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 Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)

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MessageSujet: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Lun 15 Oct - 11:50





Ame sensible s'abstenir.

Il est sexe, space, gore.
Y'a des longueurs et des situations répétitives mais je les souhaitais ainsi.

Je l'ai rédigé en deux parties :

Dans la première, le narrateur, Martin, est masculin, fou amoureux (limite débile, complètement aveuglé).
Dans la seconde, la narratrice, Lisa, est féminine, franchement chiante mais plus fine.

Ils racontent tous les deux leur histoire "d'amour", comme ils la ressentent chacun. Le style est différent (la forme). Le fond aussi. Lisa se pose beaucoup plus de questions que Martin qui fonce.

L'objectif de ce livre, rédigé à 28 ans, était de démontrer à quel point la femme habitait Venus et l'homme Mars.

Bonne lecture.
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MessageSujet: PREMIERE PARTIE : MARTIN   Lun 15 Oct - 12:00



Je pense peu. Je ne cherche pas à me compliquer l’existence. Je suis un homme placide, naturellement paresseux et qui prend la vie comme elle vient.
Je n’ai rien d’un séducteur. Le principe de la gonflette en salle dépasse mon entendement. La mode encourage les boys bands mais j’assume sans complexe le physique que je tiens de mon père : une charpente frisant les deux mètres, des épaules larges, pas le moindre soupçon de bide malgré le temps qui passe. Mon torse n’est ni triangulaire ni velu, je chausse du 43, transpire sous les aisselles, bégaie dans l’adversité et ronfle à l’occasion (il suffit de siffler, ça marche). Mais je porte bien le costume, mes amis m’invitent à leurs fêtes (je ne squatte pas le buffet et laisse les radiateurs aux copines court vêtues), Mathilde devient dithyrambique quand son troisième Bloody Marie l’autorise à délirer sur ma queue, et pour ma mère, avec ou sans Bloody Marie, je reste le plus fort et le plus beau.

Je ne sais pourquoi je cite Mathilde, elle m’a largué tout récemment pour Serge, un flambeur mal rasé qui descend acheter ses clops en Kawa 1000.

Peu exubérant par principe, je n’aurais pas osé rejoindre Marc et Jojo sur la piste de danse, mais vautré sur un pouf à deux pas du bar, je cuvais ce soir-là avec satisfaction : l’année universitaire achevée, je fêtais royalement mes 24 ans au Bus Palladium.
J’étais jeune, fin pété, heureux et libre.

«Tu m’offres un verre ?»
Une petite femme m’apostrophait. Charmante, avec des fossettes autour du sourire, de grands yeux malicieux et un nez à piquer des gaufrettes. Jolie silhouette, la mini robe ne cachant rien du corps gracile et menu, petits seins ronds qui se tenaient tous seuls, longues jambes gainées de noir et montées sur talons aiguilles.
En six secondes et malgré la pénombre, j’avais déjà tout enregistré : le chaloupé de sa démarche, la grâce de sa main droite qui revenait, souvent, balayer sa frange brune, la finesse des traits de son visage, à l’instant si joyeux, soudain si grave... L’ensemble méritait qu’on s’y attarde. J’avais hérité de l’œil sûr de mon ancêtre Nicéphore, l’inventeur de la photographie. De son prénom aussi, après Martin, bien entendu. Je m’appelle Martin Nicéphore Danglade, et j’allais bien merci, jusqu’à ce matin fumeux où la vie m’a offert Lisa.

Elle a dit : «Je m’appelle Lisa et je vous trouve très beau»
— Vous n’êtes pas mal non plus, j’ai répondu futé comme un ciseau.
— Et votre nom c’est quoi ?
— Martin et vous ?
— Je vous l’ai déjà dit : Lisa.

Voilà, la glace était brisée, «Champagne !» j’ai jeté au barman, je me suis redressé, le regard de Lisa, je l’ai compris tout de suite, n’en attendait pas moins. Ses yeux lançaient de drôles de signaux, brûlants comme des warning, j’en ai même flippé l’espace d’une demi seconde.
Mais il y avait son cul, son adorable cul qu’on devinait magique sous la jupette. Il y avait sa bouche, dodue et enfantine, les fossettes de ses joues, et ses seins qui pointaient avec désinvolture.

A Pigalle, au petit matin, une Lolita aux accents tristes me proposait avec un grand sourire :
«Accepteriez-vous de jouer au chevalier servant pour le 14 juillet ? Je dois passer les fêtes à la campagne et j’ai perdu mon fiancé.»
Et j’aurais dû m’en foutre, de cette midinette-là, j’aurais dû l’envoyer valser. Faire genre je suis pauvre et malade, leucémique en vague rémission... Prétexter un virus mortel et m’enfuir au galop, ou une chiasse impromptue et m’enfermer aux chiottes. Ses yeux disaient «JE VOUS AI ENFIN TROUVÉ», non, je n’ai pas rêvé, ses yeux en amande douce me criaient ça et j’ai craqué.
Pourquoi ? Allez savoir…
Il est vrai qu’en partant, Mathilde avait laissé sa marque dans mon quotidien d’étudiant en droit, ô combien surchargé : un trou qui ressemblait de l’extérieur à un grand cratère auvergnat. Mais si j’étais tombé dedans, c’était davantage par facilité, pour pouvoir glander tranquillement, sécher mes cours dans l’approbation générale, bref, j’en profitais grassement, de ce trou, même si la rupture, entre nous soit dit, ne m’avait pas plus affecté que ça. Plutôt débarrassé, je n’attendais rien : ni le retour de Mathilde, ni qu’on me console d’elle, ni rien.

Je serais volontiers monté boire un dernier whisky dans le studio de Lisa. Elle m’avait allumé, la garce, avec ses mimiques et ses bas nylon. Elle était belle, sexy, bien balancée, elle fleurait bon le musc et le benjoin. Typiquement le genre de fille qu’on se fait dans l’insouciance, sans courir le risque de l’amour toujours, de la bague au doigt ou du frangin nerveux qui surgit de derrière les fagots quand le vent tourne.
Typiquement le genre de fille mortelle qu’il ne faut suivre sous aucun prétexte.

J’étais prêt à monter boire un dernier canon and co mais Elle avait d’autres projets. La bouche en cœur et la mini robe à mi-fesses, Lisa m’a demandé, une fois cosy installée dans l’Audi 80 de mon père, de la déposer chez sa copine Alexandra, qui l’attendait rue de Prony pour y dormir.
Depuis qu’elle vivait sans son fiancé (quinze jours exactement), elle partageait son temps entre l’hôpital Debré, son studio à Neuilly et le duplex d’Alex, rue de Prony.
A l’hôpital, elle effectuait des gardes de pédiatrie cinq nuits sur sept. Son statut d’étudiante en cinquième année de médecine l’y autorisait et elle profitait des vacances universitaires pour amasser des sous. Sa mère l’avait provisoirement hébergée à Neuilly (un studio qui ne servait à personne) mais Lisa préférait squatter sa copine. Elle avait tout laissé chez l’ex, un deux pièces à Montmartre plein de ses meubles, de ses bouquins de médecine, de ses 123 disques vinyls, de ses fringues, c’était la débandade, le mec l’avait trahie, partir, trouver des tunes, bosser, pointer, et s’installer ailleurs, si possible seule.
A l’entendre, l’affaire suivait son cours, elle attendait un HLM de la ville de Paris.

Les deux copains qui l’avaient entraînée ce soir-là au Bus s’attristaient de la voir dépérir, l’avaient sortie de ses tranchées : «oui tu souffres sans nul doute, mais la vie continue, oui tu l’aimes encore sans doute mais la vie est ainsi, on construit et on casse, on reconstruit, on recasse, y’a pas de malaise parce que c’est ainsi. Un jour tu construiras plus rien, tu pourras plus rien faire, t’auras même plus de larmes pour pleurer. Faut profiter tant que tu peux pleurer.»
Ils se l’étaient sans doute passée de rocks en jerks, de raps en slows (et cette idée m’exaspérait), mais ils étaient rentrés bien avant elle, me la laissant, chaude comme le croissant de l’aube. Je ne pouvais pas leur en vouloir.

J’avoue que j’avais du mal à imaginer Lisa en infirmière (à la rigueur, nue sous sa blouse). Mais puisqu’elle le disait, qu’elle travaillait la nuit dans le but de s’offrir la «maison idéale» :
«Une bien à moi cette fois, avec de la moquette épaisse partout et la quadriphonie jusque dans les chiottes. Avec une chambre en pin et un lit en osier, pourtant j’aime l’idée des barreaux de cuivre à la tête du lit, c’est érotique, on peut s’y menotter, j’adorerais museler mon amant, l’attacher, le fouetter, le dominer, m’asseoir dessus… Ouais, mon futur mec, j’aimerais le prendre par tous les trous mais faut d’abord que je m’installe. Dessus les draps, je voudrais une peau de panthère, vachement doux la panthère, ouais c’est vrai qu’il faut bousiller des animaux, c’est pas éthique, mais le synthétique colle aux cheveux, tu vois, tu vois, je n’obtiendrai jamais ce que je voudrais… Mais déjà un dixième de mes rêves pourrait me contenter.
Les menottes par exemple. Tu trouves pas ça géant, de baiser avec des menottes ?»

Nous avons surtout parlé de mobilier, dans mon Audi 80, tandis que je conduisais Lisa chez Alexandra.
J’aurais pu trouver sa conversation futile. Mais j’aime aussi les meubles (et j’avoue que ses digressions érotiques m’amusaient). Je consulte depuis peu, mais avec frénésie, les catalogues de VPC. Je cherche, certains week-ends, sur la Carte Michelin Grande Banlieue, l’embranchement de l’autoroute A4 qui me conduira chez IKEA.
Je viens de m’installer avec mon frère dans un grand deux pièces de 60 mètres carrés qui surplombe le pont de Courbevoie. Les voitures passent sous nous en permanence. Ca vrombit, ça klaxonne, ça embouchonne. Ca pue l’essence mais je me sens bien dans cet appart. Le loyer n’est pas excessif. Dans le centre de Paris, pour le même prix, je tournais en rond dans une chambre de bonne. Ouais, j’ai bien joué. Au second étage de la rue Adolphe La-Lyre, on supporte le vrombissement et les pétarades des pots d’échappement. On bénéficie de la vue, suffit de s’imaginer qu’il ne s’agit pas de voitures mais d’un long filet de guimauve aux couleurs de notre enfance.

Je suis resté très gentleman. J’ai déposé Lisa, sans insister, devant le 3 de la rue de Prony. Mais quand elle m’a tendu sa joue, son parfum de femelle en rut m’a bouleversé. Là, j’ai tenté un rapprochement buccal et Lisa y a répondu. Une pelle d’enfer comme on m’avait jamais roulé !
Y’avait la bave, sa salive de salope parfumée à la fraise, y’avait son souffle, un souffle court et gémissant, y’avait son corps qui suivait le mouvement de sa bouche. Elle se frottait le cul sur le cuir du siège avant de l’Audi. Elle se frottait au point que quand je l’ai laissée, une trace de son foutre perdurait. L’humidité, son humidité désireuse restait gravée sur le cuir.


Cette femme, cette minette, cette chienne, cette folle, ben j’allais l’adorer.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mar 16 Oct - 22:00



«Lisa dessine des meubles le jour, travaille la nuit au chevet d’enfants malades, vient de quitter son fiancé, vit dans le studio prêté par sa mère en attendant le sien, danse pour la première fois devant moi au Bus Palladium et rentre dormir chez sa copine Alexandra...»

C’était bien assez pour que je lui roule une pelle dans la voiture, stationnée devant le 3 de la rue de Prony. Tout en réajustant sa robe et son minuscule string noir, Lisa m’a lancé du trottoir : «Appelle-moi demain !»

Ce matin-là, je peine à trouver le sommeil. Je vaque de ma couette au frigidaire. J’ai faim, je me tranche du saucisson, j’ai soif, je sors la vodka du congélo et finis le fond de bitter, je me relève pour aller pisser. J’allume au retour les informations que je ne parviens pas à suivre.
J’ai mal au ventre. Je bande dur. Je n’aurai jamais la patience d’attendre jusqu’à demain. Cette petite femelle me travaille trop. Ne t’inquiète pas Martin, elle a dit qu’elle te trouvait beau, et t’as vu comme elle frétillait sur le siège avant ?... Et puis demain, avec un peu de mauvaise foi, c’est déjà maintenant non ?...



— Ah oui, c’est toi ? Comment tu vas ?
— Très bien, je lui mens.
Elle a la voix toute engourdie des réveils contrariés. Elle tousse gras et pourtant je ne l’ai pas vue fumer au Bus. Je me sens con comme un escargot qui voit venir de loin un car sur l’autoroute. J’aurais pas dû appeler si vite.
Mais elle est libre ce soir et accepte que je l’invite à dîner. Le temps de rentrer chez elle, de régler deux ou trois trucs, de se préparer, et elle m’attend pour 21 heures 30, en bas de l’immeuble 24-26 rue Sainte-Foy, à Neuilly. Je ne suis donc pas invité à monter, mais tous les espoirs me restent permis.
Lisa n’est pas une allumeuse. Quand je repense à ce soir-là et à ceux qui suivirent, je ne regrette rien. Je n’échangerais contre rien au monde la place que j’occupais alors, tranquille au volant de mon Audi, sur le bateau du parking, rasé de près, confiant, parfumé Equipage, heureux et fier comme David après le coup du lance-pierre.

Je me dis qu’elle a tout délabré mon cœur, qu’en partant, elle a laissé un orphelin inconsolable, Popaul, qui fait triste figure, maintenant, recroquevillé au fond de mon caleçon. Mais si c’était à revivre, et même si on m’avait livré clef en main le mode d’emploi pour la séduire, l’aimer à la folie pour mieux la perdre, même si quelqu’un s’était donné la peine de me prévenir que j’allais souffrir autant, j’aurais attendu qu’elle débarque, tout sourire malgré ses vingt minutes de retard, sur le parking de la rue Sainte-Foy.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mar 16 Oct - 22:17

Nous avons vite pris l’habitude du 18-23, puisqu’elle n’émergeait pas avant 18 heures et qu’elle devait pointer à l’hôpital à 23 heures. Je disposais donc de cinq heures montre en main pour lui prouver quotidiennement que j’étais bien celui qu’elle attendait. Je l’entraînais partout, dans tous les coins de Paris qui selon moi valaient le détour. Elle était toujours très enjouée, mignonne et pétillante, en blanc, en bleu, en jupe, en jean’. Elle avait l’art d’assortir le sac Vuitton à la ceinture Prisu, la mini-jupe putain à la grande chemise bobo, les créoles rouge fluo au tailleur chic. Elle m’épatait. Elle dévorait tout ce qui tombait dans son assiette, elle mangeait vite, très vite, comme si elle avait manqué jusqu’alors. Elle dévorait et je craquais devant son appétit d’ogresse. Elle restait fine pourtant, à la limite de la cachexie.

J’exagère, Lisa était une belle petite femme, dodue là où il fallait avec des mollets ronds et des épaules ouatées et des fesses rebondies, mais son décolleté n’aurait pas mérité un gros plan dans Voici, et je pouvais compter ses côtes quand elle s’abandonnait, ses bras qui m’entouraient.
Elle appréciait le vin, qu’elle dégustait avec modération. En général, nous ne finissions pas la bouteille mais j’étais déjà complètement ivre lorsque sur le trajet de l’hôpital, elle posait sa tête sur mon épaule ou me glissait un bisou dans le cou. Parfois, elle caressait Popaul tandis que je conduisais et c’était presque trop quand elle l’enfournait dans sa bouche.

Une fois le portail de l’hôpital franchi, Lisa sautait de ma voiture et se réajustait sommairement : il fallait de toutes façons qu’elle se change, qu’elle enfile sa blouse blanche et se désinfecte les mains, avant de prendre en charge «ses p’tits enfants » gravement atteints.

Lisa aussi était gravement atteinte. Aie aie aie, j’ai l’air con, j’ai rien vu... Rien vu, rien entendu, j’ai laissé venir la vermine lui bouffer ses petites fesses dodues. Quand je me suis pointé à la morgue, j’ai bandé comme un âne sur son corps blanc.
Je me suis à peine opposé à la tragédie qui se nouait. Je l’ai aimée, c’est tout. Je me reproche aujourd’hui mon aveuglement de connard vaniteux et jaloux. Je me suis acharné à lui prouver que je l’aimais, j’ai sorti Popaul de mon caleçon d’un coup de baguette magique, j’ai fait ça bien, avec la poésie d’un David C. devant Claudia S. et dans ma tête ça suffisait.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mar 16 Oct - 22:24



A l'hôpital, Lisa ne travaillait que cinq nuit sur sept. Elle eût bientôt de nouveau ses deux jours de repos.
Week-end en mi-semaine, il n’était évidemment pas question qu’elle le passe sans moi.
D’autant que j’avais minutieusement organisé le périple de notre première vraie journée ensemble : grasse matinée chez elle, brunch dans un p’tit bistrot des bords de Seine, Delaunay à l’Orangerie, goûter chez Angelina rue de Rivoli, (je la voyais déjà saliver devant leur spécialité, le Mont-Blanc, mélange doux râpeux de crème fraîche et de crème de marron), peut-être les bouquinistes, puisque nous y étions et que je cherchais depuis plusieurs semaines l’édition originale de la «Princesse de Clèves».

Je collectionne les livres anciens, c’est une marotte comme une autre, même si mon copain Marc n’arrête pas de me charrier : «Les filles aussi, tu les préfères d’époque ? L’odeur de moisi t’inspirerait-elle ???». Je ne réponds pas —Marc est taxidermiste et ce serait trop facile....
Et pour finir (avant de conclure), dîner en amoureux : fallait absolument que je lui fasse connaître le Passific Palissade, un bar américain des Halles...

Nous en sommes resté au petit un : grasse matinée pendant deux jours, week-end au lit.

Liz oh ma Liz !... J’ai gardé une culotte de toi mais elle ne sent plus rien. Pourquoi existe-t-il des filles comme toi, amoureuses, bonnes et talentueuses ? Pourquoi ces talents-là semblent incompatibles avec la vie ? Ce premier week-end de liberté, nous n’avons pas quitté le studio et j’ai voyagé au-delà des mers, tu racontais de belles histoires, tu sortais d’un marasme que tu appelais la guerre, tu décrivais le souk, la famine et la boue, les mouches qui boivent jusqu’à l’eau des larmes des enfants... Un petit s’était éteint entre tes bras, malgré les soins dont tu l’entourais jour et nuit et tu disais, jamais, jamais plus ça. Médecin du Monde t’avait rapatriée dare dare. Il s’appelait Jud, deux ans.
Je croyais en moi.
J’ai misé dur de dur sur l’innocence d’un vrai premier amour.

Ormis Popaul, je disposais de peu d’armes, en tous cas pas de Kalaschnikoff, mais à mesure que le temps passait, que ma relation avec Lisa devenait plus évidente, je la sentais revivre. Ses yeux ne s’embuaient plus pour un oui, pour un non. Ce regard qui m’avait tant séduit, mais effrayé aussi, la nuit de notre première rencontre, elle s’en servait de moins en moins.

Nous faisions l’amour comme des bêtes. Sur le trajet vers l’hôpital, j’étais parfois obligé de m’arrêter. Sa cuisse grimpait le long de la mienne, celle du changement de vitesse, sa chatte bavait sur mon Levi’s. Je trouvais un bateau, m’y posais, et la conscience tranquille, Liz repartait dans ses délires. Léchait, salivait et buvait, comme si elle avait manqué jusqu’alors. Elle voulait tout immédiatement, ma queue au fin fond de sa gorge, ma queue entre ses seins, le sperme sur son visage, elle s’en badigeonnait, chaque explosion prenait allure de feux d’artifice. Encore, encore, bravo !... Applaudissait-elle avec l’enthousiasme d’une gamine sous un jet d’eau. Elle disait : «C’est la vie, c’est la VIE... TU M’ENTENDS....»
Elle disait préférer coller de sperme plutôt que de coller de sang.

Béat que j’étais, pour moi, la partie était toute gagnée. Pour preuve, j’ai très vite présenté Lisa à ma mère, un dimanche convenable, et comme je m’y attendais, ma mère l’a acceptée d’emblée. Ma mère est une femme d’exception. D’abord, elle est restée très belle, malgré ses 50 ans, surtout, elle m’aime sans condition, enfin, elle sent les gens de très loin. Ma mère n’a pas souffert pourtant. Mariée, maman, divorcée puis remariée, on dirait que la vie lui glisse sur les épaules comme la pluie sur les plumes d’un canard. Elle ne trimballe pas de rancœur, c’est une espèce de philosophe qui ne cesse de m’épater. En très bons termes avec papa, je ne l’ai jamais vue se fâcher avec Jean, mon beau-père. Elle sourit du matin au soir, de janvier à décembre, et sait même franchement rigoler aux endroits où d’autres pleureraient. Comme quand mon frère Arthur s’est entiché d’un travelo séropo, s’est fait avoir l’idiot... Ma mère a ri, d’un premier jet, puis s’est définitivement lâchée lorsque les examens sont revenus négatifs. Le dérapage !!! Mais ma mère a trouvé ça drôle, piquant, bien de notre temps. L’histoire est restée entre nous (mon père en aurait fait un infarctus). C’est vrai qu’elle s’est choisi des mecs à fric, qu’en passant de l’un à l’autre, elle n’a jamais manqué de rien. N’empêche, ma mère, elle est balaise.

Je lui ai présenté Lisa le jour de la sainte Simone (le prénom de ma mère), bien attifée, en blanc chicos, sensible, timide, pas arrogante, y’a pire dans le genre belle-fille. Et ma mère s’est trouvé l’instinct, immédiatement, de ne pas creuser plus loin. Elle n’a pas posé de questions, n’a pas demandé à Lisa ce qu’elle faisait dans la vie, l’a étourdie d’une foultitude d’inepties : les plats préférés de son fiston, ses p’tites manies («il se curait le nez entre quatre et six ans, le fait-il encore ? »)... J’avais les jetons j’avoue, à en pisser dans le froc. Lisa n’est pas un travesti mais je craignais que le débat ne se soulève, sur la guerre ou l’amour, le mariage, les enfants, trop de sujets tabous... Une ombre dans ses yeux et je quittais la salle. Je bossais comme un fou, depuis bientôt deux semaines, pour la ressusciter, cette fille qui pleurait de tout son corps mais sans verser une larme, qui n’était pas encore à moi, qui faisait comme si, mais.

Quel bonheur que cette journée-là, la sainte Simone chez ma mère ! Longtemps que je n’en avais pas croqué, du boudoir au champagne, de la pièce montée rutilante de crème... L’air de rien, Liz m’avait bien pincé, au point de me faire oublier ce royal train de vie qui était le mien, avant que nous nous rencontrions. Elle, c’était plutôt dans les rues de Barbès qu’elle se sentait le mieux, ou de la Goutte d’Or. Les effluves de safran, d’encens, de thé à la menthe, c’était une petite conne qui reniait ses origines. Un père haut fonctionnaire, une mère peintre, un frère inspecteur des impôts, l’autre ingénieur... N’empêche, c’est parmi la racaille qu’elle s’éclatait.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mer 17 Oct - 0:13




Une nuit qu’elle ne travaillait pas, j’ai cru devenir fou. Quand je suis rentré d’une réunion d’anciens (d’anciens première année de droit), Lisa n’était pas sous mes draps. Ses fringues dans la penderie, j’aurais pu me coucher peinard, mais non, j’avais besoin d’elle et pas de ses petites culottes. Il était deux heures du matin, j’ai ratissé la ville.
J’ai commencé par notre pote, l’Arabe d’en bas, (Lisa, malgré mes recommandations, parle à tout le monde) : «Oui, la petite jeune femme m’a acheté six canettes... Et un litre de whisky...»
— Pour aller où ?
— Je ne sais pas Missié, pour aller...
— POUR ALLER OU ? je crie
— Pardon Missié, je ne sais pas, je ne sais pas...

J’ai cent ans tout à coup. Mal au coeur, le tournis, mes potes avaient raison, trouve-toi une fille comme toi, «une fille comme moi » ?... j’suis quoi ?...
— Une fille de ton milieu, avec de bons parents.
— Lisa, son père ambassadeur, sa mère épouse d’ambassadeur, on peut faire mieux les gars ?...

Quand Lisa finit par rentrer, j’en étais déjà à ma sixième vodka. J’aurais pu lui faire la morale, cocu que j’étais sûrement, avec l’un de ses porte-jarretelles sur la tête.
Mais j’ai pas eu le courage. Elle est tombée, raide net, sa robe tachée, son haleine parfumée aux fruits, m’a dit tout simplement «Dodo». Je l’ai conduite jusqu’au lit.

A midi, un appel m’a tiré de ma couche, Lisa ronflait encore.
— Passe-moi la fille, j’ai entendu.
— La fille, elle dort et c’est pourquoi ?
— T’occupe, connard, m’a répondu le mal élevé...
et il a raccroché.

Bon, j’étais bien maintenant. Au jus de rien, que faisait donc ma poupée quand j’avais le dos tourné ?...
Fallait que j’appelle ma mère, sans aucun doute, mais ma mère m’aurait conseillé la prudence, elle est géniale mais tout de même… Je faisais quoi maintenant, nanti de ce petit lot si beau blotti au creux de notre lit ?...
On a baisé. J’ai quand même attendu midi trente avant de la réveiller.


Baiser, baiser, baiser... Elle me la prend c’est pas possible, comme si son truc et le mien, une fois emboîtés, devaient tout dévaster. J’ai jamais rien vu de pareil. Quand je me branche sur l’électricité de ses reins, je deviens Goldeneye dans toutes ses dimensions. Cette fille est une salope, une vraie de vraie avec les flingues, cette fille est une ordure, le cul, le con, les seins, la bouche, je passe d’une combinaison à l’autre, je dépasse le Stallone, le Schwartezeneger, le Gibson et le Willis... Je deviens tellement plus, quand elle me donne le droit de la chevaucher, bon Dieu, comme c’est puéril, je joue à quoi, je me demande pas, elle suce son pouce, elle suce ma queue, elle crie, elle aime, je lui rappelle son père, il chantait les chansons qu’elle me chante, elle pleure, sur la Clairefontaine, le Bon roi Dagobert et j’ai jamais vu ça, ces chansons-là sont celles d’un petit bébé.
D’un petit bébé qui supplie pour la sodomie. Qui veut, qui attend de moi. Je n’ai rien demandé. Je m’exécute. Elle m’offre son cul, elle a branché la vidéo.
Je la filme à quatre pattes. Elle veut la voir grossir, grossir. Le voisin sonne à cause du bruit. Elle veut celle du voisin aussi. Il n’y a pas de solution. Je filme d’une main, de l’autre, je malaxe ses seins, j’encule dans la foulée... Ma chérie pleure et je crains de la meurtrir. Elle attrape la poupée de Jud. Pas de bras, pas de jambes, la poupée de Jud a juste un ventre, une tête et des yeux expressifs.


Finalement, nous changeâmes nos plans. Plutôt que de passer, comme prévu, le 14 juillet à Fontainebleau chez ses parents, j’eus l’opportunité de lui proposer cinq jours de rêve dans un château du Périgord. J’appréhendais un peu, les parents de mon ami Marc nous ayant conviés, en plus de leurs relations, sous l’implicite condition de ne pas nous entendre. Je ne fréquentais Lisa que depuis trois semaines, je craignais le pire. Elle était vive et spontanée et sa perpétuelle bonne humeur, ses talents d’amoureuse et de conteuse, ses études de médecine et ses gardes d’infirmière, tout cela semblait trop beau. Comme une bombe à retardement attend le moment propice. Et son ex-mec, le-dit «fiancé», elle n’en parlait jamais. Pas plus que de ses «amis» qu’elle ne m’avait pas encore présentés. Cette fille restait l’énigme, vachement offerte, vachement gentille, mais qui m’échappait par moment, distante et étrangère. Son regard devenait cruel tout-à-coup, le phénomène était imprévisible. J’ajouterai que l’appel matinal du mal élevé me restait en travers de la gorge, Liz m’ayant rabroué d’un «T’occupe-pas !» définitif quand j’avais tenté de m’informer.

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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mer 17 Oct - 11:35



Pourtant, dès le premier jour, Lisa fut dans son élément : elle séduisit le châtelain sitôt les présentations faites et c’est là où tient l’art, sans offusquer ni la châtelaine ni moi. Au bord de la piscine, elle osa le string topless, malgré mes mises en garde, et aucune des autres femmes ni aucun des autres hommes ne parurent y attacher d’importance. Lisa était si naturelle, le moindre de ses gestes respirait tellement la jeunesse, la joie de vivre et l’innocence qu’elle fut admise d’emblée, dans ce cercle pourtant très fermé des «enfants de la pub».

Reconnaissant, je la baisais jusqu’à l’aube, multipliais les effets de style sur le plongeoir, palabrais de plus en plus tranquille, à mixer des cocktails-maison pour tous et lui badigeonner la crème sur la cambrure des reins.

Un détail cependant me perturbait durant le séjour, sans que pourtant je me permette de lui en parler : ses multiples prétextes pour sortir de table. Une tâche à laver d’urgence sur sa manche, un pipi —peut-être— mais combien de pipis faisait-elle par jour ? Et pourquoi justement pendant les repas ?...

J’avais déjà remarqué, entre Neuilly et Courbevoie, cette bizarre manie qu’elle avait de me laisser en plan, la fin de ma phrase en suspens, pour s’enfermer dans les toilettes ou la salle de bains. Toujours elle faisait couler l’eau, et revenait, fraîche et pimpante, aussi vite qu’elle était partie, pour me rassurer d’un baiser. Je n’osais pas la questionner. J’imaginais un problème de vessie capricieuse, étonnant chez une fille de cet âge, mais bon, elle ne s’expliquait pas et je n’aurais pour rien au monde voulu l’embarrasser.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mer 17 Oct - 11:46




Nous nous fréquentions depuis 27 jours lorsque j’appris qu’Alexandra s’appelait en fait Skander, celui-là même du téléphone. Elle dût m’avouer que oui, c’était un mec et pas une fille, qu’elle couchait avec lui avant de me rencontrer mais qu’elle avait rompu. J’aurais pas dû, je l’ai bousculée. L’appel du 18 juin me turlupinait grave et je suis souvent revenu dessus. Suffisamment pour qu’elle me crache ce que je ne voulais pas entendre. C’était fini, d’accord, mais son aveu m’a laminé.

Imaginer que le soir de notre rencontre s’était terminé entre ses bras à lui me laissait un sale arrière-goût à l’âme. Comme un benêt, je l’avais conduite jusqu’à son lit, j’avais préparé leur festin, et j’étais reparti guilleret, si fier de mon baiser volé !...

Cette nuit-là, je ne lui fis pas l’amour.

Puis la vie continua et notre histoire aussi.

Dès 17 h 30, je sonnais à sa porte, piaffant d’impatience, sur le gril, comme un frais nominé un soir de César.
Moqueuse, elle me faisait régulièrement remarquer que j’avais une demi-heure d’avance et tandis qu’elle se préparait, moi je la mattais. J’adorais la surprendre au réveil, ses longs cheveux en broussaille, le visage chiffonné de ces fausses nuits qu’elle passait à contre-temps. Sans maquillage, dans son tee-shirt Petit Bateau et culotte assortie, elle m’inspirait les pires fantasmes. Tout en savourant mes avances, Lisa se récriait : «Arrête ! je suis crado... Laisse-moi au moins me brosser les dents !» Mais moi, précisément, j’adorais ça, le parfum de sa peau si douce qu’une nuit de travail, suivie d’une sieste sous les toits, avait rendu plus lourd. Son animalité me montait aux narines et m’énivrait au point que je n’avais qu’une envie : la prendre.

Hélas, elle m’arrêtait, elle avait faim, légère, elle sautait d’un bond dans la salle de bain. En dix minutes, elle était prête. Le plus souvent, elle tressait ses cheveux ou les roulait en un souple chignon qui tombait sur sa nuque. Qu’elle avait l’air sage quand ses crayons et tubes de couleurs ne l’avaient pas encore métamorphosée en femme fatale aux yeux de chat !
Elle trottinait sur ses talons aiguilles, passait et repassait devant moi, pour ajouter un petit quelque chose, un ruban, un collier, puis, lorsque le reflet de son miroir lui donnait entière satisfaction, elle me lançait : «On y va ?» et nous partions.

Toute la journée, je me creusais la cervelle pour lui trouver un bistrot original, encore plus gai que celui de la veille. Lisa était toujours contente. J’avais l’impression d’être le premier, que jamais, au grand jamais, elle n’avait profité de tant de sollicitude, et quand nous franchissions le seuil du Banana Café ou du Bar des Artistes, elle était tellement belle, une véritable star sur ses talons aiguilles, moi qui suivait derrière en toute humilité, j’avais le sentiment de vivre, enfin. Me revenaient certains détails de notre dernière étreinte. La gaule me tombait dessus comme ça, j’étais trop fier, trop beau, j’avais trop de chance.

L’amour est un poison qui tue doucement. L’amour est un alcool dont il ne faut pas abuser.
Je me demandais pourquoi son ex ne l’avait pas gardée. Je me demandais ce que foutait son ex dans mes pensées.

Certains soirs, nous sortions avec mes amis. Jamais Lisa ne présentait les siens. Frustrant mais elle s’en défendait : ils lui rappelaient trop l’Autre. L’époque révolue, elle ne voulait pas d’ombre sur sa nouvelle histoire.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mer 17 Oct - 15:13



Un après-midi pourtant, alors qu’elle venait d’arrêter ses gardes, elle m’ouvrit brutalement la porte de son studio. Fin prête et impeccable, son joli visage m’a paru étrangement crispé. Les fossettes avaient disparu, à la place un drôle de rictus. Les sourcils froncés, Liz s’agitait de droite à gauche à la recherche d’un objet qu’elle ne trouvait pas. Elle se sentait moche aujourd’hui et c’est vrai qu’elle avait mauvaise mine. Elle essaya un foulard rouge et le jeta rageusement par terre, en attrapa un blanc qui subit le même sort. Ses gestes avaient perdu toute grâce tant elle était nerveuse et même sa voix, d’habitude si chantante, hâchait les mots des phrases qu’elle ne finissait pas.
«Tu voulais connaître mes amis ? m’a-t-elle lancé avec des intonations de mec, alors viens, je t'emmène…..».

Avec ce beau soleil, j’aurais largement préféré l’initier aux senteurs des roses de Bagatelle, mais son air décidé n’acceptait aucune discussion et j’avoue de surcroît qu’il était enfin temps que j’entre dans son univers.

Lorsque je voulus lui flatter la croupe, adorablement moulée dans son jean’, elle s’esquiva et me jeta un regard noir. Sans comprendre, mais surtout sans rien dire, je la suivis dans l’ascenseur. Elle me menait place d’Italie, à l’opposé de son quartier.

La demi-heure de route, Lisa s’est tenue très droite, muette, les yeux rivés sur le pare-brise, les genoux serrés, le sac collé contre son ventre, telle une dame patronnesse assise en face de Dieu. Je l’observais du coin de l’oeil sans la reconnaître. Arrivés à l’adresse indiquée, une HLM minable, elle me traîna dans un dédale de couloirs pour aboutir devant une porte crasseuse. Une étrange odeur s’exhalait des murs, mélange de graillon et de cette substance que je l’avais déjà vue fumer et qu’on appelle marijuana. Bien sûr, je connaissais, vaguement. Comme tout jeune homme de ma génération, j’avais quelquefois tiré sur un joint, sans y trouver d’ailleurs le moindre intérêt et elle-même me passait son pétard quand d’aventure, devant le film du soir, Liz en allumait un. Pour ne pas la blesser, j’aspirais une taffe et lui rendais aussitôt l’engin. Malgré la magie de notre relation, le résultat sur moi restait le même, c’est-à-dire nul. Mais j’avais remarqué qu’elle s’alanguissait sous l’effet du toxique, son corps que j’aimais musclé et vif devenait paresseux et docile, elle se mettait à ronronner comme une chatte affectueuse et semblait ressentir puissance dix le moindre de mes attouchements. Le plus souvent, j’avoue, Lisa me faisait l’amour, elle prenait les initiatives, c’est pourquoi je savourais avec un infini plaisir ces rares instants privilégiés où elle me laissait la conduire.

La porte s’ouvrit sur un grand black qui ne me dit même pas bonjour. Putain, la claque ! : ils étaient une quinzaine, vautrés dans moins de dix mètre-carrés, que dis-je vautrés, empilés les uns sur les autres, blancs comme noirs, sur des matelas pourris. Ca puait pas possible, le tush, la sueur, le sperme et la naphtaline ... Mon papillon dans le guetto !!! Ils planaient les uns sur les autres mais se connaissaient-ils seulement ? L’odeur perçue de l’extérieur me prenait à la gorge. Des volutes de fumée bleue assombrissaient la pièce faiblement éclairée au néon. Ma princesse se sentait déjà mieux. Elle venait d’appliquer deux gros baisers sonores sur les joues du molosse de l’entrée, le maître de céans, probablement, et pour la première fois depuis l’heure de notre rendez-vous, je la vis sourire. Sans me présenter —j’appris plus tard que ça ne se faisait pas— Liz tira sur le pétard qui tournait puis m’abandonna pour foncer dans le réduit qui faisait office de cuisine. Je n’osai pas la suivre et m’assis, parmi les autres, essayant de cacher ma stupeur sous une mine de circonstance, (défaite). Aussi eus-je droit au joint et faillis me trahir en toussant tant il était corsé.

Quelques minutes plus tard, Liz réapparaissait. Ma Liz. Elle avait remis son regard pétillant et ses fossettes et sautillait, gracieuse .
«Tu viens ?» me dit-elle en m’entraînant vers la porte, non sans avoir une fois de plus embrassé de toute sa bouche (très près des lèvres) les joues du molosse de l’entrée.
A l’air libre, je respirai un grand coup. Ouf ! Quelle expédition !!! Mon cerveau éclatait sous les interrogations : Qui étaient ces types ?... Où les avait-elle rencontrés ?... Depuis quand les connaissait-elle ? Venait-elle souvent ici, avant moi, avec son fiancé ? Et depuis-moi, y était-elle revenue ? Skander faisait-il partie de la troupe ? Etait-ce ce grand black, qu’elle avait embrassé quatre fois, presque sur la bouche ?...

Lisa marchait devant moi sur le boulevard Vincent Auriol, dansait quasi. En filigrane, tandis que son cul se balançait sous mes yeux, défilaient de gros titres : « Assassinat en plein Paris, il n’a pas supporté l’idée de la perdre, il a choppé trente ans, dont trois avec sursis... Tout petit déjà, il crevait les tympans des libellules...»
J’aurais bien tué Lisa, ce soir-là. Je l’aurais attrapée par derrière, mes bras n’auraient fait qu’un tour de sa taille, je lui aurais sucé les lèvres une dernière fois avant de la précipiter dans la Seine. Ou j’aurais subrepticement remplacé ma bite par un canon de silencieux, elle n’y aurait vu que du feu, partie comme elle était et j’aurais tranquillement déchargé dans sa bouche, sa cervelle de salope aurait éclaté sur le macadam...
Je deviens vulgaire, pardon. C’est la faute à Lisa. C’est Satan cette fille-là.

Elle marchait devant moi, dansait presque, et je voyais rouler ses hanches. J’avais envie de la baiser terrible mais je voulais parler avant, l’interroger. Le mètre de distance qu’elle mettait entre nous, je me devais de le respecter. Peut-être ne m’aurait-elle pas répondu.

Assis à côté d’elle sur le chemin du retour, je restais silencieux, cherchant mes mots, je me creusais pour l’interrompre. Il me fallait une phrase béton, une entrée en matière démente. Obélix me revenait : «Es-tu tombée là-dedans petite ?» Mais Dolto me réprimandait : avec les jeunes enfants, il faut parler sincère : «Liz, Liz, je t’aime. Rassure-toi, je suis là. Rassure-toi ma Lisa, ce sont tous des pourris mais moi je t’aime quand même...»
Liz avait retrouvé sa verve. Elle babillait, riait, à en postillonner sur mon pare-brise :
— Tu aurais vu ta tête !... Tu étais si drôle !!! Bon, on est allés chez un dealer, DEALER, tu as déjà entendu parler ??? ... Qu’est-ce-qu’il fait beau ! Si tu m’emmenais dans l’Ile de la Jatte, j’ai vu qu’il y avait un petit restau avec une foire à la brocante, ça te dit pas ?... Allez... Remets-toi, t’es tout blanc !... C’est toujours ici que je vais quand je n’ai plus de tush. Tush, ça veut dire sheet, ou hasch, comme tu veux... Ils ont l’air comme ça, un peu fiers, un peu distants, mais ils sont très gentils, très pacifiques, surtout Badou, tu vois qui c’est ?... Le grand black avec une couette. Et encore, là, c’est du luxe comme piaule. Des fois, ils n’ont même pas de vrais murs, pas d’électricité. Ca s’appelle des squatts... C’est ton premier squatt ou je rêve ?... Et tu connais Paris depuis quand ???
Depuis ma naissance, j’ai envie de répondre (mais j’ai peur d’aboyer)... Et je vis très bien sans squatts, merci.
Lisa n’a pas besoin de réponse, elle continue toute seule et je pourrais sortir de la voiture qu’elle ne s’en rendrait pas même compte :
— Les squatts, c’est le coeur de Paris... Tu sais, cette capitale est maintenant pleine de vieux, au centre surtout... Mais par bonheur, il existe encore des endroits où les jeunes se regroupent, se rencontrent, dansent et fument et s’éclatent faute de refaire le monde... Les raves, c’est bien aussi... Je t’initierai si tu veux.
Merci cocotte un autre jour, je pense en dedans, tout en évitant de justesse un taxi qui braque sous mon nez. Merci, j’ai eu mon compte ! Un autre jour, peut-être, mais là, vois-tu, splendide trophée de ma dernière virée au Bus, j’ai besoin de digérer... Pacifiques, pacifiques.. Des mollusques ouais !... Le regard blanc des poissons morts, le corps avachi des poupées de son, presque pas un mot échangé, juste ce joint à partager... Et la béatitude ! Tu parles d’une béatitude ! De pauvres types complètement frappés, complètement partis, des âmes anesthésiées dans des corps bons à rien...
Heureusement que ma poupée ne consommait pas tant ! L’imaginer un seul instant dans ce même état de léthargie me glaçait le sang. Mais depuis que je la fréquentais, quasiment tous les jours, jamais Lisa ne s’était laissée aller ainsi devant moi, sauf peut-être tard la nuit, entre la fin du cinéma de minuit et sa douche prénuptiale.

Quelque chose m’échappait : si j’arrivais à me convaincre qu’elle n’avait rien à voir avec ces toxicos —son regard pétillait trop— cette rapide expédition l’avait brutalement transformée : à cran avant, charmante après, avait-elle à ce point besoin de se ressourcer auprès de ses amis les plus intimes ? Pourtant, à part Badou et deux ou trois autres clampins, j’aurais juré qu’elle ne connaissait pas les occupants de ce taudis.
Je la collais trop ? Notre amour, mon amour, lui pesait-il ?... Cet impérieux besoin de courir dans le treizième me taraudait l’esprit. La faute à son ex sans nulle doute. Elle aurait rejoint là-bas quelqu’un qui lui aurait parlé de lui ?... Et c’était pour me préserver qu’elle avait préféré s’isoler dans la cuisine avec le grand black ??? Confidences dont j’étais exclu. Le prétexte du sheet ne légitimait pas chez Liz un tel changement d’humeur. Plus j’y pensais et plus je flairais l’autre type là-dessous. A force de me suggestionner, je devenais bel et bien jaloux. Jaloux à mort.

Tandis que je ruminais en traversant Paris, Lisa monologuait, commentant tout ce qu’elle voyait. Elle avait poussé la musique à fond, enlevé ses sandales et posé ses pieds nus sur le tableau de bord. J’aime les orteils de Liz qui ressemblent à des coquillages, son petit dernier surtout me tire parfois les larmes. Ainsi, les genoux pliés, les jambes un peu ouvertes, elle était provocante à souhait et le savait. S’amusait à des poses dont elle avait le secret et rigolait de la réaction des conducteurs que nous croisions. Je ne suis qu’un homme, c’était torride.

Son babillage charmant et le pervers mouvement de ses cuisses parvinrent à dissiper (momentanément) mes inquiétudes. Une vague de désir m’envahit, tornade insurmontable. Je garai l’Audi sous un porche. Visiblement, Lisa n’attendait que ça. Dès mes premières caresses, s’envolait bruyamment, haletante d’emblée sous mes premiers baisers : «Prends-moi, prends-moi, prends-moi !». Malgré l’exiguité des lieux et de son jean’, je parvins non sans mal à la déshabiller. A l’humidité localisée de son slip, heureusement choisi en dentelle blanche un peu flottante, je compris qu’elle s’était démarré son ciné érotique avant moi. Bon Dieu qu’elle était bonne, le tee-shirt retroussé jusque sous les bras, le jean’ descendu à mi-cuisses, son cul rebondi à peine relié au fauteuil de cuir, en équilibre grâce aux jambes relevées qu’elle avait coincées contre le pare-brise. Equilibre instable qui ne lui permettait plus le moindre mouvement. Ainsi offerte, dégoulinante, la tête rejetée en arrière, les reins cambrés, le torse bombé duquel pointaient les fleurs brunes de ses seins, je lui aurais tout pardonné.
Inutile de la tuer, elle pouvait encore largement servir.

— J’ai faim ! dit-elle en se reboutonnant.
Ca tombait bien, je connaissais un bon Chinois dans le quartier.

Joues en feu, lèvres brûlées de baisers, trempés de sueur et anéantis, nous entrâmes, titubants mais vainqueurs, dans cet enclos dépaysant, soieries chatoyantes sur les murs, tables dressées au millimètre, justement espacées, diligence d’un serveur col mao, anonyme quidam qui prend notre commande avec servilité. Il se plie, j’en ai honte, comme si le sol carrelé était couvert de pièces d’or. Je pense à sa ceinture Gibaud tandis que Liz choisit l’exceptionnel, le shing-sang en entrée, le ma-jin’ pour suivre, riz cantonnais bien sûr, l’ailette de dauphin blanc parfumée aux airelles... Elle s’essaie aux baguettes et les plats s’accumulent, elle picore et se sert de sa langue pour essuyer ses doigts, boit le saké cul sec.
La nuit se présente bien, je la sens amoureuse, Lisa me travaille les chevilles sous la table, je sens les coquillages me lustrer les chaussures.

J’allais enfin me détendre sur le chemin du retour lorsqu’elle me cria soudain :
— Gare-toi, gare-toi, je t’en supplie !
Habitué à ses frasques, je m’exécutai. Ma chérie s’éjecta de l’Audi tel Batman de sa Batmobile, se planqua derrière un arbre. Alarmé, je la suivis. A peine me vit-elle qu’elle hurla :
—Va-t’en ! Retourne à la voiture ! Laisse-moi, c’est fini...
Elle vomissait en jets brutaux, toussait et s’étouffait.
Dix secondes plus tard, la voilà qui revenait, pâlotte mais tout sourire.
— Ouf, je me sens mieux... On va chez toi ? Chez moi ?

Tranquille et saine comme si elle me montrait la grande ourse.
J’eus tout-à-coup eu peur de l’avoir encloquée.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Jeu 18 Oct - 14:33





Un soir, Lisa me prévint que sa mère souhaitait récupérer le studio de Neuilly. Elle devait le libérer le plus rapidement possible et sans mon frère, je me serais fait un plaisir de l’installer chez moi.
Mais Arthur, qui suivait les cours d’une grande école de commerce dans le Sud, allait et venait au gré de ses permissions, et je ne voulais pas lui imposer d’intrus. On avait loué ensemble et les pièces rapportées n’étaient pas prévues sur le bail.

Pour Lisa, pas de problème : son ex proposait de lui rendre leur deux pièces le temps de ses vacances. Dès le 31 juillet et jusqu’au 10 septembre, elle pouvait s’y réinstaller. Ensuite, viendrait sûrement une réponse positive des HLM de la Ville de Paris.

ELLE N’EN DOUTAIT PAS.

Quand j’y pense aujourd’hui, je réalise que j’ai commis-là ma première grave erreur. Il s’agirait de remonter le temps, j’aurais pris mon frangin entre quatre yeux :
— Tu vois cette p’tite nana ? Ouais la minette qui roule des fesses et bouffe salement avec les doigts, présentement assise sur le canapé qui est aussi ton lit, eh ben tu vois, je l’aime à la folie alors faut pas me faire chier. Soit tu l’acceptes et on reste frères, soit t’en veux pas et tu dégages !

J’ai manqué de clairvoyance parce que je suis un nul.

Le week-end de son déménagement, je devais rejoindre mon père en Normandie, pour une réunion de famille à laquelle il m’était impossible d’échapper.

Je vois peu mon père, depuis qu’il a convolé en secondes noces avec une jeunesse de 25 ans sa cadette.
J’ai hérité d’un demi-frère, Jules-Edouard, qui, à deux ans et demi, parle couramment le franglais et sait décortiquer le crabe à la pincette.

Ma belle-mère est issue de la haute aristocratie Hongroise, elle descend tout droit des Habsbourg et de son piédestal de mannequin vedette chez Elite. Je la trouve snob et froide, je la trouve même odieuse toucour.

Typiquement le genre d’épouse dont je ne voudrais pour rien au monde. Mon père la couvre de son pognon de concessionnaire Ferrari, crâne à son bras en société, se ridiculise en permanence. Il a beaucoup changé en quelques années, depuis qu’il a récupéré 80% des parts de la concession.

Il joue en bourse, investit dans la pierre, s’enrichit très probablement puisqu’il vient de s’offrir un hôtel particulier de dix pièces sur le boulevard Bineau. Je ne suis pas au jus des transactions. Qui s’est servi de l’autre ? Et qui gruge l’autre, au bout du compte ?

Lorsqu’elle est là lorsque mon père m’invite, Sophie-Marie trimballe de pièce en pièce sa morgue d’arriviste arrivée, sonne la bonne, demande à ce qu’on me serve le thé. A sept heures du matin, comme à huit heures du soir, faut que Betty me propose sa carte des thés… Et j’ai pas le droit de fumer, les cendriers relégués au rang de décorations signées des plus grands.
Impeccable jusqu’au bout de ses ongles manucurés, Sophie-Marie tient sa tête hautaine droite, le chignon empesé, l’œil dur, le menton légèrement avancé, les épaules bloquées sur leur cintre intérieur. Elle me toise puis me salue du chef, sonne Nanny pour qu’elle descende mon plus jeune frère de ses appartements, s’éclipse pour ne plus revenir. Je me brûle la gorge avec le thé, remercie Nanny, joue quelque peu mais sans réellement m’amuser. Ce gosse est constipé, ne ressemble à rien de ce que je crois connaître des enfants en bas âge. A moi, il ne parle pas, ni anglais, ni français. Il reste poliment assis à côté de moi, à peine s’il me regarde effectuer les tours de magie que j’ai pourtant répétés en vue de notre prochaine confrontation. Mon père tarde à me secourir. Le silence de Jules-Edouard devient glacial, je me sens fin, affublé de mon nez rouge, l’envie d’en griller une me taraude, mes mimiques se figent peu à peu, ma voix s’enroue, partir.

Y’a que deux qualités que je reconnaisse à ma belle-mère : grâce à elle, mon père a arrêté de fumer net. Balaise tout de même, depuis trente ans qu’il s’envoyait ses deux paquets-jour, Simone n’ayant jamais pu obtenir de lui une si belle preuve d’amour. Grâce à elle, mon père m’a lâché grave. Pour se débarrasser de moi et se construire une nouvelle vie plus fun, plus smart, plus people, il allonge les billets sans même que je le lui demande. Il me verse une pension de 15 000 francs mensuels que j’accepte sans scrupules. Si ce geste le déculpabilise et me permet de flamber avec mes potes, pourquoi m’y opposer ?

C’est de la santé publique puisque je m’en porte bien et que lui rajeunit tous les jours. Il me prête sa vieille caisse sans condition, puisqu’il roule maintenant en Ferrari et que son triple garage héberge aussi une Porsche et une Aston Martin DB7 Vantage. Et j’ai la paix pour mes études. Je redouble ma première année de droit les doigts dans les narines, sans le moindre effort. J’ai tout le temps de m’y mettre, je suis «privilégié». J’assume parfaitement mon très récent statut de fils à papa sans me soucier de l’avenir. Quand je vivais chez maman, fallait faire attention à tout, éteindre les lumières quand on sortait d’une pièce, par exemple. Mon beau-père y veillait. Maintenant, je prends exemple sur mon père, je me calque, je me clône, l’argent entraîne l’argent, j’éteins plus rien (ça porte bonheur), à l’exception du feu au cul de Lisa.




Fallait que je m’y rende, à ce rendez-vous en Normandie.

Il y a des codes, j’ai pas mes tunes si j’y déroge. Mon père, faut pas le contrarier, ou il se remet à fumer. Je m’en voudrais trop !

J’ai aidé ma poupée à remballer ses quelques frusques, son minimum vital qui s’éparpillait dans le studio de sa mère. Mais sitôt son baluchon déposé au 5 de la rue des Saules, je suis remonté dans mon Audi le gosier sec.

J’avais longuement pelotée Lisa devant l’ascenseur et la trique m’encombrait. Dieu que cette fille m’excitait ! L’idée de ne pas pouvoir la respirer, caresser sa peau, manger ses lèvres ni pénétrer son ventre pendant quarante-huit heures me rendait dingue. J’avais l’intime conviction qu’il ne fallait pas que je parte, qu’il ne fallait pas que je la laisse se réinstaller dans cet endroit si riche de souvenirs et qu’elle n’avait plus revu depuis son départ.

Lisa, en revanche, n’appréhendait pas. Elle semblait contente, au contraire, de réintégrer un appartement plus spacieux, plus agréable à vivre que le studio de Neuilly parce qu’aéré et qu’elle avait choisi, meublé et décoré avec amour.

Elle avait dessiné des fresques sur le mur du salon, posé du papier peint dans la cuisine et les toilettes (plafond compris), tendu du tissu dans la chambre et agraffé le galon autour.
Elle y avait ses habitudes et la quasi totalité de ses affaires. Elle était même drôlement joyeuse en bas de l’immeuble, elle frétillait.

Reconnaissait l’Arabe de l’angle et la boulangerie du carrefour, retrouvait la file de motos stationnées devant le Bar des Amis, ces engins cumulés qui la terrorisaient lorsqu’elle rentrait passé minuit.
Ce jour-là, au contraire, leur présence familière la rassurait. Même l’odeur de ce petit quartier de Montmartre n’avait rien à voir avec les parfums de Neuilly. Pourtant, elle avait eu un certain mal à s’habituer à ces trottoirs crottés, ces caniveaux bondés, ces quelque trois immuables clochards affalés devant le soupirail de la boulangerie. Un jour, l’un d’eux lui avait tendu un Tampax usagé en rigolant de toute sa bouche édentée. Elle m’avait raconté combien ce geste l’avait dégoûtée. Et ses hauts-le-cœur de femme en cloque, sur le trajet de la Fac où elle suivait ses cours, à quinze minutes de là.

Supplice de chaque matin pendant dix semaines puisque cette grossesse n’avait pas duré davantage. Son ex n’en voulait pas, du fruit de leurs amours, elle l’avait donc giclé. A tout juste vingt ans : «Un beau cadeau d’anniversaire ! Ca, pour le coup, il m’a gâtée…» m’avait-elle lancée ironique. Elle se sentait d’autant plus fine en racontant l’histoire qu’elle ne s’était rendue compte de rien… «C’est fort, pour une troisième année de médecine, tu ne trouves pas ?» Elle passait à l’époque ses partiels de février et mettait sa nervosité, sa fatigue et ses gerbes impromptues sur le compte du stress itératif des épreuves bi-hebdomadaires.

C’est la réaction spontanée de sa mère, au téléphone, qui lui mit la puce à l’oreille :
— Tu dis que tu vomis tout le temps ?... Et tu n’as pas de retard ?
— Si, une quinzaine de jours, mais tu sais, avec les examens, c’est classique.
— Fais un test quand même, je te l’offre, je ne serais pas étonnée du résultat...
Je n’eus pas d’autre détail sur le sujet, mais je me demandais pourquoi il venait me tarauder, tandis que je m’éloignais de Lisa, avec la gaule et une sale appréhension.

Lorsque je l’appelai, le lendemain soir, son ton agacé confirma mes craintes.

Je la dérangeais : elle bossait (elle bossait ?). Elle avait retrouvé ses polys et se souvenait de ses partiels de septembre, des examens en retard à cause de la grève : «Mais oui, la grève des toubibs, au début du printemps... On a refusé l’internat obligatoire, on s’est révolté, et du coup, les partiels de juin ont été reportés en septembre. J’ai un taf de folie !»

Moi qui avais patienté toute la journée pour entendre sa voix, obligé de paraître devant une sombre famille —MA famille— l’idéal fils de son père, bien élevé, serviable, discret, courtois... alors que je n’avais qu’une envie : sauter dans ma voiture pour la rejoindre... Voilà que je balbutiais : «Ici, il fait un temps du tonnerre !» A l’instant si ému et tout à coup si vide. Bloqué. Idiot. Elle raccrocha et elle n’avait rien dit. Enfin, rien de tout ce qu’elle aurait pu dire pour satisfaire mon impatience. Au contraire, j’avais hâte que cette mascarade familiale prenne fin pour de nouveau la respirer, retrouver la Lisa que j’aimais, toute à moi et toujours pour moi si jolie, si sexy, si d’accord.

Les dernières heures qui me séparèrent d’elle furent un calvaire. J’envisageais le pire.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Ven 19 Oct - 23:18




Pourtant, lorsqu’elle ouvrit la porte de son petit deux-pièces, j’avais une demi-heure d’avance et elle, une superbe robe noire divinement moulante sous son tablier blanc de soubrette. Elle finissait de préparer le poulet aux olives et l’appart embaumait le thym, le laurier et le vin blanc. Elle passait et repassait devant moi, souriante, trottinant dans ses mules à talons qui claquaient sur le parquet ancien, déposait avec grâce les apéricubs, puis le saucisson tranché, puis les pistaches, sur le tronc d’arbre qui faisait office de table basse, m’invitant à m’asseoir sur le canapé. Au fait, je voulais boire quoi ? Je restais coi, béat d’admiration.

Je décidai de la suivre dans la cuisine, toute en longueur avec un angle aigu. Nous avions peine à tenir à deux dans le sens de la largeur et j’en profitai pour toucher ses fesses, d’instinct, tandis qu’elle me tournait le dos, bloquée devant la cuisinière. Je remarquai qu’elle n’avait pas de culotte mais senti la démarcation de ses bas arriver très haut sur ses cuisses. Au brutal recul de son cul vers moi, juste à hauteur de mon bas-ventre, aux mouvements de bassin qu’elle entreprit alors, exposant le plus possible son sexe à ma bosse en jean’, je compris qu’il était temps de visiter sa chambre.



Je passai trois jours sans la revoir. Le lendemain de nos retrouvailles, Lisa m’appela pour annuler notre rendez-vous du soir.

Surchargée de boulot, elle n’avait pas fini le programme qu’elle s’était fixé. Elle parlait vite, presqu’essoufflée :
— Désolée, comprends-moi, je n’ai plus que 28 jours et je ne maîtrise RIEN ! Sois patient, je préfèrerais sortir m’amuser avec toi, j’en ai au moins jusqu’à minuit, peut-être davantage... Ces partiels me prennent la tête, il FAUT que je les bosse !....
Déconfit, je raccrochai, sans même avoir eu le temps de lui placer un mot d’amour.
Le lendemain, Lisa me tînt le même discours.
Le surlendemain, sans nouvelles à minuit, je décidai de foncer directement chez elle.

Elle ne parut pas surprise, plutôt contente. En tee-shirt et socquettes, peut-être même les cheveux sales, je la désirai instantanément mais n’osai la brusquer, trop soulagé qu’elle ait daigné m’ouvrir sa porte. Je la suivis jusqu’à sa chambre et remarquai au passage la vaisselle sale qui s’empilait dans l’évier, les croûtes de fromage, les miettes de pain et les écorces de noix qui trainaient sur la table de la cuisine. Le tapis du salon était encombré de bouquins et de documents couverts de gros titres : «endocrino», «ORL», «gynéco-obs»... Sa valise n’avait même pas été ouverte et trônait à l’endroit où elle l’avait posée en s’installant.

Lisa ne m’avait pas habitué à ce personnage d’intello, trois jours qu’elle n’était pas sortie ou à peine, pour l’essentiel, c’est-à-dire le pain et le cola, trois jours qu’elle planchait, électrique :
— Je n’aurai pas le temps ! J’aurais dû m’y mettre plus tôt ! Je suis complètement folle ! On ne m’y reprendra plus !....
Elle criait plus qu’elle ne parlait, en agitant vivement les bras. Chaque fois, le tee-shirt remontait un peu plus haut sur ses cuisses.
— Non mais regarde ! Me prenait-elle à témoin, regarde comme c’est dingue : je dois avoir ingurgité TOUT CA dans trois jours !
Elle désignait son bureau d’architecte, dans un angle de la chambre, et j’énumérais mentalement : un traité de physiologie, un polycopié d’anatomie, son cours du lundi 3 février, un autre bouquin d’anatomie, des schémas, des crayons de couleur... Convaincant !
Je passais du bureau à ses yeux, elle attendait un encouragement, une petite phrase de consolation. Soudain muette, Lisa me regardait interrogative, prête à sangloter.
Je la pris dans mes bras, l’allongeai sur son lit (d’ex-fiancée), la déshabillai (ce fut vite fait), et me mis à la caresser doucement à travers les draps ramenés sur son joli corps. Lisa ferma les yeux et accepta ma main sur son ventre, ses seins, ses genoux, ses cuisses qui se séparèrent, étirant le drap de chaque côté. Je savais que son sexe était sous la tente, ouvert, et qu’il me suffisait d’un geste pour l’avoir.

Nous finîmes la nuit devant des vidéo-clips chez mon copain Frédo, à Montreuil, son berger Allemand Spirou à nos pieds. Frédo est mon pote le plus ancien, nous nous sommes connus au collège sans jamais nous perdre de vue. Il suit à présent des études d’architecte, sa bonhommie est caricaturale, vaguement grassouillet, il rigole tout le temps, même si son humour, avouons-le, n’est pas toujours du plus fin. Lui et moi, c’est un peu Laurel et Hardy, mais Lisa apprécie sa compagnie et Fredo le lui rend bien.
Vétue de blanc, du noeud de ses cheveux aux ballerines, d’un jupon flou et d’un bustier qui moulait ses seins, elle était particulièrement sublime, l’oeil vif et tendre, à rire de rien. Lisa est bon public, même les pires vannes de Fredo déclenchent chez elle des fous rires à n’en plus finir. Encouragé, lui biche et en rajoute, il devient de plus en plus nul, donc de plus en plus comique et je m’y mets aussi et nos gloussements rebondissent sur le crépi des murs qui entourent le jardinet de Frédo. Quand Spirou se joint à nous, en remuant la queue de joie, ça vire à la cacophonie ici (pauvres voisins !)

Heureux de mon initiative, je me félicitais d’avoir trouvé le culot de la surprendre, de lui faire l’amour, de la sortir plus tard que l’aube. Ma poupée avait très nettement besoin de se détendre.... Moi aussi, du reste.
Lorsque nous rentrâmes rue des Saules, grisé par l’escapade et l’alcool de poire, je n’eus pas la patience d’attendre le troisième étage. Entre le premier et le second, je la troussai d’un geste et la pris en levrette, sans aucune difficulté tant elle le désirait, malgré l’inconfort du colimaçon de bois.
La cire et nos odeurs ensemble mélangées, la peur à tout instant d’être surpris, son jupon retroussé et le spectacle de ma pine qui entrait et sortait, vu de haut, entre ses fesses, l’ensemble me galvanisait. Trois jours sans elle et c’était trop. Trop de retard à rattraper, trop de désir à décontenir. Trois jours sans elle et je n’étais plus qu’un pauvre loco, pantelant, à vif, ma sève me remontait jusqu’à la gorge, je sentais chacun de mes poils se hérisser, brûler ma peau, un écorché j’étais, la labourer me faisait presque mal, de plus en plus mal, jusqu’à l’éclaboussure finale, le feu d’artifice, l’orgasme magnifique, le liquide chaud qui soudain giclait dans Lisa, la fulgurance, la délivrance.

Il nous fut difficile d’atteindre le lit, surtout, d’entrer la clef dans la serrure, mais nous y parvinmes, rompus.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Ven 19 Oct - 23:32




Je décidai de lui faire lâcher ses bouquins l'espace de quelques jours. Mes arguments ?
— Oh, oh, pour le quinze août, tu peux bien t'arrêter un peu, non ? Ca te dit pas, de retourner chez le châtelain ? Marc nous y invite de nouveau... Allez, allez, le Périgord, ça ne se refuse pas !!! Souviens-toi, la piscine ensoleillée, les cocktails, la fiesta sous la lune, le foie gras, les croûtons, nos fous rires !!! Et le luxe... Me dis pas que t'aimes pas en croquer, du luxe, les tentures dix-huitième, la salle de bain en marbre, le lit à baldaquin !!! Ca ne se refuse pas !
Je sus la convaincre : Lisa finit par accepter, au détail près qu’elle ne me rejoindrai pas avant dimanche. Il fallait qu’elle s’avale encore quelques polys avant de s’accorder un break :
— J'en profiterai mieux la conscience tranquille..., s'expliqua-t-elle. Marché conclu ! je l’attendrai là-bas et viendrai la cueillir à la gare.

Sur le quai à 20 h 45, je récupérai une Lisa boudeuse. J’étais avec Marc, elle le salua à peine. Pour moi, un rapide baiser. Sitôt assise à l’arrière de la voiture, son bagage dans le coffre, elle s’exclama :
— C’est quoi «ça» ?
— Ben c’est Spirou, tu ne le reconnais pas ?
— Oui, j’ai bien vu... Mais que fiche-t-il là ?
— Frédo ne pouvait pas l’emmener à Tanger, alors il me l’a confié. On s’entend bien tous les deux, pas vrai Spirou ?
— Ouarf ! opina le chien.
En grimaçant, Lisa ramena ses jambes sous elle pour esquiver les puissants battements de queue (et les léchouilles, car Spirou la retrouvait avec plaisir, lui).
Tout en conduisant, je jettais de temps à autre un oeil dans le rétroviseur. Ramassée contre la portière, elle regardait défiler le paysage, visage fermé et front buté.
J’étais fou de joie à l’idée de la revoir mais en même temps inquiet. Depuis deux jours que je me prélassais au bord de la piscine, à siroter du Get 27 avec la jet-society (les mêmes hommes que la première fois mais pour la plupart accompagnés d’une femme différente), je m’ennuyais ferme. Marc aussi et nous attendions son arrivée avec impatience. L’ambiance générale n’était pas terrible. Le soleil éclatait dans un ciel sans nuage mais j’avais la pénible sensation d’être légèrement de trop. Problème de place. J’avais été parqué dans un réduit sous les combles, sans rapport avec la chambre bleue à l’immense salle de bain carrelée de mon précédent séjour, et j’y cohabitais en bonne intelligence avec Spirou. Je ne savais pas comment Lisa le vivrait : cette brutale chute de classe, imprévue de moi, mon plan vacances s’avérait foireux. Si, de surcroît, elle n’aimait pas la compagnie des chiens !
Sans desserrer les dents, Lisa évitait soigneusement de croiser mes yeux. J’aurais peut-être dû l’installer à l’avant... Me prenait-elle pour un goujat ? Non, elle était au dessus de ce genre de considérations débiles...
Que s’était-il donc passé depuis vendredi matin, lorsque je l’avais laissée au lit, encore ivre de sommeil et pourtant si reconnaissante ?
Marc semblait déçu et moi, qui me refusais à entrer dans son jeu devant un tiers, je roulais, vite, en blaguant avec le-dit tiers, histoire de détendre l’atmosphère.
— Tu conduis trop vite ! J’ai peur !... daigna-t-elle enfin articuler.
Un rapide coup d’oeil au rétro et son rictus crispé m’énerva davantage que le ton sec de sa voix. J’appuyai sur le champignon, riant plus fort, serrant mes virages. Je la surveillais en douce : livide, cramponnée à son siège, Lisa ne releva pas le défi, préférant s’obstiner dans son silence.

Lorsqu’elle vit la mansarde à la maigre lucarne, elle ne fit aucun commentaire et s’affala sur le lit, toute essoufflée après l’escalade des hautes marches de pierre. Je voulus l’embrasser mais elle me repoussa :
— Pas maintenant, j’ai faim !
Nous descendîmes à la cuisine. Le dîner était fini depuis longtemps mais un buffet patientait à l’intention des invités retardataires attendus pour la nuit. Négligeant les amuses-bouches, Lisa se tartina d’énormes tranches de pain et but du vin, ne disant rien, mâchant seulement. Si petite derrière son coin de table qu’on la voyait à peine.
Les quelques autres fraîchement arrivés, rejoints par nous dans la cuisine, n’avaient pas insisté après le rapide bonsoir d’usage. Sur sa personne entière était écrit : «prière de ne pas déranger» et moi qui la connaissais bien ne m’y risquais pas non plus.
Cependant, une fois au lit, lumière éteinte, l’un contre l’autre à poil, je tentai une approche. Elle consentit, bien entendu. Enfin, elle répondit «oui» de la bouche, mais sous mes caresses, tout son corps s’enraidit : impénétrable par derrière et c’était son dos qu’elle m’offrait. Exaspérant : j’avais envie, pas elle.

— Il est indispensable, ce chien ? me lança-t-elle soudain
— Spirou ? ... Pourquoi ?... Il te gène ????
— ...
— Tu veux virer Spirou ? Et où veux-tu qu’il aille, le pauvre ? ... Frédo me l’a confié, je ne peux pas le laisser dormir dehors !

Lorsqu’elle prit mon vit dans sa bouche, comme pour s’excuser, ce fut sans conviction, douloureux même. Lisa s’appliqua un instant, studieuse, puis releva la tête et la secoua, dégageant son visage de ses mèches :
— Non, décidément, je ne peux pas.
Elle se décolla pour s’installer à distance. La mort dans l’âme, je me levai pour sortir le chien, mais sitôt la porte fermée, Spirou se mit à la gratter, le malheureux, de toutes ses pauvres forces, au risque de réveiller le château.
Je cédai. Après tout, Lisa exagérait : ce berger Allemand était très bien élevé, un peu encombrant, certes, mais lorsqu’il s’allongea sur son tapis, le museau enfoui sous la patte, il disparut dans le décor.

Lisa ne dormait pas. J’écoutais les silences de sa respiration. Etendue sur le dos, yeux grands ouverts, elle fixait le plafond.
Perturbé moi aussi, j’étais partagé : essayer de la comprendre ou lui en vouloir, pour la frustration immédiate qui parachevait ma déception, après ces longues heures à l’attendre...... Cette fille agacée, étrangère, imprévisible, que venait-elle faire dans ma vie, dans mes vacances et dans mon lit ? Je me savais de mauvaise foi. Bien sûr, je l’avais dans la peau, je la voulais, dans ma vie, mes vacances et mon lit !
Peut-être était-elle excusable, avait-elle une raison valable de me malmener ainsi... Mais elle restait obstinément silencieuse, ne s’expliquait pas, les yeux impertubablement rivés au plafond.
J’étais partagé, disais-je, entre l’envie de lui taper dessus et celle de comprendre d’abord. Je la pris dans mes bras. J’aurais souhaité qu’elle s’y love, voire éclate en sanglots. Je ne demandais que ça, la consoler, écouter ses misères, lécher ses larmes... Je me sentais prêt à la meilleure volonté du monde, à toutes les patiences, si au moins, elle acceptait de se confier.
Soudain, Lisa se dégagea et rompit le silence :
— j’ai recouché avec lui.

Aie ! L’uppercut !!!! Eh merde !!! Tout, tout, tout, mais pas ça !!! Et pis lequel d’abord ? L’ex ou Skander ???
Je n’eus pas besoin de poser la question. Contre toute attente, le reste vint facilement. Le coup avait été donné, le pas franchi, l’abcès crevé, il ne lui suffisait plus qu’à désinfecter, panser la plaie, ou revenir en marche arrière, fermer la parenthèse : «Mais non, je blague !!!»
— Ecoute, continua-t-elle... Je n’étais pas d’accord, crois-moi... Tu me crois, dis ??? Enfin... la première fois.

(Ah ! parce qu’il n’y a pas eu qu’une fois), pensai-je au bord de l’attaque d’apoplexie... Garde ton sang-froid Martin, calme-toi... Inspire, expire, résiste à cette envie géante de lui tordre le cou.
— Tu te souviens quand tu m’as déposée devant chez moi, rue des Saules, le premier jour ? ... Tu n’es pas monté... Eh bien, tu aurais dû...
(ça va être ma faute)
— ... parce qu’il était là, ce traître... Il ne partait que le lendemain, il m’attendait !
(Bon, un guet-apens... Peut-être pouvais-je passer l’éponge, pour CETTE FOIS du moins.)
— ... Et il m’a fait la comédie toute la nuit ! Bien sûr, très gentleman d’emblée, il m’a laissé le lit et s’est installé sur le canapé du salon. Mais dès la lumière éteinte, il s’est mis à m'appeler, à geindre... Tu vois ce que je veux dire... Un homme qui cherche par tous les moyens à parvenir à ses fins, t’as pas besoin de détails... Moi, j’ai bien résisté une heure ou deux mais quand il a doublé la dose, quand il est venu carrément s’allonger contre moi...
Je l’interrompis, la suite m’aurait été insoutenable :
— Bon, cette fois OK. Mais tu l’as jeté le lendemain, j’espère ?... Tu pouvais oublier, tirer un trait, ne pas même m’en parler...
— Je ne t’en ai pas parlé. Ca n’avait aucune importance... Je ne pensais qu’à toi, je n’avais pas l’impression de te tromper : il me violait, un point c’est tout !
— Et alors ?
— Alors il a quitté les lieux le lendemain, comme prévu sur son planning. Je t’avouerai que son départ m’a soulagée.
— OK, OK, tu vas me faire pleurer. La suite ?
Je ne parlais plus, j’ordonnais. Mâchoires serrées, je n’étais plus capable de comprendre, j’attendais. Des mots qui allaient suivre, je savais que dépendrait notre futur.
Les lèvres de Lisa tremblaient, ses mains aussi. Elle s’était redressée pour me raconter son aveu, le drap remonté sur son corps nu qui frissonnait. Je croyais voir perler des microlarmes au coin de ses yeux mais qui ne m’émouvaient pas. J’avais presqu’aussi honte qu’elle mais pour une toute autre raison : je me sentais soudain capable du pire, plus que de la tuer, l’envie de lui faire mal m’oppressait. D’arracher son drap, de lui cracher dessus, de la griffer, de la mordre, de la ruer de coups, de la trucider, de la supplicier, de lui décalquer sa jolie tronche. Une espèce de spirale infernale, un tourbillon qui m’emportait vers la démence.
— Et alors ? relançai-je, bandé comme un arc.
— Et alors... je me suis plongée dans mes polys, comme tu sais...
(Oui, ça, je savais : elle n’avait accepté de me voir que trois fois en dix jours.)
— Et puis ?...
Je n’en pouvais plus. Au FAIT, qu’elle en vienne au FAIT ! Qu’elle la finisse, son histoire !!! Je ne souffrais pas encore assez, je pressentais le coup mortel qui allait m’achever.
— Et puis il est revenu le week-end dernier...
(donc hier, si j’ai correctement suivi).
— Il avait écourté son séjour, sauté dans un avion, comme ça, d’un coup de tête, sans même prévenir ses hôtes !... Parce qu’elles étaient trop dures, ces vacances en famille, tandis que je m’éloignais pour de bon... Parce qu’il ne pouvait pas attendre sous le soleil que le destin nous sépare, sans tenter de jouer sa dernière carte. Il fallait qu’il revienne, qu’il me prouve que tout était encore possible. Il souffrait trop sans moi, il ne pouvait vivre sans moi. Il allait changer, m’aimer comme il fallait, comme je le lui demandais depuis cinq ans... Il était prêt, mûr, assagi, il voulait enfin qu’on construise, qu’on reprenne la vie commune.
— Et toi ?
— ...
— ET TOI ?
— Moi ?... Je crois qu’on a encore une chance.

Voilà. Message reçu.
Bizarrement, je me senti soulagé... Après tout, présentée comme cela, la vie semblait si simple, aussi triviale qu’un problème de robinetterie sur une copie de CM1 : «un homme et une femme s’aiment mais se déchirent. Lassée, la femme s’en va, et rencontre un autre homme. Le numéro un, d’abord confiant, s’inquiète tout-à-coup de cette nouvelle romance. Et réapparaît, humblement. Quel est le poids du numéro deux, dans la balance de cette femme ?»
Cinq ans contre deux mois, le calcul était vite fait.
J’étais presque prêt à lui donner raison, ma haine volatilisée.
Je ne répondis rien. Lisa ne renchérit pas.
Le sommeil vint nous surprendre alors que pour la première nuit, je ne la serrais pas dans mes bras.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Lun 5 Nov - 1:23



Je me réveillai avec une question : si tout était si évident, si Lisa repartait sur de nouvelles bases avec l’homme de sa vie, s’il était prêt à la reprendre, malgré moi, à cause de moi, ou grâce moi, si elle y croyait de nouveau, pourquoi m’avoir rejoint ici ????

A peine levée, Lisa avait replié bagages, téléphoné à la gare pour s’enquérir de l’horaire du dernier train, remercié nos hôtes. Je ne tentais même pas de la retenir. La version officielle, aux yeux de sa conscience et pour rester honnête vis-à-vis de lui et de moi, c’était venir proprement me dire les choses en face. La mission accomplie, elle pouvait s’en retourner.

Journée faisant, je réfléchissais en fléchissant mes positions. Du réveil glacial que je lui avais réservé jusqu’à la laisser choir à midi pour déjeuner en ville avec Marc, je commençai par ne rien lui épargner : elle m’avait salement cocufié, elle se barrait, bon vent !

Au zénith, j’étais encore terriblement monté contre elle.
Puis, peu à peu, tandis que le soleil déclinait, la question se clarifia jusqu’à devenir l’évidence : la jalousie n’était pas de mise, fallait la jouer plus fine.

Je refusais de lâcher, cette fille était à moi et l’autre schnock avait fait son temps, non mais sans blague ! Je n’allais pas m’avouer vaincu devant un locdu qui espérait me la voler en deux coups de queue, quelques gérémiades et une floppée de promesses, certainement vaines... Je connais les mecs, et pour cause.

Pour récupérer ma Lisa, fallait seulement que je la joue fine, que je me fasse plus roublardos que lui. Deux mois contre cinq ans !!! Pfuitt..... Balivernes ! Entre le vieux marathonien et le bel outsider, le temps ne comptait plus. Cette adorable gueuze me filait entre les doigts, venait de jouir dans les bras d’un autre, prenait le dernier train pour courir s’y frotter de nouveau, cette fille trop bonne à croquer, à nourrir, à respirer, à bercer, partait cette nuit-même rejoindre mon rival, si dangereux du passé partagé.
Je n’avais que mon charme pour le contrer. Le charme de la nouveauté.
Je décidai de rentrer à paris, le soir-même, avec elle.

La belle journée ensoleillée passée au bord de la piscine nous avait donc doucement réconciliés. Tandis que mon humeur imperceptiblement virait, que se campait mon personnage d’éconduit fair play («OK, tu m’as convaincu, je m’éclipse avec dignité»), Lisa se tranquillisait. Elle avait peut-être prévu pire : une scène mémorable, des insultes, des larmes, des coups... Pas mon truc. Moi, je préférais bouder. Je m’y exerçais jusqu’au déjeuner. Sur la défensive, Lisa ne chercha pas d’autre affrontement. Puis, l’heure du départ approchant, et devant mon changement d’attitude, rassurée par la certitude de prendre son train comme prévu, elle s’était amadouée, s’adoucissait, redevenait la petite nana vive et souriante que j’aimais.

Pour le voyage, elle s’était vêtue d’un jupon à volants en tissu indien très léger qui laissait deviner ses formes malgré les superpositions d’épaisseurs. Avec un top dans les mêmes camaïeux de bleus et, autour de son cou, sur sa peau ambrée, rougie par le soleil du jour, un collier de turquoises. Absolument divine sur les hauts talons de ses sandales. Une mini poupée : toute menue et pourtant si femme.

J’avais réservé des premières classes, nous y bûmes l’apéritif. Puis nous dinâmes, et tout le temps que cela nous prit —le temps du retour— je la draguais.
Comme si je ne l’avais jamais eue, comme si je venais de la rencontrer dans ce train, au wagon-restaurant, Spirou couché à mes pieds, je baratinais Lisa. A mesure que je me prenais au jeu, je sentais qu’elle fléchissait. Elle but beaucoup (nous fêtions notre vraie séparation-fausse rencontre) et tandis que ses yeux brillaient davantage, j’y voyais crépiter sous le feu de l’ivresse des étincelles de désir.

Il était une heure du matin lorsque je la déposai chez elle en taxi. L’autre l’attendait, comme en témoignaient les lumières allumées au troisième. Je serais bien monté lui foutre mon poing dans la gueule, mais pourquoi se salir les mains ?
Cette nuit-là, Lisa ne me laissa pas glisser les doigts sous sa petite culotte, mais j’aurais parié cher qu’elle était trempée.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Lun 5 Nov - 1:29




Six longs jours, je n’eus pas de nouvelles d’elle. Je m’efforçais de ne pas rester chez moi, trop tributaire du téléphone. J’errais dans Paris comme un gosse oublié par sa mère dans un magasin de jouets. Je revisitais mes quartiers préférés, cherchant l’apaisement dans les endroits qui finissaient toujours par avoir raison de mes maux, avant.
A l’inverse, maintenant que Lisa s’y était promenée avec moi, le parvis de Notre-Dame, les arcades de la rue de Rivoli, le Pont Neuf, l’Ile-Saint-Louis... n’avaient plus le même sourire.
J’essayais de nouveaux quartiers, déjeunais dans d’autres troquets, dînais avec d’autres amis. Et toutes les nuits, je pensais à elle, inéluctablement.
Vide, automatique, obsessionnel, concentré sur de pures débilités («des chiffres et des lettres», par exemple, à 19 heures sur mon écran couleur, ou «l’inspecteur Derrick», à 14 heures), même pas nerveux, retraité, confus, condamné au sursis dans l’antichambre de la mort.
Je me rasais difficilement mais en revanche, me brossais les dents six fois par jour, avec l’instrument de Lisa, persuadé qu’il fleurait encore bon sa bouche.

Un vendredi vers 23 heures, le téléphone sonna et c’était elle :
— Salut ! j’te dérange pas ?
— Pas du tout ! m’empressai-je de répondre
— Tu fais quoi, là ?
— Tout de suite ?
— Ouais, tout de suite.
— Rien, pourquoi ?
— Ca te dirait qu’on se voit ? J’ai envie d’un drink en ville.
— OK. Je passe te prendre dans une demie-heure.
Elle raccrocha et je sautai dans mon Audi.

Je n’avais qu’un quart d’heure d’avance.
Elle était prête. Et belle !!!
Nous partîmes pour les Halles.
Chemin faisant, j’oubliais tout. Son parfum aérait de nouveau ma bagnole, sa mini-jupe à fleurs collée au cuir du siège avant, j’avais de nouveau vue sur ses cuisses en conduisant. J’avais gagné. Elle était détendue, amicale, tendre.
Seule depuis le matin, puisqu’Il était encore parti, cette fois pour une semaine de vacances chez son copain Gérard. Il lui avait laissé sa carte bleue et un numéro de téléphone, en cas d’urgence :
— T’inquiète pas ma poulette, je reviens dans sept jours !
La défection tombait pile-poil : fallait qu’elle se remette sérieusement à bosser. Ca, c’était son raisonnement au réveil, mais une fois la nuit venue, elle avait entendu «Sweet dreams», d’Eurythmics, à la radio et m’avait appelé. Simplissime, comme d’habitude avec Lisa.

Après le champagne aux Halles, nous bûmes un morito à Montparnasse, puis quelques téquila dans la boîte où nous nous étions rencontrés, à Pigalle.
Au petit jour, je n’eus pas le coeur de la ramener chez elle, elle n’eut pas le coeur de me quitter comme ça et atterrit chez moi, dans mon lit.
Après tout, nous avions sept jours devant nous — je disposais donc de sept jours, chrono en main, pour la reconquérir.

Je lui fis l’amour trois fois cette nuit-là.
Jamais Lisa n’avait été si bonne, par moments tendre, docile, affectueuse, à d’autres femelle, insatiable, goulue, obscène. Elle n’en finissait pas de jouir et demandait encore. Elle me semblait en manque, comme s’il ne l’avait pas touchée de la semaine. Je préférais m’en persuader, quoique l’idée de la partager avec un autre mec me stimulait, bizarrement.
Tandis que je la prenais dans tous les sens, dans toutes les positions, la couvrant de baisers, malaxant sa peau, pétrissant ses seins, respirant ses odeurs, profitant des trois trous dont j’avais été —ô combien— privé, savourant chaque seconde de la sentir ainsi en ma possession, je bandais dingue de l’imaginer avec lui.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Lun 5 Nov - 20:09




Mon frère ayant été envoyé en Angleterre en stage, Lisa ne partit pas le lendemain. Ni le surlendemain. Non plus le surlendemain.

Dès le réveil, je la chouchoutais : petit café au lit, elle s’extasiait, brunch sur le balcon ensoleillé de la cuisine, elle s’emerveillait. Lisa applaudissait devant tout ce qu’elle voyait : les toasts confiturés maison (grâce à ma grand-mère), le vrai café de ma Rowenta, la moquette épaisse de ma salle de bain, mon transistor étanche, le miroir inclinable aux spots incorporés («Comme dans une loge d’artiste !»), le couvre-lit en panthère (je m’en étais procuré un, rapport à notre première conversation), ma collection de livres anciens (dont je n’étais pas peu fier non plus) ... On aurait dit qu’elle découvrait mon appart, pourtant elle y avait déjà dormi, mais jamais vécu, il est vrai.
L’après-midi, nous allions faire les boutiques. Enfin, Lisa allait faire les boutiques et moi je la déposais dans une rue commerçante puis repassais la chercher, et nous nous installions à la terrasse d’un troquet et toute heureuse de ses emplettes, elle riait et je me félicitais de son enthousiasme.
La nuit tombante, nous préparions le dîner ensemble avec du gin’ et des rondelles de saucisson à portée de main, et la radio qui beuglait du disco dans la cuisine. Elle dansait de joie, c’était la fiesta tous les soirs, Lisa roulait des fesses au rythme de la musique et, les mains sur les hanches, me jetait de grandes oeillades qui m’embrasaient.
En moins d’une semaine, elle avait transformé mon deux-pièces-cuisine en palace, ma table en trois fourchettes, mon lit en paradis.
Elle paraissait comblée. De temps en temps, elle ouvrait l’un de ses bouquins de médecine. Quinze jours seulement la séparaient de son premier partiel mais elle ne voulait pas s’en préoccuper. Elle profitait.



La veille de son retour à lui, donc de son départ à elle, j’étais passablement nerveux. Je venais d’entrer dans le hall de l’immeuble lorsque je croisai le grand black à la couette, Badou. Lui ne me reconnut pas, faillit même ne pas me voir du tout et me rentrer dans le lard. Sans s’excuser.
Arrivé dans l’appart, je surpris Lisa fricoter dans la salle de bain. Porte entrouverte, j’ai vu son adorable dos penché sur le lavabo, et ses fesses dodues moulées dans sa mini-robe rose m’intimèrent de venir la surprendre, pour les peloter un peu. J’approchai à pas de loup...

Le CHOC !!!! Une paille dans la narine, elle était en train de sniffer une ligne de poudre blanche !!!

Je rampai jusqu’à la cuisine et me servis un gin’.
— C’est toi chéri ? Entendis-je au loin.
En moins d’une seconde, elle était près de moi, me regardait en face :
— Oh toi, tu as une drôle de tête, ce soir !
Elle, elle avait bonne mine et continuait, chantante :
— Alors mon gros nounours, quelque chose te chagrine ? Elle s’est mal passée, ta journée ?
J’avalai une gorgée, incrédule : ainsi, cette nana se droguait dur !!!!

Depuis quand ? Tous les jours ? Combien de fois par jour ? Avec quoi ? De l’héro ? De la coke ? Les deux ????
Abasourdi, je la fixais : et je n’avais rien vu, rien senti, rien compris ???
Depuis trois mois que je la fréquentais et six nuits qu’elle dormait sous mon toît, je n’avais rien vu... Je la fixais.
Et je n’avais rien vu parce qu’il n’y avait rien à voir. Peut-être ses pupilles un peu plus fines.
Le regard de chat que j’aimais tant !

Lorsqu’elle fila aux toilettes, sans préambule, comme à son habitude, je sus qu’elle allait y vomir et lorqu’elle revint, malgré tout superbement belle, le rouge de son rouge à lèvres avait déteint.
Bon, elle partait le lendemain.
Elle se droguait, peut-être, mais elle partait le lendemain.
Elle se droguait ET elle partait le lendemain.
YES, quelque chose le chagrine, le gros nounours... J’avalai une gorgée :
— Lisa ?
— Oui ? répondit-elle inquiète.
Je refusai qu’elle se rapproche. Je venais d’écarter la main qu’elle tentait de poser sur ma braguette. J’étais grave. L’heure était grave.
— Depuis quand prends-tu ces merdes ?
Elle sursauta, pigea immédiatement :
— L’héro ? Depuis le 6 juin. Comment tu sais ?
On était le 27 août, pas encore trop tard.
— 6 juin de cette année ?
— Oui, répondit-elle étonnée, comme s’il s’agissait d’une évidence. Mais rassure-toi, s’empressa-t-elle d’ajouter, je n’ai pas l’intention de continuer longtemps.
(Manquerait plus que ça ! pas avec moi, en tous les cas !)
— J’ai commencé à en acheter le jour où j’ai quitté la rue des Saules. Avant, on connaissait déjà, Paul et moi, mais on ne consommait quasi jamais... La dernière fois ensemble remonte à mon anniversaire, en janvier, une copine en avait amené.
— Et alors ? Qu’est ce qui t’a pris, du jour au lendemain ?
(Si, en plus, ça avait un rapport avec lui, je démissionnais.)

Lisa me plaqua au mur et me regarda intensément, de toutes ses petites pupilles. Malgré ma peine immense, je bandais comme un fou.
— Faut me comprendre, Martin..... C’était ça ou me jeter par la fenêtre.

Je compris, la pris dans mes bras et la porta jusqu’à la chambre. Tout le temps que je la déshabillai, elle me fixa droit dans les yeux. Sans mot dire, nous fîmes l’amour le plus tendrement du monde. Elle était soudain plus menue encore, plus chétive, plus maigre au creux de mes bras. J’avais presque peur de trop la bousculer, de la casser. Elle m’apparaissait tout à coup si vulnérable, si totalement déphasée par son feuilleton.

J’allais la sauver !
La tirer des griffes du grand méchant loup, la séparer de son connard de mec et lui refaire une santé !

Nous partagions notre dernière clop, nus côte à côte, encore sonnés par l’émouvante puissance de notre étreinte.

— Ecoute, Lisa. Tu ne pars pas demain, tu restes avec moi, chez moi.
J’avais ordonné. Je savais qu’elle obéirait.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Sam 10 Nov - 14:33




Sitôt réveillés, je conduisis Lisa récupérer quelques unes de ses affaires à Montmartre. Assise à côté de moi dans l’Audi, elle fumait, silencieuse. Peut-être réfléchissait-elle au choix qu’elle venait de faire ; peut-être souffrait-elle déjà du manque...
Elle m’avait confié sa «boîte magique», un étui de cigarillos en métal. Dedans, son matériel : une paille, un petit miroir et quelques grammes de poudre. Elle avait ajouté, souriante :
— Tu as raison, il est temps d’en finir. On commence à cause d’un mec, on arrête grâce à un autre. Tout va rentrer dans l’ordre maintenant.
Elle comptait sur moi pour l’aider :
— Garde-là précieusement, on revendra le reste si ça marche !
Elle plaisantait. Elle avait déjà subi le manque une soirée, une nuit entière même, mais en sachant qu’elle foncerait se réapprovisionner sitôt le deal ouvert. Elle connaissait déjà la souffrance qui l’attendait, et semblait prête à la surmonter.

Les premiers vrais symptômes apparurent le soir-même. Alors qu’elle s’était tenue à peu près calme tout au long du jour, électrique mais décidée, volontaire, maîtrisant le mieux possible sa tremblote, son excitation grandissante, niant les douleurs qui commençaient à tarauder son corps, la voilà qui soudain se mit à délirer. Sous mes yeux qui n’y croyaient pas.
D’abord doucement, elle geignait, pliée en deux au fond du lit, puis se dégageait d'un bond des draps, gesticulait, à la recherche d’une impossible position antalgique, puis se repliait au fond du lit en râlant plus fort. Elle attrapait ses membres à les broyer, mordait ses mains, se bavait dessus. Il m’était presqu’intolérable d’assister à ce surprenant spectacle. Je voulus quitter la chambre, ne serait-ce que pour respecter sa pudeur, mais Lisa se cognait maintenant la tête contre le mur :
— C’est trop dur ! trop dur ! TROP DUR ! répétait-elle, pour elle (avait-elle seulement conscience de ma présence ?)
J’essayai de la prendre dans mes bras, d’empêcher l’asticot qu’elle était devenue de se blesser. Lisa se débattit :
— Lâche-moi !... Tire-toi !!!
J’insistai, tel le bon Samaritain, j’agissais pour son bien. Elle me fila un violent coup de pied en plein sternum :
— Lâche-moi ! Barre-toi ! Je t’ai assez vu ! Allez, dégage !!!! cria-t-elle en m’attaquant sauvagement, de toute la force de ses poings serrés. Elle me boxait, une force démesurée, frappant un peu partout, j’esquivais, elle me visait aux yeux, toutes griffes dehors, un chat sauvage, une chienne enragée, une furie !
Puisqu’elle le demandait, je la laissai pour le salon, ma vingtième clop, mon troisième gin’. Aux aguets, je percevais les coups qu’elle envoyait contre les murs, les claques qu’elle se donnait. Et toujours cette plainte qui montait crescendo, qui emplissait l’appartement, déchirant mes tympans.

Une vingtaine de minutes plus tard, un brutal silence m’inquiéta. Je fonçai jeter un oeil : ma Lisa pleurait, pleurait silencieusement sous les draps. Seuls ses pieds, secoués de mouvements involontaires, semblaient encore vivants. Je refermai la porte, j’avais envie de chialer aussi.

Cette accalmie fut brève. D’inaudibles, les larmes se transformèrent bientôt en lourds sanglots, mêlés d’injures. Elle hoquetait, reniflait, s’étouffait. Baragouinait des trucs auxquels je ne comprenais rien de l’endroit où j’étais. Puis il me sembla entendre mon prénom :
— Martin, Martin, Martin...
Elle m’appelait, j’y courai.
Lisa avait délivré son visage des draps : couvert de sueur, bouffi de larmes, rougi des coups qu’elle s’était administrés, crispé de souffrance. J’avais peine à reconnaître ma princesse.
— Martin, je t’en prie, Martin, s’il te plaît, ne me laisse pas comme ça... Je vais MOURIR !...
Cette fois, elle accepta le réconfort de mes bras et s’y jeta, en sanglotant encore plus fort. Mascara et morve se mélangeaient harmonieusement sur ma chemise.
— Non, mon bébé, non, répétai-je en la berçant. Tu ne vas pas mourir, tu vas t’en tirer, je suis là, encore un peu de courage...
Elle se dégagea brutalement, de nouveau violente :
— Du courage ? Du courage ??? Hurla-t-elle. Ah je me marre !... Je me le fous au cul, ton courage !... Bouffe-le, ton courage !!!! Je meurs, je MEURS, TU M’ENTENDS ???? Et c’est tout ce que tu trouves à dire ??? Du courage ??? ... Mais c’est d’une ligne dont j’ai besoin grand con !!! D’UNE LIGNE MERDE !!!!!
Elle faisait certainement allusion à la boîte magique. Or il était hors de question que je cède. Pour moi aussi, l’épreuve frôlait l’insupportable mais je ne lui rendrai pas sa boîte... Autant lui injecter un shout dans le bras et l’achever d’une overdose.
Elle continuait, véhémente, ses yeux maintenant sortis de la tête :
— PAUVRE CON !... SALETÉ DE POURRITURE DE MEC ! SALE FILS DE PUTE !!!! T’as rien compris, t’es comme les autres, exactement comme les autres... La souffrance, c’est tout ce que vous savez offrir... Uniquement la souffrance, la douleur et la mort... Et nous les filles, on est vraiment trop poires de vous faire confiance... Nous les filles, on vous aime, on donne tout, on vous aime à crever et vous nous traitez comme de la merde ! De la fiente, du purin, de la bouse, de la diarrhée, du fumier !....
Et les sanglots la submergeaient de nouveau, son pauvre corps meurtri secoué par toute cette énergie négative qu’elle évacuait.
Je restai là, idiot, n’osant plus la toucher. Dans l’expectative d’une prochaine crise, j’écoutais impuissant son chagrin s’amenuiser, ses sanglots se tarir.
— Tu veux m’aider, dis ?... Tu veux vraiment m’aider ?...
J’acquiesçai du chef, muet, blanc, dépassé.
— Tu vas aller à la pharmacie et tu vas m’acheter ça...
Ce disant, Lisa fonça au secrétaire et griffonna quelques mots sur un papier qu’elle me tendit. C’était une ordonnance, en bonne et due forme, avec la date en en-tête et signée d’elle. Devant mon air benêt, elle s’expliqua, tout-à-coup très maîtresse d’elle-même et de la situation :
— C’est ce qu’on prescrit à l’hosto aux toxicos qui veulent sevrer.
«Viscéralgine forte, Catapressan, Tranxène 50». Je n’avais jamais lu ces mots-là avant, mais il me firent l’effet d’une lettre d’amour. Enfin ! J’allais enfin pouvoir agir ! Trouver une pharmacie de garde, y courir, soulager ma chérie.

Lorsque je revins, ma mission accomplie, l’appartement était sens dessus dessous : Lisa avait vidé tous les placards, ouvert tous les tiroirs, soulevé tous les tapis... Elle l’avait cherchée partout, sa boîte, et je me félicitai de l’avoir prise avec moi.
A bout de nerfs, à bout de forces, elle ouvrit ses mains au paquet que je lui tendis, une lueur d’espoir au fond de ses yeux abîmés. Question
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Sam 10 Nov - 15:08

Je la veillai les trois jours et trois nuits qui suivirent. Elle avait la gerbe, elle avait la chiasse, elle était malade et moi, je la soignais.
Souvent elle m’insultait, me criait qu’elle ne m’aimait pas, qu’elle ne m’avait jamais aimé. Souvent elle se tordait de douleur, en crises aiguës qui semblaient s’espacer.
Je distribuais les cachets matin, midi et soir, et remarquais qu’elle souffrait moins, même si, abrutie par le cocktail pharmaceutique, Lisa tenait à peine debout et se cognait aux meubles.
Je partageais ses insomnies. Je parvenais parfois à la détendre, à l’endormir, quand au petit matin, après avoir lutté la nuit durant contre ses démons, elle abdiquait entre mes bras. Si elle voulait une pêche, je volais lui acheter une pêche ; du sirop de menthe ? Je repartais ; que je sois là, je restais là à la bercer doucement.

Je suivais l’évolution avec optimisme. Au troisième jour, ma petite malade commençait à se porter mieux, le rose remontait à ses pommettes, et au matin du quatrième jour, après une nuit sereine, elle se réveilla en souriant :
— J’ai faim !

On était tiré d’affaire.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mar 13 Nov - 1:06




Sitôt guérie, Lisa réalisa l’imminence de ses examens : le premier à la fin de la semaine, chacun des six autres espacés de trois jours du précédent. Le marathon commença. Soudain, cette fille que j’avais vue au bord de la démence se reprit en main, stoppa net son cocktail explosif et sans plus parler d’héroïne, ni d’autre chose d’ailleurs, se plongea dans ses livres.

Elle planchait du matin au soir : dès le réveil, avant même le café, elle se jetait sur le cours lu la veille, avant de se coucher. Elle traînait ses polys jusque dans la cuisine pour ne pas perdre l’heure du repas, ou, plus simplement, me demandait de lui confectionner un sandwich qu’elle s'avalait dans la chambre.

Evidemment, Lisa ne me voyait plus. Elle-même ne se regardait plus, ne se maquillait plus, se lavait de justesse — par respect pour moi sans nul doute. Son corps ne l’intéressait plus, toute concentrée sur sa mémoire et son intelligence.
Je me chargeais de l’intendance : descendre les poubelles, passer l'aspirateur, déposer nos fringues et nos draps au pressing, les récupérer, remplir le frigidaire, remplacer le filtre à café de ma Rowenta, mitonner de petits soupers fins qu’elle ne touchait qu’à deux heures du matin, une fois son programme du jour achevé.
Surtout, je l’interrogeais : sitôt qu’elle avait appris un chapître, elle me le récitait, à la virgule près, et sa capacité de mémorisation m’époustouflait, visiblement restée intacte malgré ses trois derniers mois de folie dure.

Lisa était nerveuse, irritable, souvent exaspérante mais, trop heureux qu’elle se passionne pour un but constructif, même à mes dépens, je l’encourageais : chaque jour achevé consolidait sa guérison.

Les trois premiers obstacles furent sautés sans incident notable.
Lisa ne sortait plus depuis dix jours, sauf qu’elle se rendait à ses écrits, traversait donc le pont de Courbevoie avec moi. Ce pont qui nous reliait à Paris était un véritable calvaire : les voitures en enfilade y perdaient plus d’un quart d’heure chaque matin, bloquées dans le monoxyde de carbone des embouteillages, tandis que les piétons luttaient contre les courants d'air nocifs d’un bout à l’autre de son trajet.
Pourtant, si j’avais pesté contre lui tout l’été, en ce début d’automne, avec Lisa, les matins de ses écrits, c’est grâce à ce pont que je vivais mes meilleurs moments. Elle se faisait belle ces matins-là, pour ne pas décevoir ses amis de fac, et elle se sentait bien : prête, excitée par l’épreuve imminente, impatiente de se retrouver face à sa copie et de récolter le fruit de ses efforts. Les yeux brillants, elle sautillait sur les pavés et m’exprimait sa gratitude en ponctuant ses propos fébriles de petits baisers qu’elle me volait. Dans le métro, sur trois stations, elle frottait ses jambes contre les miennes en me chuchotant des bêtises à l’oreille. J’avais hâte d’être deux heures plus tard, lorsque j’ouvrirais la porte à Lisa rayonnante, satisfaite d’elle et des sujets, conciliante, amoureuse.

Les trois premiers partiels furent donc, disais-je, facilement passés et depuis dix jours qu’elle bossait d’arrache-pied, je me rassurais sur son sort, quand, un soir, elle m’inquiéta.
Contrairement à ses récentes habitudes, Lisa quitta la chambre et ses polys à l’heure des infos, se mit à bouger dans l’appartement, se servit un verre, se regarda longuement dans le miroir de l’entrée, s’affala sur le canapé du salon, retourna dans la chambre, réapparut :
— Je n’y arriverai pas, je n’ai plus assez de temps... Soupira-t-elle.
Tirant nerveusement sur sa cigarette, elle tourna en rond devant moi
— qui préparais aussi des examens, mes oraux de rattrapage pour passer en seconde année de droit, mais j’étais beaucoup plus relax.
— Alors la miss ?... Un petit break ? Risquai-je, badin.
Elle me fustigea du regard.
— T’as plus envie d'apprendre ? Tu satures ? Pas de problème, il est 20 heures 36, je t’invite au resto... Tu travailleras mieux demain.

Tout content de mon idée, j’allais proposer de lui couler un bain, elle explosa :
— Ca va pas non ?... La dermato tombe après-demain, et j’ai encore rien fait !
Menteuse ! Elle trimait depuis l’aube :
— Et tu fais quoi, alors, depuis ton réveil aux aurores ?
— Je bosse ! Mais pas la dermato !... Je m’avançais pour l’endocrino et je viens de découvrir le programme de dermato... Y’a que huit cours, je me méfiais pas, mais c’est du pur chinois !!!... Tu sais ce que c'est, toi, un Pemphigus ? Et une Pemphigoïde bulleuse ?... Et une érythrodermie ichtyosiforme ?... Et une érythrokératodermie variable de Mendes Da Costa ?...
(moi, sorti de Linda de Suza, lol !!!)
Elle continuait :
— Tu le sais, toi, faire la différence entre un érythème et un exanthème ? Entre une papule et une pustule ? Entre une vésicule et une bulle ???? ....... Et puis Merde !!! JE N’AI PLUS LE TEMPS !!!

Et Lisa d’éclater en sanglots, sauvagement, et ses larmes, impossibles à contenir, défèrlèrent sur mon épaules en vagues rebondissantes, tandis qu’un cri tout d’abord sourd naissait comme de son ventre.
En trente secondes, je ne serrais plus dans mes bras qu’un pantin tétanisé en tee-shirt et caleçon. Elle claquait des dents, couverte de sueurs froides, tordant ses mains sur le ventre crispé dont venait la douleur :
— J’abdique Martin, j’abdique... Je n’en peux plus !!!! Ils en veulent trop !!! ON m’en demande trop !!!! Je n’en peux plus, je ne veux plus, je ne veux plus !!!!!
— Calme-toi, Lisa, calme-toi ... Allez ma choute, ma puce, ma beauté rare, arrête, calme-toi, calme-toi ma chérie...
Je murmurais ma litanie tout en l’allongeant sur le lit. Je l’embrassais partout, sur le visage et la poitrine, elle ne sentait rien. Je la secouais, la sermonnais mais peine perdue. Lisa ne sentait rien, n’entendait rien, toute habitée de l’angoisse qui lui tombait dessus comme une chappe de plomb et lui bloquait l’inspiration. Elle haletait, pleurait, tandis que j’assistais, de nouveau, à ce terrifiant spectacle de mon amour courbé en deux sur les draps trempés, se vider de ses larmes comme d'autres perdent leur sang, en pulses violentes. A l’acmé de cette douleur que je ne situais pas, sortit un cri de bête traquée qu'elle tâcha d'étouffer de sa main posée en baillon contre sa bouche, un cri déchirant, venu d'où ? de l'enfer, pire, venu d'où ??????? Lisa serrait les dents, en lutte contre ses démons, contre une image qu'elle était seule à voir, si cruelle et qui entretenait sa frayeur, une image obsédante qu'elle était seule à voir.

Peu à peu, mes caresses devinrent plus efficaces, mes mots plus rassurants. Peu à peu, son corps entier se détendit, son visage reprit des couleurs. Ses yeux s’ouvrirent et me regardèrent. Lisa souriait, respirait mieux.
Elle me tira à elle et m’embrassa longuement. Elle tremblotait encore mais comme après une pluie d'été :
— Il est neuf heures moins le quart, tu es toujours OK pour m’offrir le resto ?

Avec Lisa, tout prenait une proportion dingue.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mar 13 Nov - 13:31



Le jour de sa dernière épreuve, elle m’invita à passer la rejoindre à la sortie de la fac. Quand j’arrivai, un troupeau d’excités l’entourait, volubile et joyeux : Vive la quille ! Faut fêter ça ! Tous au café !
Je suivis le mouvement.
Parmi les quelques jeunes filles du petit groupe, Lisa était vraiment la plus jolie. Sous le soleil voilé de ce début d’automne, il faisait un peu plus froid qu’elle ne l’avait prévu, alors elle avait jeté mon blouson de cuir sur ses épaules. Brun du même brun que ses cheveux frisés, libres ce jour-là. Trop grand pour elle, il lui donnait l’allure d’un petit mec. Sa minijupe n'en dépassait que d'un centimètre, drôle de p'tit mec !

Au bar des amis, les conversations allaient bon train : certains discutaient des sujets en s’échauffant, d’autres de la semaine de vacances qu’ils comptaient prendre avant la rentrée officielle. Lisa se commanda deux bières brunes qu’elle but coup sur coup, et, à mon grand étonnement, ne se montra pas la plus bavarde. Nous devions déjeuner chez ma mère, je m’en pourlèchais les babines.

Je ne m’étais pas aperçu du virage de son humeur lorsqu’elle se mit à pleurer doucement, tandis que je pestais dans les embouteillages. Elle reniflait régulièrement, c’est ainsi que je la surpris. Je ne supportais pas de la voir pleurer. Je tentai de la consoler, lui caressai la joue :
— Alors poupée ?... Un p’tit coup de blues ?... Tu verras comme tu te sentiras mieux le ventre plein !
Mais Lisa continuait à chuchoter ses larmes. Je garai la voiture. Maintenant, elle était toute bouffie, son mascara se diluait en deux trainées bleues sur ses joues. Elle se moucha bruyamment lorsque je lui tendis un kleenex mais évita mon regard. A la radio, «The year of the cat» chargeait l’ambiance déjà pathétique, elle reniflant, moi silencieux, le temps se suspendait soudain, j’avais la sensation d’être le héros d’un mauvais film, l’un de ces mélos sirupeux que j’exécrais. Que se passait-il encore ? Cette fille n’était donc faite que de larmes ? Je sentis l’impatience poindre en moi, me dominai :
— Ma chérie, calme-toi... Tu sais bien que je ne supporte pas de te voir pleurer.
— ....
— Ca y est ! Tu es débarrassée, enfin libre !... Tu viens de passer ton dernier partiel, j’suis sûr que tu les as tous réussis, y’a du soleil et je t’emmène chez ma maman pour un gueuleton dont tu n’as pas idée. Que demander de plus ?
Une pointe d’agacement teintait ma dernière phrase. Lisa pleura de plus belle et je regrettai. Je la pris dans mes bras :
— Pardonne-moi, je t’aime Lisa, je t’aime à la folie... Mais pourquoi ne me dis-tu jamais rien aussi ? Tu sais, tu n’as rien à me cacher, je peux comprendre si tu m’expliques. Je VEUX comprendre ! Pourquoi ne te confies-tu pas ?
Elle dégagea les cheveux qui tombaient sur ses yeux et collaient à ses joues, fouilla dans son sac et, d’une main solennelle, me tendit un papier chiffonné et constellé de larmes sèches :

«Mon Amour,
Je viens de rentrer et c’est l’horreur.
Ton mot m’a rendu fou. Où es-tu ?
Pardonne-moi de t’avoir encore laissée.
Je pensais sincèrement que mon absence ne pouvait que t’arranger, vu l’ampleur de ton programme.
Je t’en supplie, où que tu sois, reviens.
Je souffre le martyre. Tu n’as pas le droit de me faire ça.
Reviens

Ton Paul qui t’aime, perdu sans toi.»

Une seconde, je regrettai de ne pas être monté l’autre soir. J’aurais dû le défigurer, ce type, le démembrer, le châtrer, ou au moins lui parler d’homme à homme, le convaincre de laisser tomber l’affaire.
— D’où vient cette lettre ?
— Je suis passée ce matin chez moi, répondit-elle gravement. J’avais besoin d’un document pour mon exam. Je l’ai trouvée sur le bureau, en évidence.
— Et c’est à cause de CA que tu pleures ?
(Et c’est à cause de ce connard que tu fais attendre ma mère, que je crève la dalle, que tu pleurniches et nous pourris la vie ?....)
— Je ne reviendrai pas, articula-t-elle entre deux sanglots, je ne veux plus le voir, jamais.... Mais j’ai si mal !
Sa dernière phrase, je dus tendre l’oreille pour l’entendre. Je n’y pigeais plus rien. Je n’arrivais pas à croire qu’elle puisse encore l’aimer, pleurer encore sur lui, sur eux, sur cet amour raté, fini, caduc, mort ! Mais bon Dieu qu’il la laisse ! Qu’IL ME LA LAISSE ! ... Lisa s’était enfuie, de son plein gré, pour venir s’installer chez moi, elle avait cessé de se foutre en l’air grâce à moi. C’était avec moi qu’elle dormait, avec moi qu’elle baisait !!! Et même si elle y pensait encore, à son bellâtre de pacotille, même si le deuil s’éternisait, même si elle refusait de croire en nous, si vite, après un tel échec, je m’en foutais, je viendrais à bout de ses souvenirs, de ses frayeurs, de sa méfiance.

Collés l’un contre l’autre sur le siège avant, nous étions bel et bien les pitoyables héros d’un sombre navet.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Mar 13 Nov - 13:41



Lisa ne resta pas avec moi ce soir-là.
Je l’avais consolée, requinquée, nourrie, amusée. J’avais même ressorti de derrière les fagots mon gros nez rouge et les tours de magie appris pour Jules-Edouard. Elle ne pleurait plus du tout lorsqu’elle m’annonça, tranquille, sur le coup de vingt heures :
— Je dîne avec des amis ce soir. Tu n’y vois pas d’inconvénient, hein, mon nounours ? J’ai laissé de la pizza au frigo, tu n’as plus qu’à la faire rechauffer dix minutes, thermostat 5. Je rentrerai pas tard.
Et vlan ! La porte était claquée sur elle que je n’avais rien dit. Gonflée, tout de même, de se tirer après toutes ces soirées passées à attendre qu’elle ait fini sa page !

Mitigé, j’hésitais entre lui en vouloir, pour ce faux bond incongru après mon infinie patience, et la laisser vaquer en pardonnant. Du moment qu’elle n’allait pas rejoindre l’autre taré, Lisa avait le droit de se détendre. C’était ma femme, d’accord, mais pas ma prisonnière.
Je passai le reste de la soirée devant la télé, à l’attendre.

Je m’étais assoupi sur le canapé lorsqu’à l’aube, sa clef tourna dans la serrure. Lisa pointa son museau et, n’entendant aucun bruit, se glissa prestement dans la salle de bain. Lorsqu’elle en sortit, j’étais planté là, debout, et, du haut de mon mètre quatre-vingt-neuf, la toisais sans indulgence.
Surprise de me voir éveillé, de me sentir hostile aussi, Lisa se donna une contenance : le geste las, mais appliqué, elle se mit à brosser ses cheveux à l’instant délivrés. Son rouge à lèvres avait déteint, je remarquai la finesse de ses pupilles, son regard de chat.
— Je suis contente que tu ne dormes pas, commença-t-elle en me serrant contre elle, féline, lascive, visiblement décidée à me séduire. Je suis contente car j’ai des choses à te dire et je suis sûre qu’elles te feront plaisir...
Elle continua, frottant langoureusement son bassin contre le mien :
— J’étais chez Badou. On a pas mal sniffé mais rassure-toi, je n’en ai pas ramené. C’était juste pour l’éclate, après les examens.
Elle s’attaquait à la fermeture éclair de sa mini-jupe. Celle-ci chuta bientôt au sol, dévoilant un porte-jarretelles noir que je ne lui connaissais pas. A moitié en colère, à moitié endormi, à moitié désespéré, je ne m’y retrouvais plus. Son strip-tease commençait à m’exciter, mais je ne me sentais pas encore concerné par la turgescence croissante de mon pénis. J’écoutais, j’attendais qu’elle finisse de parler. Je voulais rester lucide. Cette fois-ci, elle ne me piègerait pas avec son cul.
— Bon, on a sniffé et j’ai réfléchi. Toutes ces histoires me fatiguent. Je voudrais être bien avec toi, te rendre heureux... Jamais plus je ne te parlerai de ce mec. Jamais plus tu n’auras de souci à te faire. A partir de maintenant, je vais être à toi et toute à toi !
Elle retirait son string.
— Et tu ne pleureras plus ?
— Et je ne pleurerai plus.
Elle m’avait convaincu.
J’étais trop joice d’enfin pouvoir la prendre.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Dim 18 Nov - 16:29




Notre seconde lune de miel commençait sous les meilleurs auspices.

Tandis qu’elle reprenait tous les matins le chemin de son boulot d'externe à l’hôpital, mes vacances continuaient, juste vaguement perturbées par la révision des deux partiels que j’avais ratés en juin. Ce petit effort intellectuel ne me demandait qu’une demi-heure par jour. Lisa adorait rentrer vers midi dans une maison ensoleillée, propre et fleurie, et j’adorais la voir débarquer vers midi, allègre, bavarde, aimante. Nous déjeunions ensemble, dans un troquet ou sur le balcon, nous buvions l’apéritif et du bon vin pendant le repas, puis nous faisions l’amour. Tous les après-midis. Je profitais ensuite de sa sieste pour avancer mes révisions, ou je m’avachissais devant le petit écran.
Le soir, nous recevions : ses amis, qu’elle me présenta enfin, mes amis, ses amis avec mes amis... Après s’être longuement pomponnée, Lisa nous concoctait des dîners d’enfer, tandis que j'accueillais nos hôtes, jouais au DJ et au barman. Je passais la surprendre à la cuisine pour lui pincer les fesses, elle venait s’asseoir sur mes genoux entre deux manipulations culinaires. Elle sentait bon, un mélange de «rive gauche», le parfum YSL que je venais de lui offrir, et de thym, de menthe, de pomme, d’oignon, d’ail, de safran, de curry... un délicieux cocktail qui variait en fonction du menu. Elle avait grossi.
Nos dîners copieusement arrosés, c’était souvent à moitié ivre que je fermais la porte sur nos derniers convives, seulement désireux d’honorer de nouveau ma femme. L’alcool la désinhibait, la fréquence de nos accouplements me surexcitait et de jeux interdits en scénari obscènes, chaque nuit inventés, je découvrais les multiples facettes du plaisir charnel, dans les bras d’une amante aux multiples talents. Sans tabou, Lisa aimait tout, me donnait tout, jamais une femme ne m’avait tant fait jouir.

Je commençais, malgré mes 24 ans, à ne plus tenir le rythme, lorsque d’autres préoccupations vinrent la distraire de ces sensuels loisirs.
Un soir, le téléphone sonna alors que nous n’attendions plus personne. Elle courut décrocher. La conversation ne dura pas cinq minutes, mais quand elle revint au salon, ma Lisa arborait son sourire des grands jours.
Elle leva un toast :
— Ecoutez tous ! Mon père vient de me trouver un appartement ! Dans deux semaines, rendez-vous tous chez moi !

Elle rayonnait, je ne partageais pas sa joie. Je savais depuis juin qu’elle attendait la réponse d’un collègue de son père à propos d’un logement à loyer modéré, mais nous n’avions aucune nouvelle, nous n’en parlions jamais et depuis que je l’avais «kidnappée», je n’envisageais plus de vivre sans elle. Et brutalement ce soir, elle lançait fièrement à la face du monde qu’elle allait enfin vivre seule, sans même me consulter ! Dégrisé, je me renfrognai. Lisa s’en aperçut vite et, à une ou deux reprises, vint furtivement me glisser à l’oreille : «Ne t’inquiète pas», pour aussitôt repartir tenir son rôle d’hôtesse prévenante.

Je me couchai avant le départ du derniver invité. Abattu, je n’avais pas desserré les dents depuis l’annonce de la nouvelle, je ruminais.
Lorsqu’elle se glissa entre les draps, nue, Lisa se colla à moi. Elle remarqua que je ne dormais pas, malgré mes yeux fermés et l’inertie de mon corps. Elle remarqua aussi que je ne voulais pas répondre à son invite (appel indirect et adroit).
Un ange passa.
— Ecoute, mon nounours... Cet appart, je ne vais pas le refuser quand même ! C’est une affaire en or ! Et rappelle-toi que nous ne sommes ensemble que depuis quatre mois ... On est très bien chez toi, no doubt, je serais bien restée... Mais j’ai tellement envie aussi de vivre seule, vraiment seule...
J’ai quitté mes parents pour m’installer avec ce fou. On n’avait pas d’argent alors j’ai tout briqué moi-même, d’un taudis, j’ai tiré une suite royale, j’ai investi, financièrement et sentimentalement et tu vois, elle n’est même plus à moi !
En quatre mois, j’ai déjà traîné mes valises dans trois logements différents. J’ai envie de me poser, Martin, d’avoir enfin MON chez-moi, avec mes meubles, mes vêtements dans mon armoire, mes draps dans mon lit, ma brosse à dent dans mon verre à dents... Imagine que demain, oui, demain, tu ne veuilles plus de moi... Je me retrouve où ? Hein ? Où j’irais dormir si tu te lasses de moi ? Sous les ponts ?... Dans un foyer pour jeunes délinquantes abandonnées ?...

Méfiante, Lisa restait méfiante. Soit.
Je lui offrais tout, mon temps, mon énergie, ma tendresse. J’espérais tout partager avec elle, je n’avais nullement l’intention de la virer demain, j’y tenais beaucoup trop... Mais elle ne voulait pas m’accorder sa confiance.
— Comprends-moi, Martin, insista-t-elle, je ne peux plus prendre de risques, je suis fatiguée, la fugueuse aspire à son «home sweet home»... Mais, m’assura-t-elle, tu y seras toujours le bienvenu, tu pourras t’installer, en faire ta résidence secondaire, poser ta brosse à dents à côté de la mienne... Je te le jure sur ma tête.

Lisa semblait sincère.
Peut-être, là où je ne voyais qu’indépendance, c’était la sécurité matérielle qu’elle recherchait. Elle n’avait pas tort, dans le fond, mais deux questions me torturaient l’esprit : Et l’ex ? Il y serait aussi le bienvenu, son ex ? ... Et les autres ? Pourquoi n’y en aurait-il pas d’autres, tant qu’on y était ????
Je parvins malgré tout à m’endormir, fataliste. J’avoue que sa sublime fellation m’avait quelque peu rassuré.



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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Dim 18 Nov - 17:05



Au matin, j’envisageais notre nouvelle situation avec davantage d’optimisme. Après tout, pourquoi pas ? Deux appartements, l’un en banlieue, l’autre au coeur de Paris, ça ressemblait presqu’à du luxe : les jours de semaine dans le cinquième arrondissement, pour la proximité du boulot, du restaurant, du cinéma... et les week-ends de l’autre côté du pont, pour la tranquillité.
D’autant que la visite de son nouveau chez-elle, l’après-midi même, me surprit agréablement. Il s’agissait d’un beau deux pièces, refait à neuf, avec une cuisine spacieuse et une jolie salle de bain rose, une porte de service dans la cuisine et une fenêtre dans la salle de bain, des moulures au plafond, deux cheminées, un parquet ancien. Chambre et living s’ouvraient sur un balcon au sixième étage avec vue sur les toits. L’ascenceur ajouté récemment, minuscule, nous rapprochait d’autant à chaque voyage.
J’aimai immédiatement cet endroit.

Lisa semblait un tant soit peu déçue, mais s’il était plus exigu que chez moi, il suffisait de ne pas charger en meuble. Or Lisa n’avait rien. Rien à y mettre pour l’instant que ses petites fringues sexy et ses bouquins de médecine. L’idée de construire avec elle ce nouveau nid —comme elle l’entendait, bien entendu— me séduisit. Elle avait passé l’été à gagner des sous, nous allions pouvoir les dépenser à l’installer dans ses murs.

Pendant deux semaines, Lisa me traîna partout : chez Pier Import, Conforama, aux Puces, aux Galeries Lafayettes, à la Samaritaine, au Bon Marché... Nous traversions Paris pour une adresse de moquette (elle voulait en recouvrir le carrelage de sa salle de bain), déjeunions sur le pouce, dans un troquet, en face de chez Darty ou à côté de la Fnac, prenions l’autoroute jusqu’au Grand H avec un minibus... Nous revenions toujours chargés et après avoir déposé notre butin du jour chez elle, nous rentrions chez moi nous affaler, exténués mais contents.
L’ensemble prenait corps. Le premier jour d’octobre, Lisa passait sa première nuit chez elle.

Sans moi.

Ce soir-là, nous dinâmes au resto avec mon ami Pierre. Comme tous les soirs, nous étions morts. J’avais chargé le minibus, puis déchargé le minibus, puis installé une table en marbre dans sa cuisine et un canapé dans son salon. Elle, elle avait tenu les portes mais elle se sentait lasse, par solidarité. Au dessert, elle se rapprocha de moi et me regarda comme si la minute valait le silence. Enjôleuse, câline, elle me prit la main et frotta sa joue contre ma joue, nullement gênée par la présence immédiate de mon pote.
— Dis-moi, mon ours, ça t’ennuirait si je me couchais tôt ce soir ?
— Pas du tout mon bébé, on rentre si tu veux.
— Non, ne te bouscule pas, ne rentre pas, toi. Je voudrais dormir chez moi cette nuit, seule.
Elle avait murmuré ces derniers mots les yeux baissés.
— Mais tu as fait ton lit ? Tu as des draps ? Une couverture ?
— Oui, oui, bien sûr... Ca ne t’ennuie pas ?... Oh, tu es un amour !!! Je reviens demain, à la première heure, promis !
Elle me remercia d’un baiser, éperdue de reconnaissance.

Je la déposai donc chez elle, avant minuit, non sans avoir profité de l’étroitesse de l’ascenseur pour la peloter un peu, rapidement malgré tout, Pierre m’attendait dans la voiture.

Provincial, Pierre descendait tout droit de Lille, pour un court séjour de 48 heures, et malgré ma fatigue, malgré la défection de Lisa, je me sentais en devoir de lui faire découvrir Paris by night.
J’avais mes entrées chez Castel et à l’Aventure, nous visitâmes donc les deux lieux.

Quelle corvée ! Aucune envie de danser, de me déhancher parmi cette foule suante et étrangère. A l’Aventure, les mecs étaient pour la plupart moins âgés que moi, fils à papa Neuilly-Auteuil-Passy, la Rolex au poignet et la Porche à l’entrée, cernés de nymphettes presqu’à poil sous les dentelles noires et le cuir moulant. Chez Castel, les filles étaient un peu moins jeunes mais tout aussi prétentieuses, et leurs cavaliers, d’une génération au-dessus, Must au poignet et Mercedes à l’entrée, ne m’inspiraient pas davantage de considération. Le verbe haut et le rire gras, ils crânaient à leur table réservée, surpuissants, fiers de leur «réussite sociale», se pavanaient devant la bouteille marquée à leur nom, pourtant illustrement inconnu.
Je n’essayais pas de draguer, malgré l’insistance de Pierre, téméraire, échauffé par l’alcool, ébloui : toutes ces filles si belles, élégantes, distinguées !!! Je savais qu’il serait déçu, qu’une fois l’épreuve du premier regard passée, non sans mal, l’abordage difficile n’aurait pas de suite. Derrière l’élégance se cachait le stéréotype, la distinction n’était que l’application des leçons apprises au fil des nuits : se tenir droite, le regard lointain, l’air détaché, ne jamais sourire, juste esquisser, et surtout ne pas parler. N’ouvrir la bouche que pour boire ou sucer. Sous la sophistication, la suffisance et le snobisme, sommeillait l’arrivisme des shampouineuses, manucures et autres plantes de salon, habituées au beau monde mais lamentablement creuses. Dénuées de la moindre once d’intelligence, issues du même moule, innocentes, certaines ne reculaient devant rien pour rencontrer le PDG ventru qui les épouserait sur le champ, d’autres se satisfaisaient d’exhiber leurs faux seins pour deux coupes de champagne gratuites, servies dans un lieu «privé» donc select.
Je pensais en connaissance de cause, j’avais déjà goûté la marchandise. Or Pierre n’était pas PDG, sans bouteille à mon nom, nous n’avions aucune chance. Sûrement y avait-il, cachée parmi cette fange, une nana vraiment belle, drôle, vive, pétillante, naturelle... mais noyée dans la foule, impossible à trouver si elle ne venait pas à nous.

Comme Lisa l’avait fait, une nuit moite de juin.

Je repensai soudain à elle, à notre rencontre au Bus, et mon humeur vira au sombre lorsque Skander me revint à l’esprit. Pourquoi était-elle rentrée seule chez elle, si tôt, avant minuit ? Quelle idée saugrenue ! Surtout que nous venions à peine de passer la seconde couche de cire sur son parquet ancien... Comment croyait-elle pouvoir en supporter l’odeur ?

Je raccompagnai Pierre à son hôtel, fin beurré, aux alentours de six heures du mat. Je crus rêver lorsqu’en passant sous les fenêtres de ma bien-aimée (je jure que c’était mon trajet), je les vis éclairées.
Sans un instant d’hésitation, je me garai, soudain désénivré, les mains crispées sur le volant, je réfléchissai à toute vitesse : Son ex ? Badou ? l’héro ? Skander ? Autre chose, encore, peut-être ?

En dix secondes, j’étais en haut, en deux secondes, Lisa m’ouvrait sa porte et me surprenait là, sur le paillasson, le souffle court, le coeur à cent à l’heure, le dernier whisky sur l’estomac, comme un con !
Les cheveux relevés et la joue bariolée, elle tenait un pinceau à la main. Dans tout l’appartement, sur du papier journal, trainaient ça et là de multiples objets qu’elle avait passé la nuit à peindre.

Ce matin-là, nous fîmes l’amour dans son lit pour la première fois. Fourbue, elle était fière de son travail, et contre toute attente, ma visite surprise l’enchanta.
Soulagé de la retrouver ainsi seule et souriante, j’avais pour ma part hâte de lui prouver ma reconnaissance.
Elle m’accepta avec plaisir.
Dans ses draps roses, éclairée des premiers rayons du soleil que filtraient ses rideaux roses, elle était belle et douce.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Dim 18 Nov - 17:21




Pourtant, comme je le redoutais, à partir de cette nuit, Lisa s’éloigna de moi, imperceptiblement.
Même si ma brosse à dents côtoyait tous les jours la sienne, j’avais du mal à me sentir chez moi chez elle. Elle m’avait à peine consulté pour son installation. Je déménageais ses affaires, transbahutais ses meubles, cirais son parquet, perçais ses murs pour y poser des tringles... J’avais même attendu pour elle la visite d'EDF-GDF et de France Télécom, mais jamais elle ne me demandait mon avis. Discrêt, je tâchais de ne pas m’en offusquer : elle était comme une petite fille devant une maison de poupée, pour rien au monde, je n’aurais gâché son plaisir. Mais quand elle me refusa le double de ses clefs, me pria de ne pas sonner à l’improviste, et me laissa tout juste un coin de placard pour y ranger mes chemises, l’évidence me sauta aux yeux : elle ne comptait nullement s’installer avec moi.
Symboliquement, elle n’avait acheté qu’un oreiller pour son grand lit deux places. Message reçu. Trop fier pour m’incruster, j’espérais qu’une fois assouvi son besoin aigu d’indépendance, elle reviendrait vers moi.

Effectivement, les premiers temps, tandis que chaque matin elle s’éveillait pour partir travailler, affectueuse mais pressée, évasive sur ses projets à venir, chaque soir elle m’appelait, repentie, finalement triste de se retrouver seule, dans cet appart vide. Parfois, elle ne craquait qu’à 23 heures, mais à chaque fois, trop heureux, je sautais dans ma caisse pour courir la rejoindre.

C’est ainsi qu’un lendemain matin, alors que Lisa jouait au toubib à l’hôpital, le téléphone sonna et je tombai sur «lui». Il crut se tromper de numéro et bafouilla des excuses, poliment mais trop prestement pour me laisser le temps de le contredire. A 9 heures du matin, jamais je ne me serais permis une telle audace avec Lisa. Mon rival, ce pou, cette vermine, ce cancer, cette purulence infâme, ce choléra, cette peste, cet herpès..... connaissait donc déjà son nouveau numéro de téléphone, installé depuis peu. Il l’avait peut-être revue, ici, tandis que je ne me doutais de rien... Peut-être aussi avait-il déjà dormi dans ce lit même où je me réveillais... BEUUUUUUURKKKKKK !


Soudain, j'y vu plus clair : les récents changements de Lisa, la fulgurance de nos petits déjeuners, son refus de toute prévision nous concernant, son tout nouvel appétit pour ses études : elle ne séchait plus ses cours l’après-midi et venait de commencer un cycle de conférences du soir. Elle s’était mis en tête de préparer l’internat.
Tous les éléments de sa nouvelle vie convergeaient dans le même sens : s’éloigner de moi.
De là à penser qu’elle s’individualisait pour mieux le retrouver...

Quoiqu'il en fut, cela ne lui réussissait pas.
Je notais au fil des jours, tandis qu’elle s’évertuait à me décourager, la réapparition de la tristesse en son regard. Il n’était pas rare qu’elle m’ouvre la porte avec les yeux gonflés, rougis d’avoir trop pleuré. Au cinéma, elle voulait voir des films comiques et c’était la seule à ne pas rire. Elle se plaignait de son boulot.
Depuis le début de ses conférences, Lisa se couchait rarement avant minuit et trouvait le rythme infernal. Elle était souvent tendue, anxieuse, son front buté, et elle pouvait rester des heures, en voiture, avec nos amis ou chez ma mère, sans émettre le moindre son.
Peu à peu, me gagna la conviction qu’elle me quittait tout doucement, à sa manière, mais rien ne me prouvait encore que ce fut pour lui.

Ces histoires de conférences commençèrent à m’intriguer.
Selon Lisa, elles avaient lieu à l’hopital Cochin, de vingt heures à minuit, le mardi et le vendredi. Selon Lisa, c’était un vrai calvaire d’en revenir en taxi, seule, dans les nuits froides de fin octobre. Moi, je me demandais souvent ce qu’elle faisait ensuite. J’eus l’opportunité (mes propres TD s’achevant une heure plus tôt dans un quartier tout proche) de venir la chercher, les deux nuits par semaine qu'elle redoutait tant.

Lisa ne mentait pas, et à heure dite, je voyais le troupeau de surexcités sortir d’un établissement noir. Et parmi lui, elle, toute petite, toute crispée, encore sous le coup des quatres heures de travail intensif.

Mon initiative me parut excellente. Nous nous retrouvions deux fois par semaine, toutes les semaines, en plein Paris à une heure avancée, et nous avions le choix entre souper dans une brasserie, boire un verre dans une boîte à musique, ou rentrer dormir. Je reprenais espoir. J’avais trouvé le moyen idéal de me rendre indispensable.
Le plus souvent, ma Lisa, affamée, optait pour la brasserie. Je la récupérais survoltée, incapable de se détendre. Dans mon Audi, soit elle restait muette, à triturer ses mains, ses ongles qu'elle rongeait, soit elle parlait à toute allure, véhémente, de l’acharnement avec lequel le prof l’avait torturée, de la seule question qu’elle n’avait pas eu le temps de réviser, du peu de temps qui lui restait avant la prochaine conf :
— Cette fois, je m’y prendrai mieux...
Et elle comptait le nombre de pages qu’elle devait s’avaler, regardait les titres, commençait même à s’y plonger.

Le dîner parvenait cependant quelque peu à la distraire et c’est grâce aux grands crus, qu’enfin, vers deux heures du matin, je retrouvais ma Lisa, pressée, mais de rentrer, excitée, mais par mes caresses, lubrique à l’extrême, violemment désirable. J’étais sûr d’une seule chose : intimement, elle n’avait pas changé.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Dim 18 Nov - 17:52





Les lendemains de ses confs, nous avions un mal fou à nous sortir du lit. Après quatre heures de sommeil comateux, Lisa avalait son café les yeux clos, filait sous la douche, se remaquillait sur son mascara de la veille et fonçait à l’hosto. Les jours passant, elle était de plus en plus difficile à mettre en route, et un matin, tandis que je la secouais, sa tasse en main, elle grommela dans son sommeil :
— Tu vois bien que je suis levée, banane !... J’suis aux toilettes !
Le liquide chaud qui lui dégoulina le long des cuisses lui arracha un cri. Elle venait de pisser au lit, comme un bébé !

Cet incident quoique négligeable l’inquiéta outre mesure. Lisa se sentait fatiguée, maladroite, agressive. Elle ne se plaisait pas, toujours sur les nerfs, à courir à droite et à gauche. Elle me reprochait indirectement de la faire rentrer trop tard la nuit. Elle décida d’en parler à l’un de ses chefs, puisqu’elle travaillait en neurologie.

Le spécialiste l’écouta cinq minutes, hôcha la tête de son air docte :
— Ne vous bilez pas... Un peu de surmenage, sans doute.
Et il lui prescrivit une potion magique, à prendre matin, midi et soir.
— Vous verrez, dans quinze jours, il n’y paraîtra plus.

En rentrant de la pharmacie, j’avais lu la notice : «Neuroleptique. Ne pas dépasser la dose prescrite. Etats anxieux légers, insomnies, syndromes dépressifs des petites filles et des personnes âgées». Rassuré, je commençai le traitement : il conviendrait certainement à ma petite fille.

Le surlendemain, Lisa m’appelait d’urgence pour que je vienne la chercher à l’hôpital. Elle était tombée dans les pommes à deux reprises.


Trahie par ces foutus médocs, Liz décida de se soigner elle-même : le matin au réveil, elle avalait un speed, et le soir pour dormir, un somnifère. Je n’aimais pas du tout le tour que prenaient les évènements. Appelé à faire mes classes le mois prochain, je m’inquietais à l’idée de la laisser seule. Je remarquais aussi que ses joues se creusaient, ainsi que de grands cernes bleus sous ses yeux. Je n’étais pas indifférent à sa tristesse, à ses mauvaises humeurs, à son agitation. Mais les questions d’internat s’empilaient de semaines en semaines, envahissant son petit bureau de lycéenne, sans qu’elle ait jamais le temps de toutes les apprendre —sous prétexte qu’elle me voyait trop... Elle paniquait, je me sentais fautif.
Je lui disais souvent :
— Sois plus cool, tu ne tiendras jamais si tu continues à ce rythme. Ce concours n’est certainement pas si méchant que ça !
— Sûr, me répondait Lisa, mais si j’échoue, je ne serai jamais spécialiste.

Je ne saisissais pas vraiment l’importance de l’enjeu.
A mes yeux d’étudiant en licence de droit, interrompue par le Service National Actif, médecin généraliste ou médecin spécialiste, c’était bien. Pourquoi trimer ainsi pour obtenir un concours accédant aux spécialités, alors qu’il n’existe plus de bons médecins de famille ?
Et Lisa avait le contact facile avec les gens, elle savait les écouter. Huit ans d’études me semblaient bien suffisants pour une belle fille comme elle, exagérés, même. Alors qu’elle se batte pour ajouter quatre ans à son CV de docteur, mal payée, mal traitée et surenseignée, pour moi, relevait du masochisme. Elle n’avait même pas encore décidé de la filière qui lui permettrait d’exercer : Chirurgien ? Je l’y voyais mal ... Il faut aimer l'odeur du sang pour choisir ce métier ! Or c'est moi qui lavait le frigo à la moindre goutte de steack sanguinolant. Psychiatre ? Ouf !... Bien trop sensible, ma Lisa ! Elle chialait même devant Aglaé et Sidonie ! A la rigueur, chercheur ? Les cheveux attachés, penchée derrière son microscope, la blouse ouverte sur ses jean's moulants, de petites lunettes rondes au bout de son nez à piquer des gaufrettes ... Oui, pourquoi pas ?... Mais ils n’en prenaient qu’un sur mille ! Fallait qu'elle en sorte major, de son foutu concours !

Je croisais de temps en temps ses amis de galère. Souvent, j’en déposais deux ou trois quand je la raccompagnais. Ils étaient tous inscrits à la même conférence, étudiaient tous avec le même acharnement, véhiculaient tous la même trouille que Lisa. Moi qui redoublait sereinement ma première année de droit à Malakoff, j’étais dépassé. Et je l’avoue, vachement admiratif.

A cette époque, un soir sur deux, Lisa refusait de me voir et prétextait sa fatigue, ou son travail en retard. Galant homme, je respectais trop ses ambitions pour rompre le contrat et me contentais d’elle un soir sur deux. Je ne suis pas d’un naturel enclin à me couper les cheveux en quatre, aussi, je la croyais. Mais c'était toujours avec étonnement que je la retrouvais, défaite comme après une nuit blanche. Lorsque mon chemin passait sous ses fenêtres, je ne pouvais m’empêcher d’y lever un œil et souvent, tard la nuit, elles restaient éclairées. Etait-elle encore dans ses livres, malgré l’heure avancée, ou au lit avec un autre homme ?
La question me triturait l’esprit jusqu’à ce qu’un soir, la réponse vint, brutale.
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MessageSujet: Re: Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)   Lun 19 Nov - 14:33




Lisa m’avait rembarré la veille : morte de fatigue, charrette, elle souhaitait rester seule. Aussi, le lendemain, ne m’étais-je pas donné la peine de prendre rendez-vous : vers 19 heures, j’avais sonné chez elle, confiant (j’y tenais à mon soir sur deux !)
Quelle gifle lorsqu’elle m’apparut, belle comme au premier jour, maquillée, parfumée, sexy, prête ! Le sourire qu’elle arborait en ouvrant la porte se dissipa à ma vue : de toute évidence, je n’étais pas celui qu’elle attendait.
— Ah, c’est toi ?... Entre... Tu veux boire quelque chose ?, articula-t-elle, décontenancée.
J’avais pigé. Je sentais la colère m’envahir. Je n’avais nullement soif.
Comme deux nigauds, nous nous tenions debout face à face dans la cuisine, elle avec son bac à glaçons en main, moi jambes coupées, souffle court, passée l’envie de la serrer dans mes bras, j’attendais des explications.

Lisa retrouva son sang-froid :
— Pourquoi ne m’as-tu pas appelée ?... Je t’avais demandé de ne jamais passer à l’improviste.
Je ne répondis pas, les masseters serrés, bloqué dans une espèce d'expectative de pitt-bull.
— Tu vois, tu t’es déplacé pour rien, ce soir, je sors.
(C'est quoi ce ton badin, elle cherche la baffe ?)
— Et on peut savoir avec qui ?, j’osai m’enquérir.
— Pourquoi tu veux savoir ? On n’est pas marié, que je sache !
— Et pourquoi tu ne me le dirais pas ? Tu n’as pas la conscience tranquille ?
Tu as peur de moi ?
J’avais du mal, de plus en plus de mal, à contenir ma rogne. J’avais attrapé son poignet, et je serrais, serrais, comme pour le broyer.
— Non, je n’ai peur de rien... et si tu veux vraiment savoir, je sors avec Paul ce soir et je l’attends incessamment.
Elle se dégagea d’un geste brusque.
Elle aurait bien continué sa phrase, je ne souhaitais pas en entendre davantage. Comme fou, j’étais !
Qu’elle me présente les choses calmement : «Mais rassure-toi, nous ne serons pas seuls, il s’agit juste d’une réunion d’anciens combattants.»... Ou qu’elle m’annonce le pire : «Et d’ailleurs, je le vois très souvent, et nous dormons ensemble, et nous nous aimons, et toi, tu n’es qu’un jouet pour moi : serviable, gentil, aux petits soins, toujours prêt à me rejoindre, tel un toutou qu’il suffit de sonner.....» Dans les deux cas, le résultat, inadmissible à mes yeux, était qu’elle le revoyait en douce.
Je me précipitai dans les escaliers, trop capable de l'y jeter.

Elle n’eut pas le temps de me retenir et courut derrière moi, sur ses talons aiguilles, et j’entendais le clic-clac accéléré que malgré tout je distançais. Avec lui, sa voix :
— Martin, Martin !... Reviens !... Où vas-tu ? ... Laisse-moi t’expliquer...
Lisa parvint à ma hauteur, essoufflée, tandis que je glissais la clef dans la serrure de la portière de l'Audi. Déterminée, elle m’agrippa le bras, de toutes ses petites forces, et m’empêcha de l’ouvrir. Elle bafouillait, cherchant mon regard, sautillant dans sa jolie robe à pois :
— Martin, Martin, s’il te plaît !!!
Agenouillée, elle implorait :
— S’il te plaît, s’il te plaît !!! Ne m’en veux pas...
— Alors tu pars avec moi, tout de suite !
— Je ne peux pas...
— Alors tant pis !
Je montai enfin dans ma voiture.
Adieu Lisa. Fini Lisa.
Que plus jamais je ne te vois...
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Mon premier roman : "Le soleil rose" (par Kti)
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