l’accorde... Et rendez-vous demain 10 heures autour de la piscine, pour une réunion d’information. Bienvenue et bon appétit !»
Partie de Paris à 11 heures du matin, la petite famille de Caro foule enfin le sol de Tiarcos sur le coup de vingt heures (heure locale, soit 19 heures en France, soit 8 heures de transport). La première impression est celle d’une bonne organisation : l’an dernier, ils avaient dû traîner eux-mêmes leurs cinq valises, sous le soleil de midi, des autocars au bungalow. Et le hall de l’hôtel respire les vacances : éclairage lumineux, va-et-vient incessants de quidams bronzés et détendus, certains tirés à quatre épingles, d’autres en maillot mouillé, serviette autour du cou, bar central derrière lequel s’activent trois GO consciencieux, boutique de fringues à droite, bazar (fermé) à gauche, tout droit, la mer à deux cent mètres, sur son trajet une piscine olympique dont on entrevoit le bleu. Simon (10 ans) sautille, pressé de visiter. Mathieu (12 ans) somme Marie-Charlotte de revenir ici tout de suite. Maman s’inquiète : elle n’a plus que deux cibiches et le bazar est fermé.
Elle vient d’apprendre qu’ils logent au troisième étage mais que deux ascenseurs peuvent les y conduire. Vétustes à souhait, ceux-ci sont dépourvus de grille de sécurité. «Au fond Marie ! intime Caro... Faut pas toucher à cette paroi. Tu vois, elle bouge, elle risque de t’arracher la main...» Caro en a plein les gambettes. Comme d’habitude, elle s’est occupée de tout : valises, repassages itératifs et inventaires, passeports, formalités, prévenir les télécom, l’EDF, la gardienne, dégivrer le frigidaire, descendre les poubelles, fermer à double tour, ne rien oublier, et l’adresse à papy moustache et les lunettes de vue des grands et les couches de la petite (une dizaine devrait suffir avant de voir venir...), et l’eau minérale pour le trajet, et la pilule au cas où... Pour résumer, Caro n’a pas dormi deux nuits consécutives et ce retard de décollage (trois heures !!!) à l’aéroport de Roissy l’a achevée. Sa seule envie : poser enfin ses fesses dans un endroit cosy dont elle ne délogera plus jusqu’au départ, départ auquel elle pense déjà (la vie défile à une telle vitesse passé un certain âge).
C’est donc soulagée mais tendue qu’elle introduit la clef magique dans le trou d’une serrure qui ne l’est pas moins et oh surprise : si les deux chambres communicantes sont effectivement vastes, son lit deux places immense, les salles de bain propres et fonctionnelles, l’éclairage en bon état de marche, oh quelle surprise : Marie n’a pas de dodo pour la nuit ! Il est déjà presque 21 heures, le restaurant ne les attendra pas, et sa fifille va dormir où ???
Plus grave, lorsqu’elle jette un oeil au dehors, Caro constate terrorisée que les balcons n’assurent aucune protection aux très jeunes enfants : les barreaux de «sécurité», espacés de quarante centimètres, laissent facilement passer une petite tête d’andouille, la tête et le corps entier... Trois semaines là-dedans ! s’insurge-t-elle... Non, m’ont-ils vue ? Un accident et c’est ma faute, ma fille s’écrase vingt mètres plus bas et je ne m’en remets pas... Ma p’tite chouchoute, ma fée, l’enfant de l’amour, la dernière, ma seule fille, l’âme de mon âme, la chair de mon sang bon sang !!! Fallait intervenir. L’idée de la ramasser en mille morceaux coupait jusqu’à l’envie de bouffer.
Tant mieux ! Quand la Caro et sa smala se pointent à table, le personnel grec, malgré sa meilleure volonté, n’a strictement plus rien à leur offrir.

Entre-temps, notre héroïne s’était chargée de régler le problème. Ses gosses aux basques, évidemment :
— J’ai faim maman, quand est-ce qu’on dîne ? répète Simon au bord de l’apoplexie
— Fais pas ton cake, répond Mathieu. On mangera quand on pourra... Tu comprends pas que c’est grave, que Marie-Charlotte peut MOURIR !!!
— N’empêche que j’ai une sacrée dalle
— Arrête, arrête, c’est quoi une petite faim à côté de la vraie mort !
— Calmos, les ours... Pardon Mademoiselle de la réception, c’est possible de voir le Chef du Village ?
— Il est juste derrière vous, répond l’employée grecque dans un français très honorable.
Pa, pa, pa, pam... Depuis trente ans (eh oui, déjà) que Caroline fréquente le Club, elle connaît les coutumes... C’est jamais bon de sauter au cou du Chef le jour de l’arrivée. Ca signifie que d’emblée on n’est pas content, or un GM se doit d’être toujours content ; ça signifie qu’on n’est pas gêné de s’adresser aux instances supérieures, or un GM doit rester humble ; ça signifie qu’on s’expose à tous les tracas parce qu’un bon GM ne la ramène pas, sous peine de représailles.
Caro n’en a plus rien à foutre. La déontologie du Club, à presque vingt-deux heures, après une journée harassante d’attente, de surchauffe et maintenant de famine, Caro s’en bat la raie puisqu’il s’agit, présentement, de la survie de sa fille.
— Excusez-moi, je me présente : famille Guigou, une mère et trois enfants, nous sommes là pour 3 semaines,
— Moi c’est Daniel, le Chef du Village,
— Je sais et c’est pourquoi j’ai préféré vous entretenir directement de mon problème.
— Quel est ce problème ?
Il bombe le torse et Caro n’est pas insensible à son charme nature : plutôt grand, les traits fins et une pointe de bide entre le caleçon et le tee-shirt. Une coiffure mode, dégagée sur le front mais avec quelques boucles plus blondes qui frisottent dans la nuque. Du gel maintient l’ensemble : le bonhomme sans se la jouer se préoccupe de son apparence. Négligence étudiée, regard direct, contact facile :
— Mais bien sûr ma petite madame, qu’on va s’occuper de votre cas... Les barreaux du balcon ?... Je vais tâcher de vous déplacer dès la semaine prochaine... Un bungalow de plain pied vous conviendra sans doute davantage mais il faut faire avec le planning. En attendant, je m’occupe de tout : du lit et des barreaux, promis. Rappelez-moi le numéro des chambres s’il vous plaît ?

Au retour du restau fermé, Caro distribue les restes de son doggy bag à ses chérubins survoltés : bananes défraîchies, crakers en miettes, pudding suave et dégoulinant. Mais ils ont encore faim et pas du tout sommeil : Caroline doit sévir. Le lit pliant se présente au bon moment : elle allait tuer puis dévorer sa progéniture.

Silence, juste le tam-tam de la discothèque au loin.
Caro s’accorde sa dernière moitié de clop. Vivement demain que le soleil se lève enfin sur le beau village de Tiarcos...






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MessageSujet: Caro en vacances : 3 : Plantée sur toute la ligne   Lun 30 Juil - 17:51

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Malgré le chaud soleil et la mer idéale, Caroline déprime sec. Elle réalise qu’elle s’attendait à mieux, qu’elle a rêvé toute l’année, comme des millions de cloportes, au bénéfice de trois semaines paradisiaques dans un cadre enchanteur. Elle s’est tuée à la tâche pour amasser les sous et, à J3 de son séjour, le regrette vivement.
Dans la journée, elle assure de justesse. Le soleil la brûle et l’emmerde, il lui faut facilement dix minutes pour badigeonner ses chérubins de crème, précaution essentielle à répéter toutes les heures. L’eau de la piscine lui semble glacée, elle ne parvient pas à s’y plonger d’un coup et prend d’infinies précautions (ses cheveux, ses lentilles... Stop bougre d’âne ! tu m’envoies du chlore dans les yeux !). La mer à 22° lui conviendrait davantage mais s’y tremper relève de l’épreuve de force tant les galets pointus qui parsèment la plage blessent la plante des pieds. L’obligation de descendre de l’hôtel avant dix heures moins le quart, pour profiter d’un vrai petit déjeuner, l’insupporte pas possible. S’y ajoute celle de parcourir sitôt debout les berges de la piscine afin d’y dénicher le Graal : l’unique transat qui les hébergera le reste de la journée, à condition de poser dessus un minimum d’objets, de peu de valeur de préférence.
Ils ont faim, elle a faim, le soleil de 9 h 30 tape déjà et le trajet est exténuant. Marie-Charlotte hurle à la mort : «C’est pas par là, c’est pas par là, je veux mon bibron de lala !...» Maman la lâche, court vers le plastique inestimable, à l’opposé, qu’elle a repéré de loin. Marie hurle plus fort, se vautre dans une flaque douteuse, elle est trempée, plus qu’à remonter pour la changer...
Il faut aussi se précipiter pour ne pas rater le premier service de table à midi. C’est le seul qui offre ce que Caroline espérait : vue sur piscine, nappe impeccable, des serviettes bicolores en éventail au creux des verres, des employés prévenants qui se décarcassent. Ensuite, la débandade : dès le second couvert, plus personne ne vous installe, la petite s’en prend plein la tête, bousculée par de grands cons qui s’impatientent, les familles de moins d’un mètre soixante-dix se retrouvent les dernières servies, juste à côté du coin grillades et sur une table mouillée voire sale.
L’histoire se répète au repas du soir. Caro se condamne à ne jamais profiter de l’apéro. N’avait qu’à pas emmener ses gosses...
Pour résumer, depuis son arrivée, notre héroïne vit sur sa montre. A Tiarcos, les minutes sont des pépites d’or presque plus précieuses qu’à Paris.
La nuit, comme elle le désirait si ardemment, Caro tâche de s’éclater sur la piste de danse, accompagnée de Mathieu ou de Simon, chacun son tour. L’autre ayant charge de coucher Marie-Charlotte et de veiller sur son sommeil. Mais le night ferme tôt, et toujours au meilleur moment, lorsque les cuisses commencent à se délier et les ailes à se déployer. Sophie s’était bien gardée de prévenir Caro : pour le fisc grec, la «discothèque» du Club Med de Tiarcos n’est qu’un vulgaire «débit de boisson» qui doit fermer ses portes à deux heures du matin. Le choc la première nuit ! Caro ne dansait pas depuis une heure que les décibels, soudain, se sont faits tout petits. Il fallait encore se rapprocher des baffles, voire se coller à eux pour éviter d’entendre le glissement de ses orteils sur le sol carrelé. Comme dans sa chambre parisienne, Caro s’envolait dans de grands mouvements, d’illustres figures de style, rythmés par le tchi-tchi de ses talons et de ses pointes. Sans son fils chéri de cavalier, elle n’aurait pas suivi. Le DJ envoyait son cinquième rap, comme s’il prenait son pied à vider le local des rares fêtards qui y traînaient encore... Caro s’était plantée sur toute la ligne. Venue pour danser, elle constatait douloureusement que personne ne dansait à Tiarcos.

Restait l’amour, ou du moins la fornication, puisqu’il est bien connu qu’on baise comme des lapins au Club. Vite fait, bien fait, sans promesses ni contraintes, programme qui collait parfaitement aux ambitions mesurées de Caro... Et là encore quelle déception !!!
A Nabeul, elle avait échappé de justesse, dès le second soir, au viol d’un GO tunisien sexy qui profitait de sa solitude (exceptionnelle) au night. Il s’agissait sans doute d’un primaire de type Neandertal, race qui se raréfie dans les contrées dites civilisées.
A Tiarcos, nulle aventure ne se profilait encore à J3. De quoi sérieusement s’angoisser sur ce foutu temps qui passe : les rides inévitables —même si le visage de Caro n’en compte pas plus que l’été dernier— le statut de multipare responsable, incontournable, l’absence de disponibilité, l’avenir embouteillé, les biberons du matin, l’école même le samedi, le père des grands, le père de la petite, les comptes à rendre aux belles grands-mères, le loyer, le banquier... Et la voisine qui râle à cause de la musique, et le voisin qui crie sur la poussette... Le sac d’une année de galère n’aurait plus dû peser, une fois Caro à destination : «Re-vivre» : c’était prévu dans le catalogue et affiché sur tous les abris-bus.

Hélas, en chasseuse confirmée, Caro a très vite dressé l’inventaire : côté GM, rien que des ringards, mal fichus, bedonnants, encombrés de femmes engraissées aux loukoums et d’enfants-rois trop volubiles ; côté GO, de beaux mecs bronzés musclés mais prétentieux à en vomir. Caro se pince : âgés d’une vingtaine d’année en moyenne, ils se pavanent dans le village, mécanique rutilante et regard de biais (à qui échappe mon slip moule-burnes ?), par petit groupe, l’équipe de voile, l’équipe du bar, l’équipe de l’animation, sans jamais se mélanger ni se mêler aux GM... Ils semblent très occupés, comme investis de missions vitales qui ne peuvent souffrir du moindre contretemps.
Fallait les voir jouer de l’abdomino, le lundi matin de leur présentation, autour de la piscine... Le temps d’un petit pipi, Marie-Charlotte dûment confiée à son frangin Mathieu, Caro ne retrouvait plus ses fringues, ni le matelas acheté la veille à la boutique, ni leurs serviettes, ni les jouets amphibies de sa fille ni... pour cause, les GO voile avaient débarrassé l’espace, sans autre forme de procès, pour pouvoir placer leur catamaran. Attends, un peu de respect... Pieds nus dans les broussailles, Caro cherchait sa montre si précieuse, planquée dans la poche revolver de son short en jean’ introuvable. Autant dire que l’essentiel du spectacle (le même chaque lundi : il lui en restait deux) lui a largement échappé... Mais pas la grossiéreté de l’équipe, qui d’une, ne s’est pas excusée, de deux, n’a pas aidé aux recherches, de trois, s’est permis d’insulter :
« Pousse-toi, gamine ! A qui elle est celle-là ? Sa mère a pas compris qu’on manoeuvrait ? Qu’on avait besoin de toute la place ?...» Si, si, la mère a récupéré sa fifille de suite, fifille pourtant très attirée par les grandes ailes blanches d’un immense bateau, échoué comme un rat mort sur une berge synthétique.
A Maman, maintenant, de calmer la crise de nerf : «Ils bossent, les pauvres, et nous on regarde en s’amusant. Tu t’es pris un coup sur la tête ? Même pas ?... Tu digères pas qu’on te déplace, sans précaution ?... T’as bien raison.... Mais ils font leur job ma chérie, un petit job minable que tu feras jamais j’espère...»
Caroline a plié bagages (et sorti une fortune) dans l’espoir de recharger ses batteries. La mer, le farniente, une ou deux aventures, les rencontres, l’amitié, le vin, le sperme, le hasch, l’ivresse, la liberté... foin des convenances et des horaires, vivre pieds nus, danser jusqu’à plus soif, sympa, relax, tranquille, puisqu’on va tous mourir un jour, n’est-ce pas ?

A J3, la seule touche dont Caro peut se vanter se résume au gros Totoche, le GO responsable du bar qui la sert à chaque fois avec forces amabilités. Elle lui en est reconnaissante car les trois autres (Johnny, un blond bouclé porteur malgré son âge d’un appareil dentaire mal entretenu, Milo, magnifique brun de type andaloux et Georges, genre intello à petite lunettes) ne lui rendent que rarement ses sourires. Et mademoiselle se sent fine, les lèvres figées en plein élan, génée comme si elle venait de faire caca sur elle... «Nous n’avons pas les mêmes valeurs» affiche le visage obtus des trois impertinents et Caro se plonge, le temps que sa commande arrive, dans la relecture de son carnet bar. Caro se demande ce qu’ils lui reprochent. Se choquent-ils du fait qu’elle refuse leurs glaçons (précaution élémentaire au Club si l’on veut éviter la classique tourista) ? A-t-elle du noir sur le nez ? Trop d’enfants ? Trop d’énergie au Night ? Les oblige-t-elle à tenir jusqu’à la fermeture «légale», tandis qu’ils se couchaient plus tôt avant son arrivée ? Mystère...
Par bonheur, le responsable est de son côté. Il vient encore de le lui prouver la veille, en restant avec elle au night deux heures après sa fermeture.
Totoche ne manque ni de finesse ni d’humour et ils avaient bien rigolé. De surcroît, elle avait appris des tas de trucs, les p’tits secrets du Club, de ce genre d’infos très utiles qui ne s’affichent pas sur les panneaux de la réception. Seul hic : Totoche est le plus laid des GO, essentiellement à cause de son embonpoint. En marcel, short aux genoux, sa silhouette de buveur de bière découragerait jusqu’à la pire des nymphomanes. Sur le chemin du retour, malgré l’heure avancée, il n’avait rien tenté. Proposait cependant d’apprendre à la jeune mère les règles du Backgamon, jeu de société qu’elle et ses enfants ne connaissaient pas... RV fixé sous la pergola, pour le lendemain 15 heures. Caro en chiale dans son lit : qu’avait-elle donc encore pêché et quels ennuis en perspective ?

Le bonhomme n’est pas venu. Caro non plus. Elle a dépêché son cadet dès 15 h 03, puis l’a sommé de redescendre à 15 h 21. Quand Simon est remonté, essoufflé et pressé de se plonger dans la piscine, maman s’est enfin détendue... Même les moches, au Club, ne tenaient pas leurs engagements. Dans ce cas précis, Caro s’en réjouissait...

Mais l’histoire a une suite, bien plus cruelle encore. Une suite déterminante pour l’héroïne et son lecteur.
Deux jours plus tard, soit à J5, Caro se retrouve au night dans le même état de désolation. La musique s’est éteinte alors qu’elle commençait seulement à la sentir. Ses jambes sont de grandes moissonneuses-batteuses affamées de grains, ses pieds trépignent malgré elle, ses bras n’attendent que le Don Quichotte auquel ils pourront se mesurer. Caro déborde d’énergie et c’est probablement d’un bon coup de bourre dont elle a réellement besoin. Mais va-t-elle se l’avouer ? Et quand bien même le réaliserait-elle, avec qui consommer ?
Le night s’est rapidement vidé, grâce aux efforts du DJ Ludovic, auquel il ne suffit pas d’être laid, vaguement enrobé, crâne rasé à la skin-head, doigts boudinés, lunettes démodées... mais qui de surcroît, prend un malin plaisir à bâcler son boulot. Ce soir, il n’a passé que des merdes, a envoyé trois séries de slows espacées de vingt minutes de rap, et n’a pas hésité à baisser le son dès minuit vingt. Caro s’en bouffe les couilles (on ne les voit pas de l’extérieur car elle les bouffe régulièrement).
C’est le tour de Mathieu, l’aîné, d’accompagner sa mère et le pauvre est déçu aussi. Quelle sale soirée et quel sale Club !!! Encore deux semaines et deux jours comme ça ?
Par bonheur, il reste une petite table, qui malgré l’absence totale de musique et de lumière, héberge trois silhouettes. En s’approchant, tranquille (Caro vient de se commander un whisky-coca et elle entend le finir en compagnie), Caro reconnaît son copain Totoche. Copain, copain, elle n’en n’est plus très sûre, c’est pourquoi elle hésite :
— Est-il possible de s’asseoir parmi vous, le temps de finir nos verres ?
Outre Totoche, il y a Gilou, GO responsable de la voile et un autre type que Caroline n’a jamais vu.
— Bien sûr, répond gentiment Totoche.
Donc elle s’installe, en face de Totoche et du type X, séparée de Mathieu par Gilou.
Elle sait que son fils est trop loin pour l’entendre, elle attaque fort, mais sans élever la voix, dans le mouvement Club Med :
—Dis-moi Gilou, toi qui as vanté le hasch dans ton dernier spectacle (un «cabaret» de la veille, dans le grand amphitéâtre, pour public «averti»)... Tu connais la législation ici ?
Le blond musclé répond de justesse :
— Le hasch, le hasch, j’en consomme pas...
— A t’entendre, on aurait pourtant dit ...
— Pourquoi tu t’intéresses ?... T’en as ?
— Peut-être... Tout dépend de la loi grècque
— J’aime pas les toxicos
— Les alcooliques n’ont rien à leur envier
Caro sent la pente devenir glissante. Gilou est fait, c’est clair ; elle au contraire, comme d’habitude, reste bien trop lucide. Plus rien ne l’énivre, plus rien ne la transporte et comme cette putain de vie l’ennuie.
— Dommage que tu sois si agressif... A te voir sourire sur la plage, tes voiles en main, on te donnerait le bon dieu sans confession
— Faut pas se fier aux apparences.
— D’accord ; mais tu dégages pas mal aussi sur scène... T’es plutôt bien foutu, un tantinet crâneur peut-être mais vif et plein d’esprit. Après Daniel, tu es le plus bandant des GO du village. Pourquoi ce ton roque quand tu t’adresses à moi ?
— Parce que je suis amoureux grave, et séparé de ma fiancée
— Et c’est si dur que ça ?
— Impossible... A mourir... Mais elle revient demain.
— Tout va rentrer dans l’ordre alors ?
— On se fiche de ma vie et je m’fiche de ta gueule !!!
— ...
— Et pis d’abord, c’est quoi ce nabot à mes côtés ? reprend le GO responsable de la voile.
Caro avale sa goulée de travers :
— Attends, c’est mon gamin
— Ben y a rien à foutre là...
— Il est là si je veux
— Arrête, arrête, un gosse de même pas dix ans... Encore debout à c’t heure !!!
— Mille excuse mais il a pas dix ans mais douze.
— Ben les fait pas, ces douze ans-là, et pis d’abord pas de gosses au night ! Et ces trucs dont tu parles devant lui, le hasch, les mecs, c’est pas des histoires de gamins.
— Il comprend ce qu’il doit comprendre et tu n’as rien à dire. Pour nous, c’est des vacances et j’élève mes gosses comme je veux. T’en as au moins, toi, des gamins, pour critiquer de la sorte ?
— Non j’en ai pas et Dieu m’en garde. Le jour où j’en aurai, j’aimerais pas que leur mère les sorte en boîte.
— Mathieu est premier de sa classe. Il a ramé toute l’année pour s’avaler le programme. Il a le droit, autant que moi, de profiter de ses vacances et s’il aime danser, je vois pas qui ça gène...
— Allez, allez, va jouer aux billes... On était si peinards avant qu’t’arrives... On parlait de cul et maintenant on peut plus...
— J’ai commencé par demander l’hospitalité à Totoche, qui me l’a accordée
— T’as demandé aux autres ?
— Toi, j’ai compris, c’est non. T’espères pas que je vais insister... Attends mon grand, je pourrais être ta mère et ton ton ne me convient pas. Tu vas faire gaffe maintenant parce que je suis GM et toi GO
— Allez, allez, dégage... Finis ta semaine et barre-toi !
— Tu tombes très mal Gilou, je suis là pour trois semaines
— Et alors ! J’ai pas de leçons à recevoir d’une quadragénaire... De toutes façons, tu flippes parce qu’à ton âge, tu te f’ras plus personne, c’est Gilou qui te le dit....

Mathieu s’était enfui en douce et ne restait plus que le quatuor, Gilou à la limite de la gerbe, Totoche plié de rire, Caro plus qu’épatée devant tant d’impertinence et l’autre, le X, dans ses petits souliers :
— Ne t’inquiète pas. Il est très saoul et c’est chaque fois pareil... Mais tu peux rester si tu veux.
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MessageSujet: Caro en Vacances : 4 : Tiarcos, Paradis des enfants   Lun 30 Juil - 18:28



Cet incident semble d’autant plus regrettable à Caroline qu’elle avait classé Gilou second dans son hit-parade des GO les plus séduisants. Non qu’elle le trouvait sympathique — il était tout aussi distant que les autres— mais son insolence de jeune corsaire lui donnait certains droits : il marchait constamment pieds nus (comme elle), nombril à l’air, torse imberbe et sculpté, ses cheveux blondis planqués sous un bandana rouge qui accentuait son profil d’aigle, ses fesses parfaites moulées dans un jean’ élimé. Il l’avait très impressionnée lors du «cabaret» de l’avant-veille. Etonnante d’à-propos et d’humour, sa prestation avait largement dépassé celle des trois autres guignols en scène (Tristan, de l’animation, Philippe, de la réception et Daniel, le chef du village).
Dommage, Caro était grillée maintenant... Et surtout vachement déçue, comme un fan qui réaliserait que son idole n’est qu’un pauvre con.

En tête de son tiercé personnel, Caro avait placé Daniel (Dé-Dé pour les intimes). Certes, son statut de Chef influençait la donne, mais à J6, il restait le plus fréquentable. Son physique d’ex-athlète (épaules larges mais tombantes, petit bidon douillet qui pointe, poignées d’amour au dessus du paréo) invitait aux siestes confortables. Contrairement au chef de l’année précédente, celui-ci était partout : sur la plage dès dix heures pour le beach-volley, autour de la piscine, micro en main, pour les jeux apéro de midi, à table avec sa meuf (Caro avait appris de Totoche qu’il partageait depuis trois ans la vie de Lolo —Laurence pour les pas intimes— responsable des sports terrestres), à 15 heures au tournoi de pétanque, à 18 sur le terrain de tennis, à 21 dans le grand amphithéâtre et au night jusqu’à sa fermeture... Caro n’avait jamais vu ça : ce type avait le don d’ubiquité ! Très facile d’accès, il acceptait volontiers l’apéro et suffisait d’aller vers lui pour qu’il prête une oreille attentive aux jérémiades. Caro ne s’était pas gênée, trop reconnaissante qu’il ait immédiatement protégé ses balcons. Trois jours plus tard, elle se plaignait de la chute de son rideau de douche :
— Tu te rends compte, même si le métal est grec, l’ensemble pèse au moins sa dizaine de kilos... Et ma pupuce était juste derrière !... Mais y’a pas de bobo, sauf qu’on inonde la salle de bain, maintenant, quand on se lave les pieds.
— T’inquiète, ce sera réparé demain, ta chambre c’est bien le 315 ?
— Bravo !... Je suis repérée ou tu connais nos fiches par coeur ?
Et le bougre de répondre, sympathique : «Disons qu’il y a des GM qu’on remarque plus que d’autres...»
Sans chercher à blesser, Dé-Dé venait de mettre le doigt sur quelque chose de douloureux. Il était même en train de s’introduire au plus profond de l’abcès : si Caro se sentait si mal à Tiarcos, elle le réalisait à l’instant, c’est parce qu’elle et sa ribambelle ne passaient pas inaperçues. Trop souvent, on l’apostrophait :
— C’est vous qui dansez tous les soirs, avec un fils chaque soir différent ?

J4, Caro joue avec sa fifille et le robinet de la douche : Marie-Charlotte ne se trempe pas encore, ni dans la mer, ni dans le petit bain. En revanche, elle raffole du jet froid sous lequel elle hurle de joie, son tee-shirt collé aux os et ses lèvres violettes. Donc sa mère pour la satisfaire appuie régulièrement sur le bouton magique, puisque par souci d’économie, le flux d’eau n’est pas continu. Il y a trois places à cet endroit stratégique de la plage, c’est pourquoi elle n’est pas gênée d’occuper un tiers de l’espace. En outre, elle profite elle aussi, sous le chaud soleil de midi, de la claque rafraichissante. L’homme qui s’adresse à elle sent le GM à plein nez : âgé d’une cinquantaine d’années, il se frotte les aisselles, le ventre et les mollets avec la grâce du bof’ amateur de camping. Caro ne l’a jamais remarqué. Ni au night, ni ailleurs et elle se demande pourquoi il l’interpelle.
— Elle est à vous aussi celle-là ?... Vous en avez combien, au juste ? Parce qu’au début, j’ai cru qu’il s’agissait du même, mais l’aîné porte plus souvent ses lunettes.
— Non, c’est le cadet, Simon, qui ne se sépare pas de ses lunettes
— Le cadet dites-vous ? J’aurais parié l’inverse...
Et vlan ! Non seulement ce ringard s’immisce dans ses jeux de plage, mais il souligne qu’il l’a repérée au night (compliment à double tranchant), et la meurtrit à propos de Mathieu... Mathieu souffre de sa petite taille et c’est au moins la sixième fois qu’on évoque le sujet à Tiarcos, devant elle, ou pire, devant lui.

Au même endroit, deux jours plus tard, une Belge rousse, sourire ouvert, dents du bonheur, s’exclame admirative :
— Vous en avez une belle famille !... Ils sont vifs vos enfants et plutôt réussis ! Les deux jumeaux sont impayables. Ils ont l’air heureux, je me trompe ?... Faut dire que vous êtes parfaite dans votre rôle de mère. Si fine qu’on dirait leur grande soeur ! Y’a une complicité, ça se sent... Mais quel travail !!! Vous me rappelez cette femme dans le film de Fellini
« Mort à Venise». Vous l’avez vu ? Cette femme si distinguée, si détachée, qui régne sur sa descendance avec juste ce qu’il faut de courage et d’abnégation...
Ben tiens, voilà le courage !!! Dix fois qu’on lui ressert le même couplet ! Entre le retard de croissance de Mathieu et les palmes de la bravoure, Caro aimerait bien qu’on l’oublie. Elle est pas venue pour qu’on l’ignore mais sa «célébrité» lui pèse.

Il est vrai que ses enfants s’amusent. Simon s’intègre aux «Kids» quand le programme lui plaît, Mathieu fraye avec les «Ados». La p’tite famille se retrouve aux meilleurs moments : les repas, les jeux de sable et d’eau avec Marie-Charlotte, le spectacle du soir, le night.
Simon s’est tout de suite adapté. A rencontré deux fillettes de son âge qui, comme lui, ne fréquentent le mini-club qu’avec discernement. S’il a jeté d’emblée son dévolu sur une oie blonde (Zoé), sa mère préfère de loin la compagnie de sa meilleure copine (Sabine), plus marrante et plus délurée. Parce que c’est maman qui s’y colle, bien sûr, lorsque le groupe se réunit. A traîner toute la bande de la mer à la piscine, à payer des sucettes et des verres de grenadine, à vérifier que les jouets amphibies reviennent à destination, à éviter que les plus jeunes se noient...
Ah quelles vacances ! Ses gosses s’éclatent et grave, Caro n’en n’éprouve qu’une satisfaction relative.
Pourtant comme ils sont beaux et drôles !
Marie-Charlotte s’apprête le soir, quémande sa plus jolie robe (par bonheur, elle dispose d’au moins quinze «plujolirob»), s’enfile une pelleté de bracelets par bras, et le noeud dans les cheveux et les boucles d’oreilles, et la touche de rouge à lèvres, et le miroir, en final, pour vérifier l’ensemble... Dès l’ascenseur (Non Marie, tu ne touches pas à la paroi qui file !) maman est repérée pour la nuit.
Mathieu, qui vient de gagner le relais australien (catégorie junior : «C’est un petit, un TOUT PETIT...» clamait au micro ce nigaud de Chef des Sports, «...qui remporte finalement la coupe»), se prépare sérieusement au spectacle GM de fin de semaine. Sitôt dans le groupe, il s’est vu confier le rôle principal du sketch musical des ados, une parodie des «Men in black». Simon travaille aussi son style, un soir sur deux, au night, puisque son numéro au sein des kids consiste à effectuer une roulade d’une minute qu’il ne juge pas suffisamment au point.

Caro mitraille de son jetable, tandis qu’ils se produisent enfin. Elle devrait être fière, le profil de Marie-Charlotte vaut déjà son pesant d’or. Le bandeau choisi par sa fille retrousse ses lourds cheveux noirs, dégageant le front et les oreilles, lesquelles croûlent sous les strass. Une bave brillante d’admiration perle sur ses lèvres fardées, Marie est subjuguée... Mathieu se déchaîne et sans faux pas. Simon s’envole dans sa roulade et si le challenge de la minute n’est pas totalement respecté (45 secondes au mieux), la performance déclenche les vivat de la foule.
Caro se bouge à deux reprises pour immortaliser l’instant. Elle s’excuse, mille pardons, rampe jusqu’à l’estrade et revient tout aussi courbée une fois ses photos prises. N’empêche qu’une voix derrière s’impatiente de son manège. Et sans s’adresser directement à elle, commence à râler à la cantonnade :
— C’est pas vrai ces parents !... N’ont pas d’éducation !
— Calme-toi Elie, répond une autre voix, plus féminine celle-là.
— OK, OK. Je sors la vidéo pour filmer le petit... C’est toi qui m’a demandé de filmer le petit... Et j’ai quoi sur le film ?...
— Vous devriez vous rapprocher, se permet de conseiller Caro. De votre place, vous n’aurez rien.
Pas de réponse. Juste deux voix qui persistent à vociférer :
— Comment veux-tu que je le filme, avec tout ces parents devant la scène ? Allez, allez, bougez-vous, dégagez ! C’est pas croyable des gens comme ça... Comment je filme, moi, s’ils sont tous debout !...
— T’as bien raison Elie... Roger Lévy n’aurait jamais admis une telle pagaille !... Mais tu m’as empêché de l’appeler, c’est ta faute ! J’avais toutes ses coordonnées, suffisait de le suivre... On serait pas tomber dans ce Club de sans-gêne !!!
— OK, OK, mais moi Rachel et tu le sais, j’ai pas les sous pour le Sénégal !... Si on se charge du petit, il faut compter une part en plus et ...

Caro s’en bouffe la main (et le jetable avec). Depuis son arrivée, chaque instant de plénitude, de satisfaction totale, s’est soldé à brève échéance par un retour de bâton retentissant. Comme si une saleté de Dieu grec prenait plaisir à miner ses vacances. Les conséquences de l’éclipse ???
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MessageSujet: L'orgasme enfin !   Mer 1 Aoû - 12:36



Cette semaine-là mais en fin de course, deux évènements auraient pu rassurer notre héroïne, au moins sur son pouvoir de séduction.
Alors qu’elle ne s’y attendait plus, que Totoche l’avait estomaquée (le plus laid lui pose un lapin !!!), que les enfants revenaient en larmes les uns après les autres : Simon largué par son oie blonde, Mathieu viré du groupe des ados (une paire de petites péteuses s’étant opposé à son intégration : l’a pas treize ans sonnés, qu’est-ce qu’il fiche-là ?)...
Alors que les horaires restaient tout aussi contraignants, le sable de la plage tout aussi meurtrier, les repas sans surprise, la déco minimale, les papy muzo irritables, Caro aurait pu profiter d’une éclaircie sensuelle et sans conséquences graves.


J6, elle allait quitter le night avant même le signal. Simon couché (c’était son tour d’accompagner maman mais maman, excécrable, l’avait sommé de regagner très vite son lit), elle regroupait ses p’tites affaires et s’engageait, plus dégoûtée que résignée, vers la sortie. Ce soir encore, le DJ Ludovic s’était avéré au dessous de tout, à enchaîner les raps entre deux séries de slows. Caro frisait la folie douce. Elle avait couché son fiston de bonne heure à cause de l’histoire avec Gilou. Pour la première fois de sa vie, le Club Med dans lequel elle était tombée se fichait éperdument du client.
On attendait de longues minutes au bar, le temps que les employés s’organisent :
— Tu veux quoi ma Yoyo ? (responsable du trafic)
— T’es bien servi Gilou ? (responsable de la voile)
— Ah ! Il manque les olives... T’inquiète (à l’intention de JR, le chef des sports)
Et le GM patiente, compatissant. S’il est allègrement doublé, c’est par les GO intouchables... Une maffia quasi inadmissible mais quel GM osera s’en offusquer ?
Idem le soir au night : la confrèrerie des GO de Tiarcos s’agglutine au bar, monopolise et l’attention et le shaker des serveurs. Idem dans la journée : Simon se fait gronder s’il a l’audace d’utiliser le tuyau de la voile pour rincer ses pieds :
— Tu fais quoi, là, gamin ? envoie le responsable, vire-toi de là tout de suite...
Idem pour l’événement du vendredi, la «bruscheta» comme ils disaient, organisée dès 18 heures sur le terrain de volley. Une institution hebdomadaire que Caro découvre à J6, par l’intermédiaire de son chéri Mathieu, spontanément monté lui apporter un gobelet de sangria tandis qu’elle veille sur la sieste de Marie-Charlotte :
— J’en n’ai eu qu’un, tu m’en veux pas ?... s’excuse-t-il en tendant la mixture. Et pour la bruscheta, j’ai eu qu’une toute petite tartine, parce que Bobby m’a dit (responsable en Chef du Mini-Club) :
« Eh, on est au Club Med d’accord, mais faut pas abuser !...»
Je l’ai mangée, tu m’en veux pas maman ? J’avais si faim....

Trop de mesquinerie écoeure. Coupe jusqu’à l’envie de bouffer, de baiser, de profiter.
Quand sur le chemin de l’hôtel, après le night merdeux, Caro se laisse alpaguer par deux compères, Philippe de la réception et son copain GM Fabien—physique moyen—elle n’a plus la moindre once d’indulgence. Pourtant ledit Philippe ne manque pas d’aplomb, à la coller au maximum, en jouant des mains et du regard de velours. Pourtant ledit Fabien se fend de propos originaux, à parler de piercing, du nombril et des lèvres, celles d’en haut et celles d’en bas, de la langue et même qu’une copine à lui... Pas envie, désolée... Le sexe est trop magique pour s’enflammer d’un mot alors que tous les autres s’y opposent.
Caro s’était couchée flattée, vaguement allumée, mais pas au point de regretter l’occas’.

Le lendemain samedi, c’était au tour de Mathieu de s’y coller : la disco de Tiarcos, ses tubes, ses stars, sa pêche... C’est tous les soirs avec Ludo !...
Maman cette fois-ci ne l’a pas rembarré. Elle avait fait son choix, en fait. Se sentait suffisamment forte (attends, 35 000 F les trois semaines de «vacances» !!!) pour imposer la présence de son cadet, de son aîné ou de sa benjamine aux endroits où elle voulait être. Se foutait du cours de sirtaki, du body building, du dentier de papy Louis ou de la cellulite de Mère Thérésa... Juste qu’on lui foute la paix et qu’elle rentabilise ses frais.
Le night, ce soir-là et selon la coutume en vogue, a découragé ses meilleurs danseurs dès minuit. Mais il y avait Lucile, une ado délurée qui allumait les foules, en tous cas deux à trois GO par soir, lesquels, sans vendre leur âme, auraient bien prêter deux à trois phalanges de leur main gauche pour se la faire (main droite pour les gauchers, faut pas pousser outre-mesure)… Caro profite de cet état de grace. Se mêle au groupuscule des vaillants, encore capables de s’amuser malgré l’obscurité, la mine renfrognée de Milo, l’absence de fond sonore. Restait tout de même le doux mugissement des vagues sur le littoral iodé, le chuchotement précieux du milliard de petits cailloux grecs qui recouvraient la plage.
Caro remercie Lucile car c’est une «vraie» gentille.
Revenons sur le B.A. BA : Les jeux de l’apéro ou du café (midi et soir), magistralement orchestrés par Tristan, responsable de l’animation, permettent d’obtenir un chiffre (entre 0 et 130) qui, s’il tombe lors de la tombola de la nuit, permet d’obtenir une bouteille d’Ouzo. L’Ouzo, même la Caro s’en fiche, mais la dernière épreuve avant de picoler consiste à se produire sur scène : chanson ou danse au choix. L’occasion parmi d’autres de se mettre en valeur (ou de se ridiculiser, selon). C’est con mais c’est comme ça : Mathieu, viré du groupe des ados, n’a de cesse de faire ses preuves sous un autre label. C’est con mais c’est à ce prix qu’une personnalité se forge. Donc sa maman travaille depuis la veille (depuis le licenciement de son fils), se bouscule pour participer aux jeux «intellectuels» de 14 heures. Encouragée par le beau Tristan, elle intègre une équipe : les PSG (Pas Sûrs de Gagner).
Elle y prend goût, la sotte ! Répond à chacune des questions comme si le gros lot du «Millionnaire» allait lui tomber sur la tête. Cette espèce de triviale poursuite, à priori sans prétention, l’oblige à réfléchir sur autre chose que ses vacances foutues. L’objectif la transcende : Mathieu, son fils aîné, va les enculer tous. Lucile promet à Caroline de lui refiler ses tickets —à condition, bien sûr, de récupérer l’Ouzo— et c’est en la remerciant, ce soir-là au night, qu’elle sympathise avec le fameux X.

Lucile et Mathieu couchés, Skander (de la voile) et Victorine (du bar) enlacés sur le chemin du retour, quelques ados au loin, Caro se voit quitter l’endroit encadrée de deux types. Philippe à droite recommence le coup du velours —et Caro s’en réjouit— tandis que l’X ne lâche pas son bras gauche. Après vingt-quatre heures de réflexion, Caro s’octroie le droit de baiser Philippe. Il est plutôt mignon, pas grand mais bien proportionné, sourire sincère, nez fin, sourcils fournis, une cicatrice d’enfance sur le menton et surtout un regard d’enfer, arrogant et attendrissant. Elle est d’accord, elle se le répète tandis qu’il l’entraîne vers la case de voile. Le hic, c’est l’autre, le X, qui non seulement s’accroche au bras mais palpe le cou, tente une percée sous le pull, abandonne, revient au cou, descend doucement sur le sein gauche... L’horreur ! Caro avance tandis qu’ils se la baratinent :
— Allez, allez, fais pas ta mijo.. On n’est pas bien ensemble ? s’inquiète Philippe
— Si, si.. répond mollement Caro... Je suis OK mais avec toi, et avec toi seulement
— Moi, c’est pas sans mon pote, précise Philippe
— Alors tant pis... J’vais vous laisser, intervient X tout en serrant Caro de plus près
— Ben... C’est que les couples à trois, moi, c’est pas trop mon truc... A la rigueur l’un après l’autre, je reste encore deux semaines... mais pas ensemble, là, tout de suite....
— Tu sais que tu sens vachement bon ! respire Philippe
— Ah c’est vrai que cette fille sent bon ! insiste l’X. Caro remarque son léger accent. Il vient du Sud sans doute, du Midi de la France. D’ailleurs, il en a le look, yeux noirs, poils noirs, teint mat et sourire lumineux.
Caro se dirige docilement vers la case de voile, toujours escortée de ses deux musclés qui la pelotent à quatre mains. La sensation est somme toute amusante.

Philippe est nul. Il embrasse mal, petit, restreint ; refuse jusqu’à donner sa langue. Ses lèvres sensuelles promettaient davantage. La faute à sa nana probablement, puisqu’il paraît qu’il fréquente une GO depuis le début de la saison. Il s’empare des mains de Caroline et les plaque d’office sur son sexe. Caro le sent gonfler, tandis que l’X lui prend soudain la bouche.... Ah Ah quelle différence !!! Celui-ci, au moins, sait embrasser... Le choc est tel qu’elle se pâmerait mais elle est maintenant assise, bien calée sur son banc, retenue à droite et à gauche par une vingtaine de doigts avides. Elle ne sait plus trop qui relève sa jupe et s’empare de son slip. Elle émerge au moment où elle le sent glisser, Philippe se charge de la besogne tandis que l’X caresse l’intérieur de ses cuisses. Il fait ça bien et sa bouche est sublime.
L’orgasme la saisit tandis qu’il oeuvre, ses doigts au plus profond d’elle, grand ouverte sur son banc, une cuisse sur l’un et l’autre sur l’autre, pull retroussé sur ses petits seins qu’ils dévorent à pleines dents.
Dommage, elle redescend d’un coup : bon Dieu que fiche-t-elle là ? Un plan à attraper la crève avec le vent qui se lève !!! Et ses trois chiares à la maison !!! Elle a pas honte, à s’exhiber ainsi devant le GO de la réception et le GO du tennis ?... Non, au contraire, puisqu’elle vient d’entendre l’X murmurer : «Mais ma parole, tu es gaulée comme une déesse !!!...»
A la vérité, le sexe l’ennuie très vite depuis peu.

En deux temps trois mouvements Caroline se rhabille, ballerines incluses, salue très poliment la compagnie : «Désolée... Mais demain peut-être... Un par un et j’insiste....» pour regagner l’hôtel en courant. Elle ne les a pas finis, les laisse salement se démerder avec leurs problèmes de queue, un peu honteuse mais satisfaite, elle enfile sa chemise de nuit. Le triolisme, c’était décidément pas son truc.
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MessageSujet: Tristan   Mer 1 Aoû - 12:38



Caro se bronze topless et mini string, entourée de sa progéniture : Simon creuse les douves d’un château tandis que Mathieu joue au cheval, la Marie sur son dos. Ils viennent de se trouver l’endroit qui va peut-être les réconcilier avec la plage de Tiarcos. Un véritable paradis, un écrin magnifique, cerné de rochers pointus, donc très peu fréquenté et à l’abri des regards, à moins de deux cents mètres de la piscine. Ici le sable est fin, le petit bord sans danger et la mer transparente. On y voit de minuscules poissons frétiller de la queue et les voileux au loin, en toile de fond, rappellent tout de même qu’il ne s’agit pas d’une île déserte.
Caro offre enfin la quasi totalité de son corps aux rayons du soleil, sans s’inquiéter du gros voisin qui hurle après son fils, de la mémère obèse qui la jauge (pourquoi cette ligne de sylphide alors que moi, depuis mon accouchement, j’dois surveiller mon poids ?), du mari dont la convoitise affichée l’inhibe : à peine ose-t-elle s’imbiber de crème, le geste en soi devient obscène, dans ce milieu pourri... Elle s’épargne également les festivités de midi : micro en main, le chef des sports ou du village réclame l’attention de tous, la participation de tous et vas-y que j’t’oblige à te plonger dans l’eau, et vas-y que tu peux gagner une sangria délicieuse, et les honneurs avec et bla bla bla.
Le Club Med n’amuse plus Caro mais il est maintenant trop tard pour revendiquer quoi que ce soit. Même sa petite histoire sexy de la veille n’a pas changé la donne : elle se sent plus belle sans nul doute, puisque deux supermâles, de quinze ans ses cadets et maqués de surcroît, lui ont rendu l’hommage que toute femme relativement baisable pouvait attendre de son mois d’août. N’empêche qu’elle ne s’éclate pas, qu’elle se fiche de l’X comme de l’autre, sans regretter d’ailleurs ni l’aventure, ni le bâclé de son dénouement. Elle s’en fiche trop, le cul ne l’intéresse plus, elle a plus qu’à mourir maintenant. Elle regarde ses enfants rigoler sur la plage. La tête de Simon a disparu, totalement enfouie sous le sable. Marie-Charlotte profite de cette minute d’inattention pour s’approprier l’avant-dernière production de son frère, un château, encore un château, mais qu’elle baptise voiture. Mathieu se lance dans la rédaction de ses cartes postales, bien installé, au sec sur sa serviette. Tandis que les autres regroupaient pelles et seaux, lui s’armait de son attirail de collégien. A J8, il était tout de même temps d’envoyer des nouvelles, à son père, sa mamy et sa meilleure copine.
Caro se retient de chialer. Ils vont bien ils sont beaux ils s’amusent. Que demander de plus ?.... Elle est belle, convoitée, que demander de plus ?... Ils mangent à leur faim, l’hôtel est très bruyant mais l’air y circule bien. Les nuits sont fraîches et le sommeil réparateur. Que demander de plus ?
Caro s’inquiète.


Depuis trois jours maintenant qu’elle participe aux jeux intellectuels de 14 heures, Caro s’intéresse à Tristan, l’animateur. Il est canon depuis le début, ce grand dépendeur d’andouilles, mais depuis le début, Caro refuse de l’admettre (hormis qu’elle l’a tout de même classé troisième dans son hit-parade personnel). Il y a un truc dans son visage qui coince. Peut-être la force de sa mâchoire carrée, le figé de ses sourires éclair... Non, c’est son regard qui blesse. Ses yeux sont bien trop clairs, ses cils et ses sourcils trop sombres et trop fournis, son front est trop proéminent : ses yeux bleu glacier inclus dans de profondes arcades fusillent plus sûrement qu’une kalashnikof. Lorsque Tristan s’adresse à elle, Caro ne peut soutenir plus de la demi-seconde ce regard direct et inquisiteur, dont l’intelligence supérieure met véritablement mal à l’aise. En deux mots, Tristan intimide Caroline, d’autant qu’elle ne raffole pas des visages durs. S’ils la bouleversent au lit, réveillant chez elle d’ancestraux phantasmes de viol et de brutalité, elle sait par expérience qu’ils reflètent en général une âme dénuée de toute indulgence. Or Caro n’est pas venue ici pour souffrir d’un homme. Donc elle évite soigneusement de tomber dans le piège du prédateur. Elle reconnaît volontiers son talent : Tristan exerce son métier avec application et dextérité. De tous les GO (Chef compris) c’est sans doute celui qui travaille le plus sérieusement. Pour preuve, l’inhomogénéité originale de son bronzage, qui s’arrête sous le cou pour reprendre sous les genoux. Outre l’animation des jeux apéro de midi et du soir, des jeux café de 14 heures, plus quelques apparitions impromptues et comiques aux points stratégiques du village (entrée du restaurant, piscine...), il incombe à Tristan d’encourager la foule des beaufs, après chaque spectacle dans le grand amphithéâtre, à participer au rite des «Crazy Signs». Une mince affaire dans ce Club Med famille ou la masse pique du nez sitôt les gosses couchés. N’empêche qu’il y arrive le bougre, et plutôt bien !!! Trois extraits musicaux s’enchaînent plein tube : Gala remanié : «Et je te donne la clef de chez moi...», un titre ultra violent (et méconnu), du nom de «Schumacher», à déguster sur un tempo de formule un (vroom, vroom, vroom...), et l’autre chaque fois différent.
Y fallait s’y coller, malgré la digestion et la Marie terrorisée. Ses aînés sur le podium, entourés de quelques GO volontaires, les GM téméraires en piste, Caroline danse entre les gradins, à proximité de sa dernière, qui dévore nerveusement l’oreille de son lapinou. Maman sur ce coup-là devient intraitable : il n’est pas question qu’elle se prive de ce plaisir, sportif, rythmé, idéal pour se mettre en jambes avant le night. Caroline se la donne à fond, se plie, se courbe et se relève, joue des doigts, du sourire et de la cuisse, histoire de faire honneur au type qui mène la transe. Son admiration pour Tristan s’arrête là. D’autant qu’il fréquente peu le night, qu’elle le voit rentrer très tôt, en selle sur son vélo à regagner sa chambre... Sa chambre ou celle d’une autre ? Mystère. Tristan repart toujours seul et on ne lui connaît pas d’aventure.

Totoche, ce cher Totoche, avait eu le temps de prévenir Caro, avant que leurs rapports ne dégénèrent. Depuis l’histoire de Gilou, il ne la salue plus ou presque. Débarrassée, notre héroïne ?... Comme la vie est facile au Club !
Totoche, le fameux soir de leur fameuse complicité l’avait brieffée sans se faire prier sur les gars du village, et puisqu’elle avait mis Tristan sur le tapis, lui s’était permis de détailler :
«Ton numéro un, Dé-Dé, le Chef, est maqué depuis trois ans avec Lolo, du sport terrestre. Ton numéro deux, Gilou, est complètement raide dingue de Nathalie, une fille de la réception qui revient dimanche... Quant au numéro trois, c’est vrai qu’il n’a personne, mais il pencherait plutôt du côté des ados... Tant pis ma vieille, tu n’as pas la moindre chance ; ceci dit, je suis là, tu peux compter sur moi...»
L’énigme restait donc entière. Etait-elle assez belle, assez vive et suffisament intelligente pour attirer dans ses filets le seul mec de Tiarcos qui méritait le détour ?
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MessageSujet: Le calvaire de l'assomption   Mer 1 Aoû - 12:43




Cette nuit, le night a fermé ses portes à 1 heure et ce matin le bazar n’a plus de couches. Pour le night, explications prises auprès du Chef de village, le DJ a choisi la fuite, des GM s’étant plaints du bruit.
— Et ça arrive souvent, que des GM se plaignent du bruit ?
— Tout dépend... S’il y a du vent... C’est l’inconvénient des nights en plein air...
Dé-Dé fait son chef scout et Caro ne marche pas. Trois clampins râlent et sa nuit est foutue ?... N’a plus qu’à se trémousser, toute seule, entre ses draps ? Parce que de l’hôtel lui parviennent, jusqu’à pas d’heure souvent, les relents musicaux des boîtes adjacentes (de lancinants tubes grecs) et hier c’était le pompon : la techno a scandé la nuit jusqu’au petit matin.
— Il y avait une fête, pas loin, cette nuit...
— La beach party annuelle ?... Plus de 3000 personnes !... Un bled à quarante bornes... Mais les GM ont pensé que c’était nous, alors, quand y’a trop de plaintes, on est obligé de fermer...
Couchée d’office à 1 heures 15, endormie à 6 heures, Caroline avait doublement souffert de la lâcheté du chef.

Lorsqu’elle apprend, les yeux cernés, qu’une pénurie de couches frappe Tiarcos, Caro résiste de justesse à l’impérieux besoin de rentrer dans le lard de la Grecque qui tient le bazar. Neuf jours déjà qu’elle s’oblige à la fréquenter, à cause des clops, essentiellement, que cette pouf est la seule à vendre (entre 10 et 13 le matin, et 18 et 20 le soir : crevant le job !). Si les autres GO paraissent détestables en dehors de leurs heures ouvrables, ils sont «impeccables» au boulot. Caro rapporte ce qu’on lui en a dit, puisque, doit-elle le répéter, Caro ne fait pas de sport. Juste a-t-elle entendu que le prof de tennis ne touchait pas sa bille et que le multisport Pierrot s’avérait dangereux lorsqu’il remplaçait sa copine Eva sur le stand de tir à l’arc. Des bruits auxquels elle s’interdit de prêter attention.
Mais alors la vendeuse de clops !!! Son air idiot vous dit «j’t’encule» sitôt le seuil de sa boutique franchi. Puis c’est le dodelinement mécanique de sa tête qui pousse au meurtre :
— Non, non, non, pas Marlboro... Peters
— Plus de préservatifs... Revenez dimanche (on est lundi)
— Les couches ?... Non, pas dimanche... Et moi pas savoir quand ...
Enfin, elle vous assomme d’un ordre virulent quand vous quittez la pièce :
— La pooooooorte !!!! (sa boutique est climatisée...)

Caroline en avalerait sa Visa... Quelle organisation de ploucs !!! Comment va-t-elle se débrouiller puisque sa fifille, malgré ses trois ans imminents, se refuse à devenir propre ?
Tandis que Mathieu et Simon réclament de toutes leurs forces leur coin de paradis, Caro s’installe au bord de la piscine, le plus près possible du petit bassin. Le seul moyen de
s’éviter le déplacement jusqu’au supermarché du coin (donc le taxi, Caro ne parle pas un mot de grec) reste encore de se trouver une gentille famille, nantie d’enfants dans le même cas que sa dernière, à savoir «sales» et de moins de 15 kg.... La vraie galère !!! Elle constate à cette occasion que les très petits se comptent sur les doigts d’une main. A peine un couple ou deux exhibent fièrement un bambinou dont l’âge correspond à peu près. Panique, Caroline s’humilie pour rien : «Je vous prie de m’excuser, voilà : je suis venue seule avec mes trois enfants et le bazar n’a plus de couches... Je ne parle pas un mot de grec, et l’escapade en ville relève de l’épreuve de force, encombrée de ma gamine que je ne peux laisser ici sans surveillance... Envisagez-vous prochainement de vous réapprovisionner et en attendant, auriez-vous une couche ou deux pour me dépanner ?» La douce mamy qui la salue pourtant tous les matins se débine :
«Désolée de ne pouvoir vous aider : ma fille, la maman de David, a calculé le nombre exact pour couvrir le séjour».
Le grand musclor qui barbote quotidiennement de 9 à 11 avec sa petite princesse entre les bras (laquelle nage déjà comme un gant dans le grand bassin), la rembarre sans délicatesse :
«Comment, elle n’est pas propre ?.... Mais quel âge a-t-elle donc ?»
— Trois ans le 26 octobre, répond Caro gênée... Pourquoi ? La vôtre est propre ?
— Bien sûr, depuis ses deux ans !!!
Et vlan ! Voilà qu’il lui rappelle que sa fille est en retard, et qu’elle souffre sans doute de l’absence de son père... Et que si l’autre connard ne les avait pas abandonnées, Marie-Charlotte serait propre aujourd’hui et nagerait probablement, toute seule, dans le grand bain...
Saletés de vacances !!! Le problème des couches reste entier et maman se bouffe la mousse antidérapante qui entoure chacun des bassins. Saleté de Club, saleté de prison, saletés de Gentils Membres !!!

Anna, une très belle fille dodue de la réception lui conseille de passer une annonce. Caro y voit sa dernière chance, s’arme d’un stylo, écrit en toutes lettres l’état de dénuement dans lequel elle se trouve. Ca y est, elle vient de toucher le fond : à 35 000 F le séjour, la voilà obligée de quémander, de supplier la bonne âme qui daignera la sortir de sa misère...
La coupe est pleine. Pas de night, pas de couches... Caroline compte sur les alcools «gratuits» pour y noyer son désespoir.
La tradition au Club veut que le 14 juillet et le 15 août soient dignement fêtés. D’ailleurs, les semaines de ces dates-là sont facturées plein pot. Mais le 15 août tombant cette année un dimanche, jour des mouvements de masse à Tiarcos, la fiesta en l’honneur de la Vierge a été reportée au lendemain, lundi 16 août, celui-là même qui commence si mal....
En principe, règle d’or depuis que Caro fréquente le Club, ces journées mémorables laissent de joyeux souvenirs et les festivités commencent tôt le matin : jus d’orange pressé et «gratuit», buffet coloré, exotique, fleurs à foison, bonne humeur et cocktails «gratuits» dès l’apéro de 11 heures 30, jeux sophistiqués au bord de la piscine, spectacles originaux, répétés depuis des lustres, champagne «gratuit» à midi, buffet cossu, mets rares, et la fête se poursuit ainsi jusqu’au lendemain matin...
Pas à Tiarcos. C’est à peine si Caro saisit l’ombre d’une différence entre ce 16 août de rattrapage et les jours précédents. Le matin, rien que du malheur, à midi rien que du malheur. La première surprise annoncée convie la brave foule des GM à se rendre dès 19h 15 précises sur le terrain de volley. Par bonheur, il y a Tristan et ses jeux café, un rendez-vous que Caroline attend chaque jour avec davantage d’impatience. Et aujourd’hui lundi, malgré la défaite de son équipe, Tristan est spontanément venu vers elle pour lui offrir le reste de ses tickets tombola, dix au total. Et Mathieu de sauter au plafond : «Je vais l’avoir, je vais l’avoir, tu te rends compte maman, dix tickets d’un coup.... Sûr que mon numéro sera tiré... J’ai tellement envie de danser, tout seul sur scène !»
— Ne t’emballe pas, bébé, des chiffres, y’en a 130 et dix ce n’est pas grand-chose sur 130.
— Et pourquoi c’est à toi qu’il les a donnés, tous ces tickets, Tristan ?
— Sans doute parce qu’il avait envie de te faire plaisir. (Ne t’emballe pas Caro, ne t’emballe pas...)

La brave foule des GM qui a payé le max cette semaine-là attend patiemment sa surprise sur le terrain de volley. A 19 h 30, ils sont tous propres et fringués de blanc (selon les consignes de Dé-Dé), à sautiller d’un pied sur l’autre. Caro encombrée de sa tribu reconnaît quelques têtes : ces deux garçons qui l’ont outrageusement draguée au night (la main quasi dans la culotte) crânent poussette en main entre leurs grosses mémères d’épouses. Musclor, sa princesse assise sur l’épaule, raconte l’événement de la première poussée dentaire avec force détails. Le gymnaste professionnel, torse bombé et sourire jibs, pelote sa poupée blonde entre deux curages de nez. Le couple l’ignore mais Caro ne s’en formalise pas. Elle n’a pas fait d’erreur, se garderait bien d’allumer le type, salue toujours très gentiment la fille... Croisés chaque soir au night, ils s’offusquent régulièrement de la médiocrité de Ludo, mais l’échange s’arrête là. Zoé joue au chat et à la souris avec Simon, tandis que Mathieu cherche dans les ronces la boucle d’oreille de sa soeur. On a faim, on trépigne maintenant. Les Go ont pris du retard et Dé-Dé supervise de son oeil bleu, sans pour autant faire avancer le schmilblick.
Comble du comble, le buffet appétissant qui s’installe est entouré d’une espèce de barrière en plastique, du même genre que celle qui décourage, sur les trottoirs de Paris, la curiosité du passant en cas de travaux... Juste un ruban de plastique, aux couleurs de la France, tendu de table à table mais qui évoque le pire : l’exclusion, l’holocauste : d’un côté la bouffe et le plaisir, de l’autre, les pauvres quémandeurs, affamés, énervés, à s’agiter sur la pelouse. Un malaise indéfinissable, la honte pour tous ces gens, la honte pour le Club Med...
Caro aurait planté la compagnie si ses enfants n’avaient pas eu si faim. S’est renseignée : «Pourquoi l’accès du buffet nous est-il ainsi interdit ?»
— A cause des gosses : sans précaution, ils se ruent dessus et les adultes ne profitent plus de rien.
Pourtant, les p’tits du mini-club attendent sagement assis, regroupés et gentils. Les siens ne font pas plus d’histoire, à l’exception de Marie, bien entendu, qui toucherait volontiers aux piques-piques garnis d’ananas, de lard et de raisin. (Mais des gamines comme elle, pas propres et pas obéissantes, y’en a pas foule dans ce Club).
— Et quand les adultes affamés pourront-ils accéder à ce splendide buffet ?
— Après l’intro. Chaque cocktail mérite son intro : le blue lagoon : le rap, le kir : la java, le whisky-coca : le rock, le cuba libre : la salsa...
L’initiative ne manque pas de charme, ormis qu’elle sent le réchauffé puisque le spectacle d’hier, dans le grand amphithéatre, traitait déjà de la danse à travers le monde. OK OK, Caro se plie. S’envoie de nouveau la prestation de Pierrot déguisé en desperado, celle de Ted en crooner, celle d’Anna en Andalouse...
Elle se rue bien évidemment dès que la barrière tombe, pas pour elle mais pour sa gamine qui salive depuis une heure, pour ses fistons aussi. Elle se rue sur l’un des buffets le plus proche, se sert en jouant des coudes et du sourire, y retourne à toute allure puis revient dare-dare : Marie-Charlotte s’est installée sur le catamaran de la déco, qui tangue. Marie-Charlotte veut sucer sans contrainte l’espèce de pique qui à chaque fois, lui procure de belles sensations : le p’tit bâton pointu, le fruit, la viande... Et un, puis deux, puis trois, Marie ne se lasse pas, mais la manoeuvre est dangereuse. Caro s’occupe d’abord de ses enfants, son tour viendra après...
Tu parles ! Il ne reste plus rien, plus rien sinon des kirs lorsqu’elle veut s’abreuver.
La faute à sa gamine ? Pas sûr. Ils avaient compté au plus juste, c’est le simple constat.
Le plus juste, voilà la formule ! Tout dans ce club est calculé au plus serré. Même l’eau courante se fait rare : la douche des chambres vous pisse un filet froid dans le dos.

Comme de bien entendu, Caro qui a raté le premier service se retrouve placée face au coin grillades, dans une allée séparée du resto principal par une barrière en bois. Le bout du monde, en somme. Les longs trajets jusqu’au buffet, encombrés d’affamés surchargés, la condamnent à plutôt marcher (trépigner) que manger puisqu’elle a coutume de présenter à sa fifille plusieurs plats par repas, celle-ci voulant «goûter» à tout... En outre, elle doit éviter le poisson ce soir-là, vu que sa table n’est éclairée que par un modeste croissant de lune. Dommage, il s’agit d’un «menu du pêcheur», pour une fois abondant, varié et magnifiquement présenté... De toutes façons Caro n’a même plus faim, l’ambiance de fin de journée lui ayant coupé l’appétit. Marie-Charlotte, l’estomac bourré d’amuse-gueules, ne revendique pas d’autre plaisir que de croquer des gressins. Maman s’accorde donc la conscience tranquille le droit de sympathiser avec son voisinage, un couple d’Argentins charmants accompagnés de leur fils. Malgré l’obscurité, le regard intéressé du mâle ne lui échappe pas. Tandis que sa femme, une quinqua intelligente au visage triste et résigné, raconte leur voyage (ils viennent de débarquer) et leurs précédentes expériences au Club (sujet bidon à souhait, quasi systématique mais facile à gérer), le bellâtre l’écoute en buvant Caroline des yeux. Il ne boit pas qu’elle d’ailleurs et pousse même la courtoisie jusqu’à bouger son cul pour aller leur chercher une seconde bouteille de vin. Enfin, se réjouit Caro, enfin des gens qui boivent !!! Depuis son arrivée, Caro s’imagine qu’elle détonne, à s’envoyer son p’tit ballon de vin grec au repas de midi et sa demi bouteille de Chianti le soir. La promiscuité des veufs et des veuves, sans doute, qu’on lui impose à chaque repas, histoire de boucler sa table de six. Chaque soir, il fallait qu’elle séduise, un homme de préférence, pour qu’on lui débouchonne l’engin... Non que son serveur préféré, Métro, toujours souriant, lui refusait le service, mais un coup sur deux le pôvre oubliait. Or les tire-bouchon grecs sont de ceux qui vous arrachent les couilles et Caro tient plus que tout à ses couilles.
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MessageSujet: Le calvaire de l'Assomption (suite)   Mer 1 Aoû - 12:44

Les nouveaux amis se séparent, appelés à s’asseoir autour de la piscine pour le Super Spectacle du séjour. Ils sont priés d’amener leurs chaises. Caro lâche le trio car Marie vient de se pisser dessus. Par bonheur, le supplice devrait tirer à sa fin, puisque la mère de Sabine, la seule à réagir sur 700 Gentils Membres, se propose de rapporter de sa virée touristique du lendemain, le paquet cadeau inestimable. Caro l’embrasserait bien : cette brave femme lui sauve la vie. Ne sait comment la remercier. Elle peste en revanche sur le village et sur son chef, le cul de sa fille est couvert de boutons.
C’est donc dans cet état d’esprit vengeur que Caro s’installe, la Marie sur ses genoux, Simon à droite et puis nulle part, Mathieu à gauche, une bouteille d’eau au pied de leurs chaises. Se sont trouvé trois places de justesse, devant le petit bassin, alors que l’essentiel du spectacle va se dérouler dans le grand. N’avait qu’à pas venir avec ses gosses...
Tandis que Simon roulait des biscotos devant sa loute (Zoé joue sa coquette, revient puis repart, le mène par le bout du nez), Mathieu remontait dans sa chambre regrouper ses dix tickets de tombola. Il s’était même changé, surexcité, avait revêtu son attirail de scène, un tee-shirt déchiré qui affichait le slogan «Ah que coucou !» et un jean’ ultra large porté bas sur les hanches.

On est tous assis, attentifs, un p’tit vent frais commence à faire regretter le nombril à l’air. Bon Dieu qu’attendent-ils ? Maman sait qu’elle ne dispose que d’une heure, avant le prochain pipi de sa Marie-Cha. Il fallait s’habiller de blanc, mais de grandes auréoles jaunâtres font maintenant tâche sur son jupon brodé. Bon Dieu qu’attendent-ils, pour envoyer la tombola, démarrer le spectacle, ouvrir le night ???

Pas de tombola ce soir et Caro souffre le martyre : son fils chéri retient ses larmes. Dé-Dé, micro en main, annonce d’emblée la suite, un «fantastique» opéra-rock librement inspiré du «Radeau de la méduse» :
«Veuillez-nous excuser pour ce retard... Nous sommes des amateurs et le décor était difficile à monter... Mais vous n’allez pas attendre davantage. Notre équipe de GO se tient fin prête derrière le rideau patati... J’ajoute patata que pour des raisons de sécurité, cette année, il n’y aura pas de numéro avec le feu (Caro n’est plus à cette déception près) et patati et patata...»
Mathieu profite de la logorrhée pour s’approcher de Totoche : «La tombola des jeux café, c’est quand alors ?»
—Vire-toi de là petit, tu gênes....
Mathieu insiste auprès de JR, le Chef des sports, qui arpente les berges en plastique :
— Quand est-ce qu’on tire la tombola des jeux cafés ?
— Pas ce soir en tous les cas... C’est tout sauf le moment... Reste pas là, tu gênes...
Il revient, à chaque fois plus minable, se consoler sur maman, et maman frise la crise de nerf. Elle grelotte à présent, sous les larmes et la pisse qui refroidissent. Marie réclame à boire mais leur bouteille de flotte s’est volatilisée. Devant eux, les vieux ringards du spectacle GM s’insurgent :
— Silence, derrière !!! s’égosillent-ils avant même les trois coups.
Caro regrette de n’avoir pas prévu de mitraillette dans ses bagages.
La coupe est plus que pleine, à croire qu’ils sont venus ici pour un bref aperçu de l’enfer, celui qui les recevra quand ils seront tous morts. Jamais, jamais non jamais plus.... Ils sont à mi-séjour, ne partiront plus, maintenant qu’ils ont payé (Caro est fière mais pas très riche), ne remettront plus les pieds au Club. En revanche, elle n’a pas dit son dernier mot. Ah ah comme ils vont voir, ces fins péteux de Tiarcos, comme ils vont voir de quel bois se chauffe sa redoutable smala....
Caro lance ses sbires, munis de leurs pistolets à eau, avec l’ordre de «kicker» sur tout ce qui bouge. Facile, Mathieu et Simon en crèvent d’envie, depuis qu’elle a offert le matériel. Y’en a des courts, y’en a des longs, certains balancent la sauce au-delà de dix mètres, d’autres plus précis font mal mais se rechargent après chaque tir. Un max de stratégie s’impose puisqu’il faut viser sans se faire gauler. Mais ses gamins sont fins, petits et souples et Caro retrouve le sourire. Une première fois, c’est toute la pyramide qui s’écroule, sous les huées de la foule. Mathieu s’est farci de bon coeur Gilou, juché sur un radeau au centre de la piscine et le dos courbé sous une ribambelle de GO. Il revient au bercail, recharge discrètement son «kick» puis repart. Attaque le Totoche qui flotte difficilement sur un rondin, son sombrero rempli de fruits. Le barman ne tarde pas à se vautrer et les bananes (si rares pourtant à table), les pêches, les mangues et les kiwis (exceptionnels) s’éparpillent dans l’eau bleu avant de sombrer comme de vulgaires étrons. Les spectateurs éclatent de rire tandis que Dé-Dé se gratte les cheveux. Ils avaient répété pourtant... JR se montre moins facile à abattre. Malgré sa lourde cape et ses multiples armes au flanc, Simon doit s’y reprendre à quatre fois pour le déstabiliser. Caro se tient les côtes : y plongera, y plongera-t-y pas ? Le suspense est torride et les GM retiennent leur souffle. Vu de la berge, JR juché sur une planche à voile semble atteint de la danse de Saint-guy. Lâche le wishbone pour se frotter l’oeil, le rattrape de justesse, secoue ses cheveux comme si une mouche tsé-tsé le piquait, puis se frotte de nouveau l’oeil, puis de nouveau la mouche le pique.... il s’agite, il s’agite et la planche tangue dangereusement. JR finit par s’emmêler l’épée dans le costume de Batman et Vlan, bonjour la baille, au moment même où les roulements de tambour, enregistrés d’avance, lancent le grand final !
Caro applaudit à tout rompre, pas peu fière de ses fils. La foule des spectateurs se lève d’un seul et même mouvement :«Bravo les clowns, bravo !!!!» Dé-dé se pince, ils avaient répété pourtant...
Un petit coup discret sur les papy muzo de devant, et le tour était joué. Restait plus qu’à le fêter au night. Ce soir du 16 août, grande première, Caro conviait ses trois lardons. La petite aussi méritait de se dépenser au son des décibels. Et de pisser sur la piste, tant qu’elle y était, des fois que y’aurait un blaireau pour glisser et se fracturer le tibia...
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MessageSujet: La Tombola   Sam 4 Aoû - 17:12





Caroline ne profite pas longtemps de son seul plaisir quotidien —après les crasy signs. Son fils aîné n’a pas réalisé son voeu le plus cher qu’un couple de faux Parisiens, issu de la banlieue Nord, leur coupe l’herbe sous les pieds.
Dès le mardi de sa seconde semaine, Caro se retrouve coincée entre Colette et Marcus, lesquels, sans crier gare, ont jeté leur dévolu sur elle (et sur l’équipe entière des PSG). Vieille routarde du Club Med, Colette s’est vite approprié le stylo, la feuille et la capitainerie, l’attention de Tristan et l’ensemble des tickets de la table.
Marcus s’offusque de la fumée de ses clops, c’est pourquoi Caro ne se sent plus chez elle, à planquer son cendard et à se priver, un comble, tandis que ses méninges ont besoin de carburant. Ils sont certes sympathiques, très volubiles et gais, mais limite supportables. Si Marcus ne voit pas d’inconvénient à caser la p’tite sur ses genoux, histoire de caresser en douce sa peau de bébé, s’il offre des sucettes et joue la Barbichette (tapette incluse), Colette en revanche tire l’essentiel de son temps libre (entre deux réponses) à humilier les grands et leur mère au passage :
—Dis donc, ton fils vient de me roter à la figure.. Et tu dis qu’il est bien élevé ???
— Attends, il a dix ans et tu lui parles : soit il tourne la tête et t’ignore, soit il laisse échapper son rot de satisfaction.... Il sort de table je te rappelle, mais c’est vrai que les tiens ont passé cet âge-là. Tu ne te souviens plus...
Et vlan ! Faut la rhabiller la Coco !... L’épreuve devenue systématique décuple l’effort à fournir. Caro répond aux questions de Tristan avec d’autant plus d’enthousiasme qu’il se rapproche à chaque fois de leur groupe, qu’il leur tend le micro, à elle ou à ses fils, qu’il encourage la discussion et que son sourire s’élargit à mesure. Elle se subit les commentaires en parallèle : «Pourquoi sont pas au mini-Club tes deux aînés ?... Va jouer ailleurs, tu vois pas que ta mère réfléchit ?... Ils sont gentils mais collants tes gamins...»
Les pôvres !... Ils n’arrêtent pas d’entendre qu’ils sont de trop, partout où passe leur mère, et leur mère en a marre de défendre leur cause. C’est quoi ce Club ringard ? Refusés au night, acceptés de justesse au café, Caro s’énerve à l’intérieur. Les jeunes mecs à la bite impérieuse ne peuvent pas la draguer la nuit ? Parce qu’il suffit d’un brin de musique et de désinvolture pour que maman s’oublie ? Les vieux couples lui ouvrent grand leurs bras à condition de n’y bercer qu’elle, elle et sa petite à la rigueur. Le reste, les grands, veulent pas savoir... Sont couchés à cette heure, ou sous les ordres de GO engagés pour, les kids, les simpsons, les juniors, les ados... les propositions ne manquent pas entre six et dix-sept ans.
Ben oui, maman le sait, et c’est en connaisance de cause qu’elle a payé le plein tarif pour ses aînés. Mais s’ils préfèrent sa compagnie, ses engueulades à celles d’autrui, ses horaires farfelus à ceux plus fliqués du business, libre à eux, non mais de quoi me mêle-je ?
La Coco rêve. Caroline ne va pas chambouler sept ans de connivence pour répondre aux désiderata de la mama commise d’office. Comme s’il suffisait d’être grosse, fausse blonde et sûre de soi, comme s’il suffisait d’en imposer...
A la cinquième reflexion ce mardi-là, Caro allait quitter la scène, mais les PSG l’emportaient. Sa petite puait la merde, et le caca suintait doucement de son maillot. Caro a tenu jusqu’au final, les cuisses de plus en plus collantes, puis s’est vite éclipsée, suivie de Mathieu et de Simon catastrophés, sous les compliments amusés de Tristan : «Plus que dix mètres et la mer est à vous...»
— Elle a la diarrhée ta puce ou je me trompe ? s’inquiète la mama sitôt Caro revenue
— J’attends des couches pour cet après-midi, le village en manque
— Comment se fait-il qu’elle ne soit pas encore propre ? Tu m’as dit qu’elle avait trois ans
— Trois ans le 26 octobre.
— Et alors, devrait être propre...

Le pire restait peut-être à venir mais Caro ne s’en souciait guère. Savait seulement qu’elle avait posé le doigt dans l’engrenage débile, en permettant à ces deux impolis de s’introduire dans ses vacances. Elle allait se les coltiner jusqu’à la fin, maintenant, puisqu’ils repartaient le même dimanche qu’elle. Mais Caro comptait à rebours, et plus rien de grave ne pouvait l’atteindre, excepté l’accident idiot : l’aîné noyé, le moyen étouffé dans le sable, la petite violée sur la plage... Plus rien ne pouvait ébranler ses convictions : ce séjour était à finir, vivement le retour, point barre.
Caro comptait à rebours : plus que douze jours. Même Tristan, le seul qui méritait le détour, paraissait bien en dessous de ce qu’elle attendait d’un homme, de ce qu’elle attendait de l’amour. S’il lui plaisait terrible et multipliait les marques de sympathie, Caro ne sentait pas le bonhomme.
L’attitude de Tristan n’éveillait pas la franche camaraderie. Pourtant, depuis qu’elle le croisait souvent au night (une vue de son esprit ?), elle constatait qu’il s’asseyait volontiers parmi les GM (le seul GO à le faire), mais toujours à une table d’ados et jamais à la sienne. Il venait parfois la rejoindre sur la piste (n’avait-il pas complimenté la veille le sens du rythme de ses fils ?) mais sans l’inviter à danser, malgré le nombre exagéré de slows que Ludo leur imposait. Caro prenait son temps, trop inquiète d’effaroucher ce garçon qui, sous ses grands airs de vrai professionnel, aurait presque pu être son fils. D’autant qu’elle comptait de nombreux amis parmi les ados et pouvait donc se joindre, sans se dévoiler, aux groupes qui hébergeaient Tristan. Plus que d’amis d’ailleurs, il s’agissait de fans qui ne se lassaient pas de la flatter :«C’est vrai, t’as 35 ans ?... Sans blague ??? Je t’en donnais 25... Au fait t’as pas une clop ?» «C’est dingue ce que tu danses bien, t’as pris des cours ?» «Ils ont de la chance, tes fils, d’avoir une maman aussi peps... Au fait t’as pas un ticket rouge ?» «Tu frises naturellement ? Comme tes cheveux sont beaux !» «Il te va superbien ton jean’. C’est toi qui l’a brodé ?... Au fait, tu veux pas m’apprendre à danser ?»...
Caro n’en revient pas : comme à Nabeul l’an passé, ses plus fervents admirateurs n’atteignent pas les 20 ans d’âge !
La semaine dernière, le night s’était éteint si vite qu’elle ne retrouvait plus ni son sac, ni ses ballerines. Les avait bougés de table en table et ne se souvenait plus de la dernière. Elle avait supplié le bar pour qu’ils rallument, se fichait de ses chaussures mais n’allait pas laisser sa carte Visa... En vain : les serveurs disparus, les quelques derniers danseurs sur le chemin du retour, Caroline tatonnait dans l’obscurité jusqu’à ce qu’une flamme inespérée s’allume. Celle du briquet de deux jeunes types qui l’appelèrent Madame : «Ne vous inquiétez pas, Madame, on va vous les retrouver». Et sans même lui taper quoi que ce soit, ni clop, ni ticket bar, ni rendez-vous galant, ils s’étaient lancés dans les recherches avec dévouement et simplicité.
Quelques jours plus tard, elle allait s’engueuler sérieux avec Ludo, qu’elle ne supportait plus, mais alors plus du tout, lorsqu’un autre petit jeune, à peine plus vieux que Mathieu l’avait calmée d’un coup : «Ne vous énervez pas Madame, vous êtes en vacances...»
— Mais tu as vu ce night ??? C’est de la folie un night aussi merdeux... J’y suis chaque soir, je suis venue pour ça, et plus moyen de s’amuser après minuit...
— Moi aussi, j’y suis chaque soir et permettez-moi de vous le dire, Madame : «Vous êtes belle à tomber et vous dansez comme une déesse.» Puis il s’était simplement volatilisé, le compliment purement gratuit n’attendait pas de réponse.
Tristan n’était plus assez jeune sans doute. A 24 ans, il se situait dans cette tranche d’âge inaccessible à Caroline (quoique Philippe et l’X, de la même génération, auraient bien remis le couvert, à en croire leurs yeux allumés chaque fois qu’ils tombaient sur elle). Non, Totoche n’avait pas menti, Tristan ne s’intéressait qu’aux jeunes filles, ne parlait qu’avec elles, ne dansait qu’avec elles. Et Caro, loin de s’offusquer du fait, profitait à l’inverse du romanesque de la situation : au moins celui-là lui tiendrait le séjour. Elle ne le croquerait pas d’un coup de dents, ne s’en lasserait pas, ne souffrirait pas de lui. Persuadée que malgré tout, Tristan en pinçait quelque part pour elle, Caro se le gardait pour la bonne bouche, des fois qu’il craquerait la veille de son départ.

Caro et sa smala s’installent sitôt sortis de table sur les gradins du grand amphithéâtre. C’est aujourd’hui qu’avant le spectacle va se jouer la bouteille d’Ouzo des jeux café de la veille. Mathieu dans son costume de scène compte et recompte ses tickets, Marie s’échappe par instant pour grimper puis descendre les six marches qui mènent au podium central, Simon, trois rangs plus loin, roucoule en compagnie de Zoé.
Pa pa pa pam, roulement de tambour. Ma parole quel suspense ! Chaque soir (enfin presque) la tombola convie, par l’intermédiaire de Dé-Dé, quelques bambins sur scène. Ils doivent piocher des chiffres dans un chapeau, puis les soumettre l’un après l’autre au Chef. Lorsque l’enfant dit «plus», Dé-Dé ajoute son chiffre, lorsque l’enfant dit «moins», Dé-Dé le soustrait. Les dix tickets de Mathieu s’échelonnent entre 5 et 108, avec deux vingtaines, une trentaine, une quarantaine, une cinquantaine, une soixantaine etc... Tristan aurait voulu le faire expres qu’il lui donnait le maximum de chances, puisqu’il suffit de se rapprocher le plus près possible du nombre calculé.
Ce soir, le 48 tombe et Mathieu possède le 49... Hourrah !!! Rouge comme un poivron mûr —l’émotion— il s’apprête à rejoindre le chef, lorsque Lucile, cette brave Lulu, le prend de court, son ticket 48 en main.
Panique !!! Mathieu cardiaque serait tombé raide mort sur la pierre grecque, mais bon, le rassure immédiatement sa mère, c’est not’ copine Lulu, souviens-toi de ce qu’elle m’a promis...
Une fois sur le podium, ses yeux pétillants à demi clos à cause de l’agressivité des spots, Lucile de sa belle voix grave précise :
— Je chante si vous voulez, mais y’a un p’tit garçon qui rêve de monter sur scène.
Mathieu, tremblant, arrive (il ne peut s’agir que de lui).
Le chef de village le reçoit doucereux, tel Jacques Martin dans l’«Ecole des fans» :
«C’est quoi ton nom mon p’tit bonhomme ?
— Mathieu
— Et t’as envie de chanter Mathieu ?
— Non de danser
— Bon, de danser... Sur quoi tu veux danser Mathieu ?
Caro n’insistera ni sur la démagogie du chef, ni sur les prouesses de son fils (BRAVO, BRAVO, BRAVO !!!). Mais l’épisode la comble. Ces ados s’avèrent formidables et puisqu’ils la réclament, pourquoi résister davantage. A cause de la différence d’âge ? Autant d’années séparent la Lucile de la Caroline que la Caroline de la Colette. Et à choisir....
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MessageSujet: Caro en vacances 9 : REVIVRE   Sam 4 Aoû - 17:16




C’est au milieu de sa seconde semaine que Caroline se sent enfin «Re-vivre».
L’attitude de Tristan joue pour beaucoup dans ce radical changement d’humeur puisqu’il se laisse doucement apprivoiser. Caro constate surprise qu’elle n’est pas si blasée que ça, au fond, et qu’un homme un seul peut suffir à lui rendre le sourire. C’est pour lui qu’elle s’apprête à présent (maillots sexy le matin, mini-shorts à midi, robe de star et paillettes le soir), qu’elle s’efforce de ne pas trop crier sur ses gosses (au cas où il serait derrière), qu’elle se bronze topless au soleil de son paradis, qu’elle multiplie les figures de style au night. Elle l’y rencontre chaque nuit, maintenant, et il n’est pas rare qu’il y tienne jusqu’à la fermeture. Outre les attentions charmantes dont il fait preuve à son égard tout au long de la journée, Tristan commence à se livrer. C’est ainsi qu’elle sait de sa bouche qu’il a été élevé à Cannes par une maman célibataire —mais chaleureuse et gaie— pour laquelle il ressent une vive admiration ; qu’il effectue depuis mai sa quatrième saison au Club et qu’après trois expériences auprès des ados, il s’occupe pour la première fois de l’animation. Son objectif étant d’escalader le plus rapidement possible les échelons de la hiérarchie afin de s’installer un jour dans l’un des bureaux parisiens de la direction. Son travail est tout ce qui compte parce qu’il a une revanche à prendre (sa mère à venger ???). Et il n’a pas de copine parce qu’aucune ne veut comprendre l’importance du challenge : «Je bosse comme un damné et ne dispose que de mes soirées. La plupart des femmes attendent davantage».
Toutes ces informations, Caro les recueille au goutte-à-goutte. Tristan parle de lui à toute allure, sans, curieusement, soutenir le regard de son interlocuteur. On dirait qu’il a hâte de passer à autre chose, sans passer finalement à rien : ce type n’a pas la moindre curiosité d’autrui. Qu’importe ! C’est un ambitieux de la pire espèce mais Caroline ne peut lui en vouloir. D’une part, il ne lui laisse pas le choix, de l’autre, sa détermination force l’admiration. Qu’importe leur différence d’âge, les précautions qu’il prend pour ne pas l’allumer, et ce truc qui lui dit qu’elle ne l’aura jamais. Caro ne tient pas à l’avoir. Une nuit, une baise, quel intérêt ?... Elle à Paris, lui embarqué dans de nouvelles aventures, ils n’ont aucune chance de se revoir, sitôt le séjour fini. Caro s’étonne, ne se savait pas si romantique : leur amour restera platonique et l’idée ne lui déplaît pas.
Du moment que Tristan continue son job. A peine la voit-il le matin, devant le panier de croissants, qu’il ne peut s’empêcher de lui voler un smack. C’est son boulot. Déguisé en docteur, il arpente le plastique qui entoure la piscine, la surprend se badigeonner, l’inonde de son pistolet d’encre rouge. C’est son boulot. Les mains couvertes de suie, il vient la peloter avant le repas de midi, c’est son boulot. Aux jeux café de 14 heures, il lui fourgue des points que son équipe ne mérite pas, c’est du favoritisme. Mais les PSG n’y trouvent rien à redire.
Comme par magie, les PSG cette semaine-là gagnent trois fois de suite. Pour la petite histoire, Colette s’empoche illico la mise, se produit dans le grand amphithéâtre, s’envoie l’Ouzo à l’apéro du lendemain, sans même prévenir Caro. Caro se rate régulièrement le meilleur, contrainte de quitter le jeu à l’annoncée des scores. Un coup sa Marie-Cha avale sa sucette de travers, un autre Mathieu vient la prévenir des dernières facéties —dangereuses— de sa soeur («Maman, maman, elle joue avec un fil branché par terre, elle est mouillée et j’ai peur qu’elle s’électrocute...»), un autre, sa couche grecque fuit (cf l’épisode du caca collant)... Tristan, qui s’est très vite habitué au manège, s’amuse à illustrer d’une phrase assassine chacun de ses départs précipités :
«Mais laissez-là mourir, Madame, qu’on en finisse !» «Dommage, nous allions justement distribuer fouet et menottes...», «L’abus de sucette est nocif, d’ailleurs le gouvernement grec prévoit d’en interdire la vente», «Les passagers du vol 717 sont priés de regagner immédiatement leur place et de boucler leur ceinture de sécurité... Il n’y aura pas de rince-doigt pour tout le monde...»
— Comment ??? t’étais pas là ??? s’inquiète à retardement la mama... On a gagné et notre numéro est tombé. Si, si, et je suis même allée chanter... Et tu as raté ça ???
— Pourquoi t’étais pas là à l’apéro ? On a fêté notre victoire avec Tristan. Il a fait patienter, il t’attendait, ça paraît clair. Ce type en pince pour toi, si tu veux mon avis.
Non, non, Tristan fait son boulot et Caroline profite.
Caro est amoureuse et comme la vie, même à Tiarcos, devient plus belle soudain.

D’autant que depuis quelques jours (à moins que Caro ne s’abuse), le village change de figure. Dès l’ouverture du restaurant et jusqu’à 10 heures 30 passées, les mets les plus appétissants s’offrent aussi aux retardataires. Aux traditionnels croissants s’ajoutent maintenant des pains au chocolat et aux raisins, la brioche n’est plus rassie, les fruits de toute sorte abondent, et le décorateur, probablement malade la semaine précédente, se fend régulièrement le fion pour présenter l’ensemble de façon originale et gaie. Idem au repas de midi : le second service devient aussi soigné que le premier —Caro ne se sent plus obligée de se priver de l’apéro— les
six salades façon cantine qu’elle ne pouvait plus voir (betteraves, oeufs durs, carottes rapées, céleri au jambon, pommes de terre à l’huile, tomates) ont été remplacées par des mélanges juteux de mozarelle, féta, olives noires, pointes d’asperges, anchois, saumon en carpaccio etc... Les grillades ne se résument plus à de vulgaires steacks hachés décongelés mais rivalisent au contraire d’intérêt : côtelettes d’agneau, filet de boeuf, méchoui, sole délicieuse, langouste et langoustine... De grands menus en lettres d’or s’affichent maintenant à l’entrée du resto, et rien que de les lire, Caro salive. Quelle différence soudain !!! Caro cherche des yeux Sieur David Copperfield. D’autres panneaux l’interpellent également : l’interdiction de fumer dans la partie couverte, le règlement intérieur, qui énumère quelques principes de prudence élémentaire : «Pour éviter les problèmes digestifs, consommez les fruits et légumes après les avoir passés à l’eau claire, et surtout n’en n’abusez pas !...» Caro jurerait qu’ils viennent d’être épinglés. Pourquoi tant d’attentions, alors que le GM de base commence à s’habituer à la médiocrité ??? Condamnés à se farcir des glaces du lundi au dimanche (et encore, s’il en reste, après dix minutes de queue) les enfants s’extasient devant la montagne de chantilly qui recouvre à présent leurs desserts, chaque jour plus alléchants. Caro cherche des yeux Sieur David Copperfield. Tu parles d’un scoop, s’il est venu s’exercer à Tiarcos, avec sa blonde de top (quoique selon le dernier Voici, elle l’ait lâché pour un play-boy identiquement friqué.)
Non, non, l’explication ne tarde pas à venir : Caro comptait sur le magicien mais c’est au PDG qu’elle doit l’amélioration quasi surréaliste de son ordinaire. Bourguignon (elle ne connaissait pas son nom), Président Directeur Général du Club Med, est attendu incessamment. Il hésite à renouveler le bail du village—lequel tire à sa fin— et se bouge en personne afin de juger sur place. Dé-Dé nage dans ses p’tits souliers.
Comme du professionnalisme de Tristan, Caro qui n’a plus la moindre illusion, profite de l’aubaine. S’empiffre et empiffre sa progéniture dans l’idée qu’une fois Dieu parti, tout redeviendra sombre et moche. Caro est une jouisseuse opportuniste, qui râle quand elle n’est pas contente, mais sait savourer les meilleurs moments. N’allait pas se priver, que diantre, maintenant qu’ils devenaient tous si sympathiques.
Parce que si l’habit ne fait pas le moine, l’hirondelle le printemps, Paco Rabanne la fin du monde et Gillot-Pétré les averses, Bourguignon calme les aigreurs, rappelle à l’ordre les agressifs, terrorise les glandeurs, et transforme une merde de village en véritable Eden.
Caro s’éclate enfin et c’est pas peu de le dire. Même le night et Ludo ne tirent plus la même tronche. Comme si le DJ sortait soudain du double fond de son chapeau les tubes qui y marinaient en silence. Deux nuits maintenant qu’elle peut danser jusqu’à plus soif, Caro se pince. L’ambiance est si joyeuse qu’elle convie ses aînés ensemble, à condition bien entendu que Marie, la fesse propre, s’endorme profondément sous les Alléluias du choisi pour.

Quand ce con de tennisman, l’X pour ne pas le nommer, l’alpague sur le trajet du retour (les enfants, ce jeudi-là, rentrés de leur plein gré), maman fin saoule ne discute pas outre mesure. A-t-elle le choix puisqu’elle tient difficilement debout, qu’elle se dirige au radar sur la route goudronnée qui, en principe, mène à l’hôtel (mais Caro depuis Bourguignon ne reconnaît plus rien). Le sportif, sans autre manière, la hisse sur son épaule pour l’entraîner ailleurs, dévier sa trajectoire en vue d’une parenthèse probablement libidineuse.
Caro ne s’offusque pas. Se retrouve vite cul nu, jupe retroussée dans les broussailles. Elle n’a pas de capotes et lui non plus. Ils ne concluront pas mais sa chatte désireuse miaule à en réveiller le village. La cantonnade ne dort pas, à en croire certains bruits qui parviennent assourdis. La troupe des ados se dirige vers la case de voile, tandis que l’X lèche doucement, profondément, ce que Caro a de plus cher (après ses enfants, doit-elle le répéter).
Il s’y prend bien le pro, mieux encore que la première fois. Caro s’épate de sa dextérité, jusqu’à se retrouver les jambes en l’air, la gorge pleine d’une bite amère qui bientôt lui coupe l’atmosphère. S’il continue ses jeux de bassin elle va gerber. C’est ça qu’il souhaite ? Qu’elle rende sur son nombril musclé le saumon fumé, la sole, les légumes printaniers, arrosés de multiples verres de vin, de whisky-coca et de la spécialité de l’endroit, le «shooter» ? Une liqueur de café à boire flambée cul sec, et à laquelle Charly, le jeune GO des grillades, vient de l’initier. Elle pense à lui dans son malheur. Lui qui la couve depuis le début, l’invite aux slows et aux jeux débilos du night.

Par bonheur, l’X s’arrête en plein v(i)ol. L’a trop bu pour éjaculer. Remballe sa marchandise en s’excusant puis disparaît d’un coup de baguette. Ted sort alors de derrière les buissons, Caro s’endort à même le sable, trop contente d’avoir échappé au pire. Ted la prend par l’épaule et la reconduit jusqu’à l’hôtel.

Silence, on n’entend plus que les lancinants tubes grecs au loin. Ted ne fait aucun commentaire et n’essaie pas de monter.
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MessageSujet: Caro 10 : A Mort le DJ !   Lun 6 Aoû - 16:47




A partir de ce jour, Ted devient l’un des plus sûrs alliés de Caroline. Chaque matin lorsqu’ils se croisent, ils échangent une bise et après chaque repas de midi, elle lui offre un café. Officiellement, il s’agit d’une tactique pour «acheter son silence», même si Caro souhaite au contraire qu’il parle, raconte l’anecdote, ne serait-ce qu’à son meilleur ami (qui lui-même la répètera, sous le seau du secret bien entendu, à son meilleur ami etc...) Elle tient à ce que le village sache qu’elle baise, à l’occasion et malgré ses trois chiares. D’une part pour contredire Gilou et ses prédictions d’oiseau de malheur, de l’autre afin d’encourager Tristan, des fois qu’il craindrait que son statut de mère ne l’empêche de consommer. Tristan s’avère en effet bien élevé, beaucoup trop bien élevé pour elle : il ne fume pas, ne boit pas une goutte d’alcool (une performance pour un GO) et cette distance respectueuse qu’il s’acharne à maintenir entre eux commence à lui peser sérieux. Caro redoute en outre de passer pour une allumeuse, titre que certains seraient trop contents de lui décerner vu sa conduite au night. Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’elle s’est farci, à deux reprises, le GO du tennis. Le pôvre n’a fait que lui rappeler son manque cruel de libido. En revanche, grâce à lui, Caro peut maintenant se vanter d’avoir obtenu un beau mec, musclé, bronzé, maqué et jeune, et GO de surcroît.

Caro estimait Ted avant même de le connaître. Calme et poli, toujours souriant, il restait en retrait malgré la qualité de ses chorégraphies et la perfection de son corps d’athlète. Ted (de l’animation) est le seul noir de l’équipe, avec Babou, cuistot en chef qui, après quelques jours d’absence, a rejoint l’équipe mardi. Et ces deux-là détonnent, si humbles que Caroline s’épate. C’est depuis le retour de Babou que les salades sophistiquées se multiplient, que les desserts ressemblent enfin à quelque chose. C’est grâce à Ted que les spectacles du soir, depuis le début, enchantent la mère et subjugent ses enfants.
Mais loin de rouler leurs superbes mécaniques, ces deux-là se fondent, presqu’incongrus, dans la masse des quidams.
Sitôt qu’il tient le micro en main, Dé-Dé, le chef de village, revendique ses origines. Et la Bretagne par çi et la Bretagne par là. Le numéro 27 est tiré à la tombola ? manque plus que deux points pour tomber dans le Finistère, plus belle contrée du monde et bla bla bla. Le numéro 30 l’emporte ? Dé-Dé ressort son couplet, en soustrayant cette fois. Du moment que laïus se fasse sur ce splendide pays qu’est le Finistère.
Caro souhaiterait qu’il finisse par se taire. Non mais sans blague !!! On est pas tous Bretons dans ce Club !!!
Gilou dans le même mouvement (au cabaret, aux sketchs, en plein spectacle) répète à qui peut encore en douter que la Bretagne, berceau de l’Univers, est la seule région de France digne d’intérêt.
A Nabeul, Caro s’était entourée de juifs tunisiens. Cette fois-ci, le Breton l’emporte et faut faire avec le menu, même s’il est indigeste et que les autres, une belle racaille, sont priés de se tenir tranquilles.

Si Caro n’irait pas jusqu’à s’allonger sous ses muscles, elle est contente que Ted l’apprécie. Il ne propose rien de sexuel (ni même de sensuel), juste son amitié, mais Caroline a besoin de soutien. Elle pressent le pire depuis la visite de Bourguignon. Elle se connaît : ne laissera pas le village retomber dans la médiocrité sans réagir. Et quand Caro s’énerve, s’énerve pour de bon, les temples grecs s’affaissent, les oiseaux migrent vers de lointaines contrées, l’eau potable se charge de boue et les enfants crèvent à la pelle, victimes d’accidents incompréhensibles... Caro prépare ses armes, sans trop savoir encore ce qui l’attend, mais persuadée cependant que le conflit sera mémorable.
Elle sait maintenant qu’elle peut compter sur les ados, sur Ted, ainsi que sur certains autres GO. Charly bien sûr, toujours prévenant, fou amoureux, qui sort régulièrement de sa guitoune pour lui apporter en personne, vêtu de son tablier blanc, la sole que son fils a commandé, préparée sans arêtes et présentée «à la façon du chef». Martial aussi peut-être, GO du mini club qu’elle croise tous les matins sur le trajet de son paradis. A peine regroupe-t-il ses «Simpsons» que Caro colonise l’espace (son paradis est en réalité la plage privée du mini-club), et lui, le seul à pouvoir matter, n’ose pas même la regarder, trop jeune, intimidé, quand elle retire tee-shirt et short afin de s’exposer, quasi nue, sous les chauds rayons de son soleil perso. Martial est blond, ses cheveux coincés dans une couette. Caro adore les mecs à couette. En plus celui-ci est craquant, timide des yeux mais pas de la bouche, puisqu’il leur lance, quand ils s’installent, des petites phrases rigolotes :
— Salut, la dancing family !
— Bien dormi les fêtards ?
— Attention, la mer mange ceux qui n’ont pas mangé !
— Attention, un poulpe sanguinaire se cache dans les rochers...

Après deux nuits splendides (la musique à plein tube jusqu’à l’heure légale dépassée), Caro se voit contrainte de rentrer frustrée du night. Ludo remis de son mauvais rhume vient d’en reprendre la direction. Dommage : Stevens, le GO responsable de l’éclairage, plus mince, plus sexy et plus motivé, sommé au pied levé d’assurer l’intérim, doit maintenant retourner à ses spots.
Le long de deux magnifiques nuits, Stevens a métamorphosé le night. Les tubes attendus s’enchaînaient, mélange astucieux de disco, de rap, de hip, de hop, de salsa et de rocks, jusqu’à la rave finale qui déclenche la transe. Loin de lui l’idée ou l’habitude d’interrompre le délire des amateurs en piste. Le cercle se remplissait chaque nuit davantage. La loi grecque ne comptait plus, pour preuve l’anniversaire d’Anna et de Pierrot, dignement fêté jusqu’à pas d’heure.
Caro en avait profité jusqu’à s’en péter les jointures. Le night était étudié pour : des baffles puissantes, des consoles impeccables, double platines électroniques, il suffisait d’un geste pour envoyer le flon-flon. Pourquoi ce niais de Ludo n’exploitait pas son matériel ?

Sitôt Ludo revenu, la discothèque de Tiarcos sombre de nouveau dans le caca foireux. De nouveau les raps s’accumulent : et d’un, et de deux puis trois et quatre et cinq et six (tiens il propose Shadé, un groove si lent qu’on s’endormirait debout) et de sept et de huit... Le lecteur s’impatiente, mais pas autant que Caro qui se les subit tous. La piste, avant même le douzième coup de minuit, est maintenant lisse et vide comme une patinoire l’été, plus un danseur n’ose s’y risquer. Les deux barman rincent leurs derniers verres. Donc Caroline s’incruste, accompagnée de ses deux fils (manquerait plus qu’ils ratent le sommet : le night vide, un DJ dont le nez coule, et un programme original : les mouvements de base de la Compagnie Bleue). Ils se jettent tous trois dans la répétition de leur spectacle imaginaire. La piste s’offre aux pires turpitudes, profitons-en. Maman, telle Davina, entreprend une série d’abdominos, Simon joue Véronique, s’envole dans ses roulades, Mathieu se greffe au duo, avec une prestation très personnelle qui consiste à prendre l’appui sur l’un pour mieux rebondir sur l’autre. Ils s’amusent et sans faire d’histoire jusqu’à ce que la musique s’éteigne.
Dé-Dé dans l’ombre veille au grain tandis que Caro s’exaspère.
Sa politique encourage le racisme. Le racisme à tous les étages : les GO contre les GM, les blacks contre les blancs, les fétards contre les placides, les sportifs du night contre ceux de la mer ionienne, les familles sans enfant contre celles qui en sont pourvues, la Bretagne contre les non bretons, les mères célibataires contre la majorité... A l’heure qu’il est, pieds nus, ses ballerines à la main, Caroline rentre chez elle, pleine d’une rancoeur qui l’étouffe.
Devant Ludo, avant de partir, elle ne mâche pas ses mots :
— Comment, tu n’es pas mort ?
— J’étais malade seulement
— Ben te soignes pas, et que la maladie t’emporte... Tu nous a prévu quoi demain ? Du Mozart, du Betov ou du Brahms ? Une petite musique de chambre sans doute...
Caro se connaît. Le fil se sa patience est maintenant tendu à en claquer.
Aztec, l’Arabe, a refusé son fils au sein des ados, tandis qu’Ikos, le Grec, lui en ouvrait tout grand les portes. Mathieu n’avait pas l’âge «requis». Ikos a pris les risques qu’il pensait pouvoir prendre. N’en parlons plus. Ne parlons plus de rien maintenant.
L’X surprend Caro dans l’unique buanderie du village, tandis qu’elle sort son linge mouillé de la machine, même pas lavé —tout est à recommencer. L’X tente de la coincer, sa raquette de tennis en main. Caro l’envoie bouler, ce petit jeu, selon elle, ayant assez duré. N’allait pas se prostituer outre-mesure alors qu’enfin se profilait, dans moins de huit jours, la sortie du tunnel.
Attends, attends, huit jours c’est long.
Caroline va craquer avant.
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MessageSujet: Caro 11 : Caro passe à l'action   Lun 6 Aoû - 16:52



A l’occasion des jeux café, Caroline fait la connaissance d’une fille super canon. Curieux, elle ne l’a encore jamais remarquée alors qu’Agnès (c’est son prénom) y participe quotidiennement depuis une semaine, et à sa table de surcroît. Faut dire qu’entre les allées et venues de l’animateur, les bêtises de ses trois gamins et l’extrême prépondérance de Colette, Caro s’intéresse peu aux figurants du jeu. D’autant qu’Agnès est plutôt du style effacé. Agée de 18 ans, elle en fait à peine quinze. Très blonde, très fine, Agnès ressemble à Ophélie Winter en mieux. Dommage, venue de Lyon pour une semaine, elle repart le lendemain et Caro s’en désole. Comme s’il ne lui suffisait pas d’être belle de partout, magnifiquement bronzée dans son mini deux pièces, Agnès est douce, intelligente et pas jalouse.
Depuis quelques jours, la Marie-Cha n’impose plus à sa mère de retour sur les chapeaux de roues. Elle est bien plus facile maintenant qu’elle se plonge dans l’eau, grâce à Mathieu (il faut lui rendre cet hommage) qui l’y a «doucement» accoutumée. Tandis que Caro se refusait à brusquer sa fifille, lui ne s’est pas gêné, a attrapé sa soeur pour lui faire parcourir de force sa première largeur, à l’abri de ses bras. Marie hurlait, hurlait à s’en déchirer les entrailles mais pour s’empresser d’en redemander sitôt revenue à quai.
Depuis, elle rechigne devant la sieste, lui préférant de loin la compagnie de ses copines de bain. En outre, maman qui avait prévu le coup, dispose de deux maillots avec bouées intégrées, un rouge à assortir aux méduses rouges, un rose à assortir aux méduses roses. Cette idiote de Maria (GO du mini club, chargée à l’occasion de surveiller la piscine —uniquement quand sa bande de Juniors s’y trempe) s’est très vite offusquée : «Faut pas se baigner avec ses pompes !» Maman lui a gentiment rappelé qu’une jeune fille se trimballait avec un plâtre immense depuis qu’elle s’était flingué la plante des pieds, en plein cours de sirtaki, sur un clou mal planté subrepticement sorti de la mousse anti-dérapante. Maria n’avait pas discuté. Les accidentés ne manquaient pas, depuis que Caro fréquentait cette piscine pourrie. Deux traumatismes craniens, un bras et une jambe fracturés, un pied foutu : on croisait des p’tits gosses la tête enrubannée et Caro priait pour les siens. Veillait sur eux surtout.
Elle profite cependant de cette aparté magique que ses vacances lui offre enfin. Cette complicité entre copines qui lui manque trop depuis qu’elle a déballé ses affaires. Agnès, géniale de modestie, reste à parler, à demi mouillée dans le petit bain, avec Caro qui surveille d’un oeil sa fifille. Ne tarde pas à présenter sa mère et Caroline se prend la claque : La-dite mère est vieille, blonde aussi mais vachement ridée, toute sèche et raccornie. Il n’y a pas de honte à vieillir mais le malaise vient d’ailleurs. La mère s’exprime avec emphase, ponctue la moindre de ses phrases d’un sourire enjoleur qui
dévoile ses fausses dents en or. Elle se dandine tout en parlant, joue de sa fesse flasque, multiplie des envolées de bras qui se voudraient gracieuses.
Caro s’imagine dans quinze ans, quand sa Marie, splendide, aura atteint le même âge qu’Agnès. Elle accusera ses cinquante ans. Sera-t-elle aussi ridicule que cette femme-là, probablement appétissante avant que le temps ne la massacre ? Se donnera-t-elle le droit d’aller au Club, de s’entourer de jeunes mecs, si beaux et suffisants qu’il faut pour les combattre, outre le courage, le fric et l’entregent, un minimum de séduction ?
Le temps presse, Caroline se sent acculée.
Agnès vient de lui raconter Tristan. Les GO sont bien sûr, rapidement tombés sur le tapis, et Caro a avoué à sa nouvelle copine qu’elle ne dirait pas non s’il disait oui. Trop drôle, Agnès y a goûté. Plus exactement, Agnès s’est retrouvée coincée dans son bungalow, après une invitation en bonne et due forme, qui n’avait à priori pas d’autre but que de la faire profiter des produits de marque Chanel que le bel animateur avait récemment reçus d’une GM reconnaissante.
Elle est bien jeune, pense la Caro. Agnès ne tient pas à tromper son chéri, qu’elle a laissé seul à Lyon cette semaine-là alors qu’ils se fréquentent depuis plus d’un an. Mais quelle femme résiste à l’appel du tigre ? Chanel est un passe-droit capable de réveiller la plus endormie des princesses. Agnès est tombée dans le panneau. S’est retrouvée assise sur le lit, tandis que Tristan tentait de dénouer la contracture des muscles de son cou (un torticoli chopé à la voile).
— J’ai bien compris, à ce moment-là, qu’il voulait coucher avec moi... Mais j’étais pas venue pour ça !
— Et alors, t’as fait quoi ?
— Faut m’excuser, il ressemble à mort à mon mec !
— Mais je t’excuse, évidemment... Alors, tu as fait quoi ?
— J’ai rassemblé les trucs que j’avais choisi : une poudre, deux rouges à lèvres, un mascara, une crème de jour, un soin traitant, et je me suis enfuie en courant.
— N’a pas essayé de te retenir ?
— Non, pas du tout. Quand il a vu que je tremblais —j’étais très mal à l’aise— quand il a vu que j’allais chialer, il m’a reconduite jusqu’à sa porte et pis ciao.
— C’est plutôt propre comme attitude
— Sauf que depuis, il ne me parle plus. Avant c’était sourire par çi, bisou par là, des tas de petites attentions charmantes. Et depuis cette histoire, il m’ignore totalement.

Tristan, comme tous les mecs, draguait, Caro venait d’en obtenir la preuve. Il n’était pas pédé, bonne nouvelle, mais choisissait le top du top. Cette fille était belle à ravir, la plus belle du village. Des cheveux blonds limite blanc, une innocence remarquable, un corps et ferme et lisse, sans le moindre défaut, un charme discrêt de jeune fille en fleur. Caro ne rentrait pas dans le moule. Trop agée, trop tapée, trop brune et trop couillue. Mais lui revenait l’image de cette horrible femme, qui se la jouait star trop tard. Fallait qu’elle réagisse. Elle voulait ce type, l’animateur ? Fallait qu’elle se lance, ne lui restait plus qu’une poignée de jours.
Elle se choisit pour le soir-même une robe courte et moulante, limite putain des quartiers de luxe. De couleur indéfinissable, entre gris et kaki métallisé, le strech s’organise dans un mouvement de drapé digne de la grande époque hollywoodienne, sculptant ses fesses parfaites tout en dévoilant ses épaules et le haut de ses cuisses. Cette petite tenue ras-la-touffe met donc en valeur les points forts du corps de Caro, à condition de l’arborer avec aisance voire arrogance. Caro n’y a qu’exceptionnellement recours parce qu’elle l’oblige à rentrer son bidon en permanence. S’agit pas de s’empiffrer à table, ni de multiplier les jeux de jambes puisqu’elle se porte sans culotte.
Caroline invite ses gamins à partager son apéro, histoire de rencontrer Tristan le plus rapidement possible. La moindre tâche l’obligerait à se changer et elle connaît sa fille. Les Dieux sont avec elle, les PSG ont encore décroché le gros lot. Ils l’acclament tous lorsqu’elle paraît, réunis sous la pergola, la bouteille d’Ouzo au centre de la table (avec les cahuettes, les olives and co...)
— Dis donc ta robe comme elle est belle !!! s’exclame Colette... T’as des vues sur quelqu’un ou je me trompe ?
Il serait temps que tu t’y mettes, ma fille. Les enfants, les enfants, c’est très chouette, mais profites-tu pleinement de ton séjour ? (Caro s’est jusqu’à présent bien gardée de divulguer ses deux aventures pipi-de-chat).
Agnès maquillée paraît encore plus belle mais cependant Tristan, vêtu d’un costume sombre qui lui va à mourir, choisit, plutôt que de se joindre au groupe, de rester planqué dans le box de la sono, situé juste derrière leur table.
Colette en verve multiplie les invitations :
— Et ben alors, mon grand ? On va pas fêter notre victoire sans toi tout de même, qu’attends-tu pour nous rejoindre ?
— Tristan ne boit pas d’alcool Colette
— Comment ? Tristan ne boit pas d’alcool ?... mais l’Ouzo c’est pas de l’alcool.... Allez Tristan, fais pas ton fier... On n’est pas assez bien pour toi ?....
Caro allait rater le premier service et Tristan ne bougeait pas d’un poil. Il arborait sa mine de GO surbooké, Colette pouvait toujours siffler sur la colline, elle n’en n’obtiendrait rien de mieux.
Caro se lève et s’excuse : «La p’tite est affamée ; dans moins de cinq minutes, elle nous fait un scandale, je préfère passer immédiatement à table. Mais pas de malaise, trinquez en notre honneur, au nom des PSG... A plus tard, sans nul doute.» La Marie a bon dos (elle était si contente, juchée sur les genoux de Marcus, de profiter des cahuettes, d’habitude interdites) mais il faut bien que les chiares se rendent utiles parfois.
L’important, c’était que Tristan voit Caro moulée dans le strech. Et à travers sa vitre en plexiglass, il l’avait vue, entourée de ses «amis», au mieux de sa forme et de ses formes.

Après l’Ouzo, Caro s’accorde presqu’une pleine bouteille de Chianti au repas. N’avait pas le droit de bouffer, alors a bu.
Mathieu remonte chercher ses lunettes tandis que Simon s’empresse de rejoindre Zoé (qui part demain, bon débarras pense la mère abusive). Mathieu sautille : les deux péteuses dégagent aussi. N’envisage plus maintenant — à cause des réflexions d’Aztec— de réintégrer le groupe des Ados. Mais rien que d’éviter leur mine enfarinée, rien que l’idée de ne plus les croiser dans le village, le comble comme si papa Noël exauçait son voeu le plus cher. Maman le comprendra le lendemain. Comprendra à quel point les enfants jaloux deviennent méchants, pire que des loups cernés par une meute de chasseurs, pire que des adultes acculés à s’entrebouffer, pour une place de parking ou les bonnes grâces du Boss. Ah quelle saleté la vie !
Mais attendons le lendemain puisque Caro, présentement, s’engage sur la route goudronnée qui les mène tous les quatre au spectacle du soir. Elle s’est investie d’une mission qui, par instant, lui paraît au-dessus de ses forces : séduire Tristan. Elle sait qu’au pire, elle n’en n’a rien à battre, qu’au mieux, leur aventure lui laissera de bons souvenirs. Et puis Colette n’a pas complètement tord, il est temps qu’elle profite du mâle. Pas uniquement pour sa quéquette, puisque le bitoniau, tel l’ascenseur de l’hôtel, monte et descend sans qu’elle en pige que pouick. Non, non, une belle histoire serait la bienvenue, avec un mec trié sur le volet et qui la transcende réellement. Si Tristan répond aux critères de base, si Tristan est le seul type qui l’intéresse vraiment, Caro se doit de le lui faire comprendre.
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MessageSujet: Caro passe à l'action (suite)   Lun 6 Aoû - 16:53

Elle n’y va pas avec le dos de la cuiller. Les GO ont coutume, après la transe des crazy signs, d’accompagner les GM sur le retour, le temps qu’ils quittent le grand amphithéâtre. Caro adore ce moment. Ils sont tous là, juchés sur le petit muret qui cerne la piste et conduit jusqu’à l’extérieur, à applaudir et répéter «Bonsoir, bonne nuit... Bonsoir, bonne nuit», avec force sourires. Caro adore ce moment car d’un regard, elle profite de leur disponibilité pour régler ses comptes de la journée. Georges l’a fait attendre cinq minutes de trop au bar, elle ne le salue pas. Ikos s’est fendu le cul pour intégrer Mathieu au beach volley, elle se fend le visage de son plus beau merci, etc, etc...
Tristan clôt la parade, son casque de Schumacher collé aux cheveux. Il n’est pas surélevé, puisqu’il occupe la dernière ligne, debout sur la route goudronnée qui mène au night. Au revoir, bonne nuit, au revoir, bonne nuit, au revoir, bonne nuit... On dirait presque Douzte Blazy sur son cheval de Jeanne d’Arc. Sauf qu’il n’y a pas de cheval, et pas davantage de ministre.

Caro se lance d’un bond, moite de ses derniers efforts physiques et, pourquoi le nier, bien imbibée. Se jette au cou de l’animateur qui n’a ni le temps de reculer ni celui d’opposer une quelconque résistance. Caro sans crier gare s’approprie l’essentiel de sa bouche, lui roule de force une pelle d’enfer, se détache illico, s’essuie les lèvres d’un revers de main puis s’éloigne prestement.
Tout va très vite, c’est pourquoi elle n’est pas témoin, une fois le méfait commis, de la réaction de sa victime.
Tristan ne tardera pas à la retrouver au night, aussi ne s’inquiète-t-elle pas. Les dès sont jetés maintenant et reste plus qu’à attendre.
Tristan est bien plus tarte qu’elle ne l’aurait pensé. Sa bonne éducation sans doute. Ce nul réapparaît tandis qu’elle peaufine une biguine, collée serrée contre Simon qui pleure sur le départ de Zoé. Ne l’apostrophe pas, ne la fuit pas, rien, rien. Comme si rien ne s’était passé. Il semble cependant plus vif que d’ordinaire, à s’exciter tout seul micro en main, à sautiller sur place, à haranguer de vieux couples qui n’en demandent pas tant, à envoyer des séries de crazy signs auxquels, par habitude, Caroline se résigne, malgré les gargouillis de son ventre affamé. Elle se place face à lui, puisque les crazy signs sont des acrobaties rituelles qui nécessitent un minimum de cohésion. Une poignée de chefs imposent l’enchaînement des mouvements, tandis que la foule des bofs suit dans le tempo. Caro, après deux semaines presque abouties, maîtrise à fond le Schumacher, la Gala, le Siempre mi amor ainsi que le Un, dos, très de Rickkkky Martin. Se plie, se courbe, en face du tortionnaire qui ne doit rien louper de l’intérieur de ses cuisses.
Pan dans tes dents l’artiste ! Faut savoir ce qu’on veut dans la vie. Tu m’as cherchée avec tes galanteries, ton humour à l’emporte-pièce, tes yeux trop bleux de Robocop. Mais la vie n’est pas une science fiction. Même au Club Med, faut savoir assumer....
Tu parles, le pleutre assume tellement qu’il part se coucher dare-dare.
Caro se retrouve sur le carreau, sa robe de pute trempée de sueur. Charly insiste pour la raccompagner mais elle le décourage comme elle vient de décourager Philippe, de la réception, Marouane, de la patisserie, Stevens des spots, et même la p’tite Lola du bar...
Non, sa place est ici. L’alcôve depuis peu la terrifie. N’a plus de libido, Bon Dieu, faut l’écrire en lettres de feu pour que ces andouilles-là comprennent. C’est pas leur faute, la faute à qui ? Caro en trop vu et trop subi.
Tristan enfui, Caro rumine. Bien la peine de se donner tout ce mal alors que le constat est clair : ne veut pas d’elle ce mec.
Tant pis, elle va danser, oublier ses misères aux rythmes de la rumba, évacuer le trop plein d’alcool entre rocks et biguines, cicatriser l’affront sur ce Canadien, bourré de talent et qui beugle dans ses oreilles :
«Je voudrais que tu te rappelles,
Notre amour, notre amour devient éternel,
Pour peu que tu sois, celle que mon coeur appelle,
Notre amour devient éternel...»
Joli. Poignant. A en chialer. Mais Caro ne s’épanche plus sur ses chagrins d’«amour». A trouvé beaucoup mieux : la danse. Les acrobaties du coït dans un même objectif : atteindre le Nirvana, sauf qu’elle n’a besoin de personne pour y parvenir. C’est du boulot, de longues années de pratique, mais Caro s’est faite au principe, depuis qu’elle se refuse les déceptions. Un coup tu me plais et je t’épouse, et même que dans la foulée, je fournis les gosses et le divorce ; un coup tu m’plais mais attention, va pas prévenir ma femme ; un coup tu m’plais mais n’appelle pas chez moi le soir ; un coup dommage, faut faire sauter le lardon, l’est pas prévu dans mon planning....
Caro déteste la race dite supérieure et ces vacances sont l’occasion d’enfoncer le clou.
Elle se jette au visage du seul, qui selon son expérience, mérite de s’en donner la peine et ce seul-là s’avère aussi benêt que les autres. Leur petite bite, leur petite bite ... Qui risque de parler de leur petite bite demain ?
Leur bite est appelée à mourir, faute d’avoir engendré. Peuvent cracher tout ce qu’ils veulent, du moment qu’elle n’avale pas. Plus aucune femme, dans quelques années, ne daigneront porter leurs gosses.



Caro est saoule, c’est clair. Rumine sa hargne comme une vieille aigrie ses glaviots. Et quand Ludo baisse la sono à minuit pile, la vieille aigrie devient Carabosse. S’est habituée, en très peu de temps, à passer son acrimonie sur lui. Ludo supporte les insultes comme le canard la pluie. Vu qu’elle le tient pour responsable de ses vacances ratées, Caro ne se gène plus :
— Pourquoi t’éteins ? L’est pas deux heures
— J’éteins pas ma jolie... Je baisse seulement le son
— Ouais, dans l’idée de nous virer tous
— Ecoute, je me relève d’un rhume et je dois démarrer tôt le matin
— Ah bon, le night assure des matinées ?... J’étais pas au courant
— Pas le night mais d’autres trucs... Tu connais pas Daniel.
— Je n’ai pas cet honneur, mais ton job, c’est DJ n’est-ce pas, et un DJ qui se respecte enchaîne les tubes sur une piste de danse, jusqu’à ce que celle-ci se vide, j’me trompe ?
— Non, mais DJ c’est pas mon job
— C’est quoi ton job alors ?
— Maître nageur. J’attends de décrocher le diplome et m’entraîne tous les jours. J’ai monté à moi seul le spectacle du 16 aôut. La piscine, ça me connaît. En revanche, le night...
— Moi je veux pas le savoir, tu fais mal ton boulot et tu me mines la vie.
— Jolie comme t’es, t’as rien de mieux à faire passé minuit ?
— Absolument, jolie comme j’suis, j’adore danser. Cette disco est une merde et j’suis venue pour danser. J’avais le choix, les villages du Club ne manquent pas, mais la vendeuse m’a conseillé Tiarcos et je tombe de très haut...
Aztec, dit «la pastèque», intervient à ce moment précis :
— Calme-toi, se permet-il d’envoyer en pleine figure de Carabosse
— Oh toi, ta gueule ! tu la ramènes pas s’il te plaît
— Pourquoi tant d’animosité ? Je t’ai rien fait que je sache...
— J’en ai plein le cul de ce club pourri : le bazar est une merde, le night est une merde, la plage est une merde et toi, oh toi «Pastèque», t’as humilié mon fils, alors tu dégages s’il te plaît
— J’ai humilié ton fils ?
— Ouais, le bouclé haut comme trois pommes, t’en n’a fait qu’une bouchée, Monsieur le Salopard... Faut réfléchir avant de virer un gosse du groupe ! S’en remet pas le pôvre, dégoûté du Club à jamais et peut-être même marqué à vie. T’es qu’une pastèque pourrie Aztec et t’es prié de me foutre la paix !
Arrive alors le Chef de village, comme sorti du béton :
— Quoi qu’est-ce ?
Il revient d’une répétition, ce qui explique d’ailleurs le départ précipité de Tristan. Seulement Tristan a préféré se coucher tandis que Dé-Dé, comme d’habitude, ne peut s’empêcher de se mêler de tout.
— Elle m’a traitée de pastèque pourrie, elle m’a traitée de pastèque pourrie...
Tel un gamin déçu par son cadeau d’anniversaire, Aztec gesticule devant Caro. Le spectacle pourrait la faire rire, tant le clown y met d’ardeur : il se gondole comme pris de coliques, tombe par terre, se relève, sautille de table en table, revient le nez dans les cheveux et les cheveux dans les yeux.
— Cette sorcière m’a traité de pastèque pourrie
— Ah bon, où est le malaise ? s’enquiert Dé-Dé très zen.
Caro n’a plus la force de répéter le speech dans l’intégralité.
Se permet seulement de râler sur le night, et Ludo reprend le couplet :
— Ben oui, elle avait le choix, mais on lui a dit qu’à Tiarcos...
— Si elle est pas contente, fallait choisir Corfou Ipsos... A Corfou Ipsos on se couche pas
— Ben oui, reprend Ludo, elle hésitait... Corfou Ipsos est un village de cases, et avec les enfants...
— Quand on a des gosses on se couche tôt... Elle a trois gosses que je sache.
— Ben oui, Monsieur le Chef, intervient Caroline (non mais pardon, c’est qui cette «Elle» qu’il hâche menu ?), mais «Elle», «Elle» aime danser et ses enfants aussi.
Je trouve inadmissible, pour vous parler franchement, qu’on m’envoie dès minuit au lit, même la nuit du quinze août, alors que la musique des boîtes alentours m’empêche de m’endormir.
— Les villages d’à côté ne dansent que le week-end
— Et la semaine grecque compte combien de week-ends au juste ? Parce que moi, tous les soirs, sitôt sortie du night, j’continue tranquillement à swinger dans mon lit.
— C’est pas une raison pour insulter mes troupes
— Bien sûr que c’en est une ! Une parmi tant d’autres !
— Elle a quelque chose à revendiquer la Star, la grande Diva du night, qui n’hésite pas à s’exhiber devant ses fils et devant tous ???? Elle trouve quelque chose à redire ??? Parce que c’est une tenue, de danser comme ça jusqu’à pas d’heure, devant cinquante garçons qui bavent ???
— Ils sont où ces cinquante puceaux ? Montrez-les moi Dé-Dé, vous me ferez plaisir. Je danse comme je veux sur votre piste désertique et à bientôt quarante balais, j’attends pas d’un minable de me faire la morale.

Les rares derniers clampins du night s’étaient doucement rapprochés. Un cercle silencieux entourait maintenant le chef, en prise avec la Carabosse. Pour une fois que la discothèque ne manquait pas d’ambiance...
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MessageSujet: Caro 12 : La colère des Dieux   Mar 7 Aoû - 13:22




Caro se réveille la gueule dans le cul, bien trop tôt à son goût. Elle émerge d’un mauvais rêve : s’énervait fort, complètement nue sous les paillettes sanguinolantes, contre le Chef de village. Marie réclame son bibron de lala, Mathieu tente en vain de la calmer. Caro ne veut pas sortir du lit, à moins qu’un jet d’Air Grèce daigne l’y cueillir pour la tout droit conduire boulevard du Montparnasse, 75015 Paris.
Non, elle n’a pas rêvé, s’est prise de bec avec le Grand Manitou et des bribes de souvenirs lui reviennent peu à peu. Tristan, Ludo, Aztec, Dé-Dé... Caro se les était tous farcis d’un coup. La totale, le quarté dans l’ordre gagnant, rien ne va plus Messieurs mesdames, les jeux sont faits... C’était ce matin très tôt et faut maintenant continuer de vivre. Déambuler, l’air de rien, dans le village, s’alimenter aux heures prévues, se baigner en poussant des grands «Hi ! comme elle est froide ! Arrête, bourrique, de m’asperger !», participer aux jeux café (t’as une p’tite mine ma fille, s’inquiètera forcément Colette), applaudir au spectacle, imposer ses deux fils au night, danser l’espace d’une soixantaine de minutes, rentrer frustrée... Certes ce programme immuable et répétitif commence à la pomper, mais de là à le corser de la pire façon imaginable (s’attaquer au Chef et à trois de ses sbires).... Les nouvelles donnes présagent une fin de séjour fastidieuse.
Caro, qui tient à s’épargner le petit déj standard — et la douzaine de «Bonjour, ça va ?» qui parsèment son parcours—envoie Simon remplir de chocolat le biberon de sa soeur tandis que Mathieu se charge de rapporter les croissants. Ce matin, elle se terrera jusqu’au caca de Marie-Charlotte, feu vert indispensable à la baignade sans couche. Et pas question de poser un pied sur la mousse antidérapante : ils rejoindront leur paradis par le chemin broussailleux qui contourne la piscine. Comme des voleurs, en somme.
Ils sont fin prêts, serviette sur l’épaule, besace pleine à craquer : crèmes solaires (protection 12 et 30), vêtements de rechange, couches, jouets amphibies, biberon d’eau minérale, lunettes de vue dans leur étui, lunettes de plongée, masque, tuba et palmes, appareils de photo jetables (avec et sans flash) etc... lorsqu’ils tombent sur Martial devant l’ascenseur de leur étage. La floppée de valises qui l’entoure rappelle à Caroline que le dimanche est le jour des mouvements de masse à Tiarcos. Comme elle aimerait s’enfuir aussi !
Martial la regarde d’un drôle d’air, pas belliqueux mais mitigé :
— Salut, tu t’es calmée ?
— Calmée ?
— Ouais, la nuit t’a-t-elle été bénéfique ?... Parce qu’hier soir, Mazette !!!
— Tu étais là ? Je t’ai même pas vu
— Pas étonnant, t’étais montée comme un ressort de montre hélvétique qui s’échapperait soudain de son boîtier
— J’avais trop bu, pis l’était temps qu’je râle
— Tu as bien fait, si tu t’en portes mieux
— Pas vraiment mieux et plutôt pire, mais bon.
Martial lui tient la porte de l’ascenceur, sa clique s’engouffre tandis que Caro sent se dénouer l’espèce de ficelle qui empoignait ses tripes. Martial ne la blâme pas et restera son pote. Avec un peu de chance, d’autres la soutiendront.

Elle s’engage comme prévu sur le trajet des voleurs. Derrière l’hôtel (l’issue de secours), les cars des départs proutent de toutes leurs viscères, engrangent, engrangent une tonne de balluchons, tandis que les propriétaires attendent, sur le bitûme fumant, la permission de monter aussi. Comme Caro les envie ! Cette dernière semaine qui s’annonce ne s’imposait pas, en tous cas pas au prix qu’elle l’a payée d’avance.
Une petite brune l’interpelle. Une gamine d’une dizaine d’années, plutôt ingrate et grassouillette.
« Madame, madame, c’est bien vot’fils à côté de vous ?»
Simon est loin devant, pressé de nager comme d’habitude, même si, grande première, il s’est chargé de la Marie-Cha. Tout deux disparaissent entre les broussailles, maman les perd de vue pour répondre au boudin :
— Oui, c’est mon fils Mathieu qui marche à côté de moi, pourquoi ?
Le concerné, son p’tit chéri, lui brise le mollet d’un coup de pied : «Attends, attends Maman, c’est la pét.....»
— Il a quel âge au juste ? reprend le sucre d’orge mielleux et suave
— Treize ans, répond Caro qui, après trois coups de pied, commence à imprimer le message.
Et la gamine insiste, pas pressée tandis qu’on l’appelle, qu’on la somme de grimper illico dans le car :
— Treize ans sonnés ou pas encore ?
— En quoi cela vous regarde-t-il, Mademoiselle la curieuse ? Caro suffoque : quelle garce !!! Même sur leur lit de mort ces deux pisseuses s’acharneront à massacrer son fils ?
Chaque jour, il rentrait en pleurant :
— Maman, elle m’a dit que j’étais laid, petit, nabot... Quand j’ai gagné le relais, la blonde s’est moqué de moi : «tu mérites pas ton titre, t’as décroché le gros lot dans une pochette surprise !»
— Quand j’ai mis mon tee-shirt Cou-cou, la brune a essayé de me l’arracher, m’a traité d’araignée !
— La blonde m’a craché dessus, le soir de mon boléro pailleté : «de toutes façons t’es toujours moche, laid et petit et moche»
— Quand j’ai dansé le premier rôle des Men in Black, la brune m’a confisqué mon «kick». Ne veut plus me le rendre maintenant !...
— Aztec m’a viré des ados. La blonde aidée de la brune n’ont cessé de lui répéter que j’avais pas treize ans. M’acceptaient dans le spectacle, mais en figuration. Dès le lendemain, pourtant, j’avais même plus droit de raser les murs du fond...
Caro ne regrette pas son altercation de l’aube. Régulièrement tenue au jus des satisfactions et misères de ses enfants, elle ne réalisait pas combien Aztec manquait de courage et de professionnalisme. Ces p’tites phrases-là, chaque jour anodines (Arrête de t’écouter Mathieu !) prenaient soudain l’ampleur que méritait leur répétition, dans l’atmosphère puante des cars sur le départ.
Fallait plus que Colette s’épate, devant ses fils collés à la mamelle du matin au matin. Le mini club s’avérait au dessous de tout, en tous cas la tranche des Ados sous la férule d’Aztec.
Restait Ludo mais Caro le savait, l’inculte lui pardonnerait le pire tant il l’a désirait.
Restait Tristan, qu’elle n’avait pas blessé, pas agressé, juste un peu bousculé. Pas de quoi se vexer au contraire.
Restait le Chef, le gros morceau.
Elle l’avait traité de minable et s’en souvenait. Tellement plus simple, pourtant, de tirer à boulets rouges tout en se réveillant amnésique. Mais le cerveau de Caro lui joue des tours. Fin saôule elle revendique, lucide, elle regrette. Le dernier détail en l’occurence la martyrise : a traité le chef de minable, a critiqué sa politique, s’est lancée dans une sale histoire qui aurait pu attendre la fin de leur séjour. Maman a fait très fort, s’est exprimée d’avance, comme si son courroux allait changer d’un coup la face de son monde....
Caro s’imagine maintenant, dans sa paranoia de Carabosse, qu’elle s’est mis tout le village à dos.
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MessageSujet: La Colère des Dieux, suite   Mar 7 Aoû - 13:30

Il n’en n’est rien. Caro constate avec stupeur que Métro la place, sourire fendu, à l’endroit qu’elle préfère pour le repas de midi. Pense même à tire-bouchonner sa bouteille. Babou la sert avec autant d’ardeur qu’avant et Charly se déplace, comme chaque jour, pour raconter par le menu, le menu des grillades. Simon, qui a encore choisi la sole, la voit revenir décortiquée. Mathieu s’envoie deux cornets de fraise-pistache, tandis qu’Ikos lance son sirtaki. Il ne se passe rien, ormis que le ciel s’assombrit.
Caro rejoint sans entrain l’équipe des PSG. Tristan pose les questions du quizz de sa première semaine, mais Caro, à l’époque, n’entendait que de très loin les réponses. Il l’encourage comme de coutume, au détail près que son micro a des ratés. Il joue de la voix entre deux éclairs, le ciel de Tiarcos gronde.
Caro remonte pour partager la sieste de sa fifille. Elle se serait bien douchée mais les robinets crâchent une eau verdâtre. Tant pis. S’est pas baignée ce matin et sa fifille non plus. Leur douche peut attendre.

Une rage contestataire les tire de leur sommeil : «Et je me rase comment ?... Et je me lave comment ???» Le village nage dans la boue. Après trois heures de pluie torrentielle, les sols sont devenus impraticables. Caro surprend de sa fenêtre deux p’tits garçons qui pataugent en gloussant, la gadoue jusqu’au genoux... Mais sa parole, ce sont les siens :
«Oh ! ca va pas ? Vous tenez à attraper la mort ? Remontez ici tout de suite !!!» Elle crie par le balcon, sans crainte, pour une fois, de déranger, car l’étage est plus animé qu’une halle, un dimanche de kermesse. Des portes s’ouvrent puis se referment en claquant, des visages catastrophés s’y encadrent : «Eh ! Puisque tu descends, tu peux t’informer pour le courant ?», des voix résonnent à travers les cloisons : — J’t’avais bien dit de ne pas l’y envoyer... Une régate un jour pareil !!! »
— Mais ma chérie, Gilou m’a assuré qu’il n’y avait aucun risque !
— Et qu’en sait-il, Gilou ??? Je te rappelle qu’Arthur est notre seul enfant, et qu’à l’âge que tu as, nous n’en n’aurons pas d’autre !!! Oh Mon Dieu, qu’attend-il pour revenir ?
— Dramatise pas Poupoune, je file de ce pas à la réception
— Non, ne me laisse pas, ne me laisse pas ici toute seule...
Une vraie foire à l’ancan !
Plus d’eau, plus d’électricité. Caro conseille à ses fistons de se savonner immédiatement les jambes et de les rincer dans le chlore de la piscine. Vu le temps, l’étonnerait qu’elle soit fréquentée et qu’un clampin y trouve à redire.
Pourtant ça ne loupe pas. Un vieux papy, probablement GM (Caro n’a pas repéré de papy dans l’équipe des GO), se permet d’incendier Mathieu : «Alors morveux ? Tu n’as pas honte ? Et c’est quoi ces manières ? Je te donne dix secondes pour sortir de là !!!» Le vieux râleur aura ce soir quelque chose de croustillant à raconter à sa vieille moitié : comment il a sauvé in extremis le grand bassin d’une attaque de vauriens... Mathieu se laisse impressionner, sa petite taille sans doute, et se dirige les mollets blancs vers les trois douches de la plage. La première ne veut rien entendre, la seconde non plus. En revanche, miracle, l’eau jaillit de la troisième. Le générateur principal vient de se remettre en marche et les bruits qui parviennent maintenant des chambres sont de grands soupirs de soulagement, une suite hystérique d’exclamations, des rires gras de fauves en pleine orgie. En un tournemain, l’étage passe de la kermesse au safari.
Caro, qui ne s’est encore inquiétée de rien, profite de l’accalmie pour baigner sa Marie, brosser ses dents, laver ses cheveux, ses slips et sa foufoune, et remplir d’eau du robinet le plastique vide des bouteilles qui s’accumulent depuis huit jours sur sa coiffeuse. Elle bénit au passage la flemme du personnel. Elle sait que l’orage est capricieux, comme elle.

Quand ils débarquent dans le hall, superbes de propreté et de sérénité, Caro s’étonne de l’ambiance qui y règne. Bien sûr sa Marie-Cha sautille tel l’électron, ne veut pas rendre la clef de leur chambre, comme pourtant l’y invite le panier d’osier posé sur le comptoir de la réception. Bien sûr, Philippe la fait attendre outre mesure, avant de lui délivrer les carnets bar qu’elle vient de demander. Bien sûr Milo lui tire son faciès long de dix pieds lorsqu’elle réclame son apéro— une bouteille d’eau minérale tiède (le frigidaire est en panne), deux coca hors de prix (la pression ne fonctionne plus), une sangria sans fruits (l’écorce n’a pas été lavée). Mais l’orage n’a que peu modifié ses habitudes foncières. En revanche elle s’étonne (et jubile en silence) parce que le hall lui apparaît telle une fourmilière à l’annonce du décès de la reine-mère. Ils s’agitent, ils s’agitent autour de sa smala (qui semble bien calme à l’inverse), leur bronzage vire à l’olivâtre, même le beau JR en oublie de crâner.
Les parents cherchent désespérément leurs enfants. Disséminés de-ci delà et peut-être perdus à jamais.
Colette, les yeux cernés, s’approche de leur petit groupe tandis qu’ils attendent patiemment le premier service (pas de micro ce soir, pas davantage de jeux apéro) :
— Dis donc, t’aurais pas vu mon fils ?
— Ben non, pourquoi ?
— Je le cherche depuis deux heures... L’est parti avec ses copains, comme d’habitude, et n’est pas revenu
— T’inquiètes... Les accidents au Club, depuis plus de cinquante ans que la formule existe, se comptent sur les doigts de la main
— Mais suffit que ça tombe sur moi
—...
— Ouais tu t’en fiches, les tiens sont sous tes yeux !
— Je m’en fiche pas, je m’inquiète pour toi, mais ne me demande pas de m’inquiéter pour eux.
La poupée du gymnaste professionnel passe et repasse devant leur table :
— Z’avez pas vu Bastien ?
— Bastien ?
— Oui, mon gamin Bastien, z’avez pas vu Bastien ?
Caro ne savait même pas son nom. Non, l’a pas vu, dommage. «On demande un denommé Bastien devant les panneaux de la réception». Blond, brun, et peut être albinos, Caro n’en connaît rien...
S’avale des olives à la pelle, coupe les cahuettes en deux avant de les fournir à sa fille, histoire que la gourmandise ne l’étouffe pas — elle y a pris goût la coquine, merci Marcus. Observe, vachement tranquille, la ruche qui s’épouvante. La plus grande partie du cheptel, les gosses, les jeunes, les joyeux drilles se sont perdus dans la nature tandis que leurs géniteurs, les moches, les vieux, les malfaisants, s’inquiètent à retardement de leur manque de vigilance.
Le générateur principal, devant tant d’insouciance, a rendu son dernier soupir. Le hall n’est plus éclairé que par de faibles loupiottes. La pluie dehors redouble d’ardeur.
Ah tiens, voilà le Dé-Dé ! Pas fier, le gars. En caleçon large, pour pas changer (au moins s’il chie de frayeur, le comble passera inaperçu), Dé-Dé déambule comme un automate, de la réception au bar, du bar au restaurant... Il va et vient, la tête courbée, ses boucles blondes frisottent jusque dans ses yeux. Faut faire avec les éléments, doit-il se répéter. Avec les Dieux Grecs de Tiarcos.

Le nombre de tables s’avère insuffisant à l’intérieur. Le village n’a pas prévu le cas de figure et tous trépignent à l’abri de la coupole qui préservera la juste proportion d’huile et de vinaigre de leur salade (puisque ce soir, pas de plats chauds). Quelle bousculade !!! Caroline cherche aussi à profiter du privilège, ne serait-ce que pour ses fils, dont l’estomac gargouille malgré les amuses-gueule à volonté. Peine perdue : aucune table n’accepte de les accueillir. Pourtant celle de Totoche dispose d’encore quatre places mais qu’il réserve à ses copains : Milo, JR, Aztec et Gilou, lorsque celui-ci débarquera. N’a pas encore donné signe de vie, Gilou, et Totoche s’impatiente.
— Il devrait être rentré pourtant, s’informe poliment Caroline. La régate, la semaine dernière, s’est finie à cinq heures.
— Ben oui, mais pas de nouvelles... Sa nervosité n’échappe pas à notre héroïne. Outre Gilou, une bonne trentaine de GM se sont lancés dans l’aventure, il faut donc en déduire que cette trentaine-là n’est pas rentrée non plus. Caro n’insiste pas.
Il y a bien deux places, au centre de l’espace, gentiment proposées par Ted, de repos ce soir-là. Maman invite ses fils à s’installer.
— Et toi tu vas te mettre où ? s’inquiète Mathieu
— Je vais trouver et au pire, j’ai pas faim... Marie non plus du reste
— Vous n’allez pas dîner ?
— Si, si, bien sûr, plus tard... Quand je pourrai nous asseoir tranquille
— Alors on attendra, comme toi ! conclut Simon.
L’ordre était sans appel. Maman repasse au bar, commande des chips, des mini pizza synthétiques, des Mars, des Nuts, des Cocas hors de prix, tout ce qu’elle peut trouver d’énergétique. Se choisit une place à l’écart et y installe ses gosses, trop contents de pique-niquer.
C’est alors qu’une femme hurle, mais hurle.... Son cri déchire la nuit pourtant très agitée. Elle vient d’ouvrir la porte de l’ascenceur et Caro est juste à côté. Caro se précipite (déformation professionnelle). Le corps inerte d’un grand type à cheveux blancs s’étale contre la paroi du fond, celle qui ne défile pas. Caro s’approche médusée. Le mec, un papy de plus de soixante-dix ans, semble cuver ses excès, tel le clodo sous le pont. Caro s’y reprend à deux fois, le pouls, les carotides, les fémorales, plus rien ne bat !!! Le type est tout simplement mort.
— C’est lui, c’est lui ! s’exclame Mathieu
— Fiche le camp de là, répond sa mère
— C’est lui, je le reconnais, c’est lui qui m’a ordonné de sortir de la piscine...
— Foutez le camp les enfants !... Son cerveau carbure à deux cent à l’heure. La panne date de deux heures, le pôvre s’est retrouvé bloqué dans l’ascenceur et son coeur n’a pas supporté l’épreuve.
Elle tremble de tous ses membres, force la foule des cloportes pour se frayer un chemin : vite, vite, prévenir le Chef, une ambulance, les pompes funèbres, n’importe quoi pour éloigner le cadavre, dejà froid, à vu de nez, le décès est bien consommé.

Un barouf insensé l’immobilise. Venu de sa gauche, un boucan de cataclysme lui rappelle celui des films de 23 heures, accord parental souhaitable. La coupole du resto s’effondre !!!
Non, c’est pas vrai. Caro se jette sur ses gamins, les entoure de son corps musclé, devenu, comme par miracle, tentaculaire. Elle courbe l’échine, complètement recroquevillée sur sa progéniture transie d’effroi. Ils subissent les cris, les hurlements torrides de corps que le verre transperce, ils ne réfléchissent plus, le sol vacille sous eux. Mon Dieu, mon Dieu, répète doucement maman, je vous salue Marie pleine de grâce, bénie du fond de ses entrailles, au nom du Père, du Fils, du Saint esprit.... Protégez mes enfants, pitié, pitié, protégez mes enfants.... Je serai gentille et douce, je ne ferai plus de mal à mon prochain, je ne crierai plus, ne m’enerverai plus, pitié, pitié, protégez mes enfants...

Elle voit des pieds courir dans tous les sens, du plâtre tomber en confettis, du sang éclabousser la dalle, du sang, du sang, elle entend encore quelques cris et puis plus rien.
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MessageSujet: Caro 13 : Au revoir, à jamais   Mer 8 Aoû - 16:46





Assise au fond du car qui finit de se remplir, Caro retient difficilement ses larmes. Les conditions météorologiques devenues plus clémentes, un programme de rapatriement urgent s’est organisé.
Le village n’a pas résisté à la pluie diluvienne : outre le restaurant, complètement ravagé, les terrains découverts ressemblent davantage à d’immenses pataugeoires qu’aux complexes sportifs décrits dans le catalogue. La grande majorité des bungalows a été inondée, le mobilier dévasté, son contenu détérioré. Heureux celui qui s’est fendu de la location d’un coffre et qui a poussé le vice jusqu’à y planquer ses slips kangourou. Plus chanceux encore celui qui a choisi l’hôtel (ou s’y est retrouvé d’office), seul bâtiment resté intact. Les Robinson ont dû finir leur nuit spectaculaire par terre, agglutinés dans le hall, constamment dérangés par de braves grecques chargées de ramasser les éclats de verre et les morceaux de plâtre, de passer la serpillère sur les tâches rougeâtres.

Après l’orage, les ambulances n’ont cessé de se relayer. C’est leur pin-pon strident qui a tiré Caro de ses vaps. Un essaim de mouches blanches virevoltait devant elle, tandis que des crampes infectes lui tordaient bras et jambes. Ses trois enfants dormaient profondément au creux de son nid, leurs petits corps chauds battaient d’une respiration régulière. Le toc-toc de la pluie ne lui parvenait plus. Le déluge s’était interrompu, à moins que la déflagration n’ait flingué ses tympans. Ils étaient tous les quatre en vie et Caro ne réalisait pas.

On lui a dit de faire ses valises, elle a fait ses valises. On lui a dit de prendre à la réception ses billets de retour, elle s’est exécutée. Mathieu et Simon ne parlaient plus. Z’avaient perdu leur langue. En revanche, Marie-Cha réclamait toujours quelque chose, son lapinou, son bibron de lala, son maillot rouge ou ses méduses bleu ciel. Marie restait pareille qu’avant. Faute de traducteurs, maman proposait la totale. Rien ne convenait à sa pupuce, dont l’énergie devenait obscène dans ce contexte de fin du monde qui frappait soudain le village.

Dans le car qui conduit à l’aéroport, Caro retient ses larmes parce que son cerveau commence à comprendre. Ses gamins ont frôlé la mort, la régate de Gilou ne reviendra jamais, la coupole du resto abritait la plupart de ses potes.
Les GO, vêtus de noir, l’accompagnent jusqu’au bout. Sans musique, sans bougies, juste une longue procession d’hommes et de femmes en deuil. Caro constate qu’il manque les meilleurs : Tristan, Martial, Charly et Ted.
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MessageSujet: Caro 14 : FIN   Mer 8 Aoû - 17:01

Fin





"Caroline en vacances"


Par Catherine Jean (1999)
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CAROLINE EN VACANCES
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